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20 décembre 2016 2 20 /12 /décembre /2016 07:38
Place du Puig, coeur du quartier gitan de Perpignan (photo JPB)

Place du Puig, coeur du quartier gitan de Perpignan (photo JPB)

    Seule la beauté sauvera le monde...

 

Certes, on peut en douter quand on assiste à la destruction de sites antiques par des fanatiques religieux : Palmyre, etc...

   Seule la beauté sauvera la ville...Pas seule, mais d'abord elle !

 

La beauté sauvera le centre historique de Perpignan. La cité catalane en a les moyens, les atouts du patrimoine, la vigueur de ses galeristes, l'imagination de ses artistes et artisans !

Loin des quartiers périphériques voués aux lotissements résidentiels sans âme, loin de l'uniformisation des zones "artisanales" grises et moches, rongées par les hypermonstres de la consommation...

 

La ville centrale peut s'en sortir si elle redevient le lieu de l'échange et de la liberté : l'espace du flâneur, du piéton, de l'esthète qui prendra le temps de lever les yeux pour admirer l'urbanisme et les façades plurielles ! La ville pourra ressusciter si ses habitants se donnent des occasions de rencontres, de dialogues, sur des places musicales, sur des terrasses offertes aux poètes, sur des avenues consacrées aux gens du cirque, du théâtre, de la littérature, tous les jours, toute l'année, pas le temps d'un jeudi, d'un été, d'un objectif simplement touristique et financier !

 

Ces temps-ci, de décembre, la ville mise sur l'animation, plutôt furieuse, avec ces groupes qui font du bruit, au pied de la Cathédrale Saint-Jean, sur la place Gambetta (mais avec le jazz plus harmonieux, rue des Cardeurs, c'est vrai, grâce à un restaurateur) : on rêve à une place réservée à la cobla, à la sardane; une autre aux talents d'ici, aux jeunes, aux groupes mêlés, métis, des musiques du monde…

 

La villa sortira de son marasme si elle lutte contre la peur, la pauvreté, l'exclusion qui s'impose dans le coeur de ville : il n'est pas question de rejeter les miséreux (comme à Paris, créant un centre réservé aux bobos du Marais, aux gauchistes bourges…) avec des loyers chers, avec la destruction massive d'édifices…

 

Faire cohabiter les catégories sociales et ne plus voir l'hémorragie des cadres, des nouveaux riches du numérique et des prothèses de la fausse vie hanter des boulevards de ceinture, pour la quête de la sécurité égoïste, du cynisme de l'argent et le privilège des apparences de la mode, de la belle voiture…de la vacuité culturelle, en réalité !

 

Nos enfants ont-ils droit de cité ? 

Oui, avec le Conservatoire, les écoles de danse, de théâtre, de cirque…à aider, à augmenter !

 

Nos vieux ont-ils droit de cité ? 

Souvent ils échouent dans les maisons de retraite des nouvelles villes dortoirs…

 

On peut, bien sûr, préférer explorer l'espace urbain ruiné, visiter les endroits laissés à l'abandon, trouver du plaisir morbide à photographier la laideur des maisons blessées, des immeubles insalubres, des véhicules calcinés… Faire dans l'Urbex, cette exploration de la ville à l'abandon…Graffiti, street art, créations et défoulements contemporains jouissent de l'opportunité de ces murs délaissés, de la possibilité de s'exprimer dans la lèpre de façades en déshérence…

Les émules et compagnons de Warhol ont commencé par là et ont pu devenir millionnaires…

 

Je préfère, quant à moi, revenir à la beauté, idée difficile à définir, composée d'harmonie, d'inédit, de subversion, d'exploration des limites, de transgression, de non acceptation de la norme et de la morale traditionnelles…

 

Le débat sur la crise du coeur de ville s'éternise et les solutions apportés ressemblent à des sparadraps sur des cancers. Il faudrait à tout prix sauver les commerces centraux qui manquent d'imagination ? 

Il faut aussi aider ceux des quartiers car ils créent des emplois, permettent à des couples de profiter de la proximité au lieu de se perdre dans l'encombrement et le stationnement du centre-ville ! En outre, certains commerçants du coeur ont un commerce dans les galeries marchandes des supermarchés qu'ils critiquent ! Hypocrisie, aveuglement ! La ville est riche et animée surtout en périphérie et dans le grand Saint-Charles !

 

Bêtise et absurdité que de vouloir sauver des commerces non pensés, des commerçants véreux (1), la pléthore de magasins de vêtements… Ce n'est pas cela qui fait venir les foules. Elles viennent par jour de douceur, de soleil, et ces dimanches de décembre où la ville sait métamorphoser les rues grâce aux illuminations, à la grande roue, à l'incongruité d'une patinoire, à la grâce d'une musique qui anime le blanc décor…

 

La foule vient là où niche la beauté. Celle-ci peut sauver Perpignan, devenue ville-musée, où l'on peut marcher sans crainte, entrer dans mille musées : échoppes d'artisans, ateliers d'artistes…Au lieu de casser des maisons, avoir l'intention de fracasser la rue des Augustins pour créer une artère vers Cassanyes, inviter, aider les créateurs, les jeunes artistes et les autres, à investir le centre…Ne pas attendre l'ouverture du "Big Rigaud" qui risque d'être une coquille creuse, les chefs-d'oeuvre n'étant pas légion dans les réserves de l'hôtel Delazerme…

 

Conserver le spectacle des façades de la place de la République en donnant de l'essor au théâtre, fantomatique, peu exploité !

 

Créer des halles gastronomiques, de qualité, sur l'horrible dalle-parking Arago. Redorer ce nom illustre en revenant à la beauté du verre et du fer -détruite à Paris, mais encore présente sur la rambla de Barcelona-  en permettant à des exploitants agricoles, à des néo-ruraux... de venir présenter leurs produits. Perpignan, capitale du bio, de la vraie-bouffe…

 

Un slogan dans cette optique…à inventer, pour différencier Perpi, cité médiévale, cité méditerranéenne de caractère, ville de Visa, mais à l'image incertaine, souvent abîmée par le scandale des faits-divers et des anecdotes politiciennes

 

Perpignan-ville musée, Venise du Sud, sauvée des eaux troubles… Sauvée par la culture et la beauté, épaulée par le commerce et l'économie des zones périphériques ! 

 

JPB

 

(1) Demain, délation : ces commerces qui peuvent crever !

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Published by leblogabonnel - dans perpignan
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  • professeur de lettres, écrivain, j'ai publié plusieurs livres dans la région Languedoc-Roussillon, sur la Catalogne, Matisse, Machado, Walter Benjamin (éditions Balzac, Cap Béar, Presses littéraires, Presses du Languedoc...
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