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4 décembre 2018 2 04 /12 /décembre /2018 09:57
Les gilets sont pas cons !

Les gilets sont pas cons !

Gilets jaunes : silence des politiques et des intellectuels - Jean-Claude Michéa

 

Face à ce mouvement inédit, inattendu, révolutionnaire, les politiciens sont sans voix, surtout localement. Après l'éclatement des prés carrés convenus, lors de l'élection de Macron, après le dégagisme prôné par Mélanchon, après les nuits debout des Insoumis, voici les tentatives de conciliation repoussés par les révoltés : ils ne se rendent pas aux réunions, sont mal habillés, parlent de façon populaire et incorrecte...

 

La France silencieuse, souvent non diplômée, au chômage ou dans la pauvreté, repliée dans l'indifférence des puissants, des Bobos, des intellos, des élus bardés de primes et de privilèges, s'exprime.

 

Au bout de 3 semaines de révolte, le pouvoir ne répond pas, poussant les sans-culottes à la radicalité, à une violence illégale, mais légitime, face à la violence et au mépris du gouvernement en place... Dès lors, on peut s'attendre à encore plus de déchaînements violents...

 

Pendant ce temps, à part quelques acteurs, personnalités médiatiques et un penseur comme J.C. Michéa (voir plus bas), le monde intellectuel est silencieux: ça nous rappelle le texte de Max Gallo, en 1982/83, sur "le silence des intellectuels" après l'élection de Mitterrand.

 

ça ne nous rajeunit pas...Surtout ça montre que l'Histoire ne change pas, n'évolue pas vers plus d'humanisme et de rationalité... Les intellos se sont souvent trompés ou ont été complices des abominations  : Sartre, silencieux face aux camps staliniens, pour ne "pas décourager Billancourt"...Foucault, Sollers, Chatelet, Kristeva, etc.. allant parader en Chine pour célébrer les cents fleurs de Mao, alors que le Big Timonier tuait à gogo : criminels, les intellos !

 

Dans le champ politique dévasté, le monde de l'esprit est, lui aussi, un champ de ruines ! On attend l'avénement de l'intellectuel collectif rêvé par Bourdieu...capable de critiquer la puissance des experts. On voudrait entendre l'intellectuel critique, courageux au point de jouer les lanceurs d'alerte dans un monde conformiste et miné par la finance planétaire...

Une pétition, parfois, un texte de Le Clézio, une humeur de Yann Moix, l'irruption d'un Coluche solitaire...mais l'intello ne peut s'opposer à la barbarie qui monte de façon inéluctable en Europe : le fascisme arrogant, le populisme démago (pléonasme), le manque de générosité face aux migrations, l'absence de solutions...Ils n'ont pu, malgré les appels, éviter les barbaries des guerres post-coloniales, les tueries d'Irak et de Syrie...

 

Où sont les Jaurès, Dreyfus, Bernard Lazare, Camus..? Où l'esprit libertaire d'utopie d'un Walter Benjamin..? Qui osera prendre parti pour les gilets jaunes, suspectés d'être manipulés, d'être incultes et souvent qualifiés de "barbares" par nos penseurs bourgeois..? Onfray, oui, a écrit un beau texte, tout au début du conflit; il a pris du recul, renonce désormais à la médiatisation, mais ses messages sont toujours forts ! Emmanuel Todd, lui aussi, a démonté la violence de l'Etat face à la foule jaune...

 

L'intellectuel saura-t-il montrer la voie ? A en juger par le théâtre actuel, à Avignon ou à l'Odéon, on constate qu'un Julien Gosselin, jeune metteur en scène très doué, adaptant BOLANO ou DELILLO, donne à voir la figure flou et décalée, impuissante et et inutile de l'intellectuel, du philosophe, de l'ancien penseur engagé..!

 

L'avenir est difficile à déchiffrer, mais tout est possible !

 

JPB

 

 

 

 

 

 

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Dans une lettre, le philosophe voit dans le mouvement des gilets jaunes la révolte «de ceux d’en bas». Il y décèle « un mouvement révolutionnaire», estimant que «cette colère soutenue par 75 % de la population ne retombera plus».

Souvent décrit comme un penseur social-libertaire, proche de la pensée de George Orwell, Jean-Claude Michéa, intellectuel reconnu, s'était montré discret depuis quelques mois. Les manifestations des gilets jaunes ont poussé l'auteur de Notre ennemi, le capital à sortir de sa réserve.

Dans une lettre publiée sur le blog «Les amis de Bartleby», Jean-Claude Michéa juge le mouvement des gilets jaunes comme « l’exact contraire de Nuit Debout ». En effet, il considère ici que «ce sont bien ceux d’en bas [...] qui se révoltent». A contrario, il a vu dans Nuit debout du printemps 2016 une contestation d'«urbains hypermobiles et surdiplômés [...] encouragée par une grande partie de la presse bourgeoise». Nuit debout a été soutenu par des individus qui constituent, selon Jean-Claude Michéa, «le principal vivier dans lequel se recrutent les cadres de la gauche et de l’extrême gauche libérales».

Les gilets jaunes seraient, pour le professeur de philosophie, plutôt de la même farine que Podemos : une colère venant du bas «avec déjà suffisamment de conscience révolutionnaire pour refuser d’avoir encore à choisir entre exploiteurs de gauche et exploiteurs de droite». Fidèle à sa pensée, l'écrivain ne peut que soutenir un mouvement populaire qui transcenderait les clivages.

La gauche, les écologistes ou le gouvernement, Michéa accuse

Dans son billet, et comme à son habitude, il n'hésite pas à s'en prendre à la gauche qui, d'après lui, va à l'encontre du peuple. Ainsi, il ne manque pas de faire des reproches à la députée de La France insoumise (LFI) Clémentine Autain ou au fondateur de Génération.s Benoît Hamon. Tous deux feraient partie, selon lui, des coupables ayant empêché la formation d'un Podemos en France, puisque «enterrant ce mouvement prometteur en le coupant progressivement de ses bases populaires». Comme il l'a souvent exposé dans ses ouvrages, Jean-Claude Michéa ne tarit pas de critiques contre «la gauche», qu'il nomme «kérosène», «qui navigue d’aéroport en aéroport pour porter dans les universités du monde entier la bonne parole "écologique" et "associative"». Une critique de la gauche qui serait déconnectée du terrain, selon lui, mais la première à faire la morale au peuple.

«Un gouvernement cynique et impavide»

«La seule question que je me pose est donc de savoir jusqu’où un tel mouvement révolutionnaire [...] peut aller dans les tristes conditions politiques qui sont les nôtres», s'interroge-t-il. Il s'inquiète du pouvoir macronien actuel, celui d'«un gouvernement cynique et impavide qui est clairement prêt [...] à aller jusqu’aux pires extrémités pinochetistes pour imposer sa "société de croissance" et ce pouvoir antidémocratique des juges».

Le philosophe craint par ailleurs que le gouvernement ne tente d'«envoyer partout son Black Bloc et ses "antifas"» pour discréditer les gilets jaunes.

Toutefois, l'essayiste reste positif : «La colère de ceux d’en bas (soutenus, je dois à nouveau le marteler, par 75 % de la population) ne retombera plus, tout simplement parce que ceux d’en bas n’en peuvent plus et ne veulent plus.» «Le peuple est donc définitivement en marche !», assure-t-il.

Les différents appels des gilets jaunes à se rassembler le 24 novembre devraient être un indicateur. Le peuple est-il prêt à la révolution ? Jean-Claude Michéa semble n'attendre que cela.

 

Bastien Gouly

 

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  • professeur de lettres, écrivain, j'ai publié plusieurs livres dans la région Languedoc-Roussillon, sur la Catalogne, Matisse, Machado, Walter Benjamin (éditions Balzac, Cap Béar, Presses littéraires, Presses du Languedoc...
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