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7 octobre 2017 6 07 /10 /octobre /2017 09:57
Catalogne de Barcelone à Paris : sur l'indépendance et l'art - Amitiés Malraux à Paris - Exposition Jean-Pierre Gilly
Catalogne de Barcelone à Paris : sur l'indépendance et l'art - Amitiés Malraux à Paris - Exposition Jean-Pierre Gilly
Catalogne de Barcelone à Paris : sur l'indépendance et l'art - Amitiés Malraux à Paris - Exposition Jean-Pierre Gilly

 

Perspectives : pour que la cata n'atteigne pas la Catalogne !

 

Après la répression inacceptable du pouvoir espagnol en Catalogne,

après le référendum illégal, une déclaration d'indépendance

unilatérale (pas dans le cadre de l'Europe comme le Pays de

Galles), après les pressions financières (banques et entreprises se

délocalisant), après l'absence générale de solidarité avec le

gouvernement catalan, il ne reste qu'une solution : parler avec

Madrid.

 

Il s'agit d'amender la constitution espagnole pour qu'un nouveau

référendum ait lieu (sans violence, sans pression, sans fraude: des

Catalans ont pu voter 5 ou 6 fois !): la "nation" catalane n'est pas

sûre d'obtenir la majorité; elle restera alors une "nationalité" dans

l'Etat espagnol, mais Madrid doit élargir l'autonomie de la Cata-

logne, dans le domaine fiscal. 

A ce stade, l'Europe pourra éviter le démentèlement, être

déchirée en confettis, ne représentant plus une force sociale,

économique, culturelle... face aux Russes et aux Américains ou

aux Chinois. L'Europe ne pouvant accepter que s'instaure une

force "centrifuge" qui la morcelle et impose de nouvelles frontières...

JPB

 

- - -Communiqué de la Caixa bank

 

Hola : te invitamos a profundizar en la obra de los artistas de nuestras exposiciones actuales, De Chirico y Warhol, a través de nuestros ciclos de conferencias. Además, esta semana reivindicaremos la curiosidad como paso indispensable hacia el conocimiento y la creación con reconocidos artistas nacionales.

 

 

 

 

 

* Barcelona : CONFERENCES

 

BAÑOS MISTERIOSOS. LA NOSTALGIA DE LA PLAYA Y OTRAS FÓRMULAS DE MODERNIDAD

 

Martes 10 de octubre, a las 19 h

 

En esta ocasión, a través de algunos ejemplos de la obra de Giorgio de Chirico, analizaremos la playa como lugar relacionado con cierto territorio de la memoria.

 

 

 

 

 

 

 

 

QUIERO IR

 

 

 

 

 

 

 

 

 

ENTRADA 4 €

CLIENTES CAIXABANK 50% DTO.

 

CONFERENCIA

 

SILVERSCREENS: WARHOL Y EL CINE

 

Miércoles 18 de octubre, a las 19 h

 

Para muchos investigadores, es en el cine donde Warhol se manifiesta como un artista verdaderamente revolucionario. En este coloquio, dos de los mayores expertos de la obra fílmica del artista analizan sus aportaciones a la historia del cine.

 

- - - CATALOGNE :

 

*Lire : Géopolitique de l'indépendantisme en Catalogne

Cyril Trépier

L'harmattan, 2015

 

 

 

* CATALANS de Paris et d'ailleurs : Institut Ramon Llull :

BUREAU DE PARIS

 

TOULOUSE,  08/10/2017

 

Focus sur le Nouveau Cinéma Catalan à Cinespaña Toulouse

 

Une « Nouvelle Vague » de Jeune Cinéma Catalan semble faire irruption dans le panorama cinématographique international. Le Festival Cinespaña Toulouse, qui aura lieu du 29 septembre au 8 octobre, en témoigne avec la projection de six films, dont Oleg y las raras artes, La película de nuestra vida, Estiu 1993, Les amigues de l’Àgata, La maldita primavera i Sobre la marxa grâce à une carte blanche au Festival D’A de Barcelone.

+ info >>

 

FRANCE,  10/10/2017

 

Parution de 'La décision de Brandes' d'Eduard Márquez en langue française

 

La décision de Brandes sera disponible en librairie dès le prochain 10 octobre, grâce aux éditions DO qui l'a publié en traduction d'Edmond Raillard. Ce roman d'Eduard Márquez, lyrique et moral, explore les petites formes d'opposition à l'arrogance et à l'abus de pouvoir.

+ info >>

 

* à consulter : 

: #Catalogne  "les autorités européennes regardent ailleurs et laissent  une nation se  déchirer". La totalité de ma prise de parole au Parlement  européen ici :  https://t.co/KLkctcB75Jhttps://t.co/qg62ABv0Ab

: Video sobre Portbou sl dia  1 d octubre wn llengua francesa. És una televisió local de Banyuls de la Marenda.

: https://youtu.be/iZQTfgeBqBA

 

 

BARCELONA / Référendum / dossier de presse

 

L'indépendantisme catalan est-il un égoïsme ?

 Par Romaric Godin  |  14/11/2014

 

Le vote des Catalans dimanche a mis en lumière la force de l'indépendantisme. Mais ce sentiment repose-t-il sur un simple égoïsme financier vis-à-vis des régions moins riches de l'Espagne ?

Deux millions de votants, 80 % de voix en faveur d'un État catalan indépendant. Les indépendantistes catalans ont réussi leur pari ce dimanche 9 novembre dans un scrutin que le tribunal constitutionnel espagnol avait déclaré illégal. Certes, ces chiffres ne représentent pas la majorité des quelques 6 millions d'électeurs inscrits dans la région. Mais compte tenu des conditions du vote et du fait qu'il reste encore quelques jours pour voter, cette consultation a clairement montré la montée en puissance de l'indépendantisme en Catalogne. 1,8 millions de Catalans ont voté pour l'indépendance, soit autant que les votes pour les partis régionalistes et indépendantistes en 2012 avec une participation pratiquement deux fois plus élevée.

La montée de l'indépendantisme

C'est donc désormais près d'un électeur sur trois qui soutient activement et franchement l'option de l'indépendance. Or, traditionnellement, depuis le retour de la démocratie en 1977, les partis ouvertement indépendantistes ne dépassaient guère les 15 %. Ce vote du 9 novembre a donc prouvé clairement une évolution de l'opinion catalane vers la séparation avec Madrid. Or, ce mouvement est souvent observé non seulement dans le reste de l'Espagne, mais aussi en Europe - et particulièrement en France - avec méfiance, si ce n'est avec hostilité.  Plus encore que le réflexe centralisateur traditionnel de nos compatriotes qui voient immanquablement un danger dans ce type de mouvement, l'indépendantisme catalan est souvent considéré comme la conséquence de « l'égoïsme » d'une région riche ne souhaitant plus payer pour les régions plus déshéritées d'Espagne. Une sorte de nationalisme de riche qui ne serait pas sans rappeler les mouvements autonomistes flamands ou de l'Italie du nord. Ce sentiment est-il justifié ?

 

Le déficit fiscal

En apparence, oui. Une des questions clés de la Catalogne, c'est le « déficit fiscal » de cette région, autrement dit sa contribution nette au budget du reste de l'Espagne. La « communauté autonome » catalane est une des plus riches du pays et elle est soumise au même régime de répartition que les autres, à l'exception, on verra pourquoi, du Pays Basque. Son « déficit fiscal » est immense, il représente 8 % du PIB catalan. « Aucune région en Europe ne souffre d'un tel déséquilibre », explique Ferran Requejo, professeur de sciences politique cité par Henry de Laguérie dans son récent ouvrage Les Catalans aux éditions Ateliers Henry Dougier. Les Catalans auraient donc plus de raison de se plaindre que les Flamands ou les Italiens du Nord, pourtant fort habitués aux jérémiades contre les « paresseux wallons » et les « voleurs romains. »

Égoïstes Catalans ?

Ce qui est frappant en Catalogne, c'est qu'il est fort rare d'entendre dans le monde politique de tels slogans contre les Andalous ou les Extrémaduriens. Depuis le dix-neuvième siècle, le mouvement catalaniste cherche une voie à l'intérieur de l'Espagne pour sauvegarder cette solidarité interne tout en affirmant son autonomie et sa capacité à faire des choix économiques. Ce fut le fédéralisme de Francisco Pi i Margall, puis celui des leaders catalans de la deuxième république. A chaque fois, le centralisme espagnol à mis à bas ces espoirs. Pourtant, depuis la chute du franquisme jusqu'en 2010, les Catalans n'ont jamais remis en cause la solidarité inter-espagnole. Ils utilisaient souvent même ce « crédit » pour obtenir des concessions de Madrid sur d'autres terrains. Autrement dit, il est difficile d'accuser les Catalans « d'égoïstes » dans la mesure où ils ont longtemps accepté une situation que bien des régions - qu'on pense seulement aux riches Länder allemands - auraient bien du mal à accepter.

La chance de l'Estatut de 2006

A la longue, la question de ce large déficit fiscal a néanmoins fini par se poser. Mais là encore, pas en « négatif », autrement dit sur le refus de la solidarité, mais en « positif » : donner à la Catalogne la capacité de mener une vraie politique économique et sociale autonome. Autrement dit accepter au sein de l'Espagne, une identité économique catalane. C'est cette idée qui a présidé aux premières réflexions sur le nouveau statut (Estatut) au sein de la monarchie espagnole au milieu des années 2000. Là encore, comme le souligne Ferran Requejo, il ne s'agissait pas de briser les liens de solidarité, mais de « ne plus être une communauté autonome comme les 17 autres. »

L'exemple basque

Or, la Catalogne pouvait se prévaloir d'un exemple : le Pays Basque. Après le franquisme, pour obtenir le ralliement du Parti national basque (PNV) à la Constitution, les autorités de Madrid ont donné à l'Euskadi un statut fiscal très autonome. A l'exception de certains impôts « régaliens » (droits de douanes, par exemple), les taxes et impôts basques sont collectées par une agence fiscale basque qui, ensuite, reverse un « quota » de ces recettes à l'Etat central pour les dépenses qu'il engage sur le territoire basque. Ce quota est régulièrement renégocié entre le gouvernement régional et Madrid. Ce statut très avantageux a été obtenu au nom des « droits historiques » de l'Euskadi. Et c'est là que le bât blesse, car la Catalogne, en raison de son identité revendique aussi des « droits historiques. » Pourquoi alors refuser à Barcelone ce qu'on accorde à Bilbao ?

Le rejet de l'Estatut

L'Estatut adopté par référendum et par les chambres législatives régionales et espagnoles en 2006, était cependant beaucoup plus modéré que le statut basque. Mais il prévoyait la création d'une agence tributaire catalane (ATC) chargé de collecter les impôts catalans, et la réduction du déficit fiscal à 4 % du PIB. Autrement dit, il permettait d'allier maintien de la solidarité et large autonomie fiscale. Une solidarité nouvelle qui avait été acceptée par les Catalans. Mais le recours de députés du Parti populaire devant le Tribunal Constitutionnel a conduit à la censure de plusieurs mesures de l'Estatut, notamment les dispositions financières. La Catalogne s'est donc retrouvée au point de départ et l'ATC est une quasi coquille vide. L'Espagne a alors laissé passer une chance historique de conserver une Catalogne « autonomiste. »

Négocier d'État à État

De l'avis de beaucoup, cette censure, en juin 2010, a été une rupture. Bien des Catalans se sont alors dit que discuter avec Madrid en tant que simple « communauté autonome » ne pourrait mener à rien et que l'Etat espagnol, trop heureux du déficit fiscal catalan, ne ferait rien qui puisse le réduire. Mieux même, en raison de ce déficit, la Generalitat, le gouvernement catalan reste dépendant de Madrid : pour preuve en 2012, elle a dû demander une aide au gouvernement central pour faire face à ses obligations. Mais cette aide n'aurait sans doute pas été nécessaire en cas de déficit fiscal réduit. Dès lors, pour une partie des Catalans, la seule option serait de prendre sa pleine indépendance pour pouvoir négocier « d'égal à égal. » C'est bien le refus de prendre en compte l'identité économique catalane qui a brisé la longue acceptation catalane de demeurer dans le cadre de l'Etat espagnol, pas le refus de la solidarité.

La rupture de l'austérité

L'autre point de rupture économique a été l'austérité mise en place à partir de 2010 en Espagne. Le retour encore fragile à la croissance l'a un peu fait oublier, mais ce mouvement a été d'une grande violence. Il a été particulièrement mal accepté en Catalogne, région où l'on est très attaché au welfare state. Il l'a été d'autant plus mal que la contribution de la Catalogne aux finances espagnoles est, on l'a vu, forte. Là encore, bien des catalans ont mal perçu les coupes budgétaires imposées par Madrid. Et en ont conclu qu'une Catalogne indépendante pourrait mieux défendre son « modèle social. » C'est le point de vue qui est aujourd'hui défendu par le parti indépendantiste de la Gauche Républicaine (Esquerra Republicana Catalana, ERC). Il est résumé dans une interview accordé la semaine par son leader, Oriol Junqueras, dans une interview à the Nation : « nous ne soutenons pas les coupes budgétaires mais au final ceux qui décident sont à Madrid. Nous sommes donc contraints pour protéger notre Etat providence, d'avoir notre propre Etat. »

Un « nationalisme » ouvert

Ce refus de l'austérité met en avant une particularité du nationalisme catalan : il s'agit de créer une Catalogne plus solidaire, ce que la domination espagnole peinerait à réaliser. Cette solidarité inter-catalane ne concerne pas seulement les « Catalans de souche », mais bien tous les habitants de la Catalogne, d'origine espagnole ou immigrée. Il existe certes un mouvement xénophobe catalan (Plataforma per Catalunya), mais, significativement, il ne s'agit pas d'un mouvement indépendantiste. La plupart des mouvements indépendantistes, eux, restent fidèles à cette phrase de l'ancien président de la Generalitat Jordi Pujol : « Est Catalan, celui qui vit en Catalogne. » C'est là une différence de taille avec Flamands et « Padaniens », souvent marqués par des conceptions xénophobes et visant à couper dans les aides sociales. Bref, « l'égoïsme » vis-à-vis de l'Espagne se justifie par une solidarité interne.

La volonté de coopérer avec l'Espagne

Dernier point : il n'y a pas de volonté « d'abandon » de l'Espagne. Si l'indépendance doit arriver, elle fera l'objet d'une négociation où, notamment la question de la répartition de la dette sera nécessairement traitée. Si Oriol Junqueras peut menacer de ne pas accepter de reprendre une partie de la dette espagnole, il ne s'agit que d'une rodomontade pour forcer Madrid à négocier. Il est historiquement très rare qu'un Etat prenne son indépendance sans reprendre une partie de la dette (ce fut le cas de Cuba en 1898 suite à la guerre d'indépendance contre l'Espagne, mais avec l'appui des Etats-Unis). Dans le cadre de cette négociation, la question d'une contribution catalane à la solidarité avec l'Espagne pourrait être posée. Le mouvement indépendantiste n'entend pas couper les ponts avec un pays dont seront originaire de nombreux Catalans et propose la création d'un « Conseil Ibérique » regroupant Andorre, la Catalogne, l'Espagne et le Portugal et instaurant des compétences et des solidarités communes sur le modèle du Benelux. C'est une vieille idée puisque déjà, en octobre 1934, le président de la Generalitat d'alors, Lluis Companys (exécuté en 1940 par les Franquistes) avait proclamé la création d'un Etat catalan « dans une fédération ibérique. »

La question européenne

Surtout, les nationalistes catalans, comme les Ecossais, ne veulent pas de rupture avec l'UE qui, en théorie, est une structure qui favorise la solidarité entre les Etats. L'enjeu pour Madrid ne devrait donc pas être de bloquer le vote des Catalans, mais de renforcer la solidarité interne à l'UE. Or, en s'alignant sur Berlin, le gouvernement espagnol dirige l'UE dans le sens inverse : celui d'une UE où chaque pays doit assumer seul sa compétitivité en limitant la solidarité aux cas de crise. Nul ne peut accuser les Catalans de cette situation où l'UE peine à assumer sa propre solidarité interne. Et nul ne peut leur demander une solidarité « contrainte » que l'Allemagne refuse avec obstination au reste de la zone euro. 

 

Alors que le Canada et le Royaume-Uni ont laissé voter les Québécois et les Ecossais, l'Espagne veut empêcher le référendum catalan le 1er octobre. Sans guère de réactions de ce côté-ci des Pyrénées.

"L'Écosse devrait-elle être un pays indépendant?" Le 18 septembre 2014, les Écossais se rendent en masse aux urnes pour trancher cette question, à l'issue d'un débat démocratique de haute tenue, organisé avec l'accord du Royaume-Uni. A 55,3 %, ils choisissent le "No". 

"Acceptez-vous que le Québec devienne souverain?" Le 30 octobre 1995, une très courte majorité de Québécois (50,6%, exactement) rejette cette perspective. 15 ans plus tôt, près de 60% d'entre eux s'étaient déjà prononcés contre toute idée de "souveraineté-association". Les deux consultations avaient été acceptées par l'Etat canadien. 

 

LIRE AUSSI >> L'autodétermination, une vieille histoire 

Rien de tel en Espagne où, face à une situation similaire sur bien des points, Madrid est résolu à empêcher les Catalans de dire si, oui ou non, ils veulent "que la Catalogne devienne un État indépendant sous forme de République". Et, pour cela, il n'hésite pas à employer la méthode forte: arrestations de hauts-fonctionnaires, saisie des bulletins de vote, fermeture de sites web... Pourtant, des centaines de milliers de personnes ont défilé à plusieurs reprises pour exiger cette consultation, sans qu'à aucun moment les indépendantistes n'aient prôné ni exercé la violence. 

Globalement, en France, la gêne prédomine

 

Ecosse, Québec, Catalogne: la comparaison, à l'évidence, ne tourne pas à l'avantage de nos voisins espagnols. Or, curieusement, cela ne suscite guère de réactions côté français. D'ordinaire, pourtant, nos intellectuels ne manquent pas une occasion pour s'offusquer, s'indigner ou s'enthousiasmer. Et il en va de même chez les politiques. Benoit Hamon est l'un des rares à avoir marqué ses distances: "Le gouvernement espagnol a tort d'attiser la tension", a prudemment regretté l'ancien candidat du PS à la présidentielle. Mais globalement, la gêne prédomine.  

Cette attitude atypique est très révélatrice. Et tient principalement aux idées reçues qui circulent en France au sujet du régionalisme. En voici quelques-unes: 

1. "Le référendum est illégal"  

C'est la thèse du gouvernement espagnol, qui s'appuie sur une décision du Tribunal constitutionnel allant dans ce sens. Or, il n'est pas difficile de démontrer que ledit Tribunal est tout sauf neutre. Non seulement sa composition est biaisée (la grande majorité de ses membres a été nommée par deux mouvements unionistes, le Parti populaire de Mariano Rajoy et le Parti socialiste), mais, sur le fond, il est surtout l'expression d'un pouvoir centralisateur. Dès lors que la Constitution prévoit "l'unité indissoluble de la nation espagnole, patrie commune et indivisible de tous les Espagnols", le débat est biaisé. Pour mémoire, la Cour suprême d'Ottawa, saisie par le gouvernement fédéral, avait estimé que la souveraineté était un objectif légitime et que seuls les Québécois avaient le droit de voter. 

Le droit international est plus complexe. L'Espagne a en effet ratifié la déclaration des droits des peuples autochtones des Nations unies, laquelle stipule (article 3) que "les peuples autochtones ont le droit à l'autodétermination". Elle est également signataire des accords d'Helsinki, dont l'article 8 est ainsi rédigé: "Les États participants respectent l'égalité de droits des peuples et leur droit à disposer d'eux-mêmes, en agissant à tout moment conformément (...) aux normes pertinentes du droit international, y compris celles qui ont trait à l'intégrité territoriale des Etats". La France a également approuvé ces deux textes. 

Juridiquement, le "droit des peuples à l'autodétermination" est toutefois encadré. Il faut déjà définir ce que l'on entend par "peuple", ce qui ne va pas de soi. Et tenir compte des résolutions 1514 et 2625 des Nations Unies qui en restreignent le champ d'application en excluant "toute tentative visant à détruire partiellement ou totalement l'unité nationale et l'intégrité territoriale d'un pays et précise que ce droit ne peut être interprété "comme autorisant ou encourageant une action, quelle qu'elle soit, qui démembrerait ou menacerait, totalement ou partiellement l'intégrité territoriale ou l'unité politique de tout État souverain et indépendant". 

En clair ? Ces concepts totalement contradictoires se gèrent au cas par cas, comme l'ont montré récemment la création de l'Erythrée, le démembrement de la Yougoslovie et de l'URSS. 

Cependant, à moins de considérer que le droit à l'autodétermination doit être réservé aux peuples qui s'autodéterminent déjà, il paraît difficile de condamner les Catalans en se référant uniquement à la décision du Tribunal constitutionnel de Madrid. Au demeurant, les intellectuels français savent parfaitement dénoncer les légalités nationales lorsque celles-ci contreviennent aux grands principes universels. Pourquoi cette exception quand il s'agit de l'Espagne? Parce qu'il s'agit d'une démocratie et du souvenir de la guerre civile que connut le pays il n'y a pas si longtemps ? Bien sûr, mais ce ne sont pas les seules explications. Pour comprendre l'attitude française, il faut se plonger dans notre histoire nationale. 

2. "Le régionalisme, c'est ringard" 

La cause régionaliste, en France, n'a jamais trouvé de grands soutiens. Seul l'ancien Premier ministre socialiste Michel Rocard fit exception, en estimant que notre pays s'était "créé par la destruction de cinq cultures, bretonne, occitane, alsacienne, corse et flamande".  

Ce mépris tient pour une part à une forme de snobisme. Dans un pays où la vie intellectuelle est concentrée à Paris, défendre les Catalans, les Basques ou les Alsaciens sent affreusement sa province et vous écarte de "ceux qui comptent" dans la capitale. Quand l'on aspire à être reconnu, il s'agit là d'une erreur à ne pas commettre. 

Cette condescendance est d'autant plus ancrée que nos intellectuels n'ont guère de culture en la matière. Lesquels ont lu Frédéric Mistral, prix Nobel de Littérature pour une oeuvre écrite en provençal? Lesquels savent qu'au XIIe siècle, le prestige littéraire du picard était largement supérieur à la langue du roi en usage à Paris? Lesquels ont étudié l'histoire de la Bretagne, de la Franche-Comté ou du Béarn avant leur rattachement à la France? Lesquels, pour revenir aux Catalans, savent comment Louis XI et sa soldatesque menèrent le terrible siège de Perpignan? Aucun ou presque. A leur décharge, l'école de la République ne s'attarde guère sur ces vérités parfois dérangeantes. 

Cette méconnaissance ne les aide évidemment pas à émettre un jugement éclairé sur les événements de Barcelone. 

3. "Le régionalisme, c'est la réaction" 

Chez nous, les régionalismes ne sont pas seulement moqués ; ils sont aussi jugés réactionnaires. Il est vrai que, du Maréchal Pétain en passant par Charles Maurras, l'exaltation de "nos belles provinces" trouva dans l'Histoire ses meilleurs appuis à la droite de la droite.  

Depuis, Mai 68 a nettement inversé la tendance: dans les années 1970, le régionalisme français a majoritairement basculé à gauche.Cela, visiblement, n'a pas suffi à venir à bout de la méfiance qu'il suscite. 

C'est que les esprits, en la matière restent marqués par la Révolution française. A l'époque, les langues régionales - parlées par 80 % de la population - furent carrément assimilées à... l'Ancien Régime. "Le fédéralisme et la superstition parlent bas-breton; l'émigration et haine de la République parlent allemand... La Contre-révolution parle l'italien et le fanatisme parle basque. Cassons ces instruments de dommage et d'erreurs", lance ainsi le conventionnel Barrère, le 27 janvier 1794. 

C'est à ce titre qu'elles furent combattues avec acharnement et symboliquement ravalées au rang de "patois". Un terme incroyablement méprisant quand on connaît son étymologie: "Agiter les mains, gesticuler pour se faire comprendre comme les sourds-muets" (dictionnaire historique de la langue française). Et ce malgré les enseignements de tous les linguistes. "Les langues régionales possèdent une richesse de vocabulaire au moins comparable, sinon parfois supérieure, à celle du français, et leur syntaxe est souvent plus riche", souligne Claude Hagège, l'un des plus célèbres d'entre eux. 

Cela n'empêchera aucunement l'abbé Grégoire, auteur en 1794 d'un effrayant rapport "sur la nécessité et les moyens d'anéantir les patois", d'entrer... au Panthéon en 1989. Ni Emmanuel Macron de recourir à ce même terme de "patois" pour décrire les langues régionales voilà quelques semaines. Révélateur. 

4 "Le régionalisme, c'est le repli sur soi" 

Cette ignorance et ces a priori profondément ancrés ont fini par emporter la conviction de nombre d'intellectuels: défendre une identité locale serait nécessairement synonyme de repli sur soi, voire de xénophobie. Certains nationalistes bretons n'ont-ils pas collaboré avec les nazis? 

Sans surprise, le très jacobin Jean-Luc Mélenchon vient ainsi de s'opposer aux revendications catalanes sur sa chaîne You tube. Y céder équivaudrait, selon lui, à revenir "à la période du Saint-Empire Germanique, avec des principautés, des duchés, des baronnies et, au-dessus de tout cela, le fric!" A ses yeux, seuls les Etats permettent aux individus de s'extraire de leur communauté et d'accéder à l'universel. 

Ce raisonnement, très répandu en France, est toutefois contesté. "Il existe, c'est indéniable, des dérives liées aux réflexes identitaires. Mais en quoi celles-ci seraient-elles l'apanage des identités régionales? Dois-je vous rappeler le nombre de guerres provoquées par les identités nationales? Propose-t-on pour autant de faire disparaître les nations?" interroge François de Rugy, le président (écologiste) de l'Assemblée nationale. 

D'autre part, comme l'explique l'historienne Mona Ozouf, spécialiste de la République dans son livreComposition française, l'identité française constitue aussi, à l'échelle mondiale, un particularisme. Faudrait-il pour autant y renoncer? 

En réalité, quel que soit l'échelon géographique, on trouve des tenants d'une identité "ouverte" et des défenseurs d'une identité "fermée". Mais rien ne permet de poser une équivalence entre régionalisme et repli sur soi. N'est-ce pas en France que le Front national prospère depuis plusieurs décennies? Et dans la très identitaire Bretagne qu'il obtient ses plus faibles scores?  

5 "La Catalogne est trop petite pour constituer un Etat" 

Là encore, le raisonnement est curieux. Avec une population de 7,5 millions d'habitants, la région est plus peuplée que des pays comme le Danemark, la Finlande, la Croatie ou L'Irlande. Sans parler du minuscule Luxembourg (560 000 habitants), membre fondateur de l'Union européenne. 

6. "Les Catalans sont égoïstes" 

En réclamant leur autonomie, les Catalans sont également soupçonnés de penser d'abord à leur portefeuille, dès lors qu'ils habitent l'une des régions les plus riches d'Espagne. Ce n'est pas impossible, mais il est cocasse de remarquer que, ailleurs, le raisonnement s'inverse. La Corse, trop pauvre, est ainsi accusée de n'avoir pas les moyens d'une éventuelle indépendance. Comme quoi les Etats sont capables d'une grande habileté rhétorique quand il s'agit de défendre leurs intérêts... 

La crainte d'un précédent catalan

7. "Cela créerait un effet boule de neige" 

Cette crainte est à prendre au sérieux et joue d'évidence en faveur de l'Espagne. Si la Catalogne obtenait son indépendance, il y a fort à parier que les Basques s'engouffreraient dans la brèche. Et peut-être, à leur suite, les Galiciens et les Andalous. 

Cela ne suffit pourtant pas à rejeter la revendication de Barcelone, sauf à considérer que l'unité d'un pays est systématiquement préférable au droit à l'autodétermination des peuples. Cela peut être vrai dans certaines situations (la "balkanisation" débouche parfois sur des conflits entre les Etats nouvellement créés), mais pas nécessairement. La République Tchèque et la Slovaquie se sont ainsi séparées sans drame.  

Il demeure que le précédent catalan pourrait faire tache d'huile en Europe. Le Royaume-Uni s'en inquiète, notamment depuis que le Brexit a relancé les velléités écossaises (voire irlandaises). Il en va de même en Belgique, où les Flamands observent de près la situation. Et bien sûr en France, où les nationalistes corses, notamment, engrangent de spectaculaires succès électoraux depuis quelques années. Et qui compte aussi sur son sol une forte communauté catalane. 

Ainsi s'explique l'étroite solidarité de Paris avec Madrid. Interrogé lors d'une conférence de presse tenue en compagnie de Mariano Rajoy, Emmanuel Macron lui a apporté un soutien sans réserves, déclarant: "Je connais seulement un partenaire et un ami qui est l'Espagne.L'Espagne tout entière." Une déclaration qui s'inscrit dans une realpolitik très cohérente, mais qui écorne néanmoins l'image de "pays des droits de l'Homme" dont s'enorgueillit régulièrement la France. 

Oui, vraiment, tout cela pourrait fournir un beau sujet de méditation pour nos intellectuels...  

+ Plus d'actualité sur : L'indépendance de la Catalogne, question qui divise la région et l'Espagne

 

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C
Cela fait 8 mois maintenant que ça n'allait plus bien avec mon mari car je souffrais d'une maladie qui m'empêchait d'évoluer dans la vie et cette maladie nous faisais dépenser , 7 ans de mariage avec mon mari, du jour au lendemain comme par envoûtement mon mari demande le divorce. Sur internet je passais du temps à faire mes recherches pour me distraire donc il est arrivé un jour j'ai fait la connaissance d'un Voyant. Grâce a ce Voyant mes frères et soeurs, Mon mari est revenu du jour au lendemain exactement comme par enchantement, mon mari n'a rien compris depuis jusqu'à ce jour, il existe vraiment des choses dans la vie que nous ne pouvons jamais comprendre si on a pas essayé, j'ai repris mon travail et tout est rentré dans l'ordre. Il est un Spécialiste du retour rapide de l'être aimé. Si vous voulez vous faire aimer ou si votre ami vous a quitté ce Voyant peux le faire revenir dans 3 jours . Il va courir derrière vous . amour durable, problème d'enfant , chance au jeux, fidélité , maladie inconnue, même cas désespérés. Pas de fausses promesses , travail efficace et rapide.100% de réussite garanti. Ne restez pas dans l'angoisse, pas de problème sans solution. Il est réputé pour trouver une solution à tous vos problème qui vous empêchent de dormir, même les cas désespérés<br /> <br /> Je me permets de vous laisser sont contacte<br /> CONTACT:tel:+229 61824284<br /> viber:+229 61824284<br /> whatssap:+229 6182424<br /> mail:maitrefade@hotmail.com<br /> site web:https://maitrefade.wixsite.com/retour-affection
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