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19 août 2016 5 19 /08 /août /2016 10:48
Raoul DUFY, l'atelier de Perpignan, 1948.

Raoul DUFY, l'atelier de Perpignan, 1948.

Pour compléter l'article consacré à la création d'un musée François de Fossa/Casa Gélis rue Na Pincarda, à Perpignan :

Alain Gélis, après négociation avec la ville de Perpignan, fera don du tableau de Dufy, qu'il possède depuis plusieurs années (estimation autour de 5 millions d'euros, mais une authentification est à mener). Il s'agit du "Port de Sainte-Adresse", la nuit, dans le style des "cargos noirs", issu de l'atelier de Paris.

 

Ainsi, ce sera le seul tableau de Dufy en possession du musée Rigaud agrandi (prévision fin 2017). La ville pourra alors consacrer une exposition et un itinéraire à cet artiste.

JPB.

 

 

 

*Dufy à Perpignan

 

 

L'artiste a passé dix ans en Roussillon; et pourtant la ville de Perpignan n'achètera aucun tableau de lui…Encore une occasion ratée, de la part des autorités catalanes, des villes de Collioure, de Perpignan, des élus et spécialistes des années 1905/1960…Matisse, Derain, Gris, Picasso, Dali...

 

Il faudra attendre le geste généreux, le legs de son épouse : depuis 1963, neuf toiles et vingt dessins sont en dépôt au musée H.Rigaud. Est en cours un projet de rénovation de neuf oeuvres. *

 

Avant Perpignan, Raoul Dufy effectue un séjour à Céret, en 1922, sur les conseils d'Artigas, artiste important dans le domine des émaux et de la céramique.

 

Ensuite, avec Rubio, architecte de Barcelone, il réalise les plans de "petits jardins" pour des salons miniatures.

 

Dès 1936/37, Dufy commence à souffrir de rhumatismes.

Il crée à cette époque "La fée électricité" (visible au musée d'art moderne de Paris). En 1939, il se trouve à Nice; la guerre arrive, il veut rester dans le Midi, dont l'attirance est très forte.

Il se rend à Céret, où habite Artigas, en exil en 1940 dans la cité cérétane. 

IL a de grosses difficultés financières; en outre il se sépare de sa femme et vit avec Berthe. 

 

A Céret, il se lie avec le poète Pierre Camo; il rencontre le romancier Ludovic Massé en mai 1940, ainsi que Pierre Brune; le créateur du musée d'art moderne le présente au docteur Nicolau; celui-ci va hospitaliser Dufy à la clinique des platanes. Il vivra ensuite durant six mois chez Nicolau, rue Jeanne d'Arc, près du Castillet, à Perpignan. Un atelier, au rez-de-chaussée, lui est aménagé.

 

Cependant cet atelier est sobre; en 1946, grâce à Alfred Sauvy, le démographe catalan, il obtient un nouvel atelier au 2 rue de l'Ange, donnant sur la place Arago.

Là, il peindra La console Louis XV qui montre le sol composé de tommettes, ainsi que les deux fenêtres ouvertes. De sa fenêtre, il va croquer l'animation de la place, les musiciens de la cobra, les danseurs…

 

Il effectue à cette époque des séjours dans les établissements thermaux d'Amélie-le-bains et de Font-Romeu. De même que la maladie, la polyarthrite, le fait souffrir, on peut parler d'une "tyrannie de la peinture" chez cet artiste torturé, au caractère exigeant, rigoureux *** 

 

En Roussillon, Dufy va rencontrer Maillol, Lurçat : il va réaliser des cartons de tapisseries à Vernet, chez les Nicolau, selon ses conseils. A Sant-Vicens, dirigée par Firmin Bauby, il s'adonne à la céramique et réalise des carreaux avec Prolongeau.

 

Mélomane, il contacte le docteur Puig, pour rencontrer Pablo Casals. En 1949, il est présent au premier festival consacré à Bach, à Prades, sous l'égide de Pau Casals; à la suite d'un reportage d'un journaliste américain, pour la revue "Life", Dufy est repéré par un médecin qui remarque ses mains crispées. C'est ainsi que, en avril 1950, il est accueilli à Boston par ce médecin qui lui faire suivre le premier traitement à la cortisone.

Dufy va mieux, mais il revient bien bouffi en 1951, en France…

 

L'année 1952 est l'occasion de deux grandes rétrospectives à Venise et à Genève.

Dufu s'installe désormais à Forcalquier, vile la moins humide de France; Jean Giono le contacte.

 

Le peintre de la lumière jusqu'au noir, soleil calciné, comme dans la série des "Cargos noirs", décède en mars 1953…

 

 

JPBonnel

 

- - -

 

* voir les photos sur Facebook "mur" du musée H. Rigaud.

 

**Sur Dufy en Catalogne, lire "30 balades culturelles en Catalogne", par J.P.Bonnel (Presses du Languedoc-22 euros-  ou chez l'auteur et dédicacé : 15 euros - 0631690932)

 

***à ce propos, lire la correspondance Dufy/Massé.

 

**** Références:

Articles de M.Claude Valaison (publications du musée Rigaud)

Exposé de Claire Muchir - 7 mai 2015 - au musée Rigaud.

Le blog de louisiane.catalogne.over-blog.com
21 mai 2011
Le séjour Perpignanais de Raoul
Dufy


Le 10 juin 1940, l'Italie déclare la guerre à la France. Par crainte des bombardements, Raoul Dufy (1877-1953) quitte Nice avec sa femme pour les Pyrénées-Orientales. Le peintre natif du Havre, qui a souvent peint la plage de Sainte-Adresse et des paysages proches de Marseille (Martigues, l'Estaque...) - le thème des régates comme celui de la musique fait partie de sa vie -, est connu pour avoir réalisé, en 1920, les décors et les costumes du "Boeuf sur le toit", un ballet de Jean Cocteau, mis en musique par Darius Milhaud, et, en 1937, une fresque gigantesque présentée à l'Exposition universelle de Paris, à la gloire de la "Fée Electricité".
"Le poète (*) n'oublie pas ses amis des Six. Pour eux, il décide de monter un spectacle à la comédie des Champs-Elysées, louée pour quelques représentations à Hébertot. C'est Etienne de Beaumont qui se charge de faire la salle en demandant à tout le gratin de Paris de louer des places. Le shah de Perse, de passage, paiera même 10 000 francs une loge. Ne faut-il pas voir ce qu'il y a de plus insolite à Paris ?


Il ne sera pas déçu. Cocteau a écrit lui-même l'argument du "Boeuf sur le toit", un ballet pantomique inspiré à Milhaud par une matchiche entendue au Carnaval de Rio. Les clowns Fratellini y font merveille dans une chorégraphie bouffonne, ainsi que dans "Adieu New York", un fox-trot de Georges Auric. Satie est représenté par ses "Trois petites pièces montées" et Poulenc par les "Cocardes" sur un poème encore de Cocteau. Une partie de la salle siffle, l'autre trépigne d'enthousiasme. Cocteau, fiévreux, contient mal sa joie, en ce soir du 20 février 1920." (1)

Raoul Dufy est atteint de polyarthrite et c'est à Céret, dont on lui vante la climat favorable, qu'il se rend et qu'il fait la connaissance de Pierre Brune, peintre à l'origine de la création du musée d'art moderne du chef-lieu du Vallespir. Malgré la douceur du climat, l'état de santé de Dufy ne s'améliore pas et sur les sollicitations de Pierre Brune auprès de son ami le docteur Pierre Nicolau, il est admis, au début de l'année 1941, à la clinique des Platanes à Perpignan. Après un séjour bienfaisant dans cet établissement hospitalier, le docteur Nicolau invite le peintre chez lui rue de la Poste [cf. l'article sur Cocteau et Marais du 18 mars] où le salon de l'appartement devient l'atelier de Dufy pendant six mois. Il y peint "Atelier de la rue Jeanne d'Arc à Perpignan" (musée des Beaux-Arts de Valence), "Atelier de Perpignan rue Jeanne d'Arc", "Atelier de Perpignan, la Frileuse" (ces deux derniers au musée d'Art moderne de la ville de Paris).

En 1943, Dufy retourne à Paris, dans son atelier de l'impasse Guelma (18ème arrondissement) où il détruit 300 dessins et aquarelles qui lui paraissent tous mauvais. C'est dans cet atelier qu'il loue depuis 1911, et qu'il conservera jusqu'à son décès, qu'il a peint "L'Atelier de l'impasse de Guelma" (1935), tableau dans lequel "on y retrouve les couleurs préférées de Dufy, rose, bleu et orange, des accents de vert et de rouge unis par un blanc lumineux, et l'indispensable ligne noire, omniprésente. La fenêtre, esquissée en blanc, fait écho à la forme du chevalet. A travers la vitre et les murs transparents, l'intérieur et l'extérieur se confondent ; Dufy incorpore l'architecture de la rue à celle de l'atelier, le monde concret entre dans la toile." (2)


En 1944, Dufy réalise les décors et les costumes de la pièce d'Armand Salacrou, mise en scène par Pierre Dux et jouée à la Comédie Française, "Les Fiancés du Havre". Après un séjour à Vence, il s'installe, en 1946, dans un atelier à Perpignan, à l'angle de la place Arago et la rue de l'Ange, où se trouve une imposante console rococo surmontée d'un grand miroir que l'on voit dans un tableau "Le Compotier de pêches à la console", daté de 1948, et exposé au musée d'Art moderne de la ville de Paris. La console et le miroir deviennent "des éléments de liaison dans les oeuvres exécutées par Raoul Dufy à cette époque" où "le miroir dans ces différentes oeuvres ne renvoie aucun reflet, il intervient en tant que composante lumineuse de l'ensemble". (3) C'est l'époque où il encontre le violoncelliste Pau Casals et où il reçoit de nombreux amis, dont Marcelle Oury, mère du réalisateur de "La Grande Vadrouille", qu'il a rencontrée à Paris, le 24 juin 1911, lors d'une soirée mémorable donnée par le couturier Paul Poiret, une fête persane baptisée "La Mille et deuxième nuit", pour laquelle Raoul Dufy avait dessiné les invitations et avait décoré le velum qui protégeait le jardin de la chaleur de l'été naissant.

Pour Marcelle Oury, Dufy peint "Nature morte aux poires et aux citrons" (1946), aquarelle sur papier qu'il dédicace d'un "A Marcelle Oury que je retrouve à Perpignan ce 23 fév. 1946 - Raoul Dufy".

"Sur une corbeille de fruits de Raoul Dufy

Sur un fond bleu, comme d'un ciel glacé d'hiver,
s'offrent dans la blancheur d'une porcelaine ajourée
la rouge pomme colorée,
avec l'acide grappe verte, et quelque amer
citron à l'écorce dorée ;
Mais plus que tes couleurs, que tes froides saveurs,
y chantent les douceurs dont ta mélancolie
pare tes dernières faveurs,
belle saison d'automne en l'hiver abolie !" (4)

"De sa fenêtre, Dufy pouvait voir les fêtes et l'animation de la place Arago (sardanes et carnavals) mais aussi les fenêtres de l'appartement de son ami l'écrivain roussillonnais Ludovic Massé, qui habitait rue Vauban, de l'autre côté de la place." (5)


Son état de santé contraint Dufy à faire une cure à Caldes de Montbui (Catalogne Sud) et même à partir pour Boston (Etats-Unis), où il subit un traitement à la cortisone dans l'hôpital du professeur Freddy Homburger.
Raoul Dufy s'installe ensuite à Forcalquier (Basses-Alpes) où il décède le 25 mars 1953.


(*) Il s'agit de Jean Cocteau.
(1) Extrait du livre de Gilbert Gilleminault et Philippe Bernet, "les Princes des Années Folles".
(2) Extrait du catalogue de l'exposition au musée du Luxembourg (Paris), "la Collection Phillips à Paris" (2005).
(3) Extrait du catalogue de la Collection Gérard Oury mise en vente à Artcurial (Paris) en avril 2009.
(4) Poème de Pierre Camo (1877-1972) qui fonda avec Paul Valéry et quelques autres le groupe néo-parnassien de la Pléiade.
(5) "Perpignan, le dernier havre de Raoul Dufy" par Marie-Claude Valaison (musée Rigaud, Perpignan).

Photo, au premier plan, l'immeuble où Raoul Dufy avait son atelier dans les années 40.

© Pascal Yvernault, que je remercie ici.

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  • professeur de lettres, écrivain, j'ai publié plusieurs livres dans la région Languedoc-Roussillon, sur la Catalogne, Matisse, Machado, Walter Benjamin (éditions Balzac, Cap Béar, Presses littéraires, Presses du Languedoc...
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