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31 décembre 2014 3 31 /12 /décembre /2014 09:08
Barbares : tuons les étrangers !
Barbares : tuons les étrangers !

Flics

* Je me promène en voiture dans la petite localité catalane de Sabadell quand, soudain, un agent de police élégant me fait signe de m'arrêter. Je m'exécute et lui présente mes papiers d'identité.

Après un examen apparemment approfondi de toutes les cartes relatives à l'automobile, il m'annonce que tout est en règle, à l'exception de mes cheveux, qui sont sales...

Un peu plus tard, occupé à garer mon véhicule dans la cour d'une auberge reconnue pour ses spécialités de viande de gibier; je vois, au centre de la cour, près d'une fontaine, ce même policier : il est en train de se laver, de façon énergique, les cheveux...

** Le jour du marché indien, à Oaxaca, il est très difficile de trouver une place pour garer sa voiture de location dans le centre-ville.

Les paysans des villages environnants ont installé leur maigre récolte hebdomadaire sur la place, sur les trottoirs, partout... J'arrive à immobiliser ma Dattsun blanche, louée à une agence de Mexico pour faire le tour du Yucatan, au coin d'une rue; puis je cours pour quelques commissions de bouche rapides...

Quand je reviens, au bout d'une heure environ, un gendarme -disons un policier mexicain - fait les cents pas (les cent un, même !) autour de ma voiture, l'air très en colère. Il me demande ce que mon engin fait là. Dans un espagnol très incertain, je lui réponds que j'avais garé mon automobile pour quelques minutes seulement et que je ne vais pas plus longtemps lui causer des chutes capillaires...

Il devient alors, et de façon inexplicable, plus calme; il m'indique que les pneus de ma chère voiture ne sont pas assez gonflés. Il tient à diriger ma Datsun vers un garage; il se met enfin à redonner du coffre à mes roues avachies...

Cependant, je me rends vite compte qu'il met à plat les pneumatiques arrière et qu'il gonfle de façon excessive ceux de l'avant... Tant et si bien que, constatant le basculement et l'éventuel envol de ma voiture, il s'avise que le moteur est situé à l'arrière... Je lui signale les pressions nécessaires, amis il refuse de faire la moindre concession et, abandonnant la pompe, il se met à me causer cinéma...

Il redresse une mèche rebelle, il me confie qu'il est acteur -son physique, il est vrai, n'est pas banal-, qu'il a tourné plusieurs films, que sa gueule basanée a un sacré succès, que toutes les femmes tombent sur lui comme des mouches… à merde…

*** Porto, en famille, le premier mai. Les Portugais préparent la traditionnelle manifestation ouvrière, malgré les interdictions répétées du gouvernement et l'éventualité d'une dure répression.

Je me trouve au dernier étage d'un immeuble très élevé; de cette position, j'aperçois clairement tout ce qui se passe dans la rue.

Les manifestants s'organisent; ils sont sur le point d'entreprendre leur marche, quand, soudain, à ma gauche, des centaines de policiers armés jusqu'aux cheveux débouchent dans l'avenue. Stupeur, cependant, car ces carabiniers sont très spéciaux : ce sont tous des handicapés - mentaux, je suis incapable de le dire à présent- mais physiques, c'est sûr : unijambistes, manchots, borgnes...

Voici cette troupe houleuse, sautillante, désordonnée, qui inonde la chaussée et se dirige fiévreusement en direction de la foule médusée, sidérée... Les premiers représentants de l'ordre abordent les ouvriers; ils leur demandent s'ils comptent manifester... On leur répond qu'il n'en est pas question. Toutefois, les flics sont incrédules et, déjà, de violents accrochages ont lieu...

Quelques escarmouches désordonnées puis les invalides pointent leurs fusils, menaçant le peuple inquiet. Les premiers rangs des manifestants sont contraints de s'adosser contre un mur et... ils sont fusillés sans la moindre sommation...

J'ai assisté à toute la scène depuis le balcon de notre appartement; ma famille est affolée ! Ma mère me demande si la porte cochère de l'immeuble est bien fermée. Sachant que, si je réponds de façon négative, cette corvée, comme d'habitude me sera dévolue, je crie : "Oui, elle est fermée !"

Trois heures après, le calme étant revenu, je descends.

Je m'aperçois alors que la porte était bel et bien fermée...

JPBonnel

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  • professeur de lettres, écrivain, j'ai publié plusieurs livres dans la région Languedoc-Roussillon, sur la Catalogne, Matisse, Machado, Walter Benjamin (éditions Balzac, Cap Béar, Presses littéraires, Presses du Languedoc...
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