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7 août 2016 7 07 /08 /août /2016 07:47
photo d'Anie Tor

photo d'Anie Tor

* Littérature : une nouvelle érotique

 

 

L’effet retard

 

Elle est jeune, très jeune. Elle est jolie, non. Elle est ravissante. Ses cheveux sont noirs, presque bleus, une longue frange lisse cache le haut de ses yeux. Sa peau est nacrée, si blanche. Elle est nue, entièrement nue. Son corps est entouré d’une corde, grosse comme son petit doigt. Le chanvre tourne en spirale puis fait un angle droit et repart vers l’épaule, descend vers la taille. Ses jambes sont pliées, la corde passe sous les cuisses, coupe la  fesse fine et musclée, remonte, entourant les bras serrés le long de son torse. Son sein gauche se gonfle sous la pression de la corde qui passe près du mamelon, puis après un tour sous le genou puis la cheville, remonte de l’autre côté de sa poitrine. Sous la pression, le bout de son sein devient turgescent. Ses jambes pliées et enserrées dégagent son sexe blanc et gonflé.

Elle ne bouge pas, elle le regarde, elle l’admire, elle est fascinée par cet homme comme un oiseau est fasciné par un serpent. La corde est serrée, ça lui fait un peu mal. Elle commence à être un peu ankylosée aussi. A présent, l’homme l’enserre un peu plus rapidement, elle ne peut plus bouger, elle sait qu’il va faire vite.

Sa tête alourdie par la frange épaisse, sa tête se penche légèrement à gauche, elle le regarde par en-dessous. Il s’approche et envoie un petit coup de langue sur le téton dressé. Il passe une main douce sur la fleur de son sexe.

-« On y va »

L’homme attrape son appareil de photo et tourne autour de ce corps ligoté, complètement dépendant de sa volonté. Il retend la corde sur une courbe. Gros plan sur le gonflement de la chair. Il effleure la peau douce et sans défense. Il se baisse et capte ces lieux secrets qui lui sont livrés.

-« Regarde-moi »

Elle est à sa merci, mais il ne peut rien faire sans elle. Enfin, il s’arrête de tourner, pose son appareil de photo et éteint le projecteur.

Le maître du bondage connait cette chaleur dans son ventre, ce durcissement de son corps. C’est un rite entre le photographe japonais et son modèle. Elle est soumise, il est le guerrier, vainqueur de sa chair. Il a veillé à laisser libre les ouvertures de ce corps d’ivoire lorsqu’il l’a attachée et maintenant, il ouvre chacune des portes de cette très jeune femme consentante et prisonnière.

Son plaisir le laisse sans force, la bouche sèche, l’esprit en feu. La jeune femme gémit, la douleur de la corde dans sa chair, la bouche gourmande du maître, les doigts qui frôlent, les mains qui pressent sa peau, le corps dur qui la pénètre. Un plaisir fulgurant la traverse, longuement, encore et encore.

-« j’ai mal, détachez-moi »

L’homme reste en elle, ses mains trouvent les nœuds, la corde tourne, tourne et encore, délivrant un bras puis une jambe. Elle frotte ses bras, doucement.

«-« ne bouge pas, reste encore » commande l’homme.

Il déroule la corde, délivre sa proie, son modèle, la douce Liu. Se détache enfin de ce corps si délicat.

Il prépare une grande exposition internationale. Ses photos de bondage sont connues dans le monde entier. Il connaît l’effet retard de ses images sur ceux qui les regardent. Et cet effet, il le cultive, il le travaille. Les visiteurs de l’exposition trembleront un peu sur leurs jambes.

La rosée au cœur du corps des femmes, le gonflement au bout du corps des hommes se calmeront parce que « trop de monde », « trop de bruit ». I

 

Ils se réveilleront avec violence la nuit venue.

Merci Maître.

 

 

Anie Tor

 

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Published by leblogabonnel - dans littérature
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anie 07/08/2016 12:36

merci JP pour ce partage de "l'effet retard".

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  • professeur de lettres, écrivain, j'ai publié plusieurs livres dans la région Languedoc-Roussillon, sur la Catalogne, Matisse, Machado, Walter Benjamin (éditions Balzac, Cap Béar, Presses littéraires, Presses du Languedoc...
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