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15 avril 2013 1 15 /04 /avril /2013 15:46

michel-pinell.jpeg Michel Pinell, rapporteur de la commission Cultures, à la salle des Libertés, 15 avril 2013.

 

Avant tout débat, il s'agit de définir le mot. Avec l'affiche (voir le blog d'hier) pourvue d'une belle faute d'orthographe volontaire (mais le prof de français n'apprécie pas : il suffisait d'écrire "les cultures" à Perpignan), le groupe de réflexion a voulu montrer que la culture est diverse, multiple.

 

En effet, elle peut être populaire, avec la chanson, la bande dessinée, la danse, le tag, le street art ou la peinture du corps; les images de l'affiche privilégient d'ailleurs cette pratique culturelle : maquillage du visage et d'une façade.

 

Cependant, le mot est souvent utilisé à tort et à travers; les médias et les hommes politiques parlent ainsi de "culture d'entreprise", ou de "culture de l'acier" (pour la Lorraine, par exemple); dans ces cas-là, culture est synonyme de tradition, de savoir-faire.

    Culture est souvent employé dans le sens de "fête" (de la musique, par exemple, devenue un événement européen), ou de divertissement, les municipalités invoquant la culture pour créer de l'animation (fêtes religieuses ou catalanes devenues, hélas, des manifestations touristiques, ou la Sant-Jordi, jour où l'on expose des livres plus que l'on ne traite de littérature, française ou catalane...

 

Or la culture est essentielle, faite de traditions et de créations, car elle structure un individu (lui donnant une formation intellectuelle), une ville (faisant dialoguer les concitoyens autour d'une table d'écrivains, à l'occasion d'une exposition...), et tout une nation, une solidarité s'instaurant, avec le respect des langues et des minorités, loin des communautarismes. 

 

   Bien sûr, donner du travail, assurer une vie matérielle aux habitants est primordial, mais l'Homme ne vivant pas que de pain, la culture donne à tout individu richesse intérieure et approfondissement de soi-même. Culture et économie doivent marcher ensemble : la culture est parfois en avant pour créer des emplois, faire venir des décideurs : il s'agit de se demander comment une ville moyenne telle que Perpignan peut assurer son essor et sa célébrité pour attirer les commerces et entreprises du XXIème siècle. En définissant d'abord son identité, en diffusant sa personnalité, en se donnant les moyens de s'ouvrir au monde au lieu de ronronner au fin fond de l'Hexagone...

 

La culture permet la continuité d'un territoire grâce à ses traditions (ne plus les limiter à la cargolade ou la sardane, ici, mais à la connaissance des musiciens, auteurs, architectes, universitaires, scientifiques, innovateurs en tous genres, qui méritent d'être reconnus). La culture vise à rendre un homme heureux et à le questionner sur les grandes idées de l'existence (vie, mort, liberté, humanisme...), quand elle est portée par l'exigence : ainsi, le cinéma d'auteur, l'opéra, la littérature qui innove, créant un monde et un style nouveaux, inédits, loin des  poncifs et des répétitions .

 

Pour un maire qui doit trouver un équilibre entre culture de masse (la culture pour tous) et la culture plus difficile, considérée comme élitiste (musiques sérielle, acousmatique, théâtre d'avant-garde, littérature provocante, installations muséales indigestes, au premier abord), la tâche est ardue Il faut tendre, bien sûr, avec Jean Vilar, à la "culture élitiste pour tous" ! Aller toujours plus haut (Malraux).

 

Il s'agit, grâce l'éducation, à l'instruction, à l'apprentissage des médias, à l'information municipale pédagogique et objective, de faire accéder le plus grand nombre à une culture de qualité. 

 

   Qu'est-ce que la qualité ? Le public sait la reconnaître et la respecter quand il demeure ému et silencieux devant un ballet, face à un musicien ou à un acteur qui dit un texte; c'est le spectateur qui juge et a toujours le dernier mot; le rôle de l'élu se borne à donner les moyens matériels pour que l'osmose entre artiste et spectateur ait lieu. En espérant que le spectateur devienne un jour, à son niveau, acteur...Ce projet de culture pour tous est freinée par le coût : une famille nombreuse ou des gens  subissant la "crise" ne peuvent pas accéder aux spectacles.

 

Quand on construit un théâtre de mille places, on sait au départ que c'est pour mille privilégiés; en outre, quand on a l'intention de faire connaître une ville grâce à l'architecture "pharaonique" de ce théâtre, on fait un pari cher et risqué : il est vrai que le (cher) musée de Bilbao est une réussite esthétique et économique, mais pour Perpignan, le succès attendu est improbable (lieu étriqué, architecture contestable, places peu confortables, acoustique médiocre, absence de créations, d'une ligne programmatique lisible et cohérente, recours à des spectacles créés ailleurs, pas en Catalogne, avec des auteurs et acteurs du crû, à part quelques échanges transfrontaliers).

 

Il faut donc tendre vers une offre multiple en mobilisant les lieux populaires, les quartiers et surtout le théâtre municipal pour la musique et les troupes locales; il faut tendre vers un prix modique, la gratuité absolue * étant synonyme d'assistanat : une participation minimale doit être requise, sinon on assiste à la perturbation de spectacles par des groupes de gens, venus par curiosité et non motivés, quittant les gradins au milieu du concert !

 

(à suivre)

 

le CG66 a opté pour la gratuité lors des concerts estivals au Palais des Rois de Majorque, ou au Château Royal de Collioure)

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  • professeur de lettres, écrivain, j'ai publié plusieurs livres dans la région Languedoc-Roussillon, sur la Catalogne, Matisse, Machado, Walter Benjamin (éditions Balzac, Cap Béar, Presses littéraires, Presses du Languedoc...
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