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25 juillet 2021 7 25 /07 /juillet /2021 10:21
 NARBONI, le philosophe illustre de Perpignan, par Kader Fouka (2)

NARBONI, le philosophe illustre de Perpignan,

 

par Kader Fouka (2)

...

 

   Cependant, nous ne pouvons pas, parmi ces grands traducteurs, ne pas continuer cette promenade de quelques-uns de ses grands noms, comme de celui de Michael Scott venu d'Angleterre, ou d'Herman Allemans qui, comme son nom l'indique, viendra pour sa part d'Allemagne, ou bien encore, d'un Gérard Crémonini, venu quant à lui, d'Italie. Des Juifs sépharades eux-mêmes, participèrent de façon cruciale à cette transmission, en tant que traducteurs polyglottes, maîtrisant aussi bien l'Hébreu que l'Arabe, le Castillan que la Latin, à l'exemple d'un Gundissalinus, ou bien d'Ibn Daoud, rebaptisé  Avendauth par les Latins. 

 

  Averroïste, Narboni, le fut. Et il le restera, tout au long de sa vie. A Ibn Roschd en effet, notre prodigieux philosophe d'el Rossello, lui vouera et tout aussi symétriquement, lui avouera une si grande admiration. D'ailleurs, dans cette perspective-ci, Narboni, n'a point omis d’Averroïser Maïmonide, ou pour le dire autrement, honorifiquement, "l'aigle de la synagogue", un peu comme Saint Thomas d'Aquin durant le XIII ème, ne manquera pas d'aristotéliser le christianisme, et vice-versa. Toutefois, vers la fin du XVIIème siècle en France, ce n'est pas que Malebranche s'opposa à une possible conciliation entre la foi et la raison, certes non, bien au contraire même, mais que pour des positions et alternativement, des oppositions, touchant à la philosophie et à ses progrès, il proposa plutôt, d'y substituer le Stagirite par René Descartes, tout au fil de son oeuvre.

 

 Et même dans les textes les plus équivoques d'Aristote, c’est Ibn Roschd, le célèbre Averroës des Latins donc, qui demeure pour Narboni, le meilleur commentateur. En effet, sur la délicate question de l’Anima des scolastiques, c'est-à-dire de l'âme, ou de la Nafach des Hébreux, Narboni l'évoque à nouveau, il le convoque même, lorsqu'il souligne par exemple que : « Chaque commentateur a lui-même choisit ce qui lui semblait la véritable opinion du Stagirite », comme le Grec Alexandre d'Aphrodise entres autres, ajoutons, mais pour conclure aussitôt que « C’est en fait Averroës qui est en réel accord avec la philosophie d’Aristote » (M.R.Hayoun, La philosophie et la théologie de Moïse de Narbonne, p 64).

 

 

  Au XIII ème siècle derechef, Saint François d'Assise, avait très bien vue que, le parler parlé déjà en lui-même. Et il en est ainsi, ici, pour l'anima, que l'on retrouve dans "anima-tion", ou bien dans "ré-anima-tion", en l'occurence, exprimant aussi bien un état qu'un étant, véhiculant un soufle ou la vie, à l'instar d'un saint Augustin au cours du "De trinitate". Et dans les six "Méditations" si méta-physiques, Descartes pour l'historiette, continuera de reprendre cette appelation pour signifier l'âme, railler d'ailleurs en cela, par Pierre Gassendi, philosophe et astronome et bien d'autres casquettes, qui interpellera ironiquement quelques fois le philosophe par "ô anima, ô anima". Mais la plume de Descartes, n'était pas à vrai dire que savante et charmante. Elle était aussi, bien entres autres, pleines d'humeurs et d'humours. Et à cet égard là, c'est par "ô cara, ô cara", c'est-à-dire, "ô chair, ô chair", que Decartes le reprendra. 

 

 

 Durant toute sa vie, notre philosophe Perpignanais, gardera une estime particulière, pour sa ville natale. Enfin, c'est aux alentours de l’an 1362, que notre philosophe mourra, en laissant derrière lui, une oeuvre encore à dé-couvrir.

 

  Grand admirateur et précieux commentateur de la Falsafa, Narboni, commentera aussi bien Abou Nasr al Farabi, que la «deuxième partie » du célèbre « Canon de la médecine » d’Ibn Sina. ( M.R. Hayoun, idem, p 81), l'incontournable Avicenne des Latins. L'auteur de "la summae théologicae" par exemple, Saint Thomas d'Aquin, le mentionne plus de deux cent fois, pour suivre le décompte effectué par le Père Goerges-Anawati. Le nom d'Avicenne, en médecine aussi, était aussi grand que celui d'Hyppocrate, ou bien d'un Galien, comme en témoigne notamment, des représentations médiévales, les réunissants également tout les trois, autour d'une même table, en train de conférer. 

 

 En outre, Moïse de Narbonne commentera, comme à son habitude, de façon pénétrantes et originales, les « Maqasid el Falasafa » ?, en d'autres termes, « les Intentions des philosophes » d’Abou el Hamid al Ghazali, non seulement connu, mais encore reconnu, par les Latins sous le nom d'al Ghazel. En Espagne, et après Gundissalinus, l'auteur de l'Ars Magna, Raymond Lulle, dont l'ouvrage plaisait davantage à Leibniz, plus qu'à Descartes, opère à son tour une traduction des "Intentions". Lulle en effet, l'un des pères de la langue Catalane écrite, qui maîtrisait souverainement l'Arabe et une partie importante de sa culture livresque, les traduira tout d'abord de l'Arabe en Latin, puis, proposa l'ouvrage d'al Ghazel, du Latin en prose Catalane, par l'entremise de plus de 500 distiques.

 

  Et tout en demeurant derechef, profond mais qu' en surface, admirons à présent, un extrait du commentaire Narbonien lui-même des "Maqasid", et sur lequel, le commentator de Perpignan,, va faire sortir et ressortir si remarquablement, un espèce de masque, si ce n'est pas, un espèce de personnage Ghazalien: "Abou Hamid, nous dit-il, vivait à l'époque" où "le monarque interdisait l'enseignement de la philosophie. Mais la nature intégre de l'auteur le força à transmettre aux autres ce qu'il savait déjà des notions de la sagesse. Il s'est donc ingénié à en révéler les mystères sans toutefois s'exposer à des préjudices puisqu'il se fit passer pour un adverssaire de la philosophie. Et il a dit qu'étant donné l'impossibilité de dénoncer le caractère erroné d'une opinion sans en avoir au préalable saisi le fondement, il était donc impératif- pour quiconque souhaitait écrire un livre contre les philosophes- de faire tout d'abord un exposé de leurs doctrines, intitulé les Intentions des philosophes", autrement dit, les Maqasid "et qui n'est autre que le présent ouvrage. Aprés quoi il en écrira un autre qui contestera ce que ces doctrines contiennes de faux. (..) Et Dieu seul sait, terminera Narboni, quel était le but réellement recherché par Abou Hamid, et ce qui primait à ses yeux" (Voir Maurice.R.Hayoun, Moshe Narboni, p 22). 

 

à suivre ...

 

Kafer Fouka

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commentaires

B
Article passionnant prouvant combien la philosophie médiévale - à la fois juive et musulmane - était omniprésente en Catalogne. Félicitations
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  • professeur de lettres, écrivain, j'ai publié plusieurs livres dans la région Languedoc-Roussillon, sur la Catalogne, Matisse, Machado, Walter Benjamin (éditions Balzac, Cap Béar, Presses littéraires, Presses du Languedoc...
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