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23 février 2015 1 23 /02 /février /2015 09:20
Méditerranée du musée de Banyuls - photo d'Isabelle Callis-Sabot

Méditerranée du musée de Banyuls - photo d'Isabelle Callis-Sabot

 La fondation Dina Vierny est fermée pour un temps indéterminé : le musée privé consacré à Maillol est victime des baisses de subventions,  d'une moindre fréquentation (et pire depuis les événements de janvier), malgré des expositions intéressantes. La nécessité de mettre le musée aux normes (réseau électrique, accès aux handicapés) est aussi, sans doute, une cause importante de cette fermeture...

 

  L'oeuvre de Dina, la création de cette fondation rue de Grenelle, à Paris, reprise par ses héritiers, ses fils Olivier Lorquin, directeur et Bertrand, conservateur, va-t-elle être abandonnée ? Vendue, comme tous ces tableaux et dessins (par exemple, l'épure de Dina Vierny par Matisse, le portrait, que je nommerais bien "dinachevé", du peintre de Nice) ..? 

 

   Déjà des économies avaient été faites en supprimant des postes de salariés (comme au musée de Banyuls)…Des travaux de deux ans sont nécessaires à Paris, et après..? La directrice artistique du musée, Patrizia Nitti, vient d'annoncer l'annulation de l'expo annoncée "Le baiser"… Les héritiers de Dina ont-ils d'autres projets en tête..?

    Le baiser de la mort pour Maillol à Paris..?

 

---- JPB----

 

    Portrait Dinachevé 

 

 

    La peinture de Maillol s'organise autour des thèmes de "la femme assise", "la femme allongée" et "la vague"    Le motif de la femme assise explore la métaphore de la pensée : cette attitude méditative constitue une étape vers La Méditerranée, s'inspirant, entre autres, de Melancolia, d'A. Dürer. 

 

   La baigneuse assise (1901/02) trouve sa source dans la Vénus anadyomène de Titien, à l'origine de la représentation moderne du nu. Chez Memling, aussi, qui, au XV° siècle, ouvre grand "la fenêtre de la peinture", plaçant la figure devant le paysage.

 

 Comme Renoir, Maillol montre le corps féminin, donné seul, lourd de tout un poids léger de sensualité; cette masse féminine a l'air d'une fin en soi, alors qu'il faut méditer au-delà des apparences et de l'image réaliste de la femme bien en chair… La peinture de Maillol, comme l'art de Michel-Ange, est une "peinture de la pensée". Le corps montré est objet de désir, mais Maillol réfléchit avec la forme d'une idée peinte ou sculptée : art au second degré, exhibant un érotisme qui veut inviter avant tout à la spiritualité.

 

    D'ailleurs, le peintre de Banyuls s'est insurgé contre les lectures égarées de ses portraits féminins : "J'ai dit merde à Barbizon ! Vive le Midi, là est la couleur et la lumière." (lettre à Bourdelle).

 

    La thématique de la femme allongée - dans la sculpture exposée sur la promenade de Banyuls (près du port), ou dans Dina de profil (1938), ou Les deux Dina  de 1939, par exemple - exprime le double caractère de Vénus : femme vulgaire, du peuple et déesse, figure céleste.

 

    Le motif de la vague, souvent repris, naît de La vague de Gauguin, dont Georges-Daniel de Monfreid montre des oeuvres inédites à Maillol (et à Matisse, en Catalogne depuis 1905), entreposées dans le Conflent, près de Vernet-les-bains.

 

    Harmonie est une sculpture inachevée. Maillol décède. Dina est donc inachevée, tout comme avec Matisse, qui ne dessine qu'une esquisse du modèle qu'Aristide lui a suggéré...

   Dina Vierny, jusqu'à son dernier souffle, n'en finira pas de finir son portrait incomplet; elle dressera un autoportrait complaisant et fictif et tentera de l'immortaliser, de le parachever en écrivant et suscitant des livres, des articles, des expositions, en créant la fondation de la rue de Grenelle, à Paris…

   Biographie réécrite. Vie mythifiée… Jusqu'à quand..?

 

(lecture du catalogue "Maillol peintre", Paris, 2011)

 

 - JPBonnel -

 

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MAILLOL : Le témoignage de Paul PUGNAUD -

 

Pour honorer les morts de la guerre, MAILLOL n'avait pas voulu autre chose que l'image d'un homme en train de mourir. Ceci pour le "sujet". Aucune emphase, aucune "littérature". Et pour l'exécution: sans doute, un des plus beaux morceaux de sculpture, où tout ce qui n'est pas purement plastique s'abolit dans la puissante et harmonieuse combinaison des formes et des volumes. Œuvre unique dans l'univers de Maillol, où, jusqu'alors, (à part un petit bronze d'adolescent) seule la femme avait été le support d'une célébration de la vie et des forces qu'elle enclôt…

 

     …Un après-midi, je monte à l'Isle Grosse. Maillol travaille. Il tape avec son maillet:

" Il ne s'agit pas seulement de faire des volumes, il faut traduire l'émotion par les jeux de l'ombre et de la lumière. Mettez-vous là, ajoute-t-il en m'indiquant un emplacement un peu bas, vous embrassez à la fois la mer, le cap et cette pierre qui prend alors sa signification: elle vibre avec l'ensemble."

 

Quelques jours plus tard, à Cosprons, petit hameau entre Banyuls et Port-Vendres, c'est la fête de "Pasquettes"; on danse, en plein air, non loin d'un immense parasol. La cobla est juchée sur une estrade grossière contre un mur où saillit un cadran solaire. J'aperçois soudain Maillol assis sur un tertre qui domine la place. Il a son carnet sur les genoux et il dessine. Je vais le saluer et sur son invite, je m'assois à ses côtés.

          - Vous voyez, c'est ici que je travaille!

           …Nous entrons dans l'atelier, petit bâtiment vitré à l'entrée du jardin, occupé au centre par la figure du "Monument à Debussy", destinée à la terrasse de Saint-Germain. Je remarque aussi une épreuve en plâtre de Pomone…. Maillol me montre une série de grandes photos qu'il vient de recevoir. Sur l'une d'elles je vois, groupés sur la pelouse, la nymphe du "Monument à Debussy", Maillol et un homme à la barbe courte: Henri Matisse. Admirable réunion, en ce champêtre décor, du grand sculpteur, du grand peintre et du souvenir du grand musicien !

 

           …Ailleurs, je remarque une robuste pipe, taillée, me dit-il, dans une racine de bruyère arrachée à La Roubire. Il travaille à "Harmonie". A 80 ans passés, j'admire sa jeunesse, son agilité, la souplesse de ses mouvements. Plusieurs fois, je veux me retirer, mais il m'affirme qu'une présence ne le dérange pas et qu'il aime deviser tout en travaillant:

      " Souvent, on me demande: qu'est-ce que vous avez voulu dire ? L'œuvre est la seule réponse. Elle est là. Elle parle, mal ou bien, et, lorsque c'est bien, alors elle chante…"

 

                              Paul PUGNAUD

 

 

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  • professeur de lettres, écrivain, j'ai publié plusieurs livres dans la région Languedoc-Roussillon, sur la Catalogne, Matisse, Machado, Walter Benjamin (éditions Balzac, Cap Béar, Presses littéraires, Presses du Languedoc...
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