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30 mai 2017 2 30 /05 /mai /2017 08:35
LIRE :  Can Mitrofan, el blog de Joan-Daniel BEZSONOFF
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Perpignan est une ville vouée aux votes frontistes. Face à l'échec du maire actuel et sauf élection à la mairie du nouveau candidat "La République en marche" : le sauveur et girouettiste Romain GRAU...la cité catalane va tomber dans trois ans dans l'escarcelle du Front national…

 

Pour sauver les meubles, J.Marc PUJOL veut baptiser des rues perpignanaises du nom de héros de l'Algérie français. En effet, les nostalgiques de l'OAS sont encore nombreux du ôté du Moulin à vent ou du Vernet (les Gitans voteraient pour Louis Aliot, compagnon, non de la Libération, mais de Marine Le Pen, ce Républicain, ce modéré respectueux des lois de la République, aimant toutefois rendre régulièrement hommage à Bastien-Thiry, fils de Vichy et de l'armée secrète, et de son commando qui tenta d'assassiner le Général en août 1962...

 

C'est dans ce contexte nauséabond, dans les rues de Perpignan, que j'ai lu le roman de mon collègue et néanmoins ami, Joan-Daniel, romancier de grand talent, qui a le seul défaut d'écrire en catalan et de discourir en russe...

 

C'est dans la ville qui part en couille que j'ai pris jouissance à lire son roman Matar De Gaulle, rebaptisé de façon musicale (pourquoi ? le titre originel fait peur ? censure, euphémisme, peur de quoi..? les éditions Balzac..?) : L'année de Syracuse...

 

J'aimerais tant voir...J'y suis allé, et ai été déçu, mais pas par Beszonof, qui remplit ses fictions folles sur fond réaliste de chansons d'après-guerre, l'auteur éprouvant moins la nostalgérie d'un Derrida ou d'un Pierre Sergent, que la nostalgie des années 40 et 50 (je parle du siècle précédent, qui nous a vus naître, Jean-Daniel lui, l'année de l'Indépendance de l'Algérie, ou presque, tiens-tiens...il est pourtant né à Perpi, ce russo-catalan, si érudit in french !

 

J'aime ce roman, lu avec bien du retard (il faut se ruer à présent sur la "ballerine de Berlin", époque qui me passionne, moi qui ne glose que Walter Benjamin...), car il est truffé de clins d'oeil et d'humour...

 

Jeux de miroir, jeux avec le JE… Ainsi, quand le narrateur cite l'auteur (p.71), quand les "cigales sont réactionnaires" (p.97), quand les célébrités catalanes font irruption de façon surréaliste : "l'abbé Xavier PLA, qui vivait aux Missions Etrangères de la rue du Bac" (page 135, toujours de l'édition française, traduction de Marie Costa, excellente, sauf les calamiteuses pages 18, 19 ou 41, bourrées de coquilles !) : X. Pla, le prof de Gérone, non ? 

Et aussi Foch et De Fossa...

Les allusions aux lieux mythiques et morts de la culture, la librairie de Jordi Pere Cerda (non cité à la page 139), "librairie officielle du PCF", mais aussi et surtout "libreria catalana", les librairies "françaises" Maurat et Berdagué et Py Oliver, dont la disparition est le signe d'une décadence de la ville…

 

Mais revenons donc au contexte et à De Gaulle, ce "laquais du communisme" (p.82) : il s'agit d'une histoire d'amour entre Sylviane et Alain, durant les "événements", euphémisme pour traduire les tortures et tueries de la guerre de décolonisation.

 

Crimes du FLN, certes, mais aussi, avant, exploitation, esclavagisme des colons, grands propriétaires terriens de l'Algérie … Oui, M. Pujol, qui faites d'un côté un procès au Macron d'avant les élections et puis qui annoncez que vous votez pour lui : voilà bien du courage pour un parti qui adopta le "ni…ni"; ce ne fut pas le cas de tous vos amis, ainsi M.Mach, mettant Macron sur la même échelle que le FN ! Hélas, je me perds dans cette politiciennerie, alors qu'il faut toujours rester en littérature ! 

 

Donc, nous voici à la fin de la guerre, c'est le retour en France des vaincus et la tentation de tuer le big général: le récit est fait du point de vue des partisans de l'Algérie française, parti-pris intéressant car il faudrait toujours raconter l'Histoire nationale du point revue des vaincus…Suggestion du philosophe juif allemand, qui écrivit aussi:

 

"L'histoire coloniale des peuples européens commence par la conquête de l'Amérique qui transforme le monde nouvellement conquis en une salle de torture." (W. Benjamin).

Ce roman a tout ce qu'il faut pour faire un bon film : la passion d'un couple, la mort lors de la manie d'Isly de mars 63, le terrorisme aveugle (poncif du cruiique littéraire), les scènes de carnage (pages 36/39) et cette pensée trouble sur l'Algérie française, p.51 : qui cogite là, le narrateur ou le personnage, le Commandant Vidal..? Nous ne stigmatiserons pas l'auteur, qui est toujours innocent dans son roman et se dissimule derrière ses créatures, pas toujours héroïques: ici, les partisans d'extrême-droite ne sont pas décrits comme des méchants et on arrive même à les comprendre, dans leur désespoir de l'abandon par la France et à cause des trahisons - "leitmotive", ça s'écrit comment, M. le Russe..?, du roman, jamais qualifié, d'ailleurs, de "roman"!- dans les pagines 82, 137, 148…

On ne sait donc rien de l'idéologie du romancier, (et  on s'en moque, préférant son talent), qui choisit avec courage cette page noire de notre Histoire… Il fait allusion, en passant, au couvent Sainte-Caire, à la fin (page 125), sans dire que niche là, dans cette ancienne prison bien rénovée, le fameux "Cercle algérianiste" qui cache une pensée d'extrême nostalgérisme…

 

J.P.BONNEL 

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Published by leblogabonnel - dans littérature
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commentaires

Bezsonoff 26/06/2017 18:12

Merci Jean-Pierre pour ta belle critique. Les coquilles que tu signales me font encore pleurer... Comme la perte de l'Algérie...

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  • professeur de lettres, écrivain, j'ai publié plusieurs livres dans la région Languedoc-Roussillon, sur la Catalogne, Matisse, Machado, Walter Benjamin (éditions Balzac, Cap Béar, Presses littéraires, Presses du Languedoc...
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