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20 juillet 2016 3 20 /07 /juillet /2016 09:11
Journal d'opposition municipale L'Indépendante de l'association Equilibre, Perpignan : 06.25.45.10.88

Journal d'opposition municipale L'Indépendante de l'association Equilibre, Perpignan : 06.25.45.10.88

:             Pour un "débat de front"…

 

 

    Le Front national est-il "républicain"

 

 

      Face aux avancées significatives du parti de Marine Le Pen, aux dernières régionales, en particulier, il faut s'interroger encore sur la vraie nature de ce mouvement, que ses dirigeants refusent de qualifier "d'extrême-droite" (1)

 

Le FN est-il "républicain" ? En effet, en apparence il l'est puisqu'il se plie aux règles de la République, participe pacifiquement aux élections démocratiques, réprime les militants factieux ou corrompus, condamnés par la justice française. 

Cependant, si on peut pointer des pratiques anti-démocratiques dans les mairies tenues par le FN, à Perpignan, on ne peut pas juger : en effet, L. Aliot et ses colistiers sont de simples opposants, assez discrets jusqu'en mars 2016 : affaires des indemnités et primes distribuées par M. J.M.Pujol à quelques conseillers municipaux…

 

Cependant, si on consulte l'analyse très pointue de l'universitaire Cécile Alduy, sur le discours séducteur du parti frontiste, on consente la duperie du double langage… (2)

 

Dans les années 1980/90, les déclarations de J.Marie Le Pen (connu pour ses "hauts-faits" durant la guerre d'Algérie et la création de son parti avec des mouvements et militants fascisants), de Bruno Mégret, puis de son épouse Catherine (3), ainsi que celles de Daniel Simonpieri, maire de Marignane, et de Jean-Marie Le Chevalier, maire de Toulon… le doute n'est plus permis ! 

 

Ces personnages sont condamnés pour insultes, provocation à la haine, à la discrimination et à la violence raciale. En outre, J.M. Le Pen est condamné pour sa contestation des chambres à gaz, pour son calembour "Durafoucrématoire", pour le "détail" de l'Histoire, pour avoir traité le président de SOS-Racisme de "gros zébu fou", et on en passe…

 

Toutes ces déclarations font trembler et il faut rappeler, même si cela semble désormais révolu puisque Marine Le Pen a tué le père et opéré la fameuse "dédiabolisation du Front national"… Rappelons tout de même les propositions du FN en matière de nationalité, datant des années 90 et qui paraissent toujours d'actualité : "Naître en France ne donnerait plus droit à la nationalité française (c'est la proposition récente - 2 avril 2016- de François Fillon, du parti "Les Républicains"- prenant ainsi une idée du FN sur la suppression du "droit du sol"); imposer aux couples "mixtes" une période "probatoire" de dix ans pour le conjoint étranger désireux de devenir français; "la seule voie d'accès a la nationalité serait la naturalisation soumise à "une enquête de moralité" effectuée par la municipalité de résidence…

 

Face à la venue massive des migrants, aux problèmes d'intégration en France des Musulmans, aux problèmes de délinquance et de violence dans les quartiers sensibles, ces "idées" ont un impact auprès de l'électorat français et explique en partie les votes pro-frontistes. L. Aliot jubile, d'ailleurs, quand il déclare que l'actualité, les événements donnent raison au Front (1).

 

L'essor électoral du FN progresse de façon inéluctable : alors que le leader historique n'avait pu se présenter en 1981  à l'élection présidentielle, son parti conquiert des mairies en mars 1983, obtient 2 millions 200 mille voix aux Européennes de juin 84, 2 millions 700 mille voix aux législatives et régionales en mars 86 et 4 millions 375 mille voix aux présidentielles d'avril 88. Aux dernières régionales, ce fut une sorte de "raz-de-marée" autour de 8 millions de voix…

 

Ce succès ne semble pas dû, si on lit les enquêtes nombreuses, -et c'est un paradoxe- au rejet de l'étranger et au racisme islamophobe ou antisémite, mais à des causes sociales. Le vote FN, de révolte, de contestation et souvent de désespoir est un vote contre le chômage : la question sociale est plus importante que les préoccupations migratoires, identitaires et sécuritaires. On assiste en effet à une montée des inégalités, à une paupérisation importante et au déclassement des classes moyennes.

La préoccupation économique, l'enlisement dans la précarité, la persistance de la crise et du chômage entraînent une défiance face à l'avenir; ce pessimisme se conjugue à la colère, à la rancune de nombreux citoyens à l'égard des dirigeants et des gouvernements qui ont promis mais ont trahi. Le fossé s'élargit entre l'élite et les classes populaires comme le fossé se creuse entre les plus pauvres et les nantis.

 

Avec la mondialisation, les"élites mondialisées" et la nouvelle économie, l'électeur du FN croit voir le déclin de son pays; il redoute l'innovation, l'adaptation à la nouvelle donne, l'émergence des pays asiatiques: l'Occident perdrait son influence par rapport à l'essor de l'Asie et de la Chine. Par là, la culture française et la civilisation occidentale seraient menacées… La France est en train de changer, de perdre ses valeurs : c'est le grand "Retournement" décrit par l'écrivain Renaud Camus et diffusé par quelques intellectuels médiatiques…

 

Les responsables politiques devraient avant tout, pour faire reculer le vote FN et la désespérance des Français, améliorer la situation économique et lutter contre les inégalités.

 

Des réponses sociétales sont primordiales plutôt que de combattre le FN "front contre front", lancer des pétitions, écrire des articles et des livres que les électeurs frontières ne liront pas : si le vote FN s'empare des campagnes, de villages paisibles où l'immigré est quasi absent, c'est que l'émotion, plus que la réflexion, règne, que le sentiment obscur, la crainte de l'étranger se sont emparés d'un environnement construit sur la figure hostile de l'immigré, sur un discours masquant la réalité de la société française.

 

On accuse l'étranger, ou le "nouvel arrivant, qui bénéficie souvent d'une retraite et de minimas sociaux…Sur le littoral des Pyrénées-orientales, on accueille beaucoup de monde chaque année. On nous impose des logements sociaux.", comme le dit cet élu. (4)

 

Injustices, délinquance, manque d'écoute, chômage, insécurité sont les mots négatifs qui poussent les citoyens à se porter sur le FN, pour "essayer…on n'a rien à perdre…on a tout essayé…" plus que les termes remplis d'idéologie nationaliste, identitaire, tels que "patriote", "amour de la partie" maniés par les nostalgiques en tous genres : de Vichy, de l'Algérie française, des colonies, d'une France forte, d'un Etat tout-puissant.

 

 

Pour nombre de citoyens, frappés par la crise et aux prises avec une sorte d'irrationnel entretenu par des peurs et le populisme, le FN est un parti comme les autres, le seul recours face à la démission des autres organisations politiques. Et ces électeurs ne se pensent pas comme fascistes, mais comme des Français "normaux", un peu xénophobes, certes, mais comme des gens simples, qui ont besoin de se rassurer en allant vers un chef, un sauveur, un homme (sorte de Messie) ou une femme (sorte de Jeanne D'Arc), qui pourra restaurer l'ordre et la tradition : le FN, qui a compris ces aspirations, semble apporter des solutions simples à des problèmes complexes, tels que la mixité sociale ou la mondialisation et le carcan européen.

 

G. Pompidou, déjà, l'annonçait : 

"Nous sommes arrivés à un point extrême où il faudra recréer un ordre social. Quelqu'un tranchera le noeud gordien. La question est de savoir si ce sera en imposant une discipline démocratique garante des libertés ou si quelque homme fort et casqué tirera l'épée comme Alexandre. Le fascisme n'est pas importable…A nous de savoir si nous sommes prêts, pour l'éviter, à résister aux utopies et aux démons de la destruction. "Je n'étais bon ni pour tyran ni pour esclave", écrivait Chateaubriand…." (6)

 

Rappelons-nous Hitler élu démocratiquement par des millions d'Allemands, puis la montée du nazisme en 1933…

 

 

Il s'avère que l'analyse de l'essor du FN est complexe. Ce qui est évident, c'est la déconsidération des partis traditionnels et l'effondrement de la gauche, sa disparition de nombreuses mairies (comme à Perpignan) et de régions (comme dans le Nord ou en PACA). Il faut revenir à la cause profonde du succès frontiste : la révolte, l'abstention, les trahisons et le vide idéologique de la gauche, du manque d'idées depuis des décennies. Le PS, par exemple, est devenue une machine pour conquérir le pouvoir, dépourvue de militants et de base populaire importante. De même, dans les départements ouvriers sinistrés, les électeurs communistes se sont tournés vers le FN qui leur parle de nation, de défense des plus faibles, de valeurs nationales…

 

 

Le phénomène populiste, extrémiste est européen (l'extrême-droite a de la vigueur même dans les pays nordiques) et mondial (écoutons le discours de Trump aux USA); comme chez nous, il est le symptôme d'une crise généralisée, sociale, politique, identitaire, culture : c'est la fin de la domination de l'Occident sur le reste du monde. Et le FN défend justement un Occident blanc et catholique, qui devrait se replier sur ses frontières nationales. Il s'agit, pour le national-populisme de revenir à des valeurs ancestrales : la famille, la patrie, la virilité, la nation…

 

Face à ce cataclysme, on assiste à une recomposition politique menacée par l'abstention massive : après avoir "joué" avec le FN pour diviser et battre la droite (stratégie de F. Mitterrand), après avoir tenté des expériences dangereuses (J.Blanc, président de la Région Languedoc/Roussillon, gouvernant avec les Frontistes), la "bande des quatre", ou plutôt des deux, désormais : PS et Les Républicains, le monde politique s'éveille avec la gueule de bois. Il essaie de s'organiser en allant dans le sens de l'électorat qui, ne sachant plus pour qui voter, crée des clubs "apolitiques", des partis du "ni-ni", hors partis, comme le fait Macron (6 avril 2016)...

...

JPB

 

(1) Entretien avec Louis Aliot, vice-président national du FN (le blogabonnel du 5 avril 2016).

 

(2) C. Alduy : Marine Le Pen prise aux mots, Le Seuil, Paris, 2015.

 

(3) Maire de Vitrolle, Catherine Maigret, maire de Vitrolles, déclare que "effectivement, il y a des différences entre les races, entre les gènes." (Le Monde du 21 mars 1998, dossier "Horizons" sur le FN réalisé par le service "Société").

Elle déclara aussi au journal allemand Berliner Zeintung: "Un vrai Français, c'est quelqu'un qui l'est par le droit du sang, qui se comporte en Français, aime son pays…" (Le Monde du 25.2.1998)

 

(4) Louis Carles, ancien maire UDI de Torreilles. Article de L'Indépendant du 15 décembre 2015 "Poussée du FN : "On sent le ras-le-bol monter dans les rues".

 

(5) E.Zemmour, A.Finkielkraut, M. Onfray…faisant les couvertures des hebdomadaires rivaux : L'Obs, L'Express, Le Point, Valeurs actuelles…

 

(6) Le Noeud gordien, Plon, Paris, 1974.

 

***suite dans le journal L'Indépendante n° 5, été 2016 - distribué dans les quartiers, gratuit. Contact avec Clotilde RIPOULL et l'association :

 

perpignanequilibre@gmail.com

 

 

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