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5 juillet 2012 4 05 /07 /juillet /2012 17:24

expo-Pere.Creixams-copie-2.jpg   Pere Créixams

 

 

Pere Créixams (1893 Barcelone -1965 Barcelone) artiste catalan, rattachée à l'École de Paris. Peintre et illustrateur figuratif autodidacte dont l'oeuvre reflète à la fois les sources de l’École de Paris et de la peinture catalane. Pendant toute sa vie, il est partagé, physiquement, entre l’Espagne, pays natal, et la France, pays d’adoption.

Barcelone-Paris, A la recherche de son destin, 1893-1917[modifier]

Pere Modesto Luis Creixams est né le 9 novembre 1893 à Barcelone, dans un quartier populaire appelé Poble Sec. Creixams a toujours revendiqué son origine : «- je sors du trottoir, du trottoir méditerranéen…» Pere est le fils unique de Ramon Creixams Roig et de Catarina Picó tous deux issus d’une famille pauvre. Son père meurt jeune. Pere a 13 ans. Il vit alors seul avec sa mère calle dels Tallers au numéro 61, au 5° étage. (rue qui conduit de la Rambla de les Estudis à la Universitat) Le Catalan s’essaye alors à de nombreux petits boulots. Puis il devint imprimeur. Le soir, il va en classe à la Escuela Moderna (l’Ecole Moderne). Il dit avoir appris à lire dans les « livres rouges et anarchistes ». En effet cette école est ouverte en 1901 par Francisco Ferrer, important leader et pédagogue anarchiste. C’était une école laïque dont le projet éducatif s’inscrit dans une pensée révolutionnaire prônant l’anarchie, le libre-examen, l’anticléricalisme, l’anticonformisme. A l’âge de dix-sept ans, Pere veut alors assouvir sa passion naissante, le théâtre, et il entre au Conservatorio del Grand théâtre du Liceu de Barcelone. En 1916, Pere décide de se rendre à la capitale français pour poursuivre sa carrière de comédien.

Les débuts parisiens, Naissance d’un peintre, 1917-1929[modifier]

Le Catalan arrive en 1917 à Paris, à Montparnasse plus exactement au moment où le contexte historique et social n’est pas favorable, et plus encore quand on est étranger. Il débute chez François Bernouard, à La Belle Edition en 1917. Puis c’est au sein de l’imprimerie Union, engagé en tant que phénicien, que le monde littéraire, poétique et artistique s’ouvre à lui. La rencontre avec l’écrivain Florent Fels est décisive. Il lui présente tout le Paris intellectuel: le poète, critique d’art et écrivain André Salmon qui le surnomme Pierre l’imprimeur, l’écrivain suisse Blaise Cendrars, de son vrai nom Frédéric-Louis Sauser, Max Jacob, André Malraux, Raymond Radiguet, André Salmon et le peintre Amedeo Modigliani. Il rencontre Marie Lebourg, toujours appelée « Madeleine » par Pere et tous leurs amis. Il l’épouse le 4 octobre 1919, à la mairie de Rouen, ville de la mariée.

Créixams s’essaie à l’art sous les conseils du peintre Othon Friesz et c’est le temps des premiers succès. Il expose en 1921 au café du Parnasse (Les Cent du Parnasse exposent au café) et lors de l'Exposition du nu à la Galerie Montaigne. Ses portraits de femmes sont marqués par le style de l’illustre représentant de l’École de Paris, Amedeo Modigliani. Florent Fels le présente au célèbre marchand de tableaux Paul Guillaume installé 39 rue La Boétie. Celui-ci lui propose de signer un contrat pour s’engager à lui livrer toute sa production artistique de novembre 1921 à juin 1922. Les toiles de Créixams sont exposées aux côtés de celles d'André Derain, de Pablo Picasso, de Maurice de Vlaminck, d'Henri Matisse et d'Amedeo Modigliani… Par la suite, Créixams travaille avec le galeriste Pierre Loeb avec qui il signe un contrat en 1925. Située à l'angle de la rue de Seine et de la rue des Beaux-arts, la célèbre Galerie Pierre qui, de 1927 à 1963, représenta de nombreux artistes qui marquèrent le XX° siècle (Braque, Klee, Chirico, Derain, Dufy, Gromaire, Léger, Miro, Pascin, Picasso, Soutine, Masson, Man Ray…) En peinture, il se tourne vers ses ancêtres espagnols, Le Greco, Francisco de Goya, Diego Vélasquez afin d’affirmer leur héritage artistique. Son admiration pour Pablo Picasso se fait aussi sentir dans sa production des années vingt et il retient la leçon du peintre des miséreux, des saltimbanques et des guitaristes.

A partir de 1922, il s’installe à Montmartre et fréquente les anciens du Bateau- Lavoir tels que Pablo Picasso, Max Jacob, André Salmon. Ses amis du cercle littéraire de Florent Fels le soutiennent et Créixams devient alors l’ami des écrivains. Le peintre se transforme en illustrateur et collabore avec le duo écrivain et éditeur Pascal Pia et René Bonnel sur le poème inédit de Charles Baudelaire publié d'après le manuscrit original qu'il orne de huit eaux-fortes.1 Le Catalan se lance dans le portrait et prend pour modèle ses amis, artistes et écrivains (Florent Fels,2 Edgar Du Perron dit Eddy,3 Georges Duhamel,4Colette,5 Paul Fierens,6 André Gaillard,7 Jean Paulhan,8 André Suarès, 9 les frères Tharaud10)

La Catalogne, Le retour aux sources, les années trente[modifier]

Créixams se fait un nom en exposant dans les galeries et les salons parisiens. (Salon des Indépendants, Salon d’Automne, Salon des Tuileries) Sa peinture va être aussi diffusée en Catalogne. À Paris, il fréquente des artistes catalans, comme lui exilés, ou séjournant dans la capitale française, tels que Joaquín Torres García, Eugenio d'Ors et Joan Miró. Ce réseau permet une grande solidarité entre artistes. À Barcelone, de la même façon, Créixams entretient des amitiés. Sa rencontre avec le critique et peintre Rafael Benet lui ouvre les portes du monde artistique barcelonais. Le succès de Créixams est total : il est présenté dans les galeries avant-gardistes de la ville, dans les salons et ses œuvres attirent l’œil des collectionneurs.(Galerías Dalmau, Sala Parés, Galeries d’Art Syra)Il expose ses œuvres régulièrement à l’Exposició de Primavera [ Exposition de Printemps], du Saló de Montjuïc.

La peinture de Créixams s’inspire d'abord du mouvement noucentiste catalan. Le Noucentisme chronologiquement débute vers 1906 et dure jusqu’au début de la guerre civile en 1936. Ce mouvement se veut artistique et politique et propose une rénovation de la société. Eugenio d'Ors, le théoricien de cette nouvelle esthétique, désire une régénération artistique en Catalogne. Puis Créixams rapidement évolue vers un réalisme populaire et direct revendiqué par la nouvelle génération d'artistes appelée Generació del 17. Ses paysages sont très construits, géométrisés, fruit d’une grande admiration pour Cézanne.

L’attachement de Créixams à son pays se manifeste par des séjours réguliers en Catalogne tout au long de sa vie. La période estivale était privilégiée et le petit village de pêcheurs de Tossa de Mar accueillit l’artiste lors de nombreux séjours. Ces retours en Catalogne apportent à Créixams une nouvelle inspiration et un style plus personnel. Tossa, havre de paix et site d’une grande beauté, devient sous son impulsion, un véritable centre artistique et intellectuel. Créixams et Benet attirent avec eux leurs amis catalans: Emili Bosch Roger, Francesc Camps Ribera, Josep Gausachs, Francesc Domingo, Josep Mompou, Manuel Humbert, Emili Grau Sala, Enric Casanovas. Mais l’attraction dépasse les frontières catalanes grâce aux connaissances de l’artiste qui invite ses amis parisiens, écrivains, avec en tête Florent Fels, Georges Charensol, Georges Duthuit et des artistes tels que Albert Marquet, Roger Wild, Georges Kars et Marc Chagall.

Après avoir passé l’été 1934 à Tossa en compagnie de nombreux artistes, Créixams ne rentre pas à Paris et reste en Catalogne jusqu’en 1937. En effet, il est nommé professeur à l’« Escola Superior de Paisatge » d'Olot . Puis survint l’année 1937 marquant un tournant historique et politique pour la Catalogne et l’Espagne. Creixams s’engage artistiquement du côté des Républicains. C’est à cette date là que le gouvernement catalan le choisit pour illustrer un ouvrage de propagande édité par le Comissariat de Propaganda de la Generalitat11 Il vit à Barcelone les premiers affrontements armés, mais finalement, la situation se dégradant, il retourne vivre à Paris le 20 février 1937. Il quitte la Catalogne en pleine guerre civile et il n’y reviendra qu’à la suite d’un exil de onze années. À la suite de ses dessins engagés, il réalisa en 1939 des toiles illustrant la Retirada décrivant la fuite vers la France de milliers de Républicains espagnols.

Entre Paris et Barcelone, La double identité : le Catalan de Montmartre, 1937-1965[modifier]

Ce retour en France, durant la seconde guerre mondiale, et la période de l’Occupation sont difficiles. Mais Montmartre l’accueille une nouvelle fois à bras ouverts et Creixams retrouve ses amis de la Butte, écrivains, peintres et chansonniers. Le Catalan devient alors une figure montmartroise essentielle aux côtés de Marcel Aymé, Pierre Mac-Orlan, Gen Paul entre autres. La traditionnelle ambiance de fête qui règne à Montmartre convient parfaitement au caractère de bon vivant de Creixams. L’éloignement, pendant plusieurs années, de la Catalogne, a pour conséquence une peinture aux profonds accents espagnols. Créixams connaît une période de faible activité artistique. Tout de même, dès 1938, il participe de nouveau aux différents salons parisiens. De plus, il expose en tant qu’artiste montmartrois lors d’expositions collectives mais aussi aux côtés de ses compatriotes catalans. Lui sont consacrés des expositions individuelles régulières par les galeries parisiennes. (Galerie Delpierre, Galerie Pétridès, Galerie de L'Elysée, Galerie Charpentier...) À Barcelone, à partir de la guerre civile espagnole, Creixams n’expose plus. Il faut attendre 1948, année qui marque son retour à la Sala Parés. Cette galerie, toujours fidèle à l’artiste, lui organise des expositions individuelles ainsi que la galerie La Pinacoteca.

Créixams et Madeleine mariés depuis 1919, se séparent. Creixams rencontre vers 1940 Nana de Herrera (1905-1991) et de leur amour naît un enfant, Ramon de Herrera. Nana de Herrera, figure majeure de la vie mondaine parisienne pendant les années folles, est une danseuse de flamenco. Elle fut le modèle de Max Ponty pour son dessin du célèbre paquet de cigarettes Gitanes (de la Seita). Elle incarna également quelques rôles au cinéma, avant et après-guerre. Elle est enfin demeurée célèbre pour son portrait (peu enjoliveur) qui fut peint en 1928 par Tamara de Lempicka à la demande du Baron austro-hongrois Raoul Kuffner, alors son amant. Lointain écho de la réclame de Joël Martel qui la représentait en posture de danse en 1926, la toile de Lempicka semble avoir été faite pour dénigrer sa beauté.

Créixams débute dans les années quarante, une carrière de portraitiste « mondain ». Il fréquente le milieu du théâtre et du cinéma. Ses sujets de prédilection sont sa femme, à la fois danseuse et mère de son enfant et l’espagnolade ou évocation de l’Espagne. Des gitans, des majas, des danseurs, des toreros évoluent entre réalité et fantaisie. Pendant l’Occupation, Créixams fréquente avec le peintre Gen Paul le Lapin Agile au 4 de la rue des Saules et les restaurants Chez Manière, rue caulaincourt et Chez Pomme. À la fin des années 40, Gen-Paul invente sa "Chignolle à Gégène", sorte de fanfare tonitruante*, dans laquelle il entraînera tous les artistes de Montmartre.

Le peintre s’entourait de nombreuses figures du milieu littéraire. L’écrivain Pierre Mac Orlan qui disait Creixams est un « lutteur aux épaules carrées et au torse massif, il se collette sans peur avec les terribles difficultés du plus subtil des arts ». Créixams continua d’apporter ses talents d’illustrateurs pour des ouvrages : pour Joie sur la terre de René Fauchois 12, De Tapioca à grand-mère Dobrovna d’Henry Bry13 et Daphné de Georges Charaire 14

Créixams vivait à Montmartre mais ne cessa d’aller à Barcelone où il retrouvait ses amis catalans. Il logeait toujours dans un appartement calle Colon. Il s’éteint le 5 mars 1965 d’un arrêt cardiaque dans la ville qui l’a vu naître.

Partagé toute sa vie entre sa Catalogne natale et la France, pays d’adoption, Créixams resta une figure de la Butte. Sa double identité de Catalan et de Montmartrois résume sa vie : tout en gardant la nostalgie de la Catalogne, l’exil parisien a enrichi sa palette, la complexité de son œuvre en témoigne.

 

Bibliographie récente

  • Bonnel, Anaïs, Pere Créixams, Montparnasse-Montmartre, 1916-1928, catalogue d’exposition, Paris, 2011.
  • Bonnel, Anaïs, Benet, amic i critic de Créixams, vincle amb Catalunya, Quaderns Rafael Benet, Barcelona, Fundació Rafael Benet, décembre 2010.
  • Bonnel, Anaïs, Pere Creixams et Eddy du Perron, Présence d’André Malraux. Cahiers de l’Association Amitiés Internationales André Malraux, Paris, 2008.
  • Bonnel, Anaïs, Pere Creixams i els amics de París, Berlín>Londres> París>Tossa…La tranquil-litat perduda, catalogue de l'exposition, Girona, Centre Cultural de Caixa Girona, 2007.
  • Bonnel, Anaïs, Pedro Creixams (1893-1965), un artiste aux multiples identités, mémoire de DRA, Ecole du Louvre, Paris, 2006. - 2 vol. (199, 185 f.) : ill. en noir et en coul. ; 30 cm. Mémoire de recherche : Paris, Ecole du Louvre : sous la dir. de François René Martin : 2007.
  • Francesc Fontbona, Oscar Ghez, Susanna Portell, Pere Creixams, catalogue de l'exposition, Tossa/Girona, Museu Municipal de Tossa/Museu d'Art, 1992.

 

Actualités : Exposition Pere Créixams, entre Paris et la Catalogne, l'entre-deux-guerres, Maison de la Catalanité, Perpignan, du 6 juillet au 24 août 2012.

Vernissage le 6 juillet à 18h30. Organisation Conseil Général des Pyrénées-Orientales. Commissaire Anaïs Bonnel.

 

Sources :

  1. Baudelaire, Charles, A une courtisane, Paris : Jean Fort, 1925.
  2. Action: cahiers de philosophie et d’art, novembre 1921, numéro 10, Paris : Florent Fels, 1920-1922.
  3. Du Perron, Eddy, Manuscrit trouvé dans une poche : chronique de la conversion de Bodor Guila, Bruxelles : [s.n.], 1923.
  4. Duhamel, Georges, Le miracle suivi de la Chambre de l’Horloge, Paris : Librairie Stock, 1923. Collection Les Contemporains : œuvres et portraits du XXe siècle.
  5. ColetteRêverie de Nouvel An, Paris : Librairie Stock, 1923. Collection Les Contemporains : œuvres et portraits du XXe siècle.
  6. Fierens, Paul, Ligne de vie, Paris : Les Écrivains réunis, 1927.
  7. Gaillard, André, Le fond du cœur, Marseille : les Cahiers du Sud, 1927. Collection Poètes.
  8. Paulhan, Jean, La guérison sévère, Paris : Éditions de la Nouvelle Revue Française, 1925.
  9. Suarès, André, Voici l’homme, Paris : Stock, 1922. Collection Les Contemporains : œuvres et portraits du XXe siècle.
  10. Tharaud, Jérome et Jean, Un drame de l’automne, Paris : Stock, 1923. Collection Les Contemporains : œuvres et portraits du XXe siècle.
  11. Jordana, C.A, Infants, Barcelona :Edicions del Comissariat de Propaganda de la Generalitat de Catalunya, 1937.
  12. Fauchois, René,Joie sur la terre,Dijon: imprimerie Darantierre, 1945.
  13. Bry, Henri,De Tapioca à grand-mère Dobrovna, Paris: imprimerie E. Desfossés-Néogravure, 1948.
  14. Charaire, Georges, Daphné (Variations sur un thème), Montmartre: Château des Brouillards, 1950. Lithographies de Valentine Hugo, Galanis, Créixams, Grau Sala, Catty, Revol.

 

Naissance

9 novembre 1893

Barcelone, Espagne

Décès

5 mars 1965

Barcelone, Espagne

Nationalité

Espagnole

Activité(s)

Peintre

Formation

autodidacte, à Paris

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