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10 juillet 2013 3 10 /07 /juillet /2013 10:08

st-cyp.jpg  Le projet Odyssea présenté au casino de Saint-Cyprien.

 

   Vers Marseille... (photo Julien Verjoul)

 

Vogue la goélette... A la barre un écrivain de Catalogne... Les compagnons s'activent sur le pont en tentant de trouver la sardine susceptible de boucher le Vieux-Port... Massalia est encore loin. La maigre brise ne nous a bercés que jusqu'à Gruissan...

 

Paul Macé, directeur du musée MUSIC de Céret orchestre les souffles rassemblés en pétales de rose...

 

Oublié le mur de béton de Canet-plage. Se contenter d'un regard vers les terres ocres de l'Aude occitane.... Et de l'éternité des étangs et lagunes : Sigean...

 

Voici l'opéra des embruns : le vent se lève, gargal, noroît, sirocco, on ne sait. On sait le bruit de l'eau qui explose sur la coque de l'esquif littéraire... Il glisse vers la porte de l'Orient. Je ne lis plus, pas de temps à perdre dans la big bleue. Je ne fais que jeter des yeux sur le littoral mince et lointain...Pour emmagasiner des rêves, des visions... Pour trouver belle cette frange terreuse et humaine, ne désirant rien connaître des corps allongés, inutiles, dans la vacuité des vacances encadrées... Ignorer les ventres obèses de la société de consommation. Passer sous silence, tel un geste de mépris, le règne de la finance et des marchés... 

 

Je voudrais à présent aller vers le large comme vers une mort...

 

 

---- Littérature : Marseille la maudite vue par les écrivains 2 :

 

...De même, Gustave Flaubert, qui entreprend en août 1840, un Voyage aux Pyrénées et en Corse, a rédigé une partie de ce texte à Marseille. Ce qui l'attire, c'est ce que tout voyageur ressent: cette ville n'est pas "française", elle est en marge de la France, elle est un avant-goût de la destination africaine ou orientale qu'on entame ici, elle est l'exotisme même :


"Marseille est une jolie ville, bâtie de grandes maisons qui ont l'air de palais. Le soleil, le grand air du Midi entrent librement dans ses longues rues; on y sent je ne sais quoi d'oriental…Marseille est maintenant ce que devait être la Perse dans l'Antiquité, Alexandrie au Moyen Age : un capharnaüm, une Babel de toutes les nations, où l'on voit des cheveux blonds, ras, de grandes barbes noires, la peau blanche rayée de veines bleues, le teint olivâtre de l'Asie, des yeux bleus, des regards noirs, tous les costumes…le turban et les larges pantalons des Turcs. Vous entendez parler cent langues inconnues…"(Le Seuil- Collection L'Intégrale, p.425).

 

Flaubert reviendra embarquer à Marseille, le 4 novembre 1849,pour son célèbre Voyage en Orient. Cependant, comme dans Les souvenirs littéraires de Maxime Du Camp, les notes sur la cité phocéenne ne sont pas développées:"

 

La mer bleue ! Omnibus : deux vieilles dames…télégraphe. Bureau des paquebots, je me bourre de bouillabaisse et je vais au café : amateurs marseillais jouant aux dominos. Le lendemain matin, bain. La maîtresse des bains a mal aux yeux comme moi. Je cherche et je retrouve l'hôtel de la Darse (hôtel Richelieu, rue de la Darse, où Flaubert avait rencontré Eulalie Foucaud, en 1840, lors de son voyage dans le midi)…Jeudi, promenade au musée. Nouvelle visite à l'hôtel de la Darse. Les rues du vieux Marseille. Place du Puget….Les murs des maisons s'effritent. Rues en pentes !…Les femmes petites, noires, en cheveux, évidemment le style italo-arabe; pas une ne m'accoste, même de l'œil. Quel bel éloge de la police!"(p.706 - Voyage à Carthage -1858-Le Seuil).

 

Marseille, la pittoresque, est liée à un souvenir de femme, mais Flaubert est sensible surtout à la présence de la mer :

« La première fois que je suis arrivé à Marseille, c’était par un matin de novembre. Le soleil brillait sur la mer, elle était plate comme un miroir, tout azurée, étincelante…C'était une volupté virile comme je n'en ai plus retrouvé depuis. Comme je me suis senti pris d'amour pour cette mer antique dont j'avais tant rêvé!…L'air chaud qui circulait dans les rues sombres entre les hautes maisons m'apportait au cœur les mollesses orientales, et les grands pavés de la Canebière, qui chauffaient la semelle de mes escarpins, me faisaient tendre le jarret à l'idée des plages brûlantes où j'aurais voulu marcher… » (p.555-VIII -Voyage en Orient-Le Seuil)

 

Tous les écrivains qui ont séjourné à Marseille -il faudrait encore citer Melle de Scudéry, Stendhal, Giono- ont noté ces aspects valorisants : cité multiraciale, multiculturelle, qui dégénèrent souvent en violence, exclusion, délinquance. Il ne sert à rien d'occulter cette réalité et d'inverser l'image de Marseille, comme a pu le faire Francine de Martinoir (Marseille- Ed. Champ Vallon-1989).Il s'agit d'une ville laide, par la saleté de ses rues, la corruption de ses maîtres, le poujadisme de ses habitants. Mais c'est la ville des apparences, tout un théâtre, avec ses éternels acteurs (la marchande de poisson, la prostituée "hirondelle de la rue Tapis-vert",l'arabe, le fan de l'O.M.),avec sa déclamation (l'accent, la syntaxe ponctuée par des "putain, con"),avec sa dramaturgie (les luttes diverses : politiques, mafieuses, de classe, des banlieues…).La véritable beauté de ce lieu ne se donne pas au premier coup d'œil: la revue Impressions du Sud a d'ailleurs intitulé le dossier du n°21 (printemps 89) : « Marseille, la ville invisible ».

 

Le romancier, s’il préfère éviter la ville et évoquer la mer, s’empare de l'île fameuse qui fait face au vieux port: A. Dumas, dans Le Comte de Monte Christo, mène Dantès "du bruyant Marseille aux cachots du château d'If». A la fin de son livre, il situera la demeure de son héros, libre mais vieux, dans les allées de Meillan, non loin de la Canebière. Ce morceau de terre est devenu touristique, grâce à la littérature, mais sur la terre ferme, un lieu original aurait pu être exploité pour sa force romanesque: le pittoresque village des Catalans, à la rue unique, mais son souvenir ne subsiste que dans le nom d'une rue, sur la Corniche!

 

Marseille est en crise: ses dockers sont licenciés et ses littérateurs manquent de lieux où s'exprimer. Tout comme la revue Docks, les mythiques Cahiers du Sud sont morts (les éditions de l'Aube, c’est vrai, essaient de les ressusciter, mais "hors-contexte»: dans la Drôme):il est loin "le temps où les compagnies maritimes, Les Messageries, Paquet ou la Transat, soutenaient la revue par la pub, notamment!" (revue Méditerranée n°16, sept.96).De même, la revue de poésie Le Refuge, financée par la mairie et le centre de "La Charité «a disparu: son animateur et adjoint à la culture, Julien Blaine/Christian Poitevin a lancé une bouteille à la mer pour créer un "nouvel espace de liberté»: Aime comme (M)arseille…

 

Il manque à Marseille un Jean Ballard. Et un Louis Brauquier (1900/76), grand voyageur, mais dont G.Audisio dit la grande fidélité pour sa ville natale :

 

"Sa maison était située derrière l'église des Prêcheurs, à deux pas du Vieux-Port, rue Ste-Marthe, qui devait être démolie en 1925 avec ce qu'on appelait "les vieux quartiers"…Il est certainement peu de villes au monde, qui ont été l'objet d'une célébration aussi continue, qui peuvent aussi distinctement dire d'un poète qu'il est "leur" poète…Le 1er recueil de L.Brauquier : Et l'Au-delà de Suez, commence par un poème écrit à 18 ans et qui a pour titre "La fondation de Marseille"…

 

Marseille revient sans cesse comme l'objet d'une passion vers quoi tendent tous les désirs, qui s'exacerbent au moment du retour, pendant la dernière nuit en mer:

 

Vivrons-nous jusqu'au matin

 

Marseille, ma Désirade? (Louis Brauquier, par G.Audisio-"Poètes d'aujourd'hui-Seghers-1966)

 

à suivre

 

 

 

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  • professeur de lettres, écrivain, j'ai publié plusieurs livres dans la région Languedoc-Roussillon, sur la Catalogne, Matisse, Machado, Walter Benjamin (éditions Balzac, Cap Béar, Presses littéraires, Presses du Languedoc...
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