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16 avril 2019 2 16 /04 /avril /2019 09:58
Trénet : Je n'irai pas chanter à Notre-Dame - Croire en nos chimères ?

A Notre-Dame, Charles Trénet,

chanter,

n'a pu.

Nous n'irons pas non plus...

 

...Sauf si la vie et l'âge nous l'autorisent, mais nous savons désormais avec cette nuit de feu au coeur de Paris, que les cathédrales sont mortelles, comme les civilisations..Et nous aussi !

 

Cet incendie inattendu -il y en eut, pourtant, dans l'histoire - nous a encore une fois, nous l'avions oublié, têtes fêlées, mémoires courtes, des catastrophes qui visèrent ces lieux de spiritualité, qui montaient dans la verticalité du ciel pour aller vers Dieu et prendre de la lumière, plus que de la hauteur, même si l'orgueil est présent au coeur des constructeurs et des maîtres du monde...

 

Ce fut une nuit d'horreur qui nous permit, à tous, hommes de croyance ou hommes sans futur, de méditer, en cette semaine sainte, sur l'aspect fragile et éphémère des choses et des êtres...Une nuit de beauté sinistre, illuminée par les rougeurs des flammes, par les morsures jaunes du montre incendiaire... Nous avions cru, grâce à l'éternité de l'art, de la sculpture, de l'architecture, pouvoir rivaliser avec le temps...Nous avions cru pouvoir demeurer immortels grâce à nos créations...

 

A présent, nous en sommes réduits à célébrer les hommes du feu qui ont lutté et sont montés sur une structure capable de s'effondrer à tout moment. Nous louons des anonymes comme nous aurions dû, en levant la tête sur le parvis, au coeur de l'île de la Cité, avoir une pensée pour tous ces sans-nom, artisans, artistes, travailleurs de la pierre et du zinc, qui ont vécu et sont morts pour que perdure la cathédrale.

 

Venue des fonds des âges médiévaux, elle témoignait encore d'une longue nuit tragique, faite de croisades, de tueries, de combats coloniaux, ayant permis de ramener d'Afrique et d'Orient de l'or et des idées pour construire un hymne de matière pour l'esprit divin !

 

Le feu a peut-être brisé des gargouilles, des monstres à la Viollet-le-Duc, des chimères, comme décrites par Hugo... Mais pas nos chimères artistiques ou spirituelles : nos utopies, nos désirs fous de changer le monde, de le rendre meilleur, d'inventer l'impossible !

 

Avec la reconstruction de Notre-Dame, c'est la vie qui repart, c'est la croyance en une espérance, en dépit de toutes les catastrophes annoncées, du réchauffement climatique à une guerre nucléaire, mettant un point final à l'inénarrable histoire humaine...

 

JPB

JE N'IRAI PAS A NOTRE-DAME... L'album Posthume !
le 14 Fév 2006 - 05:59
Charles et la chansonpar Dominic Daussaint

Cinq ans après la disparition du poète de Narbonne, voici enfin le disque posthume dont nous avons beaucoup parlé sur ce site. Nous l’ avons tous attendu impatiemment mais c’était la vontonté des proches, nous dit-on aujourd’hui, que cet ultime album ne se retrouve pas, opportunément, dans les bacs des disquaires dès le lendemain du décès du Fou Chantant. Ainsi, nous aurons donc patienté 5 longues années pour découvrir ce nouvel album disponible depuis le lundi 12 février. Sous le label Warner, les onze titres qui y figurent ressemblent parfois à un testament poétique. Ces enregistrements réalisés au milieu des années 90 étaient jusqu’ici restés totalement inédits.

La pochette nous montre le vieil homme souriant, presqu’hilare, le regard fixé dans le lointain, comme s’il venait de découvrir le mystère de la rencontre impossible entre deux astres ou comme s’il venait d’échanger une blague complice avec Dieu. C’est la dernière image d'un homme qui, ayant consacré sa vie à la poésie, à 89 ans, se permet de dialoguer, parfois ironiquement, avec le Tout-Puissant par chansons interposées.

Dans Je n’irai pas à Dotre-Dame, celle qui ouvre et donne son titre à l'album, Trenet évoque sa nostalgie de n'avoir pas pu chanter à Notre-Dame de Paris et regrette de n'avoir pas pu offrir à Dieu quelques chansons : «Je n'irai pas chanter La mer , était-ce vraiment un scandale, de la faire danser en l'air, aux voûtes d'une cathédrale ?» 

A l’époque, le poète avait reçu un refus catégorique des autorités écclésiastiques, un véto alors justifié par les préférences sexuelles de l’artiste…. Et on sait combien l'Eglise s’implique dans la protection des jeunes gens !!!

«L'Eglise n'est pas un théâtre, oui mais on chante au Paradis! Je n'irai pas à Notre-Dame, je n'ai pas l'autorisation. Ai-je bien mérité le blâme, d'offrir à Dieu quelques chansons» ? 

On parle d’inédits mais, en fait, deux titres avaient déjà fait l'objet de versions enregistrées précédemment. Ils sont ici repris, habillés d’un nouvel arrangement. Il s’agit de Juste pour rire, une œuvre de la fin des années ’80, faite sur mesure à la raison sociale de la société de son producteur Gilbert Rozon également initiateur d’un grand Festival éponyme à Montréal. Avec Fais ta vie, Trenet nous livre une version parlée de sa chanson de 1999. C’est une approche totalement nouvelle chez l’artiste et un ton qui confère à cet opus l’apparence d’un véritable testament philosophique : …«Si tu as la chance de croire en quoi que ce soit, cultive ta foi. Prends conscience du privilège qu'elle te confère, de la force inouïe qu'elle te donne. Ce qu'il y a de merveilleux dans la foi, c'est le pouvoir de se libérer.» 

L’ensemble de l’album est souvent nostalgique, parfois sombre : «À chacun sa chance, à chacun son rêve. Tout devient immense, quand le jour s'achève» , ou, plus loin : «Ce soir, je suis chez moi, seul devant ma fenêtre, où ma chanson s'écrit lentement, pas à pas. Dis-moi qu'un jour enfin, je Te verrai paraître, dis-moi qu'il serait faux que Tu n'existes pas.» 
L'inspiration est caractéristique de l'automne de la vie du chanteur. Le vieux monsieur n'habille plus ses confessions d'un tapis de joie et les teinte aujourd'hui de nostalgie et de douceur.
Les arrangements, sans fioriture, sont ciselés : beaucoup de piano, quelques violons et un soupçon d’instruments à vent. Rien d’inutile, rien de complexe, juste des arrangements qui soulignent combien, malgré son grand âge, Trenet chantait encore juste et clair… contrairement à bien d’autres jeunes chanteurs qui se réfugient dans les effets pour dissimuler leurs carences vocales. 

C’est dernier voyage en compagnie d'un grand monsieur de la chanson française, un dernier regard, tendre, sur la vie bien remplie du poète qui semble nous dire: «Ne vous inquiétez pas pour moi, tout va bien se passer...» 

Je n'irai pas à Notre-Dame
Ce soir je viens chez toi
Pardon
La Tramontane
Les indiens
Juste pour rire (version inédite)
L'amour ça s'en vient
Soleil d'octobre
Fais ta vie (version parlée)
Le visage de l'amour
Pars, si tu veux

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commentaires

R
Oui, comme tu le dis, Jean-Pierre, on trouve de l'ambivalence (et plus encore) dans tout. Donc spiritualité et attachement à la matière pour ne pas dire cupidité, paix et guerre au nom d'un dogme, etc. Mais c'est aussi grâce à Théodose que l'on cessera les combats dans l'arène des hommes contre les animaux sauvages, il y a quelques siècles et au nom du christianisme. Le Moyen Age, remis à l'honneur par les romantiques comme Hugo, Mérimée, etc., c'est encore la création des universités dans toute l'Europe. Trier le bon grain de l'ivraie, une voie toujours semée d'embûches et toujours d'actualité. Sinon, ce matin sur RTL, émission d'Yves Calvi, l'académicien Jean-François Ruffin qui, à ma connaissance, n'a jamais travaillé sur Notre-Dame de Paris ou l'architecture médiévale et la restauration, néanmoins sollicité pour donner son avis sur la chute de la flèche. Le titre d'académicien suffit à rendre omniscient pour les journaleux. Accusation de Viollet-le-Duc, décrété responsable de la chute de cette même flèche qu'il n'a pourtant pas inventée. Mais pour nombre de journalistes, il faut parler quoi qu'il en soit ; et demander à des spécialistes qui ont étudié la question leur avis motivé et appuyé sur des sources relève de l'impossible. Viollet-le-Duc, toujours accusé, ne peut se défendre, mais ne pourrait-on au moins alléguer des archives, des documents, avant de lui imputer toutes les catastrophes ou les erreurs architecturales ? Le génie de cet architecte érudit : une perle jetée aux pourceaux.
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  • professeur de lettres, écrivain, j'ai publié plusieurs livres dans la région Languedoc-Roussillon, sur la Catalogne, Matisse, Machado, Walter Benjamin (éditions Balzac, Cap Béar, Presses littéraires, Presses du Languedoc...
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