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7 avril 2021 3 07 /04 /avril /2021 12:13
Souvenir affectueux avec Eliane Comelade - entretien à Perpignan, décembre 2015

Souvenir affectueux avec Eliane Comelade - entretien à Perpignan, décembre 2015

 

Entretien avec Eliane COMELADE, chez elle, à Perpignan

(extraits)

En échangeant sur mon projet de livre sur "La mémoire culturelle au XX° siècle, en pays catalan", on s'interroge pour cerner le problème de façon géographique; problème du mot exact qui devrait délimiter ce "pays catalan" : Catalogne du Nord (sauf les Fenouillèdes), ou département du 66, Pyrénées-Orientales..?

 

* Le premier thème qui découle de ces interrogations sur le vocable adéquat, tourne autour de la langue.

 

Eliane : On ne parle guère le catalan depuis une dizaine d'années. Mais on a une génération de gens, d'écrivains, de talent, tels Joan Luis-Luis, Peytavi, Vincent Pérez…une génération qui est allée à l'université; c'est un renouveau littéraire, avec un langage châtié…

 

Hormis "Terra Nostra" de Ramon Goual, nous n'avons pas de maison d'édition en langue catalane, mais des auteurs importants : Pere Verdaguer, pour la grammaire; Miquela Valls, spécialiste de Josep Sebastia Pons; Joan Tocabens, romancier, comme Vincent Pérez; Raimon Gual, éditeur de Terra Nostra; Joan Peytavi, de l'IEC (Institut d'Etudes catalanes) à Barcelone, Bezonoff, Renada Portet, Joan Becat le géographe...

 

** Les origines :

 

Mes parents ont connu les heures de gloire de ce pays et les personnalités de leur époque, Bauzil, les Pams, Bardou et Arthur Comte.

Mon père était directeur de l'école Jules Ferry et du collège Jean Macé. Il est à l'origine de la SFIO avec Jean Olibo et Emile Roudières, après la Libération.

Ma mère était directrice de l'école maternelle Maurice Bouchor, sur la route de Thuir, près des entrepôts Byrrh. On était logé à l'école.

 

J'ai fait mes études à Perpignan, Toulouse et Montpellier, je suis ensuite entrée à l'ENST* , à Paris, au lieu de Sciences-Po. C'est un regret. Je suis restée trois ans dans la capitale, avec le sentiment d'être une étrangère.

 

Mes parents possédaient une maisonnette à Argelès-plage : ils rencontraient là la grande bourgeoisie de Perpignan, très catholique, réactionnaire…J'ai passé tous les étés de mon enfance à Argelès, plage entre mer et forêt de pins.

 

Cette grande bourgeoisie catalane était prise entre le désir d'être française, parisienne - on concoctait la cuisine d'Escoffier- et, en même temps, elle aimait s'exprimer en catalan, réciter du S. Pons, écrire dans "Le coq catalan", dans un Roussillonnais douteux.

 

Pour paraître, il fallait parler français; en outre, on ne dansait pas la sardane à Perpignan, mais au Perthus, au Boulou, en Vallespir, lors des fêtes d'Amélie et d'Arles sur Tech, secteur frontalier. 

Puis on allait passer le mois de septembre à Formiguères; là, ce n'était pas la même mentalité, la bourgeoisie voulait singer le Parisien. 

 

Lors de la Retirada, à Argelès, en 1939, on a appris qu'il y avait un camp d'internement des Républicains : "On ne savait rien…"

 

On entendait dire …Alors on est allé voir ce camp sur le sable; quelques images demeurent en moi : je revois les Spahis, sabre au clair, et à cheval. Un boulanger était venu apporter du pain qu'il jetait par-dessus les barbelés…

Mon père a demandé à la municipalité l'autorisation de faire sortir de cet enfer deux frères peintres, les frères Nicolau.

 

Il leur a trouvé un logement à Perpignan; ensuite, ils sont partis au Venezuela.

 

Je me souviens aussi du camp des Haras, en face du café Figueres. Certains habitants ont osé troquer des aliments contre des bijoux...

 

A l'époque de la zone occupée, un régiment de la Vehrmarcht 

occupait l'école.

Je suis alors envoyée dans le Cantal, à Murat jusqu'à la Libération. 

Ce secteur abritait un maquis important; les Résistants ont fait sauter le viaduc de Garabit. J'ai assisté à la rafle de tous les hommes âgés de plus de quatorze ans… Seul est revenu Raymond Portefaix, qui à son retour a écrit un ouvrage sur la vie au camp de Dachau : L'enfer que Dante n'avait pas prévu.

 

J'ai ainsi passé mon adolescence à Murat...

 

Je suis revenue à Perpignan pour entrer au lycée, rue Emile Zola, situé en face de l'actuelle médiathèque afin de préparer le baccalauréat.

 

Après les études déjà mentionnées,  je vais vivre à Montpellier, de 1955 à 1987. Nous participons activement à l'Association des étudiants catalans appelée l'Alzine. Dans les années 1968/72, chez moi, c'était "le consulat de Catalogne"; j'y recevais les jeunes musiciens de la "Nova Canç". Nous recevions  Madeleine Attal, Frédéric Jacques-Temple, Lluis LLach, Teresa Rebull, Pi de la Serra, Ovidi Montllor... Celui-ci, originaire d’Alcoy, près de Valence, fut d’abord comédien au théâtre National de Madrid avec Nuria Espert, puis devint un chanteur contestataire comme Raimon.


J’ai aussi fait la connaissance d’Enric Barbat, humoriste acerbe, architecte qui créa un mouvement à Minorque et évita la bétonnisation de l’île. J’ai fréquenté encore Maria del Mar Bonet, la Majorquine, qui vint après les autres et préférait  être seule… Enfin, dix ans plus tard, Marina Rossell…Nous sommes abonnés à Terra Nostra ; nous aidons l'Ecole Arrels, puis la Bressolla. 

 

A Montpellier, j’ai connu Jorge Semprun, qui avait créé une librairie, rue de l'Université. Après le décès brutal de son mari,  neuro-psychiatre, chef de clinique des Hôpitaux de Monrpellier, Eliane s’installe à Perpignan ; elle participe à l’aventure du journal satirique TRUC, avec Louis Monich et Alain Paul, à la revue « Le Roussillon gourmand…et participe aux émissions de Radio Arrels en catalan.

 

...  à suivre dans un livre à paraître en 2021 :

Une Mémoire culturelle du pays catalan (entretiens avec des écrivains, directeurs de musées...)

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  • professeur de lettres, écrivain, j'ai publié plusieurs livres dans la région Languedoc-Roussillon, sur la Catalogne, Matisse, Machado, Walter Benjamin (éditions Balzac, Cap Béar, Presses littéraires, Presses du Languedoc...
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