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27 juillet 2015 1 27 /07 /juillet /2015 12:05
Maureso/Massé

Maureso/Massé

Duo au mas Baux
Duo au mas Baux

*CONCERT DE PIANO à 4 mains- DUO JATEKOK

le mardi 28 juillet 18h30 dans le cadre du festival AMUSIKENVIGNES

Concert de PIANO avec le DUO JATEKOK

Adélaïde Panaget et Naïri Badal,

le mardi 28 juillet à 18h30

au MAS BAUX- Canet en Roussillon,

dans le cadre du festival AMUSIKENVIGNES 2015.

Le Duo Jatekok est composé par 2 pianistes talentueuses, Adélaïde Panaget et Naïri Badal, et se produit dans les plus grands festivals de piano. Cet été, elles sont à l'affiche du Festival de la Roque d'Anthéron.

Toutes les pièces qu’elles joueront ont un fort rapport avec la danse, une large répertoire de Grieg à Borodine,

Le prix des places : 6 €, programme compris,

dégustation gratuite des vins du Mas Baux

Basées sur des mélodies populaires, les danses sont des témoignages authentiques d’un peuple et de ses traditions....

Ces danses représentent un héritage culturel, une identité sur laquelle chaque culture se fonde.

Naïri Badal et Adélaïde Panaget réunissent leur duo à quatre mains autour d'un premier disque dédié à toutes les danses.

******

Depuis sa création en 2007, le Duo Jaketok s'est fait connaitre sur les scènes des opéras et de festivals internationaux en séduisant par leur enthousiasme et leur originalité. Si le nom Jaketok signifie "jeux" en hongrois, l'amitié et la passion commune qui unissent Naïri Badal et Adélaïde Panaget sont également la recette de leur succès.

Lauréates toutes deux de nombreux prix prestigieux, elles se sont affirmées depuis la création de cette formation comme l'un des duos de pianistes les plus inventifs du moment. Avec "Danses", les deux musiciennes signent un tout premier disque avec pour thème la danse à travers l'Europe

Naïri Badal et Adélaïde Panaget invitent ainsi leur public à découvrir une série d'œuvres tournées vers la danse dans leurs versions à quatre mains. Le romantique suédois Grieg, le new-yorkais Barber, Ravel ou encore le russe Borodine et ses célèbres Danses polovtsiennes sont ainsi au programme de cette échappée où la danse s'accorde aux humeurs de l'espace et du temps, selon les répertoires retenus - et souvent méconnus dans ces versions.

- - -

Merci à P. Latger pour ce très beau texte :

UN SOIR DE SARDANES

Publié le 22 Juillet 2015 par Philippe Latger

Etre catalan ? Qu'est-ce que ça veut dire ?
Je suis né à Perpignan. J'y ai enterré ma mère. Que vous faut-il de plus ?
J'aime cette ville qui est aussi aimable que détestable. Les deux à la fois. Avec la même violence.
Je l'aime aussi, justement, pour ce qu'elle a de plus méprisable. Que vous faut-il de plus ?
Bien sûr. Perpignan est roussillonnaise avant d'être catalane. Et ce n'est pas une moindre nuance.
Ce qu'elle peut être idiote. Ce qu'elle peut être prétentieuse et de mauvaise foi.
Mais je l'aime. Et je vis avec elle depuis 42 ans. Puisque je ne l'ai jamais quittée.
Même quand je suis allé me chercher dans les glaces québécoises.
Même quand je me suis perdu dans les nuits de Barcelone et Paris.
Elle était toujours en moi dans les collines de Los Angeles et les rues de New York.
Elle était toujours en moi quand j'avais fini par m'installer sur la Butte Montmartre.
Oui, je suis toulousain, ok. Oui, mes racines sont ailleurs. La belle affaire.
Côté français, et paternel, c'était le Lauragais. Côté espagnol, et maternel, c'était la Castille.
Et la chaîne des Pyrénées était l'axe de symétrie naturel et géographique sur lequel, imaginez,
j'avais eu le bon goût de venir au monde. Notre-Dame de Bonne Espérance. Perpignan.
Sur cette chaîne frontière, entre racines paternelles et maternelles, mais côté Méditerranée.
Ma seule identité. Cette mer. Qu'elle soit française, espagnole, ou catalane. Et maghrébine.
Cette mer qui est aussi grecque que turque, aussi israélienne que palestinienne,
aussi libyenne qu'italienne, aussi européenne qu'africaine, le placenta d'une même civilisation.
C'est elle qui fait civilisation. Et je suis plus égyptien que danois. Je suis plus algérien qu'allemand.
Je suis son soleil, sa chaleur, sa lumière, ses odeurs et ses mythes.
Catalan... qu'est-ce que ça veut dire ? Le suis-je moins que le Majorquin et le Sarde ?
Je suis les Iles Baléares et la Corse. Je suis Gibraltar et Tel-Aviv. Je suis toute mon enfance.
Né dans cette putain de ville écrasée entre deux royaumes qui n'est même pas un port.
J'ai grandi dans les pinèdes de Castelldefels et les manèges de Montjuic. Que vous faut-il de plus ?
Vingt ans d'étés à Barcelone. Le premier mois de juillet de ma vie. Le Passeig Tramuntana.
Une ville que j'ai aimée autant que j'ai aimé ma mère. Parce que c'était avec elle.
La Castillane de Toulouse aux cheveux et aux yeux de Kabyle.
Catalan... oui. Je le suis comme vous. Aussi vrai que je suis chrétien, juif et musulman.
Comme tout gamin né sur la Méditerranée, où nous sommes partout les trois à la fois.
Le petit gars élevé dans une tradition catholique l'assume avec une fierté sans pareille.
Je suis fier d'être méditerranéen. Et l'histoire de ma famille est l'Histoire de cette mer.
Comme vous tous qui êtes d'ici. Etre catholique, qu'est-ce que ça veut dire ?
C'est un cocktail de plus de vingt siècles. Et il faut compter quatre fois plus de générations.

Ce que je peux la haïr par moments. Comme je peux la détester.
Je la hais quand j'y suis malheureux. Que je m'en sens prisonnier.
Moi qui évoque continuellement la destruction des remparts pour expliquer la ville aux autres,
de quoi est-ce que je parle ? Quelle destruction des remparts ? Ils sont toujours présents.
La ville y étouffe toujours autant. L'étau est invisible. Mais il est toujours puissant.
J'en éprouve l'empreinte autour de ma poitrine et de ma boîte crânienne.
Ils ont détruit les remparts médiévaux mais ils étaient toujours debout.
Le rempart nord contre la France. Le rempart sud contre l'Espagne. Les Corbières. Les Albères.
Les remparts de Perpignan sont indestructibles. Le Roussillon est toujours dans son enceinte.
Et ce qui est écrin un jour peut être prison le suivant. Ce qui est un abri peut devenir un piège.
Ah, oui, je les entends déjà, m'envoyer au diable. En Catalan de surcroît. Ou en Roussillonnais.
S'il n'est pas content, qu'il aille se faire voir ailleurs. C'est déjà fait les enfants. Et je suis revenu.
Parce que je suis né ici. Que j'y ai enterré mon espagnole ou toulousaine de mère.
Et que je souillerai votre terre de ma propre dépouille en me faisant enterrer ici.
Qu'est-ce que c'est que ce Roussillon ? Sinon une terre d'espagnoles et de toulousaines ?
Qu'est-ce que c'est sinon une terre de fils d'espagnoles et de toulousaines qui sont nés ici ?
Et qui aiment cette terre comme leur propre mère ?
La ville étouffe à ses remparts psychologiques comme à la canicule.
Je sors de mon immeuble face à la cathédrale pour aller chercher l'air qu'il manque autant dehors.
Je fais une boucle par la Barre et reviens place de la Loge sans être étonné de ne croiser personne.
La ville est déserte. Comme souvent. Et pourtant. J'entends quelque chose. Qui se précise.
Et c'est un son qui fait réagir ma peau et bouillir mon sang comme si j'étais catalan.
Un son spécifique qui m'ouvre la poitrine partout où je l'entends où que je sois en ce monde.
Qui me bouleverse autant que la Jota et le Flamenco. Qui réveille une fierté que je ne contrôle pas.
Moi qui ne suis que né ici par un concours administratif de circonstances au hasard des mutations,
qui ne suis pas roussillonnais depuis dix générations, je me redresse, le coeur battant la chamade,
à ce son et à ce rythme qui réveillent mes neurones comme un verre le fait à l'alcoolique abstinent.
C'est la cathédrale à Barcelone quand nous revenons avec Papa du Musée Picasso.
C'est les rues de Bompas où des hauts-parleurs diffusaient encore les annonces de la Mairie.
Je compte trois impulsions. Et encore trois autres. La ligne de basse sous un son de hautbois nasillards.
Bien sûr. Au Castillet. Je vais tourner à gauche. Rue Louis Blanc. Et je me le prends en pleine figure.
Le spectacle de la rue étroite, avec ses immeubles colorés dont la hauteur témoigne encore
d'une prospérité passée, celle d'une ville de commerçants qui n'est plus que l'ombre d'elle-même
mais fait encore illusion, avec son canyon de grand-rue, barré par la brique rouge du monument chéri,
cette porte, illuminée, superbe, devenue fermement un décor de théâtre pour un soir de sardanes.

Ironie du sort. L'espingouin que je suis se réjouit de repérer l'influence espagnole.
Le style est tout de même évident pour qui vient ou qui revient de loin. L'Aragón. Charles Quint.
Je ne sais pas ce que c'est d'être catalan, mais tout de même, tout me semble familier.
Ah oui... pour qui cherche bien, il y a en Catalogne beaucoup d'Espagne et cela me convient.
Je sais bien qu'il faut se définir contre les autres, et que les autres sont d'abord nos voisins,
mais j'aime volontiers remonter jusqu'aux influences arabes et juives qui servent mes convictions.
Le Castillet est splendide en ce soir de fête. Une fête confidentielle. Mais d'autant plus jubilatoire.
La porte-prison se tient massive au bout de la rue. Rouge sang. Et au pied, l'orchestre sur une scène.
Le flabiol à gauche, et son petit tambour sous le bras, la contrebasse, les cuivres étincelants...
L'image est fantastique mais le son l'est encore davantage. Une vague puissante déferle jusqu'à moi.
Trompettes et trombones, gorges déployées, barrissent une marche impériale de jeux romains,
celle des éléphants d'Hannibal ou d'une apparition royale dans une cour d'honneur,
comme on les identifie partout, des cités andalouses aux îles britanniques.
La ligne mélodique sautille déjà comme aux plus belles partitions de Westerns d'Hollywood,
et je m'amuse d'entendre la Conquête de l'Ouest américain à cette introduction princière.
L'humanité est un petit village. Et la vérité est une synthèse facile à faire de toutes les cultures.
Après les éléphants, ce sont des oiseaux qui gazouillent ensemble et imitent Cali ou son timbre nasal,
quelques octaves plus haut quand le son est strident, haut perché, à peine supportable,
mais l'expérience est forte et l'ivresse s'installe chez qui tient la distance et en accepte l'épreuve.
La douleur de la brûlure passée, le novice est prêt à écouter vraiment. Les mélodies sont belles.
Les partitions écrites. Les harmonies époustouflantes. Les constructions admirables.
Des changements de rytmes. Des ruptures. Des circonvolutions organisées. L'équilibre arithmétique.
Et la fierté d'être humain à tout ce qui révèle le génie de notre espèce dans son besoin de s'élever,

en architecture comme en musique, peut nous cueillir enfin et nous réconcilier avec nous-mêmes.
La Cobla Mil.lenària. Comme l'année dernière. Qui vient me chercher du fond de la rue.
Attiré comme un aimant, je descends notre Main Street déserte qui retrouve son âme.
La nuit est suffocante et deviendrait presque douce. La haine pour ma ville se retourne aussitôt,
comme revers de l'amour que je lui porte, heureux de la retrouver dans ce qu'elle a de mieux.
Oui. C'est comme ça que je l'aime. Quand elle assume ce qu'elle est. Qu'elle assume ce qu'elle a.
Qu'elle cesse de se faire passer pour une autre. Et j'en ai des frissons malgré la canicule.
Il fait presque 40 à dix heures du soir. Et l'étau se desserre à l'instant où j'embrasse. Cet instant.
Cette nuit. Cette ville. Que les Perpignanais eux-mêmes ont quittée pour aller sur la côte.
Comment puis-je ne pas être catalan et être fier de l'être comme je le suis ce soir ?
Chaque fois, c'est un fait, la Sardane m'arrache les tripes. Me prend par le col et me colle au mur.
Mon enfance. Castelldefels. Bompas. Barcelone. Le Corte Inglés et les churros. La Lavanda Puig.
Le lait chocolaté sous les pins au petit-déjeuner. La laque de ma grand-mère. La crème anti-moustique.
Le TriNaranjus chez Jesus et Elena carrer de Les Carretes. La canicule délicieusement polluée.
Le Passeig de Gracia. Et mon appartement de jeune homme sur les toits de la Rambla de Catalunya.
Ok. Je ne suis pas catalan. Mais l'odeur des cochons de Figueres m'enchante lorsque je la retrouve.
Et je fonds aux anchois. Et je fonds aux poivrons. Je kiffe l'artichaut, l'abricot et la pêche.
Les cheveux de ma mère. Les roseaux de Salanque et les haies de cyprès.
J'ai pleuré leur odeur très loin outre-Atlantique, aux sirènes de police boulevard René-Lévesque,
sous le phare glacial de la tour Ville-Marie comme au pont de Brooklyn à hurler Manhattan.
Mon village est ici. Et le son de la cobla me crucifie toujours au passé qui me suit,
au passé que je suis, et dont je suis l'écume. Celle de jours heureux qui frémissent encore,
qui crépitent sur le sable mouillé où je me tiens debout.

Catalan. Qu'est-ce que ça veut dire ?
Aragonais ? Toulousain ? Gitan ? Gavatx ? Roussillonnais ?
Ah, oui. Je le confesse. Toulouse comme capitale de région, cela remet de l'ordre dans mon identité.
Le sang et or de la Croix du Languedoc ne m'avaient pas échappé. L'Histoire abonde dans mon sens.
Si tout le monde a couché avec tout le monde depuis que le monde est monde,
les familles de Toulouse et Barcelone ont toujours été les mêmes, et Perpignan y retrouve ses petits.
Depuis Montréal ou Paris, la question semble ridicule. Quand tout se joue dans un mouchoir de poche.
Quand je suis québécois. Quand je suis parisien. Et plus perpignanais que bien des gens d'ici.
Je ne demande rien. On ne demande rien à ceux que l'on aime pour ce qu'ils sont.
Que l'on continue à m'envoyer au diable et à me parler catalan pour me rappeler que je ne le suis pas.
Je fais partie de ce que je vois. Je fais partie de ce que je vis. Je suis la cobla et le Castillet.
Je suis cette nuit caniculaire de juillet. Les platanes du Café de la Poste. Le pavé de la ville.
Je suis ce que j'écris. Et j'écris cette ville. Nous sommes ce que nous aimons.
La lumière orange sur la pierre de mon presbytère. Le ravin de ma rue jusqu'au Campo Santo.
Le marbre de la fontaine. Le bruissement furieux des feuillages aux rafales du vent.
Le galet de rivière des murs et des murailles. Le dédale médiéval. Le quartier de St-Jacques.
Le raffinement caché dans les cours intérieures. Des façades trompeuses. Et ma vie amoureuse.
La chaleur d'une chair que je peux mâchonner à l'envi comme on use un doudou.
Les parfums et les gestes qui font l'intimité entre deux êtres heureux de pouvoir ne faire qu'un.
L'autre peut être gitan, catalan, maghrébin. L'intime est un miracle. La ville en est un autre.
Où l'on peut se retrouver soi-même. A travers quelqu'un d'autre. Dans le regard de l'autre.
Et se trouver meilleur, plus beau et plus brillant qu'on imaginait être.
Mon bébé. Mon Eden. Mon amour de petite ville ingrate. Mon dépit amoureux.
Comme je te déteste. Comme je me déteste lorsque je te déteste. Et comme j'aime ça.
Te quitter pour que j'en chie. Pour que j'en souffre. Pour que tu me manques amèrement.
Comme j'aime ça. Etre malheureux. Le mal du pays. Pour la douleur agréable que c'est.
M'empêcher de pleurer comme un gosse à l'émotion du retour puisque je suis un homme.
Me laisser gagner par tous ces sentiments contraires qui font une relation.
Je ne suis pas catalan... Who cares ? Je suis les Pyrénées. La Méditerranée.
La mer et la montagne. La ville entre les deux.
Et si l'on est d'abord dans la langue que l'on pense avant de la parler,
on est aussi le lieu où l'on revient toujours lorsqu'on veut se sauver
ou pour ne pas se perdre.

Philippe LATGER / Juillet 2015

* Maureso/Quéralt :

Dans le cadre des "Rendez-vous du Guizzo", le collectif Dérives de raison vous invite à le rejoindre à Cent Mètres Du Centre du Monde le mercredi 29 juillet 2015 à 20h30, pour une performance autour de la création de Paola Maureso "Poétique du temps et son-mouvement".

L'invité sera Jacques Quéralt.

Entrée libre sur réservation (places limitées)

Tel:06 35 14 28 99

Email: chore-enco@sfr.fr

* Maureso/Quéralt :

Dans le cadre des "Rendez-vous du Guizzo", le collectif Dérives de raison vous invite à le rejoindre à Cent Mètres Du Centre du Monde le mercredi 29 juillet 2015 à 20h30, pour une performance autour de la création de Paola Maureso "Poétique du temps et son-mouvement".

L'invité sera Jacques Quéralt.

Entrée libre sur réservation (places limitées)

Tel:06 35 14 28 99

Email: chore-enco@sfr.fr

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