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13 janvier 2017 5 13 /01 /janvier /2017 09:06
Jeanne et Baudelaire
Jeanne et Baudelaire

Jeanne et Baudelaire

Café philo sur le flâneur :

après un début à la bibliothèque de Banyuls, sur W.Benjamin et la photographie, une deuxième réunion au restaurant "les 9 caves" (Banyuls) sur Baudelaire, voici un 3° café philo au bar du front de ler "Le grand large", sur Baudelaire, le fla^neur et l'étude de W.Benjamin...Venez nombreux !

 

Nom de l’événement : Café philo de l'Association Walter Benjamin

Date : lundi 16 janvier à 18,30 heures

Lieu : café "Le grand large" (front de mer, à Banyuls : à droite avant le rond-point central de la mairie)

Description : Echange sur Baudelaire, sur le thème du flâneur, sur le Baudelaire de W. Benjamin - lectures de textes de W.Benjamin sur le poète

 

Tarif : entrée libre - ouvert à tous, adhérents ou pas de l'association.

Contact : J.Pierre Bonnel 06 31 69 09 32

 

- - -

Baudelaire

de Walter Benjamin

 

* Charles Baudelaire |  Walter Benjamin

Un poète lyrique à l’apogée du capitalisme

 

Préface de : Jean Lacoste

 

 

Genre : Philosophie

Collection : Petite Bibliothèque Payot | Numéro : 39

 

Poche  | 304 pages.  | Paru en : Mars 2002  | Prix : 9.95 €

 

GENCOD : 9782228895484  | I.S.B.N. : 2-228-89548-2 

Editions : Payot

 

 

« Je veux montrer comment Baudelaire est enchâssé rigoureusement dans le XIXe siècle », écrit Walter Benjamin à Gershom Scholem.

 

Dans cette lecture très novatrice, qui se situe aussi bien à l'écart de la critique littéraire que d'une analyse sociologique, il ne s'agit pas de décrypter dans les thèmes baudelairiens les bouleversements économiques et sociaux mais, par un effet de miroir, d'éclairer les uns par les autres. Le développement d'une société industrielle de masse, l'avènement d'un prolétariat, l'expérience de la foule dans une grande ville, celle du choc, la marchandise, la "perte d'auréole" du poète, autant de situations exemplaires à partir desquelles Baudelaire – le premier à avoir appréhendé la force productive de l'homme réifié – ici rapproché de Blanqui et de Nietzsche, invente, selon Benjamin, un héroïsme moderne.

« …Ces documents  ne permettent pas seulement de reconstruire la structure du livre avec une précision relative, souligne Agamben dans l’introduction de l’ouvrage, ils permettent aussi d’éclairer de manière inattendue à la fois la genèse et l’évolution de l’œuvre et, de manière plus générale encore, l’ensemble de la méthode de travail du dernier atelier de Benjamin. »

 

Ce chantier ou work-in-progress, comme l’explique Agamben, met au jour « dans son processus même le modèle d’une écriture matérialiste telle que Benjamin l’appelait de ses vœux : une écriture dans laquelle non seulement la théorie illumine les processus de création, mais où ces derniers jettent à leur tour une nouvelle lumière sur la théorie. »

 

En effet, il est désormais permis de réaliser combien son goût bien connu des citations était sérieux et ses collections primordiales à l’architecture de sa pensée, nécessaire à  son esprit minutieux. C’étaient les matériaux de construction essentiels grâce auxquels il érigeait son édifice.

 

« La recherche doit s’approprier les matériaux dans les détails, elle doit analyser les différentes formes de son développement (Entwicklungformen) et en retracer l’articulation intérieure (inneres Band). Ce n’est qu’une fois que ce travail a été mené à bien que le mouvement réel peut être exposé de manière convenable. Si cela marche, si la vie du matériel (das Leben des Stoffs) se présente de  manière idéalement réfléchie, on peut croire alors qu’on a affaire à une construction a priori. »

Et de fait, cette méthode de travail éclaire magistralement et définitivement, la célèbre phrase de Benjamin : « les citations sont comme des voleurs de grands chemins qui surgissent en armes et dépouillent le promeneur de ses convictions. » Cette phase de sa méthodologie, il la qualifiait aussi de « dépouillement de la littérature ».

 

Benjamin croyait que tout ce qui est écrit porte déjà la réponse à ses propres questions, et il suffisait de scruter, de décortiquer,  d’analyser, de mettre en relation, en correspondance les textes et il s’y employait si bien qu’à la découverte de ce Baudelaire reconstitué, on mesure l’ampleur du monument encyclopédique et philosophique qu’il bâtissait. Il avait tout lu de et sur Baudelaire, et tout ce qui pouvait le ramener à lui et à son œuvre.

 

« On trouve dans la méthode de Benjamin comme une reprise de la doctrine médiévale selon laquelle la matière contient déjà en elle toutes les formes et se trouve déjà pleine de formes à l’état « inchoatif » et potentiel, relève Agamben, la connaissance revient alors à faire advenir à la lumière (eductio) ces formes cachées (inditae) dans la matière. »

Ainsi au fur et à mesure de ses lectures et relectures, il créait sa documentation, sa réserve de matériaux littéraires, poétiques et philosophiques, emmagasinait des fragments de textes, tirait des fils conducteurs, extrayait des mots-clé, traquait des notions récurrentes, capturait les correspondances qui lui sautaient à l’esprit. Le livre s’écrivait pour ainsi dire seul.

 

Benjamin avait saisi cette chose fascinante et capitale que « l’esprit et sa manifestation matérielle fussent liées au point d’inviter à découvrir partout des correspondances […], leur capacité à s’illuminer réciproquement lorsqu’on les mettait dans le rapport convenable, et à vouer à une inutilité manifeste tout commentaire explicatif ou interprétatif », savait Hannah Arendt.

 

Et Arendt de préciser : « L’intérêt de Benjamin allait à l’affinité qu’il pouvait percevoir entre une scène dans la rue, une spéculation en Bourse, un poème, une pensée ; au fil caché qui les reliait et permettait à l’historien ou au philologue de reconnaître qu’il fallait les rattacher à la même période. »

 

Benjamin s’émerveillait ainsi de ses superbes et multiples découvertes. L’Eternité par les astres de Louis Auguste Blanqui fut par exemple pour le penseur une fascinante révélation.

 

 

** On croyait tout savoir ou presque du travail de Walter Benjamin dans ses dernières années : son labeur acharné à la Bibliothèque nationale sur Paris au xixe siècle, ses rapports difficiles avec ses commanditaires, Adorno et Horkheimer, qui refusent son Paris du Second Empire chez Baudelaire et se montrent fort réticents envers tout son travail sur Baudelaire. On pensait que Benjamin, isolé, étranglé par les difficultés matérielles, avait fini par se plier, par renoncer à un Baudelaire autonome.

 

Désormais, nous savons qu'il n en est rien. C'est que Giorgio Agamben a découvert dans le placard des dépôts de la Bibliothèque nationale une liasse de feuillets manuscrits que Benjamin avait confiée à Georges Bataille conservateur de la BN à l époque avant de quitter Paris en 1940. 

Ces manuscrits, pour la plupart inédits jusqu'à aujourd'hui, contiennent une abondance de notes et de textes préparatoires à son Baudelaire, et le plan du livre auquel il travaillait sans relâche, au point d en faire le centre secret de son oeuvre, évidant, dévorant par l'intérieur le projet sur Paris. Le présent ouvrage reconstitue le Baudelaire de Benjamin d après ces notes, d après ce plan. Il bouleverse la conception traditionnelle du dernier Benjamin, en éclairant son mode de travail : c est presque par-dessus son épaule qu on assiste à l'accumulation des documents, aux ébauches d écriture, aux étapes de la rédaction. Les textes connus sur Baudelaire, jusque-là épars et sans lien entre eux, prennent ici tout leur sens et leur cohérence apparaît de façon lumineuse. L ensemble a été traduit par Patrick Charbonneau, l'un des meilleurs spécialistes de la littérature allemande moderne. Un livre à la fois philologique et passionnant, indispensable à tous les amis de Walter Benjamin.

 

**L’histoire est séduisante. En 1981, alors qu’il travaille à la Bibliothèque nationale, Giorgio Agamben découvre quelques indices dans une lettre de George Bataille. Puis il trouve une enveloppe dans les étagères contenant quelques feuillets de Walter Benjamin qui vont redessiner l’architecture du Passagenwerk. Il alerte l’éditeur italien et Rolf Tiedemann, mais les deux hommes ne peuvent rien faire: le livre va paraître et aucune modification n’est possible. La question intéresse quelques spécialistes, mais pas davantage.

Giorgio Agamben n’est pas satisfait et, une fois les droits libres, il propose aux éditeurs de publier le Baudelaire de Benjamin, selon les nouvelles indications inédites. Si les pages inconnues au lecteur constituent une partie marginale de cette édition, l’objectif d’Agamben consiste surtout à donner corps à un texte original et à montrer toutes les phases de son évolution. Des éléments nouveaux naissent ainsi du croisement entre feuillets inédits (Benjamin ne pouvant plus se procurer du papier, il écrivait au verso des lettres et des reçus ou sur des tracts publicitaires San Pellegrino trouvés dans un café), listes, lettres échangées avec Theodor Adorno et Max Horkheimer (qui jugèrent d’ailleurs avec sévérité le travail du jeune philosophe).

Le subjectif et l'universel

De cette nouvelle édition ressort toutes les difficultés que Walter Benjamin doit supporter entre 1938 et 1940, et surtout le fondement épistémologique de sa recherche sur Baudelaire, ou plus généralement sur la forme. Divisée en trois parties, la construction du texte montrent des analogies intéressantes avec la méthode iconologique d’Aby Warburg, notamment au sujet de l’articulation entre «subjectif» et «universel» dans la représentation de l’histoire et sur la possibilité de construire une «constellation» dialectique de faits historiques, monadiques, capable de libérer, aux yeux de l’interprète subjectif et présent, ce que Adorno définissait, avec dédain, «illumination profane». 

Didi-Huberman a mis en avant ces analogies et le rôle central de la revue Documents qui, grâce à Carl Einstein et ses rapports avec Fritz Saxl, a importé en France ces nouvelles connaissances. George Bataille dirigea la revue et Michel Leiris en était le secrétaire, faisant d’eux les protagonistes d’un deuxième carrefour intellectuel qui intéressa Walter Benjamin, le Collège de sociologie, où, en juillet 1939, ce dernier devait présenter sonBaudelaire. Mais le Collège arrêta ses séances quelques jours avant, à cause des différences de positions de Bataille, Caillois et Leiris. On sait d’ailleurs que ce dernier lut et commenta l’essai de Benjamin, qui présente d’ailleurs quelques analogies avec un texte de Leiris, Le Sacré et le Quotidien.

Inédits, grilles et notes utiles

Le développement du travail de Walter Benjamin a été reproduit par les éditeurs en sept chapitres. Dans le deuxième, «De la lecture à la documentation», se trouvent des notes issues de la lecture d'«Éternité par les astres» (publiés dans Gesammelte Schriften) et quelques notes inédites (dont un questionnaire de Benjamin sur Baudelaire: «Qu’est-ce que la sodomie?», «Quelle est la composition du laudanum?», etc.). Dans le troisième chapitre, «De la documentation à la construction», paraît la première tentative de disposition du Baudelairebuch que l’auteur classe par des couleurs différentes et des indications alphanumériques. La partie suivante, «Vers le texte», démontre un développement ultérieur, enrichi par des réflexions métatextuelles: c’est dans cette section que se trouve une grande partie des inédits, grilles et notes utiles pour comprendre la nouvelle disposition des matériaux. 

La section «Première rédaction partielle» montre un premier noyau définitif sur «Paris à l’époque du Deuxième Empire chez Baudelaire», texte déjà connu qui devait constituer la deuxième des trois parties du livre; les éditeurs y ajoutent une dizaine de variantes inédites. La section «Nouvelle rédaction partielle» remonte aux pages centrales de 1939 quand Benjamin, rentré d’un séjour au Danemark, reçoit une lettre d’Adorno l’informant que son texte n’a pas été accepté par le comité de lecture du Zeitschrift fuer Sozialforschung

La modernité du capitalisme et ses ombres inhumaines

Walter Benjamin se remet donc au texte en mars 1939 et dessine quatre nouvelles catégories dans lesquelles il reclasse les documents selon les indications du philosophe –«Passage», «Foule», «Trace», «Valeur d’échange»– ce qui aboutit au texte Ueber einige Motive bei Baudelaire, qui paraît ici enrichi par des nouveaux fragments inédits ou inconnus du grand public. Dans la dernière partie, «Au-delà du texte», l’auteur se réfère aux «thèses» conçues pour être une «armature théorique» pour la rédaction du deuxième essai sur Baudelaire.

 

Finalement, l’atelier «benjaminien» est restitué par les éditeurs avec humilité et détaché de toute tentation commerciale. Un fascinant aperçu du travail intellectuel se dévoile, conçu comme une recherche continue. Baudelaire est le kaléidoscope privilégié à travers lequel Walter Benjamin interroge la modernité du capitalisme et ses ombres inhumaines; si la direction entreprise par Walter Benjamin est contraire à celle du roman, une intention épique prend forme, qui est le pendant de celle de Baudelaire, où le sujet disparaît et la forme devient «allégorique» (les liens organiques ont été détruits et toute la misère du monde bourgeois en ressort). 

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Published by leblogabonnel - dans littérature philosophie
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  • professeur de lettres, écrivain, j'ai publié plusieurs livres dans la région Languedoc-Roussillon, sur la Catalogne, Matisse, Machado, Walter Benjamin (éditions Balzac, Cap Béar, Presses littéraires, Presses du Languedoc...
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