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24 juillet 2013 3 24 /07 /juillet /2013 09:50

durozier.jpg Maurice Durozier ©Amilcar Persichetti - Théâtre du Soleil, Paris.

 

Je rencontre ce matin Maurice Durozier, ce Catalan qui fait une carrière remarquable au théâtre (et dans quelques films).  Après l'entretien, je vous en dirai plus. Pour l'instant, je vous dis de vous rendre au patio des Minimes à Perpignan, pour "Perpignan en scènes" : 21h30, 5 euros, demain jeudi et après-demain...

 


Tu es ce que tu fais

La salle tout en bois sculpté où nous sommes invités à entrer ressemble à un salon. Le public s’y promène. Lambiance y est apaisante, intime, les deux hôtes nous servent du thé indien. Après quoi, la fille armée dun petit calepin, cherche les questions quelle a soigneusement notées pour les poser à son père. Lhomme a beaucoup à dire, elle lécoutera religieusement chaque fois jusquau bout et ne linterrompra jamais; ce qui, à terme, deviendra un procédé un peu systématique. Elle demande quand sait-on quon est acteur? Pourquoi les comédiens sont-ils si souvent en boucle après un spectacle? Faut-il être narcissique pour exercer ce métier? Quen est-il de ce mal incurable quon appelle légo? Est-ce difficile de sortir dun rôle? Comment gérer le trac? La superstition? Lacteur répond, abondamment, se raconte, en pointillés, il dit avec son charmant accent du Sud sa naissance à Perpignan, ses happenings exubérants avec ses amis de jeunesse, ses débuts tâtonnants au théâtre du Soleil, sa rencontre avec le masque de Polichinelle, il imite en passant la faconde dAriane Mnouchkine. Il revient sur ses voyages au Brésil, plus exactement dans la ville de Recife. Il parle de la confusion qui peut exister dans lesprit dun jeune acteur, de lillusion, de la vérité, lancien détaille ses multiples expériences de jeu, comment il a appris à gérer ses égarements et son enthousiasme, comment, au cours du travail, le corps peu à peu change de densité, comment sur scène il sagit à la fois et de perdre conscience et de trouver une énergie diabolique.

 

Lhomme est volubile, passionné, sincère. Son débit tourbillonnant fait un petit détour en Inde, passe par le N. York des années 60/70, le living, Grotowski. Il soliloque sur le long chemin de la répétition, sur la nécessité dexpulser lennemi intérieur pour soublier, faire le vide, pour qualors le personnage puisse jaillir. Il rappelle de garder la porte de lenfance ouverte. Il avoue les questions parfois vertigineuses, si souvent inutiles, qui peuvent mener au bord de la rupture.

 

Il invente le code secret des acteurs quil décline en 10 commandements. Cest dense, il danse avec ses convictions et ses interrogations, il est plus professeur que paternel, mais ce quil souligne avec force cest que le théâtre reste avant tout une aventure commune qui donne à tout ceux qui s’y engagent le sens du collectif.

Parole dActeur de et par Maurice Durozier
Avec la participation dAline Borsari
Théâtre de lépée de bois
Cartoucherie de Vincennes

 

z.gifPar Cyriel TARDIVEL

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t.gifz.gift.gifz.gift.gifz.gifParole dacteur 

Théâtre du Soleil (PARIS)

de Maurice Durozier

Mise en scène de Maurice Durozier

Avec Maurice Durozier, Aline Borsari

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Dis-moi papa, mais alors ton métier, cest de rêver et de faire voyager les gens ?

 

Acteur, comédien, saltimbanque, troubadour, artiste... Une activité controversée. Longtemps rendus diaboliques, les comédiens étaient excommuniés et rejetés. Pourtant, de tous temps, ce sont eux qui ont raconté l’histoire du monde, l’histoire des hommes. Ce sont eux qui ont ému leurs pairs, les ont fait trembler de terreur ou frissonner d’amour, rire aux larmes ou pleurer devant les passions et les destins de leurs personnages. Un métier merveilleux, magique, exaltant et exigeant. Un métier qui ne paraît pas en être un.

 

Comment le comprendre si on ne le pratique pas ? Comment comprendre et accepter que son amour ou son parent travaille pratiquement tout le temps ? Que cette personne préfère les planches sacrées à la douceur du foyer ? Que le soir, elle sera rarement présente pour l’histoire ou le baiser du soir ? Et comment se fait-il que ces comédiens, qui pourtant passent leur temps ensemble, dès qu’ils se retrouvent à la maison, n’ont de cesse de parler de leur métier, de leur passion ? La vie du comédien est intense. L’exigence que demande son travail est considérable ! Peut-être que quelques explications du point de vue d’un comédien qui passa plus de la moitié de sa vie dans la compagnie la plus célèbre et la plus exigeante de France, pourront lever le voile sur ce mystère.

 

Maurice Durozier est un enfant de la balle dirait-on. Sa mère était comédienne. Il grandit dans le milieu du théâtre, de la scène, des costumes, du maquillage et des projecteurs. Son père n’eut peut-être pas le courage de rester avec une femme de scène, quoi qu’il en soit, il quitta Maurice et sa mère alors que ce dernier n’était encore qu’un enfant. Ainsi, comme il le dit lui-même, le théâtre lui prit à la fois son père et sa mère. Il avait donc des comptes à régler. Aujourd’hui, après des années à exercer ce métier, et qui plus est dans la plus vieille compagnie de France, véritable trésor français, pépite de notre patrimoine culturel, il décide de transmettre sa vision de son art. Et quelle personne serait la plus intéressée par cette explication (confession ?) que sa propre fille ?! Sous forme de conférence théâtralisée, en premier lieu travaillée et représentée au Brésil, Maurice Durozier nous fait part de son histoire et de son ressenti.

 

L’influence du Théâtre du Soleil est présentee dès l’entrée du public. Un tapis oriental est le cadre sacré sur la scène consacrée. Une représentation de Ganesh à jardin et à cour avec encens et offrandes apporte sérénité et de bonnes énergies au comédien et au public qui s’installe. Avec sa petite table en bois et ses deux chaises, il nous semble que la scène est le salon ou le bureau de Maurice Durozier et qu’il nous invite dans l’intimité de son logis pour nous dévoiler l’intimité de sa vie.

 

La ravissante Aline Borsari interprète la fille de Maurice, lui posant des questions sur sa vie et son univers. Bien que sa présence sur scène soit agréable, elle n’est nullement indispensable. Maurice Durozier peut assurer tout le spectacle sans la moindre réplique. Les questions posées directement par sa fille, présente sur scène physiquement ou par bande sonore, seraient plus réalistes et touchantes.

 

Avec sincérité et simplicité, le comédien nous raconte sa rencontre avec le théâtre. De par sa mère en premier lieu, mais aussi de son envie personnelle de créer quelque chose de différent. Il nous raconte sa rencontre avec Ariane Mnouchkine et cette rencontre décisive avec son premier personnage, Polichinelle. Pour l’occasion, il ressort son masque découvert il y a maintenant un certain nombre d’années. Il raconte les voyages, les anecdotes. Les moments de doutes de l’acteur et ceux de bonheur. Il tente d’expliquer pourquoi ce métier, si particulier, est presque indéfinissable car tellement propre à chaque comédien et tellement intense. Le métier d’acteur est avant tout une grande histoire d’amour, ou amour et haine se touchent constamment. De l’amour pour les personnages, pour les copains avec qui l’on rit et l’on pleure sur scène, avec qui l’on s’adore et s’engueule dans la vie. Une histoire d’amour avec la metteur en scène, à la fois mère et bourreau. Une histoire d’amour avec le public...

 

Maurice Durozier nous dévoile une infime partie de tout cet univers riche et complexe. Dans son beau costume, il revit son histoire et devient parfois les personnages qui ont marqué sa vie. Les cheveux grisonnants et sa barbe blanche ne l’empêchent pas d’effectuer quelques pas de la danse de bharata-natyam (traditionnelle indienne) de la création du monde par le dieu Shiva. Un moment partagé, accentué par la dégustation de tchaï offerte et dégustée avec tout le public.

 

Certaine œuvres ont marqué les mémoires et sont incontournables pour toutes les générations de comédiens. On pensera à La Formation de l’acteur de Stanislavski ; Le Théâtre et son Double d’Antonin Artaud, L’Acteur et la Cible de Declan Donnnellan, et bien d’autres encore. Une grande majorité d’acteurs ont écrit leur expérience de la scène et de la vie d’artiste pour partager ce vécu si atypique et merveilleux. Comment oublier Les Carnets d’un jeune homme de Philippe Caubère et la série de spectacles qui s’en suivit ?

 

Parole d’acteur est dans cette lignée, comme une synthèse à la fois personnelle est universelle du métier d’acteur en Occident. Un témoignage émouvant que professionnels, amateurs et amoureux du théâtre ne devraient rater sous aucun prétexte.

Maurice

paroledacteur1302.jpg

 

Durozier

 

 

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  • professeur de lettres, écrivain, j'ai publié plusieurs livres dans la région Languedoc-Roussillon, sur la Catalogne, Matisse, Machado, Walter Benjamin (éditions Balzac, Cap Béar, Presses littéraires, Presses du Languedoc...
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