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26 janvier 2013 6 26 /01 /janvier /2013 10:20

images-copie-11.jpeg  Jean Iglesis

      La Catalogne, une fenêtre ouverte sur l’avenir…

Catalunya més que mai…

 

Première puissance industrielle, seconde force agricole de l’Espagne, la Catalogne se révèle aujourd’hui comme un vivier de projets, d’espoirs et de dynamiques dans l’espace européen qui se dessine et qui s’installe.

Dans une société en mouvement perpétuel, être catalan c’est choisir son destin, c’est mesurer tout ce que le passé nous a légué, c’est appréhender avec lucidité mais non sans humilité ce que l’avenir nous propose…

     La Catalogne, c’est la force tranquille d’un destin contrarié. Née d’un passé millénaire, elle a connu des heures glorieuses, sublimées par le règne du Royaume de Majorque (1262-1349), elle a perdu sa couronne lors du Compromis de Casp (1412), le Traité des Pyrénées lui a ravi son identité (7 novembre 1659), sa capitale : Barcelone a capitulé devant les troupes espagnoles (l1 septembre 1714) sa langue a été proscrite, bafouée, interdite (en France, édit royal du 2 avril 1700)…. Mais elle ne s’est jamais déclarée vaincue…

Au long des générations qui ont suivi, au cours de décennies baignées par plus d’ombre que de lumière, la lutte de la Catalogne s’est organisée… mesurée, patiente, clandestine… Fortement affectée au siècle dernier par la dictature franquiste (1936-1975), la Catalogne – saluée en exemple par des écrivains militants et visionnaires tels George Orwell - a accédé au statut d’autonomie en 1979. Forte d’une conscience collective, forgée de jour en jour, d’événement en événement, elle rayonne aujourd’hui de par sa singularité, de par sa diversité et de par son esprit d’ouverture…

      Etre catalan ici et maintenant, c’est moins un héritage acquis qu’une vigilance et qu’un combat de chaque instant. Tout comme en Catalogne Sud, dans la région de Valence, aux Iles Baléares, en Andorre, dans la Frange d’Aragon, à l’Alguer (Sardaigne), dans le Val d’Aran, nous sommes fiers, Catalans du Nord, de défendre au quotidien notre terre, notre langue, nos traditions, notre passé …et ce pour mieux forger notre avenir. Nous sommes fiers de faire partie de ces douze millions d’êtres humains qui ont été, sont ou ont choisi d’être catalans… comme le philosophe Ramon Llull, comme le sculpteur Aristide Maillol, comme le violoncelliste Pau Casals, comme Jordi Barre, artiste et chanteur, qui porte notre foi…oui, nous sommes fiers d’être catalans !… « sempre endavant, mai morirem… »

 

262746_10151320571514255_396219532_n.jpg   Contre l'Etat espagnol :


Lhistoire se chargera de juger la Seconde Restauration espagnole et ses protagonistes. En ce moment,il est difficile déviter un verdict sévère: le taux de chômage, entre 1980 et 2012, a toujours été supérieur à 15% deux années sur trois et supérieur à 20% deux années sur cinq. Il n’y a aucun autre pays européen qui ait connu une situation semblable. En effet, sur les trente-cinq pays classés par leFMI dans la catégorie « économies avancées », un seul (en dehors de lEspagne) a atteint un taux de chômage supérieur à 20%, et ce pour lannée 2012 uniquement, la Grèce.

LEspagne aurait-elle souffert une catastrophe naturelle ? Aurait-elle été victime dun boycott international ? Aurait-elle joué de malchance ? Non, rien de tout cela. Certes, il est vrai que lEspagne nentamait pas son périple au meilleur moment, parce que la crise politique de la transition sest produite en même temps que la plus forte crise économique survenue après la Seconde Guerre mondiale, celle du choc pétrolier, du manque de matières premières et de la dévaluation du dollar. Mais elle partait aussi avec des avantages : sa situation géographique lui a assuré la stabilité politique, lUnion européenne lui a ouvert le plus grand marché du monde et lui a octroyé des aides qui équivalent trois Plans Marshall, le nombre de touristes sest multiplié au-delà des prévisions les plus optimistes, les financiers lui ont prêté des sommes astronomiques dargent et les investisseurslui ont fait confiance à lheure dimplanter des industries productives. Et pourtant, trente-trois ans après ladoption de la Constitution, lEspagne est un pays ruiné, incapable doffrir un avenir à la plupart de ses jeunes et de garantir à ses retraités le paiement des retraites à court et à moyen terme.

Dans ce contexte, Felipe González et José Maria Aznar sont revenus sur la scène politique pour donner des leçons à leurs successeurs, lun à loccasion dune commémoration et lautre avec la publication dun livre.

«
González a appris aux jeunes à être fainéants », ma un jour déclaré un vieux paysan de lExtrémadoure. Il faisait allusion au P.E.R. (Plan demploi rural), mais il aurait pu évoquer les indemnisations, préretraites et invalidités massives accordées durant la reconversion ; ou la régulation du chômage qui na jamais encouragé les bénéficiaires à accepter un travail. Felipe González a un certain nombre de réussites à son compte, personne ne peut peut en douter; mais il a aussi une grande responsabilité dans la situation actuelle, entre autres parce que cest lui qui a lancé, avec « les fastes de 1992 » - -organisation simultanée des Jeux olympiques de Barcelone, de lExpo de Séville et de la Capitale de la culture à Madrid - la politique de grandes dépenses publiques somptuaires, ainsi que la politique dinfrastructures non prioritaires avec le TGV Madrid-Séville.

Aznar, quant à lui, il a démultiplié ces politiques alimentant ainsi une bulle immobilière qui allait finalement nous dévorer. À la fin de sa première législature, lEspagne avait atteint un équilibre relatif, avec un taux de chômage, 10,6%, qui commençait à être raisonnable, une inflation modérée, la balance extérieure et la balance fiscale contrôlées. Il a mis le pied sur laccélérateur en maintenant le prix de lélectricité en-dessous du coût de production, avec une hausse de la dette publique et une folle politique de travaux publics qui comprenait la rénovation de tous les aéroportset la construction du plus vaste réseau ferroviaire de grande vitesse au monde. Pour soutenir leuphorie, il a toléré lentrée de deux millions dimmigrés, dont deux tiers par laéroport Barajas de Madrid.

La seconde Restauration a été caractérisée par les grands chantiers de travaux publics, mais tous les gouvernements sans exception ont scrupuleusement veillé à ne pas articuler du point de vue logistique la zone exportatrice la plus dynamique. Il y a quelques jours, dans ce même journal, Josep Parcerisa parlait du cul-de-sac ferroviaire que constitue Llorca, entre Alicante et Almeria ; la voieentre Tarragone et Vandellòs na pas encore été dédoublée à ce jour ; le PSOE et le PP au Gouvernement et aux Cortès ont frustré laxe méditerranéen de marchandises, conçu et défendu par lUnion européenne, pour le rendre subsidiaire dun axe central impossible Une politique suicide.

Il semble quà lorigine de lautoroute de la Méditerranée la seule grande infrastructure du franquisme à ne pas répondre au schéma radial il y avait le rapport bien connu que la Banque mondiale avait rédigé en 1961 lorsque le régime franquiste avait implorait de laide à lextérieur. Aujourdhui, comme alors, il faut que lon vienne de lextérieur pour suggérer à lEspagne de concevoir rationnellement ses infrastructures ; ainsi, le commissaire aux Transports, Siim Kallas, corrige les plans espagnols en argumentant « quil faut garantir que les connexions viennent de quelque part et aillent quelque part ».

Les dirigeants espagnols auront besoin de beaucoup dhumilité pour gérer les conséquences des décisions prises par leurs prédécesseurs. Il serait souhaitable que ces derniers apprennent au moins à se taire.

Miquel PUIG

Traduction de l'article "Estarien millor callats" publié dans ARA, par Montserrat Vallribera.

 

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  • professeur de lettres, écrivain, j'ai publié plusieurs livres dans la région Languedoc-Roussillon, sur la Catalogne, Matisse, Machado, Walter Benjamin (éditions Balzac, Cap Béar, Presses littéraires, Presses du Languedoc...
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