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2 décembre 2014 2 02 /12 /décembre /2014 10:56

 

   

Perpignan, une ville avant

le Front national

Jérôme Fourquet Nicolas Lebourg Sylvain Manternach

Fondation Jean Jaurès (gratuit en téléchargement)

 

 

   "Perpignan est la seule ville de plus de 100 000 habitants où le Front national est arrivé en tête au premier tour des élections municipales de 2014. Pourquoi celui-ci n’a-t-il pas gagné au second ?

À partir d’un décryptage de la campagne et du scrutin, les auteurs de cet Essai explicitent la tentation frontiste des électeurs perpignanais. Paupérisation et antagonismes ethniques y jouent un rôle, tout comme la crédibilisation de l’offre politique frontiste. Une étude locale à valeur nationale."

www.jean-jaures.org

 

Jérôme Fourquet travaille depuis dix-huit ans dans le secteur des sondages d’opinion et des études électorales. Il est directeur du département « Opinion et stratégies d’entreprise » de l’Ifop.
Nicolas Lebourg, spécialiste des extrêmes droites, est membre de l’Obser- vatoire des radicalités politiques de la Fondation Jean-Jaurès et chercheur de l’Université de Perpignan-Via Domitia.

Sylvain Manternach est géographe-cartographe, formé à l'Institut français de géopolitique.

 

 

   Le titre signifie "avant l'arrivée à la mairie du FN" : en effet, face à la déconfiture de la gauche et aux difficultés du maire en place (endettement de Perpignan, déchirements à l'UMP au niveau national), la perspective de l'élection de Louis Alliot semble désormais envisageable. 

 

    L'analyse des municipales 2014 à Perpignan est ici passionnante, car claire, fouillée, écrite sans jargon : le contexte social, géographique, politique est décrit afin de mieux comprendre les forces politiques en présence.

 

      La liste électorale, les noms des électeurs, les bordereaux des registres, par bureau et canton, ont été passés au peigne-fin : avec cette étude, le citoyen sait presque tout de la sociologie et de la géographie électorale perpignanaise :

 

"Par ailleurs, Perpignan est un terrain singulier. Géographes, historiens, juristes, politistes et sociologues qui se sont penchés sur la ville soulignent la division ethnique de cet espace urbain. À compter des années 1970, s’est mise en place la production d’une représentation communautaire de ces quartiers – avec des effets de mise à plat, ainsi de la représentation de « quartiers arabes », avec une arabité globale fantasmatique quand l’espace social connaît des subdivisions entre personnes originaires d’Algérie, du Maroc, de Tunisie, par exemple. L’instauration d’une représentation « communautaire » a permis la structuration d’un clientélisme défini sur des bases ethnocultu- relles, parfois ethno-cultuelles. Cette question du rapport entre clientélisme et communautarisme a été au cœur de la campagne municipale. Louis Aliot a d’ailleurs su se saisir des travaux universitaires pour objectiver son propos15.

La méthode statistique visant à affiner le corps électoral selon des critères ethnoculturels paraît donc nécessaire à l’intelligence de ce terrain et de cette campagne spéci- fiques. Les acteurs politiques y recourent eux-mêmes : ainsi, trois jours avant le premier tour des élections légis- latives de 2012, Louis Aliot a adressé un mailing aux électeurs locaux dont le lieu et la date de naissance sur les listes électorales laissaient à penser qu’ils puissent être des rapatriés…"

 

   Le lecteur est placé devant un paradoxe : le FN, avec L. Alliot, jouant le modéré, le diplomate, parcourant le quartier gitan, n'exploitant pas les thèmes de l'immigration et de la sécurité, réussit une percée dans les classes populaires et moyennes, (le vote des gitans allant, dès le 1er tour, à JM.Pujol - pour obtenir des avantages de la mairie, ainsi que celui des électeurs d'origine maghrébine -pour éviter le danger frontiste, comme une partie de la gauche, déçue par les divisions).

 

   Le portrait du maire de Perpignan est désormais à nuancer : issu de la droite dite dure, nostalgique de l'Algérie française et rendant hommage à l'OAS, cet extrémiste (mouvement Occident) a réussi à ne pas apparaître comme raciste, mais ouvert à toutes les communautés; JM. Pujol fait attention, d'ailleurs, à respecter les religions et groupes de pensée, dans "Perpignan plurielle", en offrant des terrains, locaux ou subventions… (1)

 

    (1) "Jean-Marc Pujol, quant à lui, a joué l’équilibre ou le grand écart : ayant rejoint le courant de la « Droite forte », il se fait le cham- pion d’une droite très décomplexée. Il déclare que « le FN se situe dans l’espace républicain »9. Mais, dès l’inaugura- tion de son local de campagne, il met en avant « Perpignan la fraternelle ». Sa liste « Perpignan pour tous » présente des candidats issus des minorités, ainsi Fouzi Bouhadi sur Le Vernet, notoirement hostile à la « ligne Buisson ». Alors qu’il avait manifesté contre la loi Taubira permettant le mariage des homosexuels, il est allé rencontrer le milieu gay local. Ses équipes militantes qui quadrillent le terrain sont ethniquement hétérogènes. Lors du pourtant très consensuel débat radiophonique d’entre-deux-tours, le maire sortant tente même de renvoyer Louis Aliot à Alain Soral et Dieudonné10.

 

 

    Le maire de Perpignan a cependant perdu une partie de son électorat classique : les commerçants en colère, les électeurs ou anciens responsables de droite, tel Maurice Halimi, chassé de la culture et de la mairie, ont voté pour la liste "apolitique", sans étiquette, hors parti, de Clotilde Ripoull. (2)

 

 Celle-ci fait de très bons scores dans les milieux aisés, bourgeois, du centre-ville, ou chez les Perpignanais "nouveaux arrivants" (gavatx, pas Catalans "de souche") et disparaît dans la périphérie et les quartiers pauvres, délaissés… 

    

  2. "Clotilde Ripoull, l’ex-tête de liste Modem, passée entretemps par le catalanisme, mène en 2014 une liste « sans partis ».

   "...au premier tour, l’électorat non issu de l’immigration optait massivement pour le FN et, dans une moindre mesure, pour la liste Ripoull, qui bien qu’estampillée centriste récu-péra un vote de droite anti-Pujol.

Clotilde Ripoull a obtenu ses meilleurs résultats dans les bureaux n° 45 (20,8 %), 12 (18,5 %), 32 (17,4 %), 8 (15,9 %) et 55 (15,1 %). On constate que ses bastions correspon-dent à des bureaux qui sont tous situés en centre-ville mais, plutôt que dans le centre historique dégradé, en périphérie du cœur, dans ce que l’on pourrait appeler une première couronne. Ces bureaux, on l’a vu, sont à faible proportion d’électeurs issus de l’immigration et, pour grande part, correspondent plutôt à un habitat aisé. page 102

   La communication de la candidate s’est beaucoup faite en direction des commerçants du centre-ville. Elle a manifestement été entendue, mais s’y est retrouvée en partie concurrencée par la liste Pujol.

Le score de C. Ripoull au premier tour

Ces bureaux présentent une autre caractéristique démo- graphique. En tendance, les bureaux qui ont davantage voté pour Clotilde Ripoull sont, en effet, des bureaux où la proportion de personnes nées dans un autre département que les Pyrénées-Orientales est élevée, voire très élevée61. Le coefficient de corrélation entre ces deux variables s’éta-blit à +0,68, alors qu’il est quasi nul avec le vote Aliot (+0,1) mais très négatif avec le vote Pujol (-0,5). Plus la proportion de « gavatx » est élevée, plus le vote Ripoull l’a été. Inversement, et comme le montre le tableau suivant, c’est dans les bureaux présentant la plus faible présence « non-autochtone » que le maire sortant a enregistré ses résultats les plus élevés…"

 

J.Pierre Bonnel

 

 

 

* extrait du livre - contexte de la ville :

 

    "Perpignan est une ville-frontière et de frontières : entre la France et l’Espagne, entre le monde méditerranéen et l’Europe, entre la misère de certains de ses vieux quartiers et l’opulence de certaines zones pavillonnaires, entre le Front national (FN) et le pouvoir. La liste «Perpignan ensemble », menée par Louis Aliot, vice-président du FN et compagnon de Marine Le Pen, y est parvenue en tête au soir du premier tour des élections municipales de 2014, avec 34,1 % des suffrages. C’est l’unique cas pour une commune de plus de cent mille habitants, la préfecture des Pyrénées-Orientales en comptant officiellement 118 238. Jean-Marc Pujol, le maire sortant soutenu par l’Union pour un mouvement populaire (UMP), l’Union des indépen- dants (UDI) et Unitat Catalana (un groupe catalaniste), n’enregistrait que 30,6% des voix. Quant à la liste de Jacques Cresta, soutenue par le Parti socialiste (PS) et le Parti communiste français (PCF), elle ne parvenait à en réunir que 11,8 %. 

C’est son retrait qui permit à Jean-Marc Pujol de l’emporter (par 55,1 %), en un désistement imposé par les instances socialistes nationales – Christian Bourquin, le président socialiste de la région Languedoc- Roussillon, n’en voulait pas. La participation évolua également. L’abstention passait de 42,8 % à 37,2 %, mais les blancs et nuls bondissaient de 1,8 % à 5,3 %…"

 

 

 

 

 

 

Clotilde RIPOULL (en noir) à la librairie Torcatis, nov.2014

Clotilde RIPOULL (en noir) à la librairie Torcatis, nov.2014

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  • professeur de lettres, écrivain, j'ai publié plusieurs livres dans la région Languedoc-Roussillon, sur la Catalogne, Matisse, Machado, Walter Benjamin (éditions Balzac, Cap Béar, Presses littéraires, Presses du Languedoc...
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