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29 décembre 2017 5 29 /12 /décembre /2017 08:26
Réveillon à Collioure - Le maire et le président de la fac dans le même bateau (C) J.Marie Philibert/Le Travailleur catalan - Perpignan mal notée (C) L'Indépendant
Réveillon à Collioure - Le maire et le président de la fac dans le même bateau (C) J.Marie Philibert/Le Travailleur catalan - Perpignan mal notée (C) L'Indépendant
Réveillon à Collioure - Le maire et le président de la fac dans le même bateau (C) J.Marie Philibert/Le Travailleur catalan - Perpignan mal notée (C) L'Indépendant

Réveillon à Collioure - Le maire et le président de la fac dans le même bateau (C) J.Marie Philibert/Le Travailleur catalan - Perpignan mal notée (C) L'Indépendant

1.CHOMAGE : 

***77 000 personnes de plus qu'en juillet auraient été radiées des listes de le emploi en août 2013

Crédit : AFP

REPORTAGE - Les habitants du chef-lieu des Pyrénées-Orientales, le département qui détient le record du plus grand nombre de sans emploi, ne croient plus à l'inversion de la courbe du chômage.

Avec 17.800 nouveaux inscrits, les chiffres du chômage pour le mois de novembre sont repartis à la hausseAvec 15.7% de sans emploi, le département des Pyrénées-Orientales détient le triste record du plus grand nombre de chômeurs. À Perpignan, l'inversion de la courbe promise par François Hollande est loin des préoccupations des habitants, partagés entre fatalisme et résignation.

Un triste tableau

Après quelques années de chômage, Sonia est désormais au RSA. Cette jeune mère de famille s'est résignée. "Le travail il n'y en a pas. Peut-être au printemps ou à l'été sur les côtes. On cherche toujours des vendeurs de glaces. Mais en hiver il n'y a rien. Vous voulez faire quoi l'hiver à Perpignan ?", s'interroge-t-elle. "Il n'y a que des chômeurs ou des femmes qui font des gosses pour toucher les allocations", continue-t-elle.

Le BTP désormais en crise

Dans son agence d'intérim, Jean fait un constat tout aussi négatif. Il craint un avenir encore plus sombre. "On a des inscriptions régulièrement mais le problème c'est qu'en face on a beaucoup moins d'emplois à proposer. Ça fait beaucoup de gens mécontents. On essaye de les écouter parce qu'ils sont au bout du rouleau mais on n'a pas les moyens pour faire du social", confie-t-il.

Un horizon d'autant plus obscurci que le secteur du BTP, qui sauvait quelque peu la situation, est désormais en crise. Les ouvriers espagnols n'hésitent pas à franchir la frontière pour prendre des chantiers en cassant les prix.

 

2.DETTES : 

 

- Romain Grau: "Il y a 15% de taux de chômage dans le département"

PLUTOT VRAI. Le taux de chômage dans les P.-O. est estimé à fin 2016 par l'Insee (au sens du Bureau international du travail) à 15,3%.

- Romain Grau: "Il y a 25.000 allocataires du RSA dans le département"

VRAI. Selon le Conseil départemental et la CAF, il y a eu en 2015, 27 528 allocataires du RSA dans les P.-O.

- Romain Grau: "Il y a 3 ans à EAS, j'ai sauvé 230 emplois"

PLUTOT VRAI. Romain Grau a bien pris la tête de l'entreprise de maintenance aéronautique EAS en grande difficulté en mai 2014. Son offre de reprise, validée alors par le tribunal de commerce, prévoyait néanmoins la non-reprise de 40 salariés sur les 270. L'adjoint à la mairie de Perpignan peut bien se vanter d'en avoir sauvé 230. 

- Alexandre Bolo: "Il y a 250 millions d'euros de dettes à Perpignan et un demi-milliard à la communauté urbaine"

PLUTOT VRAI. Concernant l'Agglo, Alexandre Bolo a raison, en 2015, la collectivité était endettée à hauteur de 528 millions d'euros. Quant à la dette de la ville, elle est plutôt moins élevée que celle annoncée par M. Bolo et est estimée à 223 millions d'euros pour 2017.

- Romain Grau: "La dette a baissé de 30 M€ d'euros à la ville et nous n'avons pas augmenté les impôts depuis que nous avons été élus".

PLUTOT VRAI. Le stock des dettes municipales est passé de 235 à 223 millions d'euros en deux ans. Et la Ville n'a effectivement pas augmenté sa part des impôts locaux depuis 6 ans comme nous l'indiquions dans notre édition papier du 24 mars dernier.

 

3. Perpignan, ville peu dynamique (article du FIGARO)

 

Les débats de 2017 en Catalogne et Pays catalan (2)

Chômage, dettes de Perpignan, ville peu dynamique, presbytère, amphithéâtre au théâtre...

(Bon réveillon, quand même !!!)

4. Presbytère  et non-respect du secteur sauvegardé (Cassanyes, Musée Rigaud...) : 

 

Le presbytère de la cathédrale de Perpignan

 Laurent Fonquernie

 

Presbytère de la cathédrale de Perpignan

Cette maison paroissiale possédant un caractère historiciste, édifiée en 1899-1900, fut conçue par l’architecte Léon Bénouville.

Léon Bénouville (1860-1903) est un architecte français des Monuments historiques qui a eu une carrière nationale d’envergure : architecte en chef de l’Isère, de la Savoie, de la Haute-Savoie, architecte en chef des arrondissements de Corbeilles et d’Étampes (août 1897), de la Lozère et de l’Ardèche(mai 1898), de la Drôme (juillet 1901), membre de la Société centrale d’architecture, jury à l’Exposition universelle de 1900 et enfin architecte diocésain de Perpignan dès 1892 (note 1) puis de Lyon à partir de 1901. Son implication dans l’aménagement des abords de la cathédrale de Perpignan est passé inaperçu jusqu’à présent. Dans la récente étude d’Esteban Castaner Munoz cet architecte a été perçu uniquement sous l’angle du restaurateur de Monuments Historiques (note 2).

 

benouville

Après presque cent ans d’oubli, ses œuvres entrent aujourd’hui dans un processus de reconnaissance au niveau national. On connaît notamment de lui un hôtel rue de Siam, la maison des pianos Erard rue du Mail ou encore l’immeuble du 46 rue Spontini à Paris mais aussi les restaurations du clocher de Thaon (Calvados), du château de Vizille, de Saint-Rémi de Reims. On le qualifie à sa mort de « grand », car il « osait, l’un des premiers, l’habitat moderne : rue Spontini, boulevard Pasteur, à Puteau…(note 3) » Distingué aux salons de 1890 et 1891, nous découvrons aussi Bénouville comme dessinateur de meubles Art nouveau comparables à ceux de Louis Majorelle ou d’Hector Guimard participant comme eux au renouvellement des arts décoratifs à la fin du XIX°. Il passe du statut d’architecte à celui d’artiste complet (note 4).

 

Benouville meubles art nouveau

Genèse du projet du presbytère actuel.

Dès 1880, à cause de la vétusté de l’ancien, la construction d’un nouveau presbytère devient une nécessité. Celui-ci doit être édifié sur les parcelles du 1 et 3 rue de l’Horloge. On projette aussi de créer une voie d’isolement propre à mettre en valeur la cathédrale, c’est à dire de dégager sur 6 mètres les constructions qui s’agglutinaient sur le mur gouttereau du coté sud.

Le 8 janvier 1881, convention est signée en ce sens entre l’Abbé Metge, le maire de Perpignan Paulin Testory et le préfet. « La cathédrale de Perpignan est obstruée du coté sud-ouest par des propriétés particulières dont les bâtiments sont presque totalement délabrés (qui) non seulement nuisent à l’aspect de ce monument mais encore sont d’un voisinage dangereux. L’administration des cultes a dû se préoccuper de cet état des choses. Afin de faciliter les moyens d’y remédier, l’administration municipale a par délibération du 9 novembre 1874, offert de céder à l’État un immeuble adjacent à la cathédrale et formant avancement sur le parvis. Elle a demandé en échange pour y établir le presbytère, une maison située au numéro 3, acquise par l’État, il y a 10 ans, précisément en vue du dégagement de la cathédrale (note 5).» 

L’État récupère la parcelle du 1 rue de l’horloge6 qui conservait les murs, arasés sous forme de murettes de l’ancienne maison du gardien de l’horloge, hormis sur la façade du numéro 3 à laquelle il servait de contrefort.

 

Restes de murettes délimitant le parvis de la cathédrale.

A cette époque, Léon Bénouville, dans la veine de l’école Viollet-le-Duc, effectue depuis Paris les démarches de mise en valeur de la cathédrale. Si au nord, les tractations concernant la propriété de M. Campana, (Cours Maintenon) n’aboutissent pas, il restructure une partie du côté sud avec la démolition du logement qui se trouvait à l’étage de la chapelle du Christ en septembre 1898. 

Il ramène celle-ci aux proportions que l’on connaît aujourd’hui et met à jour les fenêtres des chapelles de la cathédrale. Le 5 décembre 1898, en tournée à Perpignan, il convainc le Conseil de Fabrique de débloquer la somme de 10 000 francs afin de relancer le projet de presbytère neuf sur la parcelle de la ville et une partie de celle de l’État. Il « présente à l’administration un projet d’ensemble comprenant la reconstruction du presbytère, le dégagement de la cathédrale, entre le parvis et la rue Amiral Ribeil. » Le plan de cet ensemble est conservé aux Archives nationales, Paris-Fontainebleau (note 7).

 

presbytère de perpignan cathédrale

L’avant-projet, une grande feuille traitée à l’aquarelle, présente deux registres : le premier est la version de trois des cotés du presbytère, le second registre donne les plans de trois différents niveaux de la bâtisse. Pour arriver à ses fins, car ne pouvant se permettre de dépasser le budget alloué, il choisit d’utiliser les matériaux usuels que sont la pierre et la brique. Le projet est défendu sur place par Debats et de Noell auprès d’un Conseil de Fabrique jusqu’alors hostile à traiter avec l’administration. Nous sommes en plein débat sur la place de l’Église dans la société civile, débat qui conduira en 1905 à la Loi de séparation.

 

benouville, façade de la rue nouvelle 

L’architecte diocésain conçoit un presbytère moderne et intégré au sein du réaménagement global de la place Gambetta avec Saint Jean le Vieux et la cathédrale débarrassée de son parvis. Le presbytère devient la porte d’accès au quartier de la Révolution Française. Les travaux ne pourront commencer qu’en octobre 1899 (note 8). Bénouville avait prévu la création d’une ruelle donnant accès à la chapelle du Christ, longeant la façade du presbytère et le mur de la cathédrale.

 

Presbytère de la cathédrale de Perpignan et le clocher

Il est à noter que l’architecture locale vernaculaire, jusque là méprisée, est réaffirmée dans l’ensemble des réhabilitations du monument et de ses abords : traitement du mur pignon et des façades sud et nord de la cathédrale (galets de rivière, brique), réaménagement de la chapelle du Christ avec l’utilisation ou la remise en valeur de ces mêmes matériaux et enfin le nouveau presbytère, parfaitement intégré dans l’axe de la rue Bartissol récemment ouverte. Ce projet, finement mené par Bénouville pour la maison presbytérale, préfigure le renouveau de l’architecture néo-régionale catalane des années d’entre-deux guerres. Nous avons donc la chance de posséder aujourd’hui un ensemble cohérent d’aménagement des abords d’une cathédrale méridionale autour de 1900. Après 1901, le programme d’embellissement continue avec la nomination comme architecte diocésain d’Albert Mayeux (1872-1931). Celui-ci continue cette mise en valeur. Elle sera quasi achevée en 1914.

 

La façade de la cathédrale est débarrassée de son crépis et de son parvis.

Il réalise le plan d’aménagement de l’Hôtel de Mailly en Palais épiscopal en 1891. (médiathèque du Patrimoine, cote : 0082/066/2012 )

2 Castaner Munoz, E., Modernité et Identité dans l’urbanisme et l’architecture à Perpignan, p.137.

3 Mercure de France, 1904, vol.50, p.809.

4 Voir sa nécrologie dans Art et décoration, 1903, volume 14, p. 456.

5 ADPO, série J (archives de la paroisse Saint-Jean)

6 La Ville de Perpignan venait de raser sur cette parcelle la maison vétuste qui servait depuis « les temps immémoriaux », au moins depuis 1809, à loger l’ouvrier chargé par la municipalité du remontage de l’horloge.

7 Archives Nationales – Paris, fonds de l’administration des Cultes (cote CP/F/19/7818)

8 Le Roussillon, 1899, 28-09, « L’État s’est enfin décidé à faire démolir l’ancien presbytère dont les murs délabrés étaient un danger pour la sécurité publique. Les travaux commencés lundi seront terminés la semaine prochaine. 

 

*** Il faut sauver le PRESBYTERE de BENOUVILLE à PERPIGNAN. 

 

http://www.lindependant.fr/2015/11/10/l-ancien-presbytere-sera-bien-detruit-et-reconstruit-en-2016-2017,2111335.php?fb_action_ids=10153797944032853&fb_action_types=og.recommends

 

 

5. Indépendance de la Catalogne : 

*POUR : 

Jordi Savall : "L'Espagne croit-elle pouvoir réduire au silence des millions de Catalans par la force ?" Dans le conflit qui oppose le gouvernement espagnol aux indépendantistes de Catalogne, le célèbre musicien catalan a épousé la cause des séparatistes. Il nous explique pourquoi.

Publié le 04 octobre 2017 à 17h23

Dans le conflit qui oppose le gouvernement espagnol aux indépendantistes de Catalogne, le célèbre musicien catalan Jordi Savall* a épousé la cause des séparatistes. Il nous explique pourquoi.

La Catalogne après le référendum : "On est au bord de la guerre civile"

Que ressentez-vous aujourd'hui face à la grave crise que traverse la Catalogne ? 

Je suis très triste. Dimanche dernier, Madrid nous a ramenés quarante ans en arrière. Je pense que sa réaction a provoqué une cassure très grave entre le gouvernement espagnol et la Catalogne. Je vous assure que la Catalogne ne sera plus jamais comme avant. Même si l'on peut invoquer tous les arguments que l'on veut contre le référendum illégal, traîner par terre des femmes âgées, traiter des citoyens sans défense avec une telle brutalité est absolument injustifiable.

Référendum en Catalogne : des centaines de blessés et de graves violences policières

Cette démonstration de violence révèle l'incapacité totale du gouvernement espagnol à accepter la différence, à accepter que l'on puisse se sentir appartenir à une autre culture. L'Etat espagnol nie la réalité. Il refuse de reconnaître qu'il y a un problème. Il nous ignore. Il ne parle pas aux Catalans. Il parle au reste des Espagnols.

Le gouvernement indépendantiste n'a-t-il pas aussi sa part de responsabilité dans cette escalade ?

Chaque partie à une part de responsabilité. Mais que peut-on faire quand l'interlocuteur avec lequel on demande à négocier refuse obstinément de discuter ? Le président catalan et la maire de Barcelone ont envoyé une lettre à M. Rajoy pour lui demander de parler ; ils n'ont jamais eu de réponse. Comment résoudre le problème ? Rajoy n'a jamais cherché de solution politique ; uniquement des solutions judiciaires. Sa seule réponse consiste à invoquer la loi. Mais si on devait encore respecter la loi, les esclaves seraient encore des esclaves, les femmes ne pourraient pas voter, les travailleurs n'auraient pas de droit. Les lois ne sont pas toujours justes et les sociétés les ont toujours fait évoluer pour les adapter. On ne peut pas invoquer la loi comme quelque chose d'inamovible.

 

La Catalogne après le référendum : "On est au bord de la guerre civile"

Comment expliquez-vous que le gouvernement espagnol refuse ainsi tout dialogue ?

Le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy reste dans la droite ligne de l'idéologie franquiste, qui reposait sur la construction d'une Espagne "una, grande y libre" ("une, grande et indépendante"). C'est ce qui nous a menés à la guerre civile. C'était déjà au nom de ce principe qu'il avait contesté devant le Tribunal constitutionnel le nouveau statut de la Catalogne élargissant son autonomie, "l'Estatut", qui avait pourtant été approuvé par les Catalans par référendum et accepté par le Parlement de Catalogne, le Congrès des Députés et les Corts, en 2006. Pourtant, il ne s'agissait là que d'actualiser le statut d'autonomie que la constitution de 1978 nous avait reconnu.

En 2006, les Catalans ne demandaient pas l'indépendance. Ils demandaient seulement à être reconnus comme une nation. Mais le Tribunal constitutionnel a dit non, la Catalogne n'est pas une nation, et il n'y a pas de citoyen catalan. Ce n'est pas la Catalogne qui a rompu le cadre du dialogue avec l'Espagne, c'est Madrid.

C'est en raison de cette incapacité du gouvernement espagnol à accepter notre différence que nous avons demandé à pouvoir voter. Nous voulions simplement savoir combien de personnes souhaitent rester dans l'Espagne dans ces conditions et combien veulent un statut différent, mesurer ce sentiment d'appartenance ou de séparation. Dans toutes les démocraties, il y a des gens qui ne pensent pas de la même manière. Il ne faut pas criminaliser les opinions. En Catalogne, il y a des gens qui pensent à droite, des gens qui pensent à gauche, des gens qui pensent qu'on serait mieux dans une Catalogne libre, d'autres qui pensent qu'on serait mieux en restant en Espagne. Qu'y a-t-il de si mauvais à savoir ce qu'un peuple pense ?

Barcelone : Mariona, Eulàlia et Merce, Catalanes de mère en fille

Vous savez, à l'origine, je n'étais pas indépendantiste. Je suis un musicien qui se sent bien dans toutes les villes du monde où il y a de la musique. Mais ce refus de respecter l'attachement des gens à leur culture, ce refus de les laisser exprimer ce qu'ils ressentent m'a fait épouser cette cause. Je trouve inacceptable cette rigidité absolue et ce qu'elle produit. Est-ce que l'Espagne croit pouvoir réduire au silence des millions de Catalans par la force ?

Pourquoi les Catalans éprouvent-ils autant le besoin de revendiquer leur attachement à leur culture ?

Ce mouvement en Catalogne demande à écouter les êtres humains, à les remettre au centre de la politique. Les États sont des constructions politiques. Mais les gens font partie d'une culture. Écoutez-nous, nous voulons vivre dans une Europe qui respecte toutes les cultures, toutes les langues, toutes les manières d'être. C'est ce qui est écrit dans la Constitution européenne. Le grand problème de la Catalogne c'est que nous avons le sentiment que nous n'avons pas de place en Espagne. J'aime l'Espagne, je me sens bien dans de nombreuses parties de ce pays, j'aime la culture espagnole. Mais j'aimerais que l'on soit aussi reconnus, que l'on soit aussi respectés. Et ce n'est pas le cas.

"Il existe des solutions pour que la Catalogne se sente bien en Espagne"

Imaginez qu'un ministre de l'Education nationale espagnol appelle à "espagnoliser" les jeunes catalans. Lorsque j'étais enfant, j'ai été obligé de parler castillan à l'école. Sur mon certificat de naissance, il a fallu mettre "Jorge" et non "Jordi". Car porter un nom catalan était interdit. Avec la transition, nous avons enfin acquis ces droits élémentaires. Mais on voit bien que l'Espagne ne supporte toujours pas que nous affirmions notre différence.

Le catalan est une langue aussi ancienne que le français. Elle vient de la langue d'Oc, la langue des troubadours. Et pourtant on ne peut pas la parler dans le parlement espagnol ni même dans les tribunaux de Catalogne où l'on doit s'exprimer en castillan. Nous faisons partie d'une nation culturelle très ancienne. Et nous demandons que cette idée soit respectée. Ce n'est pas une question de populisme, ou d'argent comme on l'entend parfois. C'est une question de dignité et de reconnaissance.

Vu l'impasse dans laquelle se trouve la Catalogne, êtes-vous favorables à ce que le gouvernement catalan déclare l'indépendance unilatérale, au risque de plonger l'Espagne tout entière dans l'inconnu ?

Je vous répondrais par une autre question : que peut-on faire quand, de l'autre côté, il y a une barrière absolue ? Que peut faire le gouvernement de la Catalogne ? Imaginez que la Catalogne et l'Espagne forment un couple. Pensez-vous qu'un couple puisse trouver une manière de vivre ensemble s'ils ne parviennent même plus à se parler ? Qu'a fait le gouvernement anglais quand les Ecossais ont voulu leur indépendance ? Il ne les a pas réprimés, il leur a dit : "Ne partez pas, on va vous faire des propositions pour que vous vous sentiez mieux avec nous." En Espagne, on nous a répondu en menaçant de nous jeter en prison puis en lançant sur nous les forces de police. La seule possibilité qu'il nous reste est de dire : puisque nous ne pouvons pas dialoguer, nous prenons le chemin le plus difficile, même si ce n'est pas celui que nous aurions voulu prendre.

Ensuite, je ne sais pas ce qui se passera. Je pense qu'on ne trouvera une solution que si on a une médiation, qui demande à l'Espagne de s'asseoir et de discuter. Cela fait longtemps que l'Europe aurait dû jouer ce rôle-là. Je ne comprends pas qu'elle ferme les yeux. C'est probablement parce qu'elle est entre les mains de partis majoritairement de droite, qui n'ont pas de sensibilité pour le type de revendications portées ici.

Malheureusement, en France je vois qu'Emmanuel Macron n'est pas très sensible non plus à ces questions, pour la raison évidente que la France jacobine a elle-même œuvré à étouffer les différentes cultures présentes sur son territoire, à les franciser. Mais si l'Europe n'intervient pas, elle commettra une faute très grave.

Propos recueillis par Sarah Halifa-Legrand

(*) Violiste, violoncelliste, chef de chœur et chef d’orchestre, Jordi Savall dirige le Centre international de Musica Antiga, la Capella Reial de Catalunya-Hespèrion XXI, et le Concert des Nations.

 

**CONTRE : 

Antonio Muñoz Molina : "L'Espagne ne peut pas gagner contre la Catalogne , ni la Catalogne contre l'Espagne"

Le grand écrivain espagnol Antonio Muñoz Molina. (EFE/SIPA)

A deux jours de l'élection cruciale qui doit se tenir, ce 21 décembre, en Catalogne, entretien avec le célèbre écrivain espagnol.

Ce matin de décembre, le célèbre écrivain espagnol, auteur, entre autres, de «Pleine Lune», «l’Hiver à Lisbonne», «le Royaume des voix» et «Dans la grande nuit des temps», nous a donné rendez-vous dans les salons feutrés de l’Hôtel Wellington, dans le quartier de Salamanque. C’est le cœur du Madrid conservateur. Alors que doit se tenir le 21 décembre une élection cruciale en Catalogne pour tenter de sortir de la crise qui déchire la péninsule ibérique, pas une façade d’immeuble, ici, qui n’arbore crânement un drapeau espagnol, en réponse aux étendards indépendantistes qui flottent aux fenêtres de la région séparatiste. Une opposition entre deux identités qui ne lui parle guère, à lui, l’Andalou qui se dit espagnol mais aussi américain (il a beaucoup vécu au pays de Trump), et même français (il parle couramment notre sabir).

 

Espagne : face à la fièvre indépendantiste catalane, le renouveau nationaliste

L’OBS. Comment expliquez-vous qu'une partie des Catalans veuille quitter l'Espagne?

Antonio Muñoz Molina. Il y a un problème d'invention de l'identité. Quand un gouvernement régional contrôle l'éducation et les médias publics, il très facile de construire un discours victimiste. Mais dans la réalité, il n'existe pas «un seul peuple catalan» qui se sentirait mal en Espagne, contrairement à ce que les indépendantistes affirment. En Catalogne, il y a des origines différentes, des gens mélangés qui ne se sentent pas opprimés au quotidien et vivent plutôt confortablement l'appartenance à une entité plus large.

Les séparatistes accusent l’Espagne d’être réactionnaire, mais n’est-ce pas aussi réactionnaire de se revendiquer d'une communauté spéciale qui devrait avoir des droits différents des autres simplement parce qu'elle aurait des origines qui remonteraient au Moyen-Âge? Simone Veil disait: «La France éternelle est une invention très récente…» Tout dépend en vérité de la place que vous donnez au fantasme dans votre vie. Et les partis nationalistes qui ont gouverné le Pays basque et la Catalogne ont contribué à construire ce fantasme collectif.

Pourquoi dites-vous que c'est un fantasme ?

Le discours selon lequel il y aurait une opposition permanente entre une Espagne centralisatrice et une Catalogne indépendantiste est faux. Il est historiquement faux. J'accepte que des gens veuillent appartenir à un pays indépendant s'il y a une majorité qui le demande. Mais on ne peut pas fonder une opposition politique sur un mensonge. La démocratie espagnole a respecté l'éducation, la langue, l'autonomie de la Catalogne et du Pays basque. L'Espagne est devenue un des pays les plus décentralisés du monde.

Quand Franco est mort, j'avais 19 ans et je me souviens que pour nous, dans la gauche antifranquiste, l'autonomie de la Catalogne, avec sa langue et sa culture, était une idée fondamentale de la démocratie du futur. Dans les manifestations on disait «liberté, amnistie, autonomie». Car l'autonomie de la Catalogne avait été créée par la République dans les années 30; elle faisait donc partie de notre patrimoine politique et idéologique. On n'a même pas attendu l'adoption de la Constitution: un an avant, en 77, on rétablissait la Generalitat (le gouvernement de la Catalogne, NdlR.).

La gauche et les indépendantistes catalans accusent pourtant le Parti populaire (PP) de perpétuer une idée centraliste et «catalanophobe» de la nation espagnole héritée du franquisme…

C'est le discours officiel d'une partie de la gauche. Mais ce qu'elle fait là, c'est saper la légitimité démocratique espagnole. Oui, c'est vrai, le Parti populaire est très conservateur. Mais ce n'est pas un parti fasciste. Il y a des gens, en son sein, qui veulent recentraliser le pays mais je ne crois pas que ce soit une idée majoritaire car le PP gouverne aussi dans des régions autonomes: un discours trop centralisateur peut lui coûter des voix cruciales.

Et puis, si on dit que l'Espagne est toujours sous oppression des héritiers de Franco, comment explique-t-on le mariage homo? Tout ce qu'on a fait depuis la fin de la dictature, tous les changements, la très grande autonomie que l'on a accordée au Pays basque et à la Catalogne qui ont leur propre parlement, le contrôle sur leur éducation, leur langue, leur culture, leurs médias publics… comment l'explique-t-on? On peut accepter tout, mais pas qu'on dise que l'Espagne d’aujourd’hui ressemble à l'Espagne de Franco.

Aujourd'hui, qu'est-ce qu'être espagnol selon vous ?

Lorsque la démocratie est arrivée après la mort de Franco, elle a dû abandonner presque tout projet d'une identité espagnole commune. Car l'idée même de l'Espagne avait été associée à la dictature. Il y avait cet héritage très dur de la dictature, ce nationalisme traditionnel, catholique et profondément réactionnaire. La gauche et la partie la plus civilisée de la droite ont donc décidé de ne pas trop célébrer l'idée de nation espagnole puisqu’elle était associée au franquisme. Et la réponse de régions comme le Pays Basque et la Catalogne a été de dire: nous sommes une véritable nation, tandis que l'Espagne n'existe pas, si ce n'est comme l'Etat oppresseur. Ils ont opposé l'existence de nations profondément identitaires qui viendraient du Moyen-Âge avec leur langue et leur culture à une identité abstraite représentée par l'Etat espagnol.

Le problème, c’est que quarante ans plus tard, si l’on dit qu’on est espagnol, c’est encore interprété comme réactionnaire. On n'a pas été capable de célébrer une identité espagnole qui soit démocratique. On aurait dû créer non pas une idée romantique de la nation (la nation comme tradition immémoriale de l'Espagne), mais une idée plus civique (la nation comme création de la démocratie). En France, l'idée de nation a été créée par la Révolution, pas comme le véhicule de valeurs traditionnelles, telles le patriotisme, la religion, la gloire, non, mais comme une communauté de citoyens.

Comment construire ce récit national commun ?

C'est le fond du débat : comment faire pour trouver une façon de rester ensemble? On doit pouvoir trouver des mesures pratiques pour que les choses fonctionnent mieux, en particulier sur le plan économique. Mais on doit aussi faire un effort pour créer une conscience des liens véritables que nous avons en commun. En réponse à l'uniformité imposée par le franquisme, on a souligné ce qu'il y avait de particulier dans chaque région. Mais on doit prendre soin de ne pas jouer au jeu des oppositions identitaires absolues. Car ce n'est simplement pas vrai. Il faut maintenant trouver un équilibre entre l'affirmation de nos différences et de nos similitudes. On doit avoir une histoire commune à raconter.

La langue catalane est centrale dans l'identité de la Catalogne, c'est vrai. C'est une richesse que l'on doit embrasser. Mais vous savez où se trouve le centre de l'industrie éditoriale en espagnol dans le monde? A Barcelone! Mes propres livres ont toujours été publiés à Barcelone. La Catalogne a toujours eu un immense prestige dans le reste de l'Espagne; elle représente ce qu'il y a de novateur, la modernité. Les identités catalane et espagnole sont connectées sur bien des aspects. Le mélange est profond. La moitié de la population catalane vient d'une autre région de l'Espagne.

Par exemple, dans la génération de mes parents, la plupart des membres de ma famille, des paysans originaires d'Andalousie, une région qui était très pauvre, ont émigré soit en Catalogne, soit en France. Et pourtant, on peut entendre des idées aussi ridicules que l'appel au boycott des produits catalans, comme le cava, en réaction à la poussée indépendantiste. Mais vous savez d'où viennent les bouchons des bouteilles de cava catalan? D'Estrémadure!

La crise en Catalogne a cependant profondément divisé la société espagnole…

Je ne crois pas que l'on soit arrivé à un degré de haine et d'opposition radicale. Il y a de très graves problèmes politiques entre une partie de la Catalogne et Madrid mais ce ne sont pas des oppositions entre des identités contraires. Je crois que ce sont des blessures que l’on pourra soigner. Je suis toujours enragé par l'idée communément admise d'un soi-disant radicalisme, d'une irrationalité espagnole. Cette idée d'une destinée fatale. Non.

Les historiens étrangers pensaient qu'après la mort de Franco la guerre civile reviendrait; elle n'est pas revenue. Nous avons réussi à changer notre pays. Notre histoire contemporaine est une histoire de succès. Puis, l'Espagne a été capable de vaincre le mouvement terroriste le plus sérieux en Europe avec les instruments de la démocratie. On devrait s'en sortir là encore avec un peu d’efforts.

 

L’étrange cavale de l’assassin de Martin Luther King, racontée par Antonio Muñoz Molina

Une commission a été mise en place pour préparer une éventuelle réforme de la Constitution espagnole, qui n'a pas été modifiée depuis 1978. Est-ce l'étape nécessaire pour réorganiser ce vivre-ensemble?

Peut-être faut-il en effet changer les choses. Il faut en discuter, car je suis convaincu que tout le monde serait perdant en cas de divorce. L'Espagne ne peut pas gagner contre la Catalogne et la Catalogne ne peut pas gagner contre l'Espagne.

La constitution de 1978 est pourtant considérée comme un quasi livre sacré par votre génération…

La constitution de 1978, c'est l'acte fondateur de notre communauté démocratique. Bien sûr elle est le résultat d’une réconciliation, de concessions difficiles entre les différentes parties après la dictature, mais elle est aussi connectée à notre première expérience démocratique qui fut la République. Une grande partie de ce que j’ai écrit dans ma vie a été une revendication de la mémoire démocratique espagnole. Il faut que la gauche s'empare de ce récit. J’espère qu’elle saura construire un point d'équilibre entre la célébration de la différence libératrice et la défense de l'égalité entre les personnes. La gauche a oublié sa lutte contre les injustices sociales, les différences de classe, pour se concentrer sur la défense des identités collectives, les minorités, les homosexuels, les femmes, les régions... En Espagne, où l'on résonne toujours en termes de régions, il est temps de résonner aussi en termes de citoyens.

Faut-il selon vous permettre l’organisation d’un référendum d'autodétermination légal en Catalogne sur le modèle écossais comme le réclament quelque 80% des Catalans, qu’ils soient indépendantistes ou pas?

Je connais des gens qui y sont favorables et d'autres qui sont contre. Pour ma part, je ne suis pas absolument sûr qu'il faille organiser un tel référendum… mais si tant de gens le demandent en Catalogne, peut-être faudra-t-il le faire, avec des garanties très scrupuleuses.

Propos recueillis par Sarah Halifa-Legrand

Antonio Muñoz Molina, bio express

Né en Andalousie en 1956, Antonio Muñoz Molina est l'un des plus grands écrivains espagnols. Il a reçu de très nombreux prix dont le prix Prince des Asturies et, en France, le prix Femina étranger pour «Pleine Lune» (1998). Il est l'auteur de nombreux romans dont «Séfarade» (2003) et «Dans la grande nuit des temps» (2012).

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  • professeur de lettres, écrivain, j'ai publié plusieurs livres dans la région Languedoc-Roussillon, sur la Catalogne, Matisse, Machado, Walter Benjamin (éditions Balzac, Cap Béar, Presses littéraires, Presses du Languedoc...
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