Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
4 février 2014 2 04 /02 /février /2014 12:53

disque-de-teresa.JPG  Teresa Rebull (pochette d'un 33 tours) -photo JPB -

 

En me parlant de la période de l'Occupation et de sa rencontre, à Marseille, à la villa Air-Bel, des poètes et peintres surréalistes, de l'amitié avec Jean Malaquais, surtout et avec Dina Vierny, Teresa m'apprend sa participation à la coopérative ouvrière des "Croque-fruits" (textes ci-dessous) et l'exposition actuelle de la galerie Alain Paire, en hommage à cette "utopie ouvrière" (voir le site de la galerie A.Paire, à Aix)...

 

...La saga des Croque-fruits (merci au site:http://emploiparlonsnet.fr/figures-libres/la-saga-croque-fruits )

Alors que léconomie sociale est un secteur de plus en plus reconnu comme ressources demploi et de travail intéressants, on fête les 70 ans dune coopérative mythique.

croques-fruits.png

Dans le pot-au-noir de la crise et face aux promesses rugueuses de la rentrée, quelques récits optimistes peuvent avoir leur utilité. Il en est ainsi de la légende de Croque-fruits. Une légende vraie qui sest passée à une autre époque encore plus troublée et bien plus cruelle, celle de lOccupation. La revue Feuilleton, sous la plume dAdrien Bosc, et des dessins de Frédéric Pajak, a eu lexcellente idée dexhumer ce morceau dhistoire sociale dans un long article passionnant. Les frères Lucien et Sylvain Itkine sont réfugiés dans le Marseille de 1940. Le premier est chimiste, lautre metteur en scène.

La mouise leur donne une idée. Le chimiste de la fratrie met au point une recette épatante : le « Croque-fruits » est une friandise constituée de dattes et damandes broyées, déclats de noisettes et de pistaches. « Il faut fabriquer de la nourriture, choisir un produit naturel qui puisse se conserver plusieurs semaines au moins », explique t-il à son frère et au cercle de sept amis désoeuvrés. Tous les ingrédients de sa barre de friandise ont lavantage de ne pas être encore contingenté. On peut se les procurer sans problème dans un port ouvert sur lOrient. De plus, les « Croque-fruits » pourront être proposés en vente libre, sans la nécessité de tickets de rationnement. Les coopérateurs acceptent de travailler sans être payés. Pour voir. Sylvain Itkine avance un peu dargent. On loue un petit local rue des Treize escaliers, entre la Porte dAix et la place Marceau. La coopérative fait lacquisition de quatre machines doccasion servant à broyer les ingrédients de ces bâtonnets magiques.

 

« Il est bien entendu que toutes facilis seront accordées à chacun pour augmenter les heures de liberté qui lui sont nécessaire»

Le cinéma des années 30 avait habitué le public aux coopératives ouvrières. Cest ainsi que Jean Renoir sur un scénario de Jacques Prévert, en 1936, dans Le crime de Monsieur Lange, donne lexemple dune maison dédition transformée en coopérative ouvrière prospère. On connaît aussi la guinguette coopérative du duo Vanel-Gabin de La Belle Equipe. Sylvain Itkine avait déjà songé avant-guerre à fonder une coopérative ouvrière théâtrale cette fois, avec un certain Jean-Louis Barrault. Et il a joué lui aussi (un odieux commissaire) dans Le Crime de monsieur Lange.


Cette fois, le metteur en scène a lancé « La coopérative du fruit mordoré » et théorisé le statut, approuvé par la petite bande. Elle constitue pour de vrai et très rapidement un havre pour tous ces artistes en exode et les chômeurs de toutes sortes. Le travail pas très compliqué consiste à broyer, rouler, puis plier et enfin envelopper la friandise dans du papier doré et gaufré à lenseigne de « Croque-fruits ». La productivité est étonnante : sans se presser, les équipes  réalisent jusquà 3 500 barres par jour. La petite société doit embaucher rapidement des commerciauxauxquels seront versés quelques résistants qui vendent même ces friandises en zone occupée. Dans son livre de mémoires, léditeur José Corti qui fut un familier des Itkine, a conservé des souvenirs enchantés de la petite utopie qui lui semblait être « la solution du poète » face aux noirceurs de lépoque.

Un statut poétique qui connaît un succès commercial invraisemblable

De sept « Croque-fruits », ou « Croque-fruitards » comme ils sappelaient entre eux, la coopérative a accueilli, en moins de deux années, jusquà deux cents ouvriers co-gestionnaires ! On y entre par cooptation, et lon doit effectuer un stage rémunéré dau moins quinze jours. Un principe idéaliste, voire poétique, guide la destinée de lentreprise. Les salaires et la part des bénéfices étaient les mêmes pour tous (60 francs/jour) à lexception consentie des trois dirigeants , mais étaient bien supérieurs à ceux des ouvriers marseillais. Mieux, les statuts de la coopérative prévoient un aménagement des horaires :« Il est bien entendu que toutes facilités seront accordées à chacun pour augmenter les heures de liberté qui lui sont nécessaires ». Lesprit maison est clairement affiché et vise quatre objectifs essentiels :« lemploi du maximum possible de personnel ; la rationalisation du travail ; la réduction des heures de travail ; la souplesse de lorganisation intérieure ».

« La coopérative du fruit mordoré connaît un succès invraisemblable » résume Adrien Bosc. Le chiffre daffaires atteindra le million de francs en 1941. Le dessinateur Jean Effel réalise une série de publicités telles que «  Je pense donc je suis (Descartes), Je mange donc Croque-Fruits (sans carte) »

En 1942, les Allemands fondant sur Marseille liquident en décembre lexpérience Croque-fruits. La fabrique a fermé. Laprès Croque-fruits a été terrible. Beaucoup de ses coopérateurs ont rejoint la Résistance. Sylvain arrêté mourra sous la torture de la Gestapo et de Klaus Barbie, Lucien périra en déportation à Birkenau. Les ateliers fantômes de la coopérative ont été rasés lannée dernière par le chantier Euroméditerrannée. De cette utopie du travail, il ne reste plus rien quun entêtement féerique, une douce chaleur poétique, une envie den croquer de ce fruit-là.

Emmanuel LemieuxLesinfluences.fr

>« Croque-fruit » dAdrien Bosc in revue Feuilleton (N°2, Hiver 2012), 15 , en librairies. www.boutique-feuilleton.fr

 

**Sylvain Itkine (né le 8décembre1908 à Paris et mort le 20août19441 à Saint-Genis-Laval2) est un acteur, auteur, metteur en scène et directeur de troupe français. Résistant durant la Seconde Guerre mondiale, il a été tué par la Gestapo.

Son père, Daniel Itkine, juif originaire de Lituanie, exerce la profession d'ouvrier joaillier. À 14 ans, Sylvain Itkine quitte l'école et suit des cours du soir pour être comédien. Il milite dans des mouvements d'extrême-gauche3.

Membre d'une compagnie amateur, il dirige L'Avare, où il joue le rôle d'Harpagon et entre ensuite au cours Simon. Au cinéma, il joue des seconds rôles dans plusieurs films de Jean Renoir dont Le Crime de Monsieur Lange (1935) et La Grande Illusion (1937). Il est également un ami de Paul Éluard et d'André Breton fréquentant le groupe des surréalistes et faisant partie du groupe Mars, proche du groupe Octobre de théâtre-ouvrier proche du parti communiste français.

Durant l'occupation il part pour Marseille. Là il crée avec amis et famille une société coopérative alimentaire, nommée « Le Fruit modoré » (plus tard « Croque-Fruits »). Sylvain Itkine devient actif, sous le nom de « Maxime », dans le réseau de renseignement des Mouvements unis de la Résistance (MUR) où il est chargé de l'identification et de l'exécution d'agents allemands (réseau Kasanga). Dénoncé par un agent double infiltré, il est arrêté le 1er août à Lyon et interrogé sous la torture par la Gestapo ; il est fusillé le 20août1944 dans le cimetière de Saint-Genis-Laval.

Sylvain Itkine, "Diable écarlate" et "Croque-Fruits", 1908-1944- galerie Alain Paire (extraits-merci à A.P.)

pdf_button.png

emailButton.png

http://www.galerie-alain-paire.com/

Samedi, 18 Janvier 2014 

thumb_paire003.jpg

Sylvain Itkine, Jacques Herold, Aube et André Breton, Villa Air Bel, hiver 1941, la corvée de bois 

(archives Aube Breton).

Il était né à Paris en décembre 1908. Ami d'Eluard et des surréalistes, Sylvain Itkine fut en 1937 le metteur en scène d’une version d'Ubu enchainé complétée par des décors de Max Ernst. Fondateur à Marseille, entre 1940 et 1942, d'une coopérative ouvrière qui s'appelait "Le Fruit Mordoré", il dirigea à Lyon un réseau de résistants assassinés par la Gestapo le 1 ou bien le 2 août 1944.

Partager cet article
Repost0

commentaires

Présentation

  • : Le blogabonnel
  • : Création et information culturelle en Catalogne et... ailleurs.
  • Contact

Profil

  • leblogabonnel
  • professeur de lettres, écrivain, j'ai publié plusieurs livres dans la région Languedoc-Roussillon, sur la Catalogne, Matisse, Machado, Walter Benjamin (éditions Balzac, Cap Béar, Presses littéraires, Presses du Languedoc...
  • professeur de lettres, écrivain, j'ai publié plusieurs livres dans la région Languedoc-Roussillon, sur la Catalogne, Matisse, Machado, Walter Benjamin (éditions Balzac, Cap Béar, Presses littéraires, Presses du Languedoc...

Recherche

Liens