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13 septembre 2016 2 13 /09 /septembre /2016 10:11
Théâtre de la Rencontre - Le Cahier du Barcarès -
Théâtre de la Rencontre - Le Cahier du Barcarès -

Théâtre de la Rencontre - Le Cahier du Barcarès -

 

Patrimoine du Pays catalan : ce n'est pas que le folklore, la sardane, le costume, les chansons...C'est le produit de l'Histoire, ce territoire: passages, guerres, camps de concentration, ignominies...

 

***La bataille de Peyrestortes :


Voici les derniers articles parus sur le site du THÉÂTRE DE LA RENCONTRE :

LE THEATRE DE LA RENCONTRE JOUE À ALENYA

Le samedi 17 septembre, à 21 heures, aux Caves Ecoiffier, Salle Marcel Oms, le THEATRE DE LA RENCONTRE jouera : LE TROU AUX COCHONS ou LA BATAILLE DE PEYRESTORTES  
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LE TROU AUX COCHONS- ALENYA
Le théâtre de la Rencontre joue Le trou aux cochons ou la bataille de Peyrestortes samedi 17 septembre à 21h à la salle OMS d'Alenya.  
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RIVESALTES :

**Michel LLOUBES :

 

UNE MEMOIRE SANS MEMORIAL

 

Etre né à Rivesaltes, en 1948, quelques mois après que le dernier allemand prisonnier de guerre du dépôt N° 162 ait quitté le camp du même nom, vous confère quelques obligations… Déjà, envers ces derniers, totalement oubliés, alors qu’ils ils furent presque 10 000 à courir après la faim, et qu’ils sont les seuls à ne pas avoir leur stèle commémorative dans l’impressionnant alignement de la route d’Opoul ! Juifs, Espagnols, Tziganes, Harkis, Sans papiers du XXI e siècle, ont leur monument. Pour les Allemands, tout juste une petite vitrine dans le Mémorial, avec la photo, malheureusement tronquée de l’impressionnant alignement de croix dans leur cimetière. Bon, c’étaient des Boches, d’accord, mais censés être protégés par la convention de Genève, ils laissèrent ici plus de 500 morts ! Triste record absolu, toutes périodes confondues. 

 

Faut-il épiloguer sur cette salutaire alternance qui régit le fonctionnement de ce camp durant tant d’années qui virent les vainqueurs devenir victimes, à leur tour, et, aujourd’hui, considérer comme juste et légitime la mise à l’écart des prisonniers allemands, dans un lieu sensé symboliser l’enfermement et l’oppression sous toutes ses formes ? Ou bien faut-il en conclure que leur expiation derrière les barbelés reste toujours considérée comme insuffisante, alors que nous vivons dans une Europe réconciliée et enfin (presque) unie ? 

 

Les vastes espaces libres entre les îlots du camp de Rivesaltes furent pour mon enfance un terrain de cueillette où suivant les saisons, les Rivesaltais venaient récolter ce que cette terre âpre produisait : asperges sauvages, girboules, pourrices, câpres, pometes de la Mare de Deu, cargolines, fenouil, amandes, et ce n’est que dans les années quatre-vingt -dix qu’elle devint pour moi, terre de stress, d’interrogations, sans jamais devenir, pourtant, terre de rejet… Phénomène inexplicable. J’y ai par la suite, une fois son histoire exhumée, erré longuement à la recherche de traces de ce drame que je n’avais pas soupçonné auparavant.

 Et un beau jour, miracle, avec un groupe d’élèves du lycée Maillol à qui j’ouvrais la route, nous découvrîmes la baraque K12, celle qu’avait cherché vainement l’infirmière suisse, Friedel Bonhny Reiter, lors de son premier retour en ces lieux. Elle renfermait presque intacte, une magnifique fresque qu’elle-même avait fait peindre en 1941. Elle avait voulu donner joie à ce foyer où elle accueillait, nourrissait et soignait les jeunes enfants internés, espagnols et juifs. Il y avait des paysages suisses, montagnes et vallons, chalets, vaches et oiseaux, fontaines, joueur de l’alphorn, bref, une magnifique évocation de paix et de sérénité, un petit havre de bonheur dans l’univers impitoyable du camp. 

 

Christian Bourquin vit la fresque et la fit protéger, puis démonter, afin qu’elle puisse figurer en bonne place au cœur du Mémorial. Il y tenait. Elle est en effet, la manifestation la plus éclatante qu’en ces périodes noires, il y avait eu en ce camp des hommes et des femmes capables d’amour.

 

Mais voilà, cette fresque, n’est pas exposée dans le Mémorial ! Et son absence en a amené plus d’un à s’interroger : est-elle jugée trop positive au regard de l’image générale que l’on entendait donner à voir de ce camp ? En effet, que seraient venues faire ici, en cet étalage vitrifié des pires noirceurs, ces chalets et ces vertes montagnes, ces vaches paissant paisiblement au son bucolique de l’alphorn ? La question reste posée, comme restent entières les interrogations cumulées au cours des vingt années durant lesquelles je suivis journalistiquement l’histoire de la redécouverte de ce camp unanimement qualifié d’Enfer, avec une majuscule. 

 

Il est trop, ce mot, Enfer ! Pourtant, ils sont nombreux les Rivesaltais à l’avoir maintes fois entendu, collé à ce camp qui porte le nom de leur village natal. Et malheureusement, ils sont peu, journalistes et historiens, à avoir essayé de nuancer, bien au contraire, préférant laisser courir les amalgames, camps de concentration, rimant si joliment avec extermination… Etonnez-vous, alors que depuis les années quatre-vingt-dix, date de la redécouverte de ce camp, l’on se soit pris à dire, et de bon ton à répéter, que devant l’énormité de ce malheureux voisinage, les Rivesaltais étaient restés timorés, muets, agacés, bref qu’ils s’étaient cachés sous la fameuse « chape de plomb» pour ne plus rien entendre et ne plus rien dire, sous-entendu : tant ils avaient honte … 

 

Qu’auraient-ils pu faire d’autre, devant l’escalade de superlatifs anxiogènes et de métaphores culpabilisatrices, conjugués à tous les temps d’indignité, sinon se voiler la face et pourquoi pas, se couvrir la tête de cendres ? 

Oui, le camp de Rivesaltes fut un des maillons de la Shoah, sans que sur place, dit-on, n’en connussent jamais la finalité, ni les 2 300 déportés dont le dernier s’en fut en novembre 42, ni ceux qui les gardèrent. 

 

Oui, au camp de Rivesaltes entre 1941 et 1942, la vie fut très dure. Ils furent près de 20 000 internés à connaître la faim, la maladie, les poux, le froid, la corruption, le marché noir, bref, tout ce que Vichy put faire de misérable à ces populations qu’il avait baptisées « indésirables ». Triste bilan de tout cela : 200 morts, Espagnols et Juifs. Ces derniers, au nombre de 125, ont leur nom gravé sur le monument du cimetière du village. 

 

Oui, encore, il est naturel de s’appesantir sur la mortalité, très forte, surtout durant l’hiver 41/42, et c’est vrai qu’un seul mort, est déjà un de trop. Mais que ne met-on on en face le chiffre de ceux qui furent sauvés grâce essentiellement aux cinq organisations humanitaires qui œuvraient à l’intérieur du camp. Un chiffre facile à calculer, une simple soustraction entre le nombre total d'internés et celui des morts qui donne un résultat spectaculaire, miraculeux pourrait-on dire, si l’on ne savait le dévouement, le désintéressement, le courage, l’abnégation, de tous ceux qui se sont battus pour que ce camp, justement, ne soit pas un enfer. 

 

Oui, enfin, l'enfer a existé, et ce ne fut pas Rivesaltes, dont ils ressortirent nombreux et vivants, mais Auschwitz dont aucun ne revint ! Et si certains vieux survivants du camp de Rivesaltes, aujourd'hui, dans des témoignages pas toujours filtrés par les historiens, le chargent violemment, personne ne peut dire quel dernier regard lui jetèrent les 2 300 déportés, en montant dans les wagons qui les emportèrent si loin de la vie… 

 

Hier, dans un pays vaincu, humilié, bâillonné, ruiné par la guerre, les réquisitions, et qu’elles qu’aient été les motivations inavouables de Vichy et les misérables conditions de vie imposées aux internés, le camp de Rivesaltes à accueilli des réfugiés. Aujourd’hui, dans un pays d’abondance, de surconsommation et de sur-information, nous, calés dans notre canapé, regardons sans broncher mourir leurs enfants sur nos plages.

 

Alors samedi, à 15 heures au Palais des Fêtes de Rivesaltes, il ne sera pas question d’enfer, ni de paradis, mais plutôt de plaidoyer, un peu aussi de réquisitoire, tenus non par un historien, juste un ancien journaliste et surtout un Rivesaltais.


(C) Michel LLOUBES
 
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Le BARCARES :
 

***Le Barcarès

 

 

Le cahier de Barcarès. Les uns tuaient, les autres alphabétisaient

 

"Dans les camps de la honte et du mépris, des ateliers communistes, anarchistes, socialistes, d’édition, de poésie, clandestins, servaient d’antidote à la brisure fondamentale, au manque, à la patrie à défendre, à recréer, au besoin résistant de cultiver les valeurs humanistes, au rêve de République sociale universelle." 

 

J’écris beaucoup... Un jour, le poète halluciné et hallucinant Serge Pey, dans un accès de lucidité quichotesque, s’écria : « écrire, c’est donner ».  Il n’y a plus de « fous censés »... Alors écrivons, disputons la parole aux bourgeois, aux exploiteurs (archaïsmes), parias : passons-nous le relais verbal...

 

Mon père, communiste espagnol, comprenait peu de choses à mes études françaises, mais il me cravachait pour être parmi « les meilleurs ». Il fallait que le « fils de rouge » monte sur l’estrade recevoir un prix lors de la fête des écoles, des mains du maire... socialiste, devant le village réuni. Les méthodes pédagogiques de mon « commissaire politique » relevaient davantage du martinet que de la remarquable et avant-gardiste « pédagogie moderne » de l’anarchiste catalan, exécuté, Francisco Ferrer, dont s’inspira Célestin Freinet. J’obéissais sans trop comprendre. Enrique inventait des citations de la Pasionaria et de Lénine sur les livres, la lecture, l’école...

 

Plus tard, je me suis rendu compte que la plupart des Républicains et antifascistes espagnols avaient une obsession : que leurs enfants « s’intègrent » (mot valise), « réussissent », qu’ils n’aient pas « nuestra vida de perro ». Cette espèce de désir de revanche de classe, de volonté d’émancipation par le savoir, par l’enseignement, « les lumières », la République la porta jusqu’aux villages les plus reculés d’Espagne, par le doublement du budget de l’éducation, par la création de milliers de postes, d’écoles pour tous enfin libérées du joug de l’Eglise, des « caciques », de l’obscurantisme et de l’endoctrinement, devenues mixtes, gratuites...

Après la journée de travail, prolétaires et ouvriers agricoles, femmes du peuple, se réunissaient dans les « Casas del pueblo », les « Ateneos », les locaux syndicaux de la CNT et de l’UGT pour écouter et commenter la lecture du journal... Apprendre, apprendre, ce souci fut de tous les instants. Le front, le camp, les prisons, devenus des universités populaires...

 

J’ai trouvé, comme disait Pasolini, la clé de l’histoire, de « la passion des fils qui voudraient comprendre les pères », la clé de ces universités du peuple, de cette désaliénation, de cette nécessité de démocratiser la culture, de partager le savoir, dans le grenier de mes grands-parents « manchegos » : une liasse de feuilles jaunies, disparates, nouées, portant l’inscription « Camps de Barcarès », ces « camps de concentration » dans lesquels, derrière les « alambradas » (barbelés), à même le sable de la plage, en février 1939 -un hiver impitoyable- nos parents -grands-parents, les premiers combattants antifascistes, furent entassés, maltraités, humiliés, réprimés. Le ministre de l’Intérieur, de centre-gauche, s’appelait Albert Sarraut et avait lancé, en avril 1927 à Constantine : « le communisme, voilà l’ennemi ! ». On comprend Albert pourquoi vous et les vôtres fîtes le « choix de l’infamie » en accueillant comme des bandits, des « indésirables » dangereux, les Républicains espagnols...

 

Le cahier de Barcarès porte l’adresse de la baraque de mon père : pavillon 24, îlot J. Il venait d’Argelès sur mer (Camp 7, groupement B, baraque 182). Dans une lettre du 29 septembre 1939, Enrique donne à ses parents une vision paradisiaque du camp, pour les rassurer : « tous les jours je me baigne deux fois », « ma vie est satisfaisante ». Quand cloaque et enfer deviennent paradis derrière les « alambradas » ! Ce cahier contient des exercices de math, des cours de langue, de géographie... « L’école du parti »

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Dans ces camps de la honte et du mépris, des ateliers communistes, anarchistes, socialistes, d’édition, de poésie, clandestins, servaient d’antidote à la brisure fondamentale, au manque, à la patrie à défendre, à recréer, au besoin résistant de cultiver les valeurs humanistes, au rêve de République sociale universelle. Cette résistance culturelle disait en positif l’émancipation humaine, marquée du sceau du communisme, de l’anarchisme, de la révolution... Jamais la plupart des antifascistes espagnols ne se sont résignés au néant. Alors, Albert, on comprend dès lors pourquoi toutes les droites, tous les « centre-gauche » feuilles de vigne, ne sont pas allés au bout de la condamnation du franquisme. Ils considéraient et considèrent encore que le « golpe » et la dictature étaient nécessaires pour écraser, anéantir, le « cahier de Barcarès » et toute possibilité d’un monde nouveau.

 

 

par Jean Ortiz

Samedi, 13 Août 2016 

 

 

(C) newlogohumanitefr-20140407-434.png

 
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  • professeur de lettres, écrivain, j'ai publié plusieurs livres dans la région Languedoc-Roussillon, sur la Catalogne, Matisse, Machado, Walter Benjamin (éditions Balzac, Cap Béar, Presses littéraires, Presses du Languedoc...
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