Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
23 mai 2019 4 23 /05 /mai /2019 10:09
Portrait de J. Togores - Couverture de l'essai, éditions Diagonales - Toile de Togores-
Portrait de J. Togores - Couverture de l'essai, éditions Diagonales - Toile de Togores-
Portrait de J. Togores - Couverture de l'essai, éditions Diagonales - Toile de Togores-

Portrait de J. Togores - Couverture de l'essai, éditions Diagonales - Toile de Togores-

L'étude "Togores, du réalisme magique au surréalisme", réalisée par Cécile Debray est très riche: analyse, reproductions, anthologie de critiques...

 

Le peintre est un témoin des débats picturaux et de la rencontre de la "culture francophile de la Catalogne noucentiste du début du 20° siècle et des discussions postcubistes des milieux parisiens d'après-guerre". C. Debray

 

Il s'agit d'une artiste important, en raison de sa place entre des mouvements esthétiques marquants et de son amitié avec Maillol (d'où sa venue à Banyuls à partir de 1921), Miro, Picasso... 

Togores fut encensé par le critique Eugenio D'Ors (voir mon livre récent sur la Lidia de Cadaquès), chantre du noucentisme et ensuite des peintre de l'Espagne franquiste...

Ce mouvement, désirant un renouveau méditerranéen, à partir d'une régénération latine, porte des revendications régionalistes, voire nationalistes, ainsi que l'affirmation du rôle de l'intellectuel dans la vie de la cité, et une réforme artistique face au modernisme décadent...

 

JPB

 

Peintre d'origine catalane, Josep de Togores a créé une oeuvre très emblématique du courant figuratif de l'entre- deux-guerres en Europe et plus particulièrement du Noucentisme- mouvement spécifiquement catalan mais qui s'inscrit néanmoins dans les mouvements européens de "Retour à l'ordre".

 

Togores reçut à Barcelone une formation néoclassique, avant de venir s'installer à Paris en 1919. A Paris, il découvre au Louvre Raphaël, Ingres, Courbet et Cézanne. Il créé alors des oeuvres dans un style incisif et puissant très proche du réalisme hallucinatoire d'un Derain qui retiennent l'attention du célèbre marchand Kahnweiler. Lorsque ce dernier lui assure les revenus nécessaires, Togores poursuit son oeuvre, en adoucissant son style notamment sous l'influence de son ami Maillol. Dans l'atelier du sculpteur, Togores partage les mêmes modèles et multiplie les nus féminins, qui seront appréciés jusqu'en Allemagne.

Attiré par les expériences de Masson et du style automatique, il est également encouragé par Kahnweiler à expérimenter une figuration plus allusive qui s'inscrit d'ailleurs dans une expression très espagnole du surréalisme. Togores quitte Paris en 1932, et part s'installer définitivement à Barcelone.

- - -

 

 ce peintre catalan trop mal connu en France, a eu son heure de gloire dans les années trente.

 

JOSEP DE TOGORES I LLACH (1893-1970) devint sourd très tôt à la suite d'une méningite. Son ouvre entier de solitaire porte l'empreinte du germe néfaste du silence, lequel n'a peut-être d'autre cause que sa désillusion, car il resta en marge, après avoir été reconnu dans les années trente. Et la postérité ne lui fit pas de cadeau. 

Maintes influences artistiques : mouvement "noucentiste" du début du siècle en Catalogne, nouvelle objectivité d'obédience germaniste, débats post-cubistes dans le Paris d'après-guerre, surréalisme émergeant  l'aideront à l'éclosion de son style, en précipitant plus tard la chute. En 1929, sous prétexte de "crise mondiale", Kahnweiler, mythique marchand des cubistes, l'abandonne: "J'ai pris Togores sans le sou et inconnu il y a onze ans. Je le quitte, mais avec de l'argent et connu." Kahnweiler l'avait aimé sans réserve et profita à plein, sous forme de stricts contrats dûment réitérés, de la palette irradiée du peintre.

Togores, tiraillé entre l'abstraction - via l'automatisme surréaliste - et le besoin structurant d'un modèle, se replie alors à Barcelone, se plie à la commande, portraiture à demeure la bonne société. Sa peinture y perd ce qu'elle avait gagné au prix d'un combat de martyr, car c'est un douteur patenté. On ne compte plus ses tentatives de renoncement réprimées grâce à la tendresse attentive d'amis, Max Jacob et Kahnweiler en tête.

 

Il faut saluer le travail de la jeune conservatrice des musées de Châteauroux, Cécile Debray, qui a conçu le beau catalogue raisonné. Elle montre, entre autres, des toiles inédites, absentes de la rétrospective récente à Barcelone. Le parcours, à la claire chronologie, prouve donc l'évolution chaotique d'un artiste tôt formé par le "noucentisme" d'Eugenio d'Ors, voie de recours du nationalisme catalan face aux affres de la crise culturelle de l'Espagne en pleine décadence coloniale et politique. Togores mord à l'iconographie dispensée par l'art "noucentiste", avec son culte de la Méditerranée, ses modèles féminins proches de Maillol.

En 1916, l'influence de Cézanne est lisible dans ces "Paysages" où la peinture s'avance sur un échiquier de touches à l'empreinte rude. Picasso remarque, dès 1917, sa toile "Joan et la Pepeta", où l'ordre de la composition, le franc cadrage des corps, la sereine placidité des visages, le modelé des joues de la jeune femme assise et la vigueur retenue présagent le meilleur. La partie la plus prenante de l'exposition a trait aux années 1919-1925, relayée, plus tard par des toiles de 1930, comme "le Lac", modèle d'abstraction où le peintre fit halte, avant de délaisser à jamais cette veine d'avenir. Il faut voir ses figures Ä récurrentes Ä, modèle féminin sous forme de portraits, et ce "Couple à la plage" (1922). Monde immobile où les chairs vibrent, en un modelé de terre cuite velouté, parfois nacré, audace des blancs presque verts posés sur la ligne qui précise le corps, aphonie impassible de ces visages paisibles, lointains, antique nostalgie des regards un peu grands, des bouches closes... Formes épurées, comme vidées de toute subjectivité.

 

Plus tard, dès 1924-1925, la figuration s'achemine vers le surréalisme. Depuis longtemps, des arabesques immotivées se lisent dans les chevelures. Avec ses "Bergers se battant" (1925), les figures ont l'air de roues humaines. De 1928 à 1930, plus une seule toile figurative. Pressé par l'automatisme d'écriture, il évite néanmoins l'orthodoxie des surréalistes. Pas loin des dessins de Masson, les toiles, nerveuses, se fibrillent en mouvements blancs; éclatement atomiste des chairs d'antan.

Ces ouvres ont dérouté, se voulant l'impossible synthèse entre classicisme et art abstrait où le cubisme fit escorte. Le silence qui poursuivit Togores fut un rempart d'autant plus ferme qu'il avait été, d'abord, perçu comme magique.

MURIEL STEINMETZ (1998, expo de Chateauroux)

Partager cet article
Repost0

commentaires

Présentation

  • : Le blogabonnel
  • : Création et information culturelle en Catalogne et... ailleurs.
  • Contact

Profil

  • leblogabonnel
  • professeur de lettres, écrivain, j'ai publié plusieurs livres dans la région Languedoc-Roussillon, sur la Catalogne, Matisse, Machado, Walter Benjamin (éditions Balzac, Cap Béar, Presses littéraires, Presses du Languedoc...
  • professeur de lettres, écrivain, j'ai publié plusieurs livres dans la région Languedoc-Roussillon, sur la Catalogne, Matisse, Machado, Walter Benjamin (éditions Balzac, Cap Béar, Presses littéraires, Presses du Languedoc...

Recherche

Liens