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10 février 2018 6 10 /02 /février /2018 07:48
Pierre Torrès - Un de ses livres - Coopératives de Catalogne (C) P.Torrès: Garriguella avec restaurant en terrasse. - Villajuiga : façade et stand de produits de terroir
Pierre Torrès - Un de ses livres - Coopératives de Catalogne (C) P.Torrès: Garriguella avec restaurant en terrasse. - Villajuiga : façade et stand de produits de terroir
Pierre Torrès - Un de ses livres - Coopératives de Catalogne (C) P.Torrès: Garriguella avec restaurant en terrasse. - Villajuiga : façade et stand de produits de terroir
Pierre Torrès - Un de ses livres - Coopératives de Catalogne (C) P.Torrès: Garriguella avec restaurant en terrasse. - Villajuiga : façade et stand de produits de terroir
Pierre Torrès - Un de ses livres - Coopératives de Catalogne (C) P.Torrès: Garriguella avec restaurant en terrasse. - Villajuiga : façade et stand de produits de terroir

Pierre Torrès - Un de ses livres - Coopératives de Catalogne (C) P.Torrès: Garriguella avec restaurant en terrasse. - Villajuiga : façade et stand de produits de terroir

 Pierre Torrès

Pierre Torrès, ingénieur agronome, expert en vignobles et vins, a dirigé pendant trente ans la Station Viti-Vinicole du Roussillon. Il a ensuite participé à de nombreuses missions dans les vignobles du monde. Son regard sur le vin est celui d’un homme de terrain, du pédagogue et du communicateur. Il est aussi l’auteur de plusieurs ouvrages : « Vigneron, sois fier de l’être » , « Le nouveau plaisir du vin », « Terroirs de lumières », « Les vins doux naturels de la Méditerranée »…

 

Voilà deux mille ans que la vigne s’est implantée dans nos terroirs catalans. 
L’originalité et la qualité des productions viticoles du Roussillon étaient déjà reconnues au temps des royaumes catalano-aragonais grâce à leurs vins généreux et liquoreux. Plus tard, lorsque se sont installés des vignobles de masse dans les régions méditerranéennes voisines, les vignerons du Roussillon ont continué à cultiver la vigne sur les coteaux et ont su mettre en avant la particularité de leurs vins doux naturels, souvent menacés, mais toujours défendus avec autant de force que de fierté. C’est grâce à ces vins que le vignoble roussillonnais a connu au lendemain de la deuxième guerre mondiale ses « trente glorieuses ». 


On peut dire que c’est par les vins doux que le vignoble du Roussillon s’est distingué, qu’il a connu la prospérité et qu’il résiste encore aujourd’hui dans un contexte viticole particulièrement difficile. Confronté depuis plusieurs années à une forte baisse de la consommation et au libéralisme du marché mondial du vin, le Roussillon a concentré sa production autour des vins de grande qualité. 


Mais les vignerons sont de moins en moins nombreux et leur métier et leur mode de vie ont également changé. Ils sont passés en quelques années de la simple production de vins en vrac à la vente de vins souvent conditionnés en bouteilles. Ils ont appris aussi à communiquer, à élaborer des stratégies commerciales et, bien sûr, à valoriser leur terroir, tout en supportant de plus en plus de contraintes et en portant par leur travail la gestion d’un paysage souvent exceptionnel et de son environnement.

 

Nous remercions Pierre Torrès de nous avoir confié cet article inédit :

 

Sur la disparition de nos caves coopératives

 

C'est au début du XXe siècle que sont apparues les premières caves coopératives pour permettre aux petits viticulteurs de mieux assurer leurs vinifications et de pouvoir conserver leurs vins de façon convenable. La « coopé » a joué à la fois un rôle technique, économique et social. Il ne faut pas oublier le rôle social que ces entreprises ont pu jouer dans le vignoble en maintenant toute une population de petits vignerons dans certains villages menacés par l’exode rural. La cave coopérative deviendra même une véritable institution symbolique au même titre que la Mairie, l’Eglise et l’Ecole. On recensera à la veille de la 2ème guerre mondiale près d’une centaine de caves coopératives en Roussillon qui se développeront en quelques décennies et finiront par représenter les deux tiers de la production vinicole départementale. A la fin du XXe siècle beaucoup de ces caves, confrontées à la diminution des superficies viticoles, ont du fermer ou se regrouper. Il ne reste plus aujourd'hui qu'une vingtaine de caves coopératives en Roussillon.

 

La disparition des petites caves communales de certains terroirs n'est pas sans conséquence sur le maintien de notre patrimoine viticole. N'oublions pas que c'est grâce à ces coopératives que de nombreux vignerons ont pu se maintenir sur des terroirs viticoles de qualité, certes, mais souvent éloignés et n'offrant d'autres débouchés que la culture de la vigne. L'abandon pur et simple de ces caves au profit de grandes structures centralisées dans des villages plus importants pourrait entrainer dans certains cas une désertification de ces terroirs. Or un terroir ne peut exister que s'il est "vivant", c'est à dire que si des vignerons y vivent.

 

Comment faire revivre ces coopé ? L'exemple des caves coopératives de l'autre côté des Pyrénées, dans la région de l'Empordà, est riche d'enseignements. Ces vignerons de Catalogne du Sud ont su garder leurs caves coopératives dans de nombreux villages (Pau, Garriguella, Palau, Villajuiga...) en les équipant d'une structure d'accueil touristique très particulière, avec une offre diversifiée non seulement avec leurs vins, mais aussi avec tous les produits de terroir de la région. Chaque cave a ainsi son "agrobotiga" qui lui permet d'être une mini Maison de Terroir, attachée à chaque village.

 

Le développement du tourisme de terroir, et de l'oenotourisme en particulier, ne peut s'envisager qu'avec des terroirs "vivants", c'est à dire avec une structure d'accueil dans de nombreuses communes mettant leur vignoble en avant. Le paysage, aussi exceptionnel soit-il, ne suffit pas toujours pour communiquer sur un terroir, la présence de l'homme est indispensable. Au lieu de laisser disparaître peu à peu ces petites caves coopératives communales, pourquoi ne pas leur donner un second souffle en les orientant vers une offre plus diversifiée regroupant toutes les activité de la filière terroir ?

 

Pierre Torrès

Ingénieur Agronome - Auteur de l'Histoire de la Vigne et du Vin en Roussillon

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  • professeur de lettres, écrivain, j'ai publié plusieurs livres dans la région Languedoc-Roussillon, sur la Catalogne, Matisse, Machado, Walter Benjamin (éditions Balzac, Cap Béar, Presses littéraires, Presses du Languedoc...
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