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3 janvier 2015 6 03 /01 /janvier /2015 10:13
Les trois Grâces, Emile Bernard (L'Orangerie)
Les trois Grâces, Emile Bernard (L'Orangerie)

Mode d'emploi

Il existe une stratégie pour la dépossession à significations sexuelles de la graine d'hélianthe, ou graine de tournesol...

Ce fruit des grands soleils, le prendre sans douceur entre le pouce et l'index, par ses deux tranches rêches. faire ensuite éclater dans le réceptacle de l'air l'amande grisâtre. Les incisives font exploser cet univers cotonneux accumulé dans une forte carapace, mais il faut savoir ne pas aller trop loin dans ce geste profanateur...

Les dents doivent freiner leur violence avant de se rejoindre intimement. Elles pourront ainsi faire éclater les mâchoires de la graine, au lieu de tout broyer de façon inutile, au paroxysme de la pulsion.

L'être délogé se dévoile alors dans son intacte nudité. Il faudrait maintenant prendre le temps e contempler cette fusée compacte, révélatrice de mondes gigognes. Il y aurait une victoire presque due à savourer et une interrogation soutenue à entreprendre devant ce secret arraché à sa nuit végétale.

Il y a eu, c'est vrai, la jouissance physique à décortiquer cette semence huileuse, ce lieu de teintures expulsé du grand corps solaire. Mais les spasmes du palais l'emportent sur la considération esthète...

Le but fixé, le machiavélisme implicite, c'est l'anéantissement inconditionnel de cet univers claquemuré dans une embarcation aveugle, aux minces stries noires et blanches...

Ecriture du sexe

Pain de sucre dans une peau de seiche, poème violent à à écrire blanc sur blanc, dans cet espace parcheminé.

Elle parle. La pine cause.

Bibelot calme, replié dans son fuseau saumoné, finesse à suivre dans une verticale de béton; Bâton armé de sperme, où s'inscrit la vive vie. Tête bête en quête de cécité !

Les joues fraîches de la lointaine rosée du corps.

C'est une bouche mince, tire-lire à dire le fluide d'un torrent et les cercles charnels ont l'impérialisme de disséminer une parole clôturée, une semence, un grain de la voix, un blé neuf, graine d'orgie ou orge d'ortie.

Architecture hissée à une hauteur de lèvre. Verve de sexe dans la bouche aux eaux fomentées par les yeux cannibales.

Le buraliste

"Changez de pipe, une pipe vous change !"

Et c'est bien vrai : je parais tout neuf de visage, tout vierge de gueule quand mes doigts enserrent la nouvelle bruyère et que le foyer neuf apparaît dans le prolongement de mon nez ! Alors, je n'y vois pas plus loin que le bout de ma pipe : saisi, l'oeil, par l'objet insolite...

A l'orée de chaque saison, j'ai l'habitude d'en changer; non que je jette les précédentes, mes familières, mais j'alterne : c'est bon de reprendre, dans le musée des bois, une ancienne compagne et les habitudes emmagasinées dans la mémoire des sensations.

"Celle-ci, à droite, avec le gros foyer ! Oui, le plus gros fourneau ! " La jeune buraliste la prend dans sa main droite, la serre, la rousse pipe, qui va être à moi, désormais; la saisit la grosse joufflue, la plus pleine de printemps, de buis, d'images forestières... Hier, la force de tranquille de l'arbre, à présent la vive brûlure dans la bouche, bientôt la langue pâteuse... Je la prends et la croque dans ma valve de bouche, sous le regard étonnée de la commerçante. Sous ses lèvres peut-être jalouses, en tout cas labourées par sa rapide langue de braise. Je la bourre, je craque une allumette, première volute mauve !

"Elle vous convient ? Je vous fais un paquet ?

-Elle me va très bien ! Espace vague d'algues après le reflux..."

Jets de bave, écume du palais, salive de la jolie buraliste, qui n'arrête pas de parler, qui me vante les mérites de la bouffarde flanquée dans ma bouche. Puis, elle m'en désigne une autre, noire,, vautrée, la paresseuse, sur une étagère :

"Des pipes de ce style, j'en ai déjà vendu pas mal. Elles ont du succès, surtout les grosses et les longues... Mais, si vous le désirez, je peux vous montrer d'autres formes, des teintes différentes..."

Elle est sympathique, décidément. Contente, aussi, sans doute, que l'objet s'adapte bien à mon ouverture buccale, la Ropp rouquine ! Elle me rit entre les yeux, en sautillant de la la langue, à la rouge extrémité tendue...

"C'est combien ? "

Je règle mon achat et je quitte la boutique avec un "au revoir" un peu froid, je m'en rends compte, à présent et je m'en désole... Elle me répondra à peine avec un "au revoir, merci", à l'acheteur de pipes, pressé de s'adonner à son plaisir solitaire préféré...

JPBonnel

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Published by leblogabonnel - dans littérature
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  • professeur de lettres, écrivain, j'ai publié plusieurs livres dans la région Languedoc-Roussillon, sur la Catalogne, Matisse, Machado, Walter Benjamin (éditions Balzac, Cap Béar, Presses littéraires, Presses du Languedoc...
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