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6 février 2022 7 06 /02 /février /2022 10:38
J.N.Pancrazzi/M. Cauquil (photos J.P.B. et Paul Gérard)
J.N.Pancrazzi/M. Cauquil (photos J.P.B. et Paul Gérard)

J.N.Pancrazzi/M. Cauquil (photos J.P.B. et Paul Gérard)

L'excellent site d'infos "Made in Perpignan" a eu raison d'évoquer l'écrivain qui a bien connu, après l'Algérie le pays catalan. Maïté Torres, relayant l'observateur, nous rappelle que cette année sera celle des 60 ans de la fin de la guerre d'Algérie. Commémorée en mars, un mois avant les présidentielles, cette date, non reconnue par les associations de pieds-noirs proches de l'extrême-droite (le Cercle algérianiste, position abrupte de Suzy Simon-Nicaize, stèle à l'Algérie française sous M.JM.Pujol...) fait débat; plus encore la déclaration du président parlant de la "barbarie" de la colonisation et des exactions de l'armée française, même si, tout récemment, il a nuancé ses propos...

 

Lire cet article sur Made In Perpignan
Revue de presse du 6 févirer 2022 l Ils ont parlé des Pyrénées-Orientales

 

« Les années manquantes », ce sont celles que l’auteur a vécues lorsqu’il a été rapatrié, seul, d’Algérie.

Par Jérôme Garcin, le 3 février 2022 à 10h27

Il a 13 ans, et il a déjà tout perdu. Son pays, ses parents, son enfance, son insouciance. Du désastre, il n’a sauvé que son accent pied-noir, qu’il gardera toute sa vie, pour que nul n’oublie d’où il vient. Du soleil de Sétif. En 1962, au lendemain de l’indépendance, le petit Jean-Noël est rapatrié en métropole et confié à Joséphine, sa grand-mère catalane. Son père et sa mère l’ont accompagné, mais sont repartis aussitôt pour l’Algérie, croyant pouvoir conserver, alors qu’on ne veut plus d’eux, leur minoterie des Hauts Plateaux.

Jean-Noël aurait préféré être placé dans la Corse brûlante de sa famille paternelle, mais on l’a assigné à résidence dans les sévères Aspres maternelles, à Thuir, près de Perpignan. Veuve, Joséphine y loue une grande maison sombre, où elle héberge son petit-fils sans rien changer à sa vie d’oblate sacrificielle. Catholique fervente, dévorée par un eczéma aux allures de stigmates, la tête couverte d’une mantille, ses journées rythmées par les messes et les rosaires, l’aïeule se soucie moins de Jean-Noël que de Noël, son fils, brebis égarée qu’elle voudrait remettre dans le droit chemin. Officier démobilisé ayant servi en Algérie, Noël ne dessoûle plus. Il passe ses nuits au « Lydia », un paquebot ensablé transformé en boîte de nuit, où il tangue et se noie. Il est le père de deux fillettes mutiques et internées à l’asile de Thuir, où Joséphine vient les visiter, comme si elle se rendait à Lourdes, dans l’attente d’un miracle.

LIRE AUSSI > Jean-Noël Pancrazi se souvient de l’Algérie

Un sas ténébreux entre le pays perdu et le Paris gagné

Et quand, des années plus tard, les parents de Jean-Noël débarquent, ruinés, à Perpignan, c’est pour se haïr devant leur fils et divorcer devant le juge. Il lui faudra alors « monter à la capitale » et devenir khâgneux à Louis-le-Grand pour sentir souffler, en même temps que Mai-68, le vent de la liberté.

Mémoire de rapatrié et cactus à toutes les sauces

« Les années manquantes », ce sont celles que l’auteur a vécues lorsqu’il a été rapatrié, seul, d’Algérie. Il a 13 ans, et il a déjà tout perdu. Son pays, ses parents, son enfance, son insouciance. Du désastre, il n’a sauvé que son accent pied-noir, qu’il gardera toute sa vie, pour que nul n’oublie d’où il vient. Du soleil de Sétif. En 1962, au lendemain de l’indépendance, le petit Jean-Noël est rapatrié en métropole et confié à Joséphine, sa grand-mère catalane. Son père et sa mère l’ont accompagné, mais sont repartis aussitôt pour l’Algérie, croyant pouvoir conserver, alors qu’on ne veut plus d’eux, leur minoterie des Hauts Plateaux. Jean-Noël aurait préféré être placé dans la Corse brûlante de sa famille paternelle, mais on l’a assigné à résidence dans les sévères Aspres maternelles, à Thuir, près de Perpignan.

 

J.N.Pancrazi et M. Cauquil

 

Cette rencontre organisée par le CML et André Bonet, sous les lustres et les enluminures de l'hôtel Pams, m'a permis de retrouver mon admirable prof de Lettres classiques du Lycée Arago.

 

Des lustres, oui, et même plus, que je ne l'avais revu, étant parti faire mon tour de France pédagogique et le laissant, lui, à Perpignan, où il enseigna, dans le même lycée napoléonien, de 1962 à 1996...

 

C'est en classe de première que notre petit groupe d'élèves motivés par la littérature - Jacques Gautrand, Henri Melchior, Xetxu, Bourdon, etc- a eu la chance d'être vraiment initié aux Lettres et au théâtre par ce prof hors-norme, pour lequel j'avais naguère écrit un texte d'adulation (à retrouver dans un de mes recueils : CatalognartsMéditerriennes..?)...

 

André avait eu la bonne idée de susciter ces retrouvailles avec les anciens du lycée : J.Noël Pancrazi avait lui aussi, après la naissance et l'enfance en Algérie, de s'établir à Perpignan et de connaître M.Cauquil, après que celui-ci eut échappé au service militaire pendant la guerre d'Algérie, poursuivant ses études, obtenant l'agrégation, mais subissant tout de même dix-huit mois de service…sans les sévices du conflit cruel...

Pancrazi parla de l'enfance et de la mémoire, des thèmes qui lui sont chers et de son désir de ne plus revenir en Algérie : son dernier livre raconte sa déception en touchant ce sol qui renferme des lieux affectifs tels que Sétif et Anaba...

"Je ne voulais pas retourner an Algérie pour ne pas perdre mon imaginaire", a-t-il déclaré de façon très juste... 

J'ai encore noté une autre réflexion admirable : "C'est le travail sur le style qui permet d'atteindre la vérité." La justesse mène à la justice."

 C'était un hommage au style, sans lequel la littérature n'existe pas, ou alors de façon commerciale et vénale...

M. Cauquil s'empara de l'aphorisme au bond en nous révélant que l'élève Pancrazi avait rédigé une belle dissertation sur Flaubert et que le club de littérature du lycée, sous la houlette de la mythique documentaliste, Madame Guttirez, avait ronéoté ce texte qui doit se trouver dans les archives...

Voici un inédit, une belle célébration du style, pour la future publication des oeuvres totales et pancraziennes dans la collection de la Pléiade !!!

J.P.Bonnel (texte et photos) 2 FÉVRIER 2019

cf. PANCRAZI ET CAUQUIL : RENCONTRE DU CML, HÔTEL PAMS, PERPIGNAN © le blogabonnel)

 

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  • professeur de lettres, écrivain, j'ai publié plusieurs livres dans la région Languedoc-Roussillon, sur la Catalogne, Matisse, Machado, Walter Benjamin (éditions Balzac, Cap Béar, Presses littéraires, Presses du Languedoc...
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