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4 janvier 2017 3 04 /01 /janvier /2017 09:15
Découpage que Claude m'avait offert pour la couverture d'un de mes livres - Lors de la rétrospective de Bages (photos JPBonnel)
Découpage que Claude m'avait offert pour la couverture d'un de mes livres - Lors de la rétrospective de Bages (photos JPBonnel)
Découpage que Claude m'avait offert pour la couverture d'un de mes livres - Lors de la rétrospective de Bages (photos JPBonnel)
Découpage que Claude m'avait offert pour la couverture d'un de mes livres - Lors de la rétrospective de Bages (photos JPBonnel)
Découpage que Claude m'avait offert pour la couverture d'un de mes livres - Lors de la rétrospective de Bages (photos JPBonnel)

Découpage que Claude m'avait offert pour la couverture d'un de mes livres - Lors de la rétrospective de Bages (photos JPBonnel)

Aujourd'hui le temps s'arrête et l'actualité (mes articles sur la prostitution dans la région de Gérone) m'importe peu...

 

Seul compte ceci :

 

La mort de Claude Massé.

 

L'année 2017 commence mal. Pour nous, ceux qui avions eu le bonheur de côtoyer Claude. 

 

Après l'autre Claude (Delmas) son grand ami et Henri L'Héritier, ce sont de vraies personnalités qui s'éloignent... Nous restons sans voix, mais avec leurs oeuvres...

Claude m'avait donné des patots, des assemblages (à partir d'étiquettes de Banyuls), des livres...Il était généreux, accueillant, puis, un jour, il se met en colère, semble ne plus vouloir vous parler : que s'est-il passé ..? Claude était sensible, un mot de travers pouvait le perturber...

Claude a passé des décennies à témoigner pour son père, à le faire connaître (avec d'autres, Maurice Roelens, Hyacinthe Carreras, Jacques Quéralt...), puis il passa des années à se faire connaître, lui : affirmer son prénom. Le nom d'un père si talentueux est difficile à porter. Claude s'est alors lancé dans une série vertigineuse de publications pour s'affirmer...

Localement très connu, il n'a pas été vraiment reconnu et a dû léguer ses oeuvres à la ville de Bègles... 

Encore une occasion perdue pour le Pays catalan...

JPBonnel

- - -

Entretien avec Claude Massé (chez lui, 30 janvier 2014) : extraits pour un livre à venir (Mémoire culturelle du Pays catalan) :

 

On commence l'entretien en parlant de ma fille qui travaille au musée de Sérignan, ville "décorée" par Buren. Au départ, l'artiste des célèbres colonnades tronquées étudie aux Arts décoratifs à Paris, puis il fait partie du groupe des cinq réunis sous l'acronyme de "BMTP" : Buren, Mossé, Taloui et Parmentier. Ce groupe, formé en 1962, a peint, de façon collective, sur une grande toile à L'arc et à l'Ecole des Beaux-Arts; ils ont collé des affiches dans la rue en Mai 68. Lors de cet événement révolutionnaire, toutes les écoles et bâtiments d'Europe ont été occupés, sauf en France : Buren a été convoqué par Malraux et un pacte a été signé...

 

De fil en aiguille, la mémoire de Claude parle et s'épanche : évoquer Sérignan, c'est parler de M. Saez, l'actuel directeur de la Médiathèque de Perpignan et qui mène des actions intéressantes dans les quartiers. Il diffusait le livre et la culture auparavant à la bibliothèque et au musée de Sérignan... Son frère, Daniel Clorat, était rédacteur en chef des Lettres françaises".

 

 

Avec Claude, il faut écrire vite; on comprendra, souvent, plus tard. Beaucoup de détails, d'anecdotes, tout est, dans sa bouche, passionnant !

 

 

"Les artistes d'ici, je les ai tous connus, avant et après mon installation à Paris. Oms, de Thuir, directeur de l'école des Beaux-Arts d'Abidjan, Pierre Garcia-Fons, Lafay, Bernardi, Marcel Delaris...Celui-ci, qui fut mon professeur d'arts plastiques au lycée Arago, il m'a pris, un jour, mon crayon mal taillé; il m'a dit : "Tu ne seras ni artiste, ni peintre !" Plus tard, je lui ai rappelé cette phrase; il m'a dit : "Tu ne viens jamais à mes expositions ! Je lui ai répondu : "Tu sais bien que je ne sais pas dessiner..."

 

De 1940 à 1948, à Céret, entre six et quinze ans, Claude va rencontrer beaucoup de créateurs : "Je ne me souviens pas du visage d'Albert Marquet, ni de celui de Marcelle Marty, son épouse, écrivain. Et Artigas, dit Pépito, le céramiste qui s'est marié à Céret; je l'ai revu, près de Barcelone, où il avait ses fours...

 

- - -

 

Je me souviens des anciennes puces de Perpignan, le long des quais, vers 1940/41 : avec mon père, je rencontre un monsieur barbu; Ludovic m'explique, un peu plus loin : "C'était Pierre Loti; sa soeur est mariée à Maeterlinck; il s'est caché à Perpignan; il a été enterré au cimetière juif, puis sa dépouille a été conduite dans son pays natal, près de La Rochelle...

 

- - -

 

Pourquoi l'évocation de Maillol vient-elle à ce moment ? Claude se souvient par sauts et gambades. Sa mémoire est celle d'un éléphant, léger comme une gazelle...

 

 

- - - Maillol et Lucien

 

En 1944, quelques mois avant la mort de Maillol, son fils Lucien, inscrit au PPF, est arrêté à la citadelle de Perpignan; son père lui apportait des fruits, des friandises car il se sentait responsable de la situation de son enfant unique : Speer, ministre de la police, viendra, à cette époque, rendre visite à Maillol : tous les dix mètres, étaient postés des soldats et la Gestapo, jusqu'à Banyuls...

 

Sur le neveu de Maillol, Despiau, Claude est allé consulter des livres et des documents à "L'Enfer" de la bibliothèque nationale : i y a trouvé un livre de Despiau illustré d'eaux-fortes d'Aristide Maillol...

 

Un jour, Ludovic montait le boulevard Jean Bourrat  et je l'accompagnais; il s'arrête devant le Castillet pour attendre le bus pour Banyuls : "Il m'a fait peur !", s'exclame Claude.

 

Pour revenir sur le décès du sculpteur, quand la voiture du docteur Nicolau a frappé la pile d'un pont, alors qu'ils allaient rendre visite à Dufy, à Vernet-les-Bains. Raoul Dufy était atteint de polyarthrite, il était dans un fauteuil depuis 1948. En 1947, la soeur de Ludovic, Denise, avait comme médecin Salmanoff; c'était le docteur personnel de Lénine et il travaillait aussi dans les hôpitaux de Moscou, Paris et Berlin. "

 

Mon père a fait venir Salmanoff pour soigner mon frère Pierre-Doré, en 1957 : il avait 20 ans. Ludovic conduisit ensuite le médecin auprès de Dufy... En 1950, Dufy part à Boston, où on découvre la cortisone. Le docteur va lui faire une injection, ce qui va lui rendre la vie meilleure; Dufy meurt en mars 1953. Le docteur Nicolau a ét blessé par cette concurrence...

 

- -  Janicot -  Dubuffet, l'art brut

 

Mon père Ludovic était très lié avec Janicot, né  à Saint-Jean-Pla de Corts, ce poète, initiateur de la revue "Madeloc" portait une perruque; quand il y avait du vent, il la maintenait sur son crâne en y collant des timbres-poste ! Janicot est mort en 1957. Avec sa femme, Palandon, surnommée "Natasca", il vivait dans l'impasse Saint-Jean; Natasca dessinait; quand elle venait chez nous, elle ne disait absolument rien : elle m'a marqué à vie ! En 1962, je conseille à mon père d'envoyer les cahiers de dessins de Natasca à Lausanne, au musée de l'art brut. 

 

"L'art brut : pour me démarquer de mon père, j'ai trouvé cette voix marginale, avant de suivre Dubuffet, que j'avais connu quand j'étais enfant : Michel Ragon parle de cela dans ses livres. En 1940, l'armée se retirant, des soldats sont venus dans le sud et Dubuffet trouve refuge à Céret; là, il n'avait pas de livres; il demande au maire Sageloly où il peut trouver des ouvrages; celui-ci lui répond : "Va voir Ludovic Massé !"

 

Dubuffet va vivre à Reynès, au niveau du pont, chez les beaux-parents de Delaris; Marcel Delaris, j'allais le voir chaque année, à Paris, rue de Vaugirard, où il habitait avec Lily, sa seconde épouse...

 

- -  Paris

 

"A Paris, j'ai travaillé pendant neuf mois, à l'âge de dix-huit ans, dans une galerie de peinture; j'y ai rencontré Schneider, Kupka,, Koenig, Lapoujade, Soulages, Yves Klein; celui-ci fera sa première exposition dans une boucherie, rue de Seine : un vernissage provocateur !

Et j'y rencontre aussi les trois de l'école nantaise, qui ont à peine vingt ans : Michel Ragon, qui commença en vendant des livres sur les quais, puis se dirigea vers la littérature; Guiter, et Barré, peintre abstrait, "lyrique, dans les années 1948/62.

 

"J'ai travaillé aussi chez Louis Carré; un jour, il m'engueule : "Tu dois faire des études !" Je m'inscris donc au lycée Buffon, où je ne suis jamais allé...puis le galeriste m'a fait entrer dans une école de journaliste...

 

Un jour, je rencontre, dans un café, le patron des Oeuvres laïques; il travaille rue Récamier, où je me rends; puis il me conduit chez Hachette et à la Société générale de presse, où je vais rester pendant cinq ans ! Je vais apprendre là mon métier de documentaliste, de bibliothécaire; je vais travailler à "L'index de presse", dirigé par Bernard Quellin, aux 11 et 13 avenue de l'Opéra; sur chaque sujet, j'écrivais une trentaine de pages, qui étaient ensuite résumées en dix lignes par un journaliste pour les dépêches de presse...

 

L'homme qui m'a fait entrer dans cette entreprise, c'est, en réalité, Francesci, l'ancien maire d'Alfortville et ancien ministre de Mitterrand : il m'a donné la passion de la boxe, qui subsiste toujours en moi...

 

propos recueillis par J.P.Bonnel chez Claude et Cathy Massé

 

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Published by leblogabonnel - dans littérature
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Jérôme R. 05/01/2017 17:12

Tu l'as bien décrit Jean-Pierre.
Ultra sensible, très généreux, très ombrageux, paradoxal et pétri de contradictions. Attaché à sa terre, attaché à sa mère, ficelé à son père. Un vrai créateur, déterminé, ayant compris l'importance du Faire, de l'Agir dans l'art. Bref, un être très attachant avec lequel j'ai passé de très grands moments dans les années 90 à découvrir l'art, à fréquenter les ateliers de Viallat, de Capdeville, à rire.. Je me souviens d'une exposition Combas à Sète où ayant mal entendu ce qu'avait dit la guide, Massé l'avait fait répéter. Je m'étais empressé d'expliquer à cette personne que Claude était sourd et que sans appareil, il fallait parler fort pour être compris de lui (ce qui n'était pas le cas). Résultat, la guide a fini le tour de l'expo en lui hurlant les informations. Il avait adoré et nous avions beaucoup ri.
J.R.

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  • professeur de lettres, écrivain, j'ai publié plusieurs livres dans la région Languedoc-Roussillon, sur la Catalogne, Matisse, Machado, Walter Benjamin (éditions Balzac, Cap Béar, Presses littéraires, Presses du Languedoc...
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