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24 novembre 2017 5 24 /11 /novembre /2017 09:20
Banyuls par Patrick Durand - Le Belvédère du Rayon vert, à Cerbère - La nuit depuis le Belvédère (C) jean-pierre bonnel
Banyuls par Patrick Durand - Le Belvédère du Rayon vert, à Cerbère - La nuit depuis le Belvédère (C) jean-pierre bonnel
Banyuls par Patrick Durand - Le Belvédère du Rayon vert, à Cerbère - La nuit depuis le Belvédère (C) jean-pierre bonnel

Banyuls par Patrick Durand - Le Belvédère du Rayon vert, à Cerbère - La nuit depuis le Belvédère (C) jean-pierre bonnel

L'essai biographique de Bruno TACKELS : l'auteur est à Banyuls aujourd'hui vendredi 24 novembre pour le prix européen de l'essai hall de la mairie de Banyuls à 18h: discours, exposé, apéritif)

Demain à Cerbère, au Rayon vert, avec B. Tackels: film à 15h, entretien, dialogue, dédicace à 16h 30...

 

*L'exil de Marseille jusqu'à Banyuls :

 

Banyuls, c'est la ville de l'espérance: on imagine Benjamin rencontrant Lisa Fittko, traversant la ville, depuis la gare jusqu'à la mairie, puis écoutant les conseils du maire d'alors, Vincent Azéma, leur montrant le chemin de la liberté et là-haut, vers les crêtes-frontières, le col de Rumpissa. Banyuls est une ville symbole, la dernière, l'ultime ville avant l'Espagne, la Catalogne, Port-Bou et la mort…En effet, Port-Bou, c'est la mort au bout, au bout du chemin et du destin.

 

Benjamin a toujours été un homme des crêtes, en équilibre entre deux pensées (théologie, messianisme, d'un côté, et marxisme, de l'autre), entre désir de s'ancrer (dans une ville, dans une bibliothèque) et l'invitation au voyage, pour employer le titre du poème célèbre de Baudelaire, qu'il admirait), même si celui-ci, le voyage, fut souvent motivé par la fuite et l'exil…

 

Lors de la reconnaissance du 24 sept. 1940, il va déjà affronter la souffrance et les difficultés du chemin…Il va dormir dans la nature, sans doute sur le plateau aux sept pins pour économiser ses forces.

En effet, le lendemain, le 25 sera un calvaire, un véritable chemin de croix. Il demanda, éreinté, qu'on l'abandonne et José, le fils de son amie Henny Gurland, le portera à plusieurs reprises…

A la Font del Bana, il boira l'eau croupie, comme pour déjà s'empoisonner…

 

Au Col, on imagine que la perspective de passer la frontière le réjouit, ainsi que la vue de la mer et de l'horizon vers le cap de Creus, même si la question de la contemplation esthétique n'était pas l'urgence du moment…

La descente sera longue, abrupte, interminable. Douze heures de l'arche de Banyuls à Port-Bou ! 

 

A la douane sous le tunnel de la gare, ma désillusion ne sera que plus grande, quand on lui dit qu'il devra retourner le lendemain en France, c'est-à-dire vers les camps de la mort nazis…

C'est pourquoi, dans ce petit village où personne ne le connaissait, il avalera le lent poison de la morphine : ce fut une agonie de presque 24 heures, de 22 heures, le 25 sept, jusqu'au soir du 26…

 

Cette biographie riche et émouvante de Benjamin nous offre une réflexion sur les thèmes majeurs du philosophe (l'aura, l'oeuvre d'art, la mélancolie, l'Histoire, la traduction…) ainsi que la narration d'une vie unique, dans un contexte européen apocalyptique. 

 

L'essai de Bruno Tackels nous convie à l'élucidation d'une oeuvre, souvent obscure, en raison d'une écriture très élaborée, de l'utilisation de l'image, de l'ellipse, d'une syntaxe inhabituelle. Le style ici, c''est bien l'écart par rapport à la norme, qui désoriente le lecteur…

 

B.Tackels convoque tout un contexte : l'l'Histoire de la fin du XIX° sicle et surtout de la premier partie du XX°, sans oublier les anecdotes, les portraits, les villes, les rencontres et les influences intellectuelles.

De même que Benjamin voulait prendre la grande Histoire "à  rebrousse-poils", B. Tackels prend "à rebours" les règles du genre. Les écrits ne sont pas interprétés à travers les événements vécus; non, l'essayiste montre que l'auteur interroge sa propre existence à travers l'oeuvre de cet intellectuel hors normes. 

 

L'écrit explique la vécu..Bien sûr, on imagine que, si l'Histoire avait été moins cruelle, l'oeuvre se serait poursuivie de façon moins pessimiste, mais ce n'est pas sûr…

 

En effet, une vision rétrospective des événements passés montre que la catastrophe a toujours été à venir.

L'avenir de Benjamin, ce n'est pas le progrès, ce n'est pas une conception linéaire et positive du temps historique, c'est toujours cette tempête qui vous pousse vers le futur, alors que vous regardez le passé…ne voulant pas voir la catastrophe qui vient…

 

 

Pour la rédemption de l'Homme, il faudra d'abord sauver le passé, rendre hommage à tous ces hommes, ces anonymes qui ont construit les grands monuments, à ces soldats de la Révolution qui ont montré le chemin de la libération…

 

Une image du passé peut, à tout moment, susciter une action au présent, ouvrir une porte donnant sur un messianisme social et révolutionnaire…

 

B. Tackels nous montre que cette oeuvre est comme le le XX° siècle,un champ de décombres, qu'il s'agit d'une oeuvre fragmentée comme le temps historique éclaté sous les balles et les déflagrations des guerres successives.

Il explique cette oeuvre intempestive, cet auteur insoumis, évitant la charcuterie de 14/18, refusant les avancées criminelles du nazisme et les charcutages du stalinisme.

 

Bruno Tackels montre que l'influence de Benjamin ne se résume pas au champ de la philosophie : le penseur a poussé la réflexion esthétique (avec L'oeuvre d'art…la photo, le ciné…) et la théorie politique : comme Kafka, il annonce la tragédie qui nous attend. Il s'et intéressé aux collections, aux jeux, aux jouets, à la radio, aux randonnées urbaines et aux voyages, aux livres rares… Ce flâneur curieux de tout, ce chiffonnier baudelairien, condamné à la marche, au nomadisme, à l'exil, à la marginalité en raison de sa situation proche de la clochardisationn, est pourtant un intellectuel essentiel. B.Tackels raconte cette vie comme un destin, la lente dérive vers l'inexorable.

 

Pourtant, jusqu'à la fin, il conserve l'humour et la volonté de reprendre sans cesse ses ultimes Thèses sur l'Histoire

Humour juif et ironie ne cessent d'être présentes dans ses textes et sa correspondances; exemple, cet article trouvé dans un journal et rapporté par Benjamin dans une lettre de 1939 :

 

"La société du gaz a cessé toute livraison de gaz aux juifs. L'utilisation du gaz par la population juive entraînait des pertes pour la société, parce que les plus forts consommateurs justement ne réglaient pas leurs factures. Les juifs recouraient de préférence au gaz pour se suicider." 

 

 

 

 

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  • professeur de lettres, écrivain, j'ai publié plusieurs livres dans la région Languedoc-Roussillon, sur la Catalogne, Matisse, Machado, Walter Benjamin (éditions Balzac, Cap Béar, Presses littéraires, Presses du Languedoc...
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