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27 décembre 2018 4 27 /12 /décembre /2018 11:06
  12 rue de la Cloche d'OR (jardin, acacia, objets Mengus, escalier) - Florence Lacour et Hélène Ribère (photos JPB, novembre 2018)
  12 rue de la Cloche d'OR (jardin, acacia, objets Mengus, escalier) - Florence Lacour et Hélène Ribère (photos JPB, novembre 2018)
  12 rue de la Cloche d'OR (jardin, acacia, objets Mengus, escalier) - Florence Lacour et Hélène Ribère (photos JPB, novembre 2018)
  12 rue de la Cloche d'OR (jardin, acacia, objets Mengus, escalier) - Florence Lacour et Hélène Ribère (photos JPB, novembre 2018)
  12 rue de la Cloche d'OR (jardin, acacia, objets Mengus, escalier) - Florence Lacour et Hélène Ribère (photos JPB, novembre 2018)
  12 rue de la Cloche d'OR (jardin, acacia, objets Mengus, escalier) - Florence Lacour et Hélène Ribère (photos JPB, novembre 2018)
  12 rue de la Cloche d'OR (jardin, acacia, objets Mengus, escalier) - Florence Lacour et Hélène Ribère (photos JPB, novembre 2018)
  12 rue de la Cloche d'OR (jardin, acacia, objets Mengus, escalier) - Florence Lacour et Hélène Ribère (photos JPB, novembre 2018)

12 rue de la Cloche d'OR (jardin, acacia, objets Mengus, escalier) - Florence Lacour et Hélène Ribère (photos JPB, novembre 2018)

Une vieille demeure 12 de la Cloche d'Or, à Perpignan :

l'hôtel d'Aubermesnil, de Henri de la Houillère à Louis Codet, Claude Simon, et Mengus…

 

Une demeure autour d'un acacia…

 

 

Florence Lacour-Bourgouin-Codet vous accueille avec naturel et sympathie dans la grande bâtisse du 12 rue de la Cloche d'Or.

 Elle vous monte tout, de la cour au couloir, de l'appartement au jardin intérieur, de la cuisine ancienne aux archives derrière une porte dérobée… Bibliothèques, documents, photos et objets de Mengus, partout de la cave au salon, muni d'un poêle inactif en céramique et d'un autre, à bois, qui vous fait oublier la morsure de décembre..

 

Psychanalyste, psychologue clinicienne, elle est porteuse d'une longue lignée, mémoire d'une maison qui a vu des générations de militaires et d'écrivains : de Henri de la Houillère, commandant de la forteresse de Salses à André Mengus, beau-fils de l'écrivain Louis Codet, publié chez Gallimard…Du Capitaine Lacombe Saint-Michel à Claude Simon, prix Nobel de littérature, qui passa son enfance et une partie de l'âge adulte, ici, avant de s'installer à Salses, l'autre maison familiale…

 

De Romain, fils aîné d'Eugène L. St-Michel, qui eut deux filles : l'aînée Thérèse épousera Jean Codet : Louis sera leur fils…et la cadette, Louise se mariera avec Felisie Rousseau : Claude sera leur petit-fils…à ce trio d'artistes et de romanciers, de poètes et de photographes, qui se sont croisés ou ont mis leurs pas dans les traces des autres…C'est complexe, mais la généalogie peut se résumer à des textes décrivant la demeure du coeur de ville, et à cet arbre, au coeur de cette maison, où les souvenirs sont enclos, protégés, intimes, même si de livres et des revues abondent sur ces itinéraires…

 

Oui, résumons l'aventure de ces vies insolites  passées sous le signe de l'acacia, qui poussait le long d'un haut mur, et de celui, désormais, vivace et ferme, devant lequel on médite, maintenant, avec des descriptions de romans dans la tête… 

 

L'acacia, racine de ce microcosme, mémoire des promenades et écritures de ces hommes devenus des fantômes éternels vivant en des albums d'images d'un autre temps, en des romans qu'on a voulu qualifier de "nouveaux", dans les modes littéraires du XX° siècle et qui sont tout simplement actuels, pour longtemps…

 

C'est Codet, 1876, 1914, dans ses livres, Luis l'indulgent et La fortune de Bécot, qui le décrit et donnera sans doute des idées à Claude Simon, plus tard :

"Un ciel acacia, que chaque printemps chargerait de grappes blanches, frôlait de ses rameaux les gouttières vernissées, aux tuiles d'émeraude comme on en voit le long des maisons roussillonnaises…" "Que de fois, comme u prisonnier, il avait levé ses regards vers le jardin du Général…."

 

En écho, dans une autre langue, dans des phrases proustiennes, Claude Simon, dans le livre de 1989, publié aux Editions de minuit (page 380) : le cavalier, mobilisé en 1939, parle d'une armée qui va être mise en déroute, dans l'Est, où le narrateur échappe à la mort, mais est fait prisonnier. Après d'être évadé, il rejoint le Midi, retrouve les Pyrénées et la vieille demeure familiale, mélangeant toutes les guerres (1919, 1940, 1910/14…) tout en évoquant un temps, 1880/1941, où il n'était pas encore né… 

 

A la page ultime, donc, de L'Acacia, il revient à l'acacia :

"Un soir, il s'assit à sa table devant une feuille de papier blanc. C'était le printemps maintenant. La fenêtre de la chambre était ouverte sur la nuit tiède. L'un des branches du grand acacia qui poussait dans le jardin poussait dans le jardin touchait presque le mur, et il pouvait voir, avec leurs feuilles semblables à des plumes palpitant faiblement sur le fond des ténèbres, les foliotes ovales teintées d'un vert cru par la lumière électrique remuant par moments comme des aigrettes, comme animées soudain d'un mouvement propre, comme si l'arbre tout entier se réveillait, s'ébrouait, se secouait, après quoi tout s'apaisait et elles reprenaient leur immobilité."

 

L'hôtel d'Aubermesnil a connu des avatars, des métamorphoses, avec des partages, des ventes, des locations : "Vieil hôtel familial, ce mausolée des gloires passées…Comme si, au coeur de la vieille ville…la maison constituait comme un îlot, une sorte de lieu épargné, préservé dans l'espace et le temps…"

 

On récite à ses pieds des pages de L'Acacia, du Tramway, du Jardin des plantes, de tous ces romans du temps perdu et retrouvé qui parlent de Perpignan… 

 

Et les Pensées d'André, qui s'y installe à l'âge de soixante ans, en 1964, avant de laisser la place à d'autres généreux occupants, en 1999 : "…la Cloche d'Or…il est un espace où l'on peut se croire n'importe où sauf au coeur de la ville…", écrit-il dans la revue Conflent, livraison n° 107…

 

André Vick, dans son recueil En Roussillon, note ses impressions, le temps qui passe et la présence de l'arbre devenu personnage de fiction et être mythologique pour tous les occupants de la maison labyrinthique de la Cloche d'Or : 

"Le ciel acacia du jardin de la Cloche d'Or, au gros tronc où pourraient nicher de hiboux, noir, penché, amputé de la plupart de ses branches, ne porte lus à jaque printemps que quelques courts bouquets sur son faîte…"

 L'ayant connu souple et chargé de fleurs, Louis Codet écrivait dans un carnet : Cérémonies du vent dans les arbres

 

"Dans l'arbre parfumé, les mains jeunes et robustes du vent, essayant ses forces…

Dans l'acacia, les oiseaux se perchaient et chantaient au lieu des Alhambras aériens que faisaient sans doute les grappes de feuilles vertes et les grappes de fleurs blanches, aux doux verre; et le vent les balançait.

Le vieil acacia du jardin, le vieillard tutélaire que je vois, me paraît ne pas avoir oublié le sourire de l'arbre en ses jeunes années, que voyait Louis Codet."

 

Plus loin, Mengus-Vick, poursuit : 

"Sur le grand mur gris qui fait face à mes fenêtres, et qui dans l'ombre paraît mauve, le vieil acacia, dès que que le soleil éclaire son feuillage tout neuf, devient un énorme et vivant bijou ciselé, de bronze noir et d'or vert."

Grâce à l'arbre, les trois écrivains dialoguent, poursuivent une généalogie intimiste, enracinent leur vie et leur oeuvre dans la permanence de cette nature urbaine…

 

Face à l'éternité de l'acacia -même si le premier dépérit- l'homme (toujours l'auteur de En Roussillon) éprouve l'irréalité de la durée : 

 

"Entre l'arbre de la Cloche d'Or, qui révèle là ses dessous, et le pied du mur de lierre, près d'une vieille porte en bois toujours close, il est un espace où l'on peut se croire n'importe où, sauf au coeur de la ville, et que je ne peux traverser sans médire : Si j'avais six ans…"

 

 

J.P.Bonnel

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commentaires

R
Superbe, ce texte sur la cloche d'or... un vrai conte !
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  • professeur de lettres, écrivain, j'ai publié plusieurs livres dans la région Languedoc-Roussillon, sur la Catalogne, Matisse, Machado, Walter Benjamin (éditions Balzac, Cap Béar, Presses littéraires, Presses du Languedoc...
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