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28 novembre 2016 1 28 /11 /novembre /2016 08:58
COLUCHE

COLUCHE

Un monde ancien (Mai 1981 - Mai 2017)

 

 

Le 10 mai 1981, depuis 19 heures, comme des millions de Français, je me trouvais devant la télévision. Dans l'attente des résultats de l'élection présidentielle. Les éclats de voix, les cris et le slogan "Mitterrand Président", furent proportionnels au silence qui se fit devant la petite lucarne, à 19 heures 59 : énormes, assourdissants ! 10, 9, 8, 7...égraina le journaliste, créant ainsi un suspense insupportable. Soudain, l'image, partie du haut de l'écran, montrant un crâne dégarni, qui semblait être celui de Giscard D'Estaing, se montra entière; elle révéla le visage du gagnant : c'était incroyable, c'était Mitterrand ! 

 

Alors, les amis rassemblés dans mon petit appartement de Forbach (j'avais été nommé professeur de Lettres en Lorraine, au Collège de Stiring-Wendel, (où Patricia Kaas fit sa scolarité, et au lycée technique de Saint-Avold), n'écoutèrent plus les commentateurs : ils se levèrent, se ruèrent aux fenêtres pour crier leur joie et ce fameux slogan qui avait scandé la campagne électorale : "Mitterrand Président". Puis, l'un après l'autre, nous appelions au téléphone un ami, un parent, une connaissance qu'on savait "de gauche"... Nous n'entendions presque pas notre correspondant car les camarades s'égosillaient toujours aux fenêtres du cinquième étage de ce  petit immeuble du centre de Forbach. Peu importe : on criait aussi au téléphone "Mitterrand Président". On ne se rendait pas vraiment compte de la réalité de l'événement, mais il fallait crier, il fallait faire sortir ces années de frustration, ce septennat d'un Président hautain et restaurateur d'une vieille aristocratie libérale. La "Société libérale avancée", c'était fini; à présent, place au "socialisme". C'était une époque d'espoir et de croyance simpliste en une union de la gauche capable de "changer la vie". On allait vite déchanter : dans deux ans, le tournant économique... la rigueur...

 

Mais dans l'immédiat, on chantait ! Nous chantions si fort, Marseillaise et Internationale mêlées, que soudain, une voix plus forte que toutes les nôtres réunies, jaillit de la maison d'en face : une tête rougeaude sortit, puis un corps en colère, et une main qui tenait un fusil... L'individu s'adressa à nous en gueulant : "Si vous n'arrêtez pas de crier, je tire dans le tas !" Nous fûmes tellement surpris que le silence se fit en nous, nous oppressa. La lutte des classes, ou la guerre civile, c'était peut-être ça... La France allait-elle se déchirer..? 

 

Nous quittâmes les fenêtres : revenir à la télé, manger un morceau, parler presque à voix basse... On ne pouvait plus rester là, dans cet appartement trop petit, étouffant. Nous allâmes rejoindre les militants du futur député socialiste, élu grâce à la vague rose -un inconnu, sans charisme, mais le premier venu aurait pu être élu !- dans la petite ville minière de Carling. C'était la fête, l'union de tous ceux qui avaient tracté, accompagné les candidats de la gauche unie sur les marchés. Enfin, on pouvait crier en toute liberté, on pouvait se défouler... Et le type de Forbach, que faisait-il, là-bas ? Avait-il tué quelqu'un dans la nuit du dix mai..? Non, aucun fait divers sanglant ne fut signalé le lendemain ! Le pauvre gars était peut-être seul, ou il devait se lever le lendemain de bonne heure pour travailler. Il n'était peut-être même pas de droite; simplement, il faisait partie de cet ensemble de Français, de plus en plus nombreux, qui allaient être marginalisés et délaissés par les politiciens de tous bords.

 

En mai 1981, nous étions heureux ! Nous étions encore jeunes et pleins d'illusions ! Nous ne savions pas tous les secrets de la vie de Mitterrand. Nous n'imaginions pas qu'allaient s'amplifier le pouvoir de l'argent, l'emprise de la mondialisation, la montée du racisme... Malgré les désillusions, j'ai adhéré au Parti socialiste, j'ai milité, j'ai rencontré des gens formidables, des amis. Mais, que de couleuvres avalées ! La découverte que, dans un parti politique, on travaille pour élire un maire, un député, pour accéder au pouvoir. Mais pour quoi faire ? Le pouvoir pour le pouvoir. Pour la gloriole, l'argent, l'ego... Déçu, j'ai adhéré au mouvement des citoyens -devenu le MRC- de Jean-Pierre Chevènement. Cinq ans d'un autre militantisme, plus moral, plus rigoureux, gratuit : Chevènement est trop honnête pour gagner et demeurer au pouvoir...

 

1981. J'avais à peine trente ans ! Trente ans plus tard, je ne renie pas cette époque. Cependant, je suis meurtri, dépourvu de perspective et d'espérance. 

"Tranformer le monde" : la fameuse formule de Marx sonne creux, désormais, pour moi.... Ni le monde ni l'homme ne change : après un vingtième siècle au faîte de l'horreur, le XXIème n'est pas plus réjouissant : guerres, désastres, pollutions en tous genres, fossé grandissant entre les très riches et les misérables... Il faudrait remettre le compteur à zéro ! Une révolution radicale ? 

 

      Mai 2011, si on s'indignait, s'insurgeait, se révoltait...?  Si, du passé, nous faisions table rase..?

 

      Mai 2017… Aucun candidat à la présidentielle ne fait rêver...

 

JPBonnel

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Published by leblogabonnel - dans politique
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  • professeur de lettres, écrivain, j'ai publié plusieurs livres dans la région Languedoc-Roussillon, sur la Catalogne, Matisse, Machado, Walter Benjamin (éditions Balzac, Cap Béar, Presses littéraires, Presses du Languedoc...
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