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1 janvier 2014 3 01 /01 /janvier /2014 18:28

Ceci-n-est-pas-une--jpg   Afin que la barbarie laisse place au bonheur, on peut proposer de façon peu modeste des ambitions démesurées :

 

* ne pas rembourser la part de la dette qui est illégitime

* nationaliser de façon totale le système bancaire

*instaurer de fortes taxes sur les transactions financières

*lancer un débat public sur l'existence de la Bourse

* interdire les paradis fiscaux

* confisquer aux banques privées le pouvoir de création monétaires en le conférant aux banques publiques

* taxer les fonds de pension, les fortunes de façon plus large, les entreprises qui ne réinvestissent pas une grande part de leurs bénéfices

* baisser les salaires des grands commis de l'Etat, des plus hauts fonctionnaires, des parlementaires

* interdire le cumul des mandats...

*augmenter les bas salaires afin de relancer la croissance...

* demander au chef de l'Etat que ce soit lui, garant de la République, qui agisse selon les aspirations du peuple, et non la commission européenne...

* obliger le chef de l'Etat à stopper les incursions guerrières, à abandonner la production d'armes, à être un exemple pour le désarmement mondial... "On décide la paix, de façon unilatérale !" Que va-t-il se passer ? Les barbares, les ennemis (qui?) vont-ils nous bombarder, nous envahir..? 

 

Bien sûr vous êtes libres de continuer la vie comme avant...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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31 décembre 2013 2 31 /12 /décembre /2013 10:43

photos-2014-0070.JPG     On parle de décadence du monde occidental, de la fin de l'éthique, des utopies, des idéologies, pour une civilisation qui s'est arrêtée à Capoue...

 

Le matériel, l'argent, le confort, l'envahissement par les objets, les gadgets, la technique inventant sans cesse des engins plus performants prend le pas sur le sentiment, la morale, les grandes valeurs universelles : l'éthique, le respect de l'autre.

 

Les manifestations de haine récentes (Diabledonné ne critiquant pas le sionisme, mais les Juifs de façon souvent personnelle, vouant ainsi le journaliste Patrick Cohen au four crématoire...!) les attentats islamistes, la conduite d'Etats tels la Syrie ou Israël, tout ces événements semblent mener l'Homme à sa perte...

 

Mais non, cela dure depuis des millénaires, la décadence a toujours été présente même si les progrès de la science nous donnent l'illusion d'une marche vers la vérité et le bonheur...

 

Le rêve américain est démonté dans le récent film de M.Scorsese "Le loup de Wall Street" explore sans concession les utopies d'outre-Atlantique et montre les crimes du monde de la finance : l'argent et le pouvoir pervertissent nos responsables; le film est désespéré et n'apporte pas une vision lunmineuse du futur...

 

L'horizon est bouché, de l'autre côté de la planète, en cet extrême-Orient, qui nous apportait rêve de changement (Mao) et d'exotisme, de mystère et de poésie (relire Victor Segalen) : le film 

 

A Touch of Sin, drame réalisé en 2013 par Jia Zhang Ke  "A TOUCH OF SIN", de Jia Zhang-Ke,

 

exhibe la haine, la violence d'un peuple immense, d'un monde de salariés exploités, violés, dépouillés de leur âme... Il semble que face à la dictature, à l'univers de l'argent, il ne reste plus que la violence individuelle, Dahai, le "héros" de la première histoire... Ne demeure comme solution que l'acte bestial, terroriste ! Ou le suicide, tel celui du jeune homme dans l'ultime histoire....

 

Noirceur d'une année qui s'achève. Désespoir, de la couleur des tableaux de Soulages, décadence ou cheminement absurde (recours à Camus) d'un Homme déphasé, accident des hasards de l'infiniment grand..?

 

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30 décembre 2013 1 30 /12 /décembre /2013 11:14

police-tutoie.jpg   Valls le Catalan et Pujol le Pied-Noir, même combat ! Mais, au fait, contre quoi ..? Contre le racisme, l'insécurité, Dieudonné...ou pour se faire de la pub..?

 

Le maire de Perpignan a déclaré vouloir se contenter d'un seul mandat : être enfin élu maire de Perpignan. 

 

Or, grâce à l'affaire "Diabledonné" et à son hommage appuyé à Manuel Valls -ce Catalan de l'extérieur - M.Pujol tente un destin national : Ministre de l'intérieur d'un gouvernement Coppé dirigée par Sarko-2-le retour..?

 

On le croyait terne, discret, pataud, ce fiscaliste besogneux... 

 

Homme de l'ombre, peu disert, il est lourd dans ses discours et dans sa démarche de boxeur fatigué... 

 

Homme de dossier mais aussi homme d'action, de décision, J.Marc Pujol veut s'affirmer, sortir de l'anonymat, se forger une personnalité, une figure politique plus connue que dans les limites de Pollestres ou dans les rangs des militants UMP de la mairie de Perpignan...

 

Longtemps dans l'ombre de J.Paul Alduy, Pujol, à présent, tape du poing : ce lutteur au sourire de lapin sait se battre ! Ce sportif peut s'imposer : c'est un adepte du golf et de la chasse aux isards ! 

 

Surtout, il excelle dans la chasse sous-marine (monde du silence, e l'ombre, encore...), dont il fut champion de France par équipe...

 

Cependant, avant de devenir un "Valls de droite", il s'agit de régler les problèmes de racisme, de violence et d'insécurité à Perpignan...Or, là, M. le maire n'a encore montré que son insondable incompétence...

 


Exemples, avec cette petite revue de presse :

 

 

*Le maire trouve injuste la mauvaise note de Perpignan dans les villes qui luttent contre le racisme

Le 05 décembre à 11h41 par E. D. 

 

"Trente ans après la marche de légalité, trois mois avant les élections municipales et en plein contexte dattaques racistes répétées contre Christiane Taubira", lassociation 'République et Diversité' et le Cran (Conseil représentatif des associations noires) ont publié, mercredi, leur premier “baromètre contre le racisme, qui classe les 50 plus grandes villes françaises en fonction de limplication des municipalités en matière de lutte contre le racisme.

Et Perpignan se classe à la 41e position avec un score de 21 sur 100 et une note de F

Un résultat loin de satisfaire le maire de Perpignan, Jean-Marc Pujol, qui sestime "très bien placédans la lutte contre le racisme. Après avoir combattu "M. Dieudonné, le chef des racistes, qui a été condamné à 28000 euros damende pour sa chanson à Perpignan".

Un combat dans lequel il sest "senti très très seul puisquaucune association ne sest jointeà lui pour porter plainte. "Le racisme, ce nest pas quen parler, cest aussi agir contre les racistes de tous bords", conclut le maire.

Les villes ont, en fait, été évaluées après avoir répondu à deux questionnaires: un premier au sujet de leur politique interne notamment en matière de ressources humaines et le second concerne les politiques publiques mises en place.

**le quartier du Moyen-Vernet sous très haute tension (C) L'Indépendant 

Le 04 décembre à 6h00 par Estelle Devic | Mis à jour le 04 décembre 2013

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L'avenue Joffre est devenue invivable à en croire la nouvelle association de quartier. PHOTO/Ph. Rouah

Victimes d'actes d'incivilités et, pour certains d'agressions, les commerçants et les riverains de l'avenue Joffre ont monté une association afin d'alerter les autorités.Alors qu'il est installé depuis moins d'un an et demi, il a été victime de cinq cambriolages avec effraction. Tout au long de la journée, il tient son magasin fermé à clé et n'ouvre qu'à ses clients. Son assureur est sur le point de le lâcher

Ce commerçant de l'avenue Joffre n'en peut plus. "Les cambrioleurs ont d'abord cassé la vitrine, puis une porte latérale que j'ai réussi à faire condamner. Maintenant, ils ont trouvé un autre moyen d'entrer, même si j'ai fait installer un rideau métallique…".

"Crainte de repsailles"

Exaspéré et après avoir déposé plainte à chaque fois, il en appelle aux pouvoirs publics. Tout comme de nombreux confrères de cette avenue très passante du Moyen-Vernet. A l'image de cette dame qui préfère également témoigner de manière anonyme, "par crainte des représailles". A bout de nerfs, elle participe activement aux réunions de l'association de quartier Moyen Vernet-Avenue Joffre. L'espoir pour elle : "Etre enfin entendue par la mairie".

L'association regroupe des commerçants, mais aussi des riverains excédés par les incivilités à répétition. Agressions verbales et physiques seraient, selon eux, de plus en plus en plus fréquentes dans le secteur. En quelques années, il est vrai que plusieurs boutiques ont définitivement quitté le quartier ou tiré le rideau : une boulangerie, un fleuriste, deux salons de coiffure, un numismate "Les magasins ferment les uns après les autres. Certains préfèrent partir s'installer en zone franche, au moins, ils paient moins de charges !". Ceux qui restent se barricadent.

"Un climat tendu latent"

A l'image de cette autre commerçante, installée depuis 30 ans avenue Joffre, victime d'agression et de tentative de vol. "Le climat tendu est latent. Il s'est dégradé d'année en année", déplore cette dernière tandis que deux clients, des retraités du quartier, l'approuvent. L'antenne de la police nationale a fermé ses portes et les patrouilles ne sont, selon ces commerçants, pas assez fréquentes.

Ils déplorent également des agissements (trafic de drogue, conduite dangereuse…) non réprimés par les policiers qui patrouillent dans le secteur. Et l'installation des locaux de Solidarité 66 qui accueillent des SDF en journée, n'a rien arrangé à l'ambiance générale du quartier. Bien qu'elle remonte à 1992, les commerçants estiment qu'elle est un des déclencheurs de ce mauvais climat.

A tel point que l'association demande purement et simplement son déménagement Moyen-Vernet-Avenue Joffre milite aussi activement pour l'installation de gendarmes couchés sur l'avenue afin de ralentir la circulation et l'application stricto sensu de la réglementation en matière d'occupation des espaces publics. Cette fois, ce sont les terrasses des nombreux kebabs de l'avenue qu'ils visent… 

J.-F. Scoffoni : "La police ne déserte pas ce quartier"

Directeur départemental de la sécurité publique, Jean-François Scoffoni est catégorique : "La police ne déserte pas ce secteur, les chiffres en attestent". Et le patron des policiers de saisir les statistiques concernant le quartier du Moyen-Vernet : "Par rapport à l'année dernière, les cambriolages sont certes en hausse sensible et les vols à la roulotte ont bien augmenté, mais il s'agit surtout des faits commis autour du stade Aimé-Giral pendant les matchs, et non pas sur l'avenue Joffre Les vols avec violence sont en chute de 5,5 %, tout comme les vols de deux-roues qui ont diminué de 25 % et les faits d'incendie", se félicite-t-il.

Autre sujet de satisfaction pour la police, la forte augmentation du taux d'élucidation des affaires. Cette année, celui concernant des faits de voie publique est de 16 % au Moyen-Vernet contre une moyenne de 14 % en ville. "Soit une hausse de 36,9 % en un an !", reprend le policier. Le Moyen-Vernet concentre cependant bien la majorité des faits commis sur l'ensemble du Vernet (60 %).

"Dissuader, c'est bien. Neutraliser, c'est mieux" Au-delà des chiffres, Jean-François Scoffoni insiste donc sur la présence policière dans le quartier. "On n'a pas déserté le nord de Perpignan au profit des ZSP (zones de sécurité prioritaires, NDLR) comme je l'entends dire parfois !". Et d'insister :"La police est mobilisée et enquête en permanence lorsque des plaintes sont déposées. Dissuader, c'est idéal, mais neutraliser les délinquants, c'est encore mieux ! Les reproches que l'on nous fait reposent souvent sur des impressions…".

Des propos qui risquent bien de donner une mauvaise d'impression aux habitants et commerçants du quartier, à bout de nerfs… (L'Indépendant catalan).

 

*** Témoignage de Marie-Carole G. : Ce soir 18H15 .... A las Cobas , je me gare avec mon fils , et l'epicière allait se faire bousculer , voler ou ..... braquer ..... Enfin quand ils nous ont vu arriver , ils ont filés a tout allure ... 

Cinq chances pour la FRANCE , qui terrorise , des honnêtes commerçants ......

Bien moi je dis ....... c'est dramatique . 

En pleurant la dame , m' a dit "merci d'être arrivée " DRAMATIQUE .

 

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29 décembre 2013 7 29 /12 /décembre /2013 18:53

pujol--M.Sitja.jpeg M. Jean-Marc Pujol, maire de Perpignan, place de la cathédrale Saint-Jean -  (C) Michel Sitja.

 

 

J'avais salué l'attitude du maire de Perpignan (voir mon blog "le blogabonnel", fin mai 2013) quand il avait voulu interdire le spectacle de Diabledonné à Perpignan. 

Je suis d'accord aussi avec les déclarations de J.Marc Pujol sur la liberté d'expression et la pseudo-censure qui toucherait "l'artiste" si on interdisait ses "spectacles" :

 "J'évoquais aussi l'incitation à la haine raciale dans mon arrêté municipal", rappelait samedi Jean-Marc Pujol, regrettant que le tribunal administratif ait justement conditionné la tenue du spectacle perpignanais à la non-présence de ce 'sketch chanté'. "Je n'ai pas voulu continuer la procédure judiciaire, c'était lui faire trop de publicité", avoue aujourd'hui le maire à qui Dieudonné avait d'ailleurs souhaité "un cancer généralisé". Sûrement de l'humour. "Là non plus, je n'ai pas attaqué, pour les mêmes raisons".

"Pour moi, il n'y a pas de liberté d'expression pour ceux qui font une atteinte à la liberté. Elle est bafouée là, la liberté d'expression !", affirme encore Jean-Marc Pujol avant d'évoquer "un symbole assez fort" pour qualifier le soutien apporté samedi par le FN Florian Philippot à Dieudonné. (voir L'Indépendant de ce dimanche 29 décembre).

Oubliés donc les mauvaises images qui collent à la peau de J.M.Pujol : passages par le groupe extrémiste "Occident", engagement pour l'OAS, pour l'Algérie française, pour la nostalgérie se concrétisant avec la création d'un musée algérianiste partisan à Perpignan, etc...

J'avais (presque) oublié tout cela, me disant que J.M.P. était devenu un vrai démocrate. Il n'aurait pas fait ces belles déclarations pour recentrer sa personnalité, avant les municipales, non... 

Il n'aurait pas fait un clin d'oeil à la gauche en se disant d'accord avec Manuel Valls...que non ! Oublions ces arrière-pensées politiciennes et électoralistes de bas-étage...

Simplement on peut regretter que le maire n'ait rien su de l'arrivée du Diable à Perpignan : la faute en incombe donc à l'élu qui gère le parc des expositions : M. Marcel Zidani devrait en conséquence être remercié...je veux dire "licencié" ! Ou bien alors, le spectacle du 31 mai était l'occasion de lancer la polémique et de s'affirmer ainsi grand démocrate.. Non, mais, monsieur, vous avez l'esprit tordu..?

 

Cependant, ce qui inquiète aussi, c'est la venue de P. Candeloro à la patinoire de Perpignan, pour une animation de fin d'année. En effet, l'entreprise de production qui gère le patineur s'occupe de ce Diablededonné...

 

    Oui, Chrystel Camus, on le sait, n'est pas une obscure intermittente du spectacle : sa boîte de production s'occupe, entre autres, des spectacles de Philippe Candeloro... Comme l'écrit Robert Le Poulpe, sur son site  Robert Le Poulpe - http://operationpoulpe.blogspot.fr/2013/04/dieudonne-lantisemitisme-laffaire-du.html  :

 

 "Chrystel Camus est la fille de Jean-Claude Camus, un des plus gros producteurs français, qui géra la carrière de Johnny, de Sardou, et autres stars de la variété française... Elle bénéficierait en conséquence d'un réseau de connaissances important aussi bien au niveau des salles de spectacles, des artistes... l'importance des relations familiales de sa productrice.

 

Il y a quelques semaines en effet , une photo initialement publiée sur le mur de Dieudonné fait le tour des sites d'extrême-droite : on y voit le politicien antisémite poser avec Yannick Noah au théâtre de la Main d'Or, dans une posture qui laisse entendre à la fois une très grande convivialité et une connivence politique, puisque Noah y a comme Dieudonné l'index levé en l'air ...

 

  Les deux hommes ont pu en tout cas faire connaissance parce qu'Isabelle Camus , la compagne de Yannick Noah est également la sœur de la productrice de Dieudonné." (*)

 

Ce démon n'est donc pas seul, il bénéficie de réseaux importants (artistes, facebook, groupes extrémistes...); espérons que Manuel Valls pourra censurer cette bouche haineuse, qui nous donne envie d'être racistes à l'encontre des racistes !

 

 

* On parle désormais de la "quenelle" de Dieudonné. 

Pour Chantal Jouanno, pas de doute : "La quenelle est un geste nazi, clairement antisémite et connu comme tel", a déclaré dimanche 29 décembre l'ancienne ministre des sports sur Europe 1, au lendemain de "la quenelle" réalisée par NicolaAnelka pour célébrer son but.

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28 décembre 2013 6 28 /12 /décembre /2013 10:45

images-copie-1.jpeg  Oui, sans doute : au moins un mètre 80... 

 

Un Catalan, certes, il avait appris la langue que parlait son viticulteur de père. En tout cas, il avait une sacrée intonation, " l'accent de la République française" : il est très rare qu'un homme politique, devenu ministre, réussisse à Paris en ayant un tel accent : ça fait plouc, provincial, celui qui n'est jamais sorti de son trou et n'a pas  conformé  sa langue en se frottant avec l'univers...

 

Les Corbières, voisines de Salses, son bourg natal, l'avaient suivi dans la capitale et s'étaient lovées dans sa bouche. C'est ainsi qu'il défendait la Catalogne, le maire de Salses, et en écrivant quelque livre sur la campagne de son Roussillon...

 

Maire, conseiller général, député, ministre, Conte se voulait aussi écrivain; avec un tel nom, on ne peut que plonger dans la fiction... En outre, il habitait tout près d'un prix Nobel de littérature, Claude Simon, romancier-viticulteur résidant à Salses. Mais ils ne se fréquentaient pas, Conte s'étant retiré depuis longtemps à Paris, près de ses deux enfants.

 

Il se voulait écrivain. Simon l'était.

 

Il se voulait historien. Simon non plus.

 

Il convoquait une armada de nègres pour raconter ses premiers jours des années du XX° siècle,ou les épopées coloniales. Simon transfigurait sa vie, le réel, l'Histoire; il a trouvé un style, un monde personnel. 


    Conte était un écrivain sans écriture, telle sa fille, Bona Dominique, juste bonnà écrire des bios fades, loin de la réalité, avec un "Gala" de Dali, par exemple, où rien n'est dit...Cela n'empêche pas de hanter l'Académie française, où le style parfois pénètre, avec Yourcenar, un beau et rare jour...

 

Conte n'était pas un grand Résistant : il passa les années 1943/45 en Allemagne, avec le STO. C. Simon combattit, de Madrid en Flandres, mais n'en tira pas gloriole, simplement matière de livre...

 

Conte fut socialiste et finit à droite, comme de nombreux politiciens "catalans", de Alduy (père et fils) à J.Irles ou Romain Grau... ll n'y a que les imbéciles qui..., peuvent-ils argumenter. C'est surtout la sociologie qui a changé dans le 66 : il vaut mieux se situer "à droite" pour être élu...

 

A. Conte a-t-iil fait beaucoup pour le pays ? La Catalogne apparaît peu dans ses livres...

 

On préfère se rappeler son livre "Hommes libres" quand il largua l'ORTF ingouvernable et fut lâché par un Giscard peu démocrate...

 

Le CML a renouvelé son communiqué : "Le CML pleure A.Conte..." Bientôt, on lira : "Le CML pleure C. Aznavour, Serge Lama, Jean D'Ormesson..." 

 

L'Indépendant, par la plume respectueuse de Gérard Bonet, a trouvé son grand Homme, big écrivain-historien. Faut dire que cet Arthur-là était un camarade de lycée de l'ancien directeur du quotidien "catalan", et propriétaire P. Chichet...

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27 décembre 2013 5 27 /12 /décembre /2013 10:55

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© Photo Pablo Saludes Rodil

L'indépendance catalane vue par la presse russe :

La Catalogne demande le divorce

 

Le roi Juan Carlos d'Espagne a appelé ses concitoyens à "continuer de construire ensemble un pays uni". Mais les Catalans n'ont pas entendu cet appel: pour la première fois la télévision régionale n’a pas diffusé en direct l'allocution du monarque, écrit jeudi le quotidien Kommersant.

En revanche elle a largement cité les rappels du chef de l'exécutif catalan Artur Mas selon qui l'année 2014 sera fatidique: le 9 novembre devrait se tenir le référendum sur l'indépendance de la région catalane. Les séparatistes devront avant tout persuader les autorités centrales, qui affirment que ce référendum est anticonstitutionnel.

Le monarque a commencé son allocution par un thème qui préoccupe la majorité des Espagnols : la crise économique. "La crise économique a découragé beaucoup d'Espagnols. L'absence de solutions efficaces et les infractions aux normes d'éthique et de morale par les politiciens et dirigeants ont sapé l'image de la politique et la foi en nos institutions publiques", a reconnu Juan Carlos, soulignant qu'il était indispensable de conserver l'unité du pays dans ces conditions.

En 11 minutes et demie d’intervention, Juan Carlos n'a pas mentionné la Catalogne. Mais il est évident que dans son appel à l'unité il faisait allusion à cette région autonome espagnole qui pourrait devenir un Etat indépendant dans moins d'un an. Les autorités régionales ont fixé au 9 novembre prochain un référendum sur l'indépendance, ce à quoi les autorités centrales ont répondu qu’elles empêcheraient sa tenue.

 

Pratiquement toute l'Espagne a suivi le discours de Noël du roi en direct à la télévision, sauf les principaux destinataires du message : les Catalans et Basques - tout aussi enclins au séparatisme. C'est la première fois que les principales chaînes régionales – TV3 et ETB – renoncent à diffuser l'allocution du roi en direct. Au contraire, TV3 a montré les images du chef du gouvernement régional Artur Mas, fervent partisan de l'indépendance de la Catalogne, qui appelait ses compatriotes à parvenir à l'indépendance de leur patrie "pacifiquement et démocratiquement".

Ce ne sera pas facile. "Nous rejetterons l'initiative des nationalistes catalans. Seule la constitution de l'URSS prévoyait le droit de sortir librement de l'Union et nous savons comment tout s'est terminé. La constitution espagnole ne prévoit rien de tel", a déclaré une source diplomatique de Madrid. Plus tôt, le premier ministre Mariano Rajoy se disait prêt à examiner une éventuelle modification des relations avec la Catalogne, par exemple en changeant le régime fiscal, mais il considère ledit référendum comme anticonstitutionnel.

 

D'après les sondages de décembre du GESOP à la demande du quotidien El Periodico, 44% des Catalans soutiennent la séparation de Madrid et 36% s'y opposent. "Mais ce rapport pourrait changer dans les années à venir. Et que devra-t-on faire ensuite – un autre référendum pour faire revenir la Catalogne au sein de l'Espagne ?", s'interroge la source. Elle est persuadée que le soutien des séparatistes diminuera au fur et à mesure que l'Espagne sortira de la crise économique.

 

Les nationalistes catalans ont l'intention de faire changer la position des autorités centrales avec l'aide de leurs alliés sur l'arène internationale. Pour commencer Artus Mas et ses collaborateurs devront convaincre les dirigeants de l'UE et des USA de la légitimité de leurs exigences. A cet effet, il a été décidé d'ouvrir à Washington une nouvelle représentation permanente de la Catalogne en plus de celle de New York. De plus, le lancement de la campagne internationale sous le slogan "Laissez-nous voter" est prévu à Barcelone en janvier.

 

MOSCOU, 26 décembre - RIA Novosti

 

Sur le même sujet

 

**Catalogne, par Jean Iglésis :

Download.html.jpg

 

Mon pays

 

Mon pays est une jeune fille au coeur lourd

Que le massif crayeux des Corbières protège

Des assauts d'un vent fou dont le rire rend sourd,

Démon né de quelque terrible sortilège.

 

Mon pays est une jeune fille aux yeux doux

Dans lesquels le sculpteur, le peintre ou le poète

Voient la source couler au pied du Canigou

Et Collioure aux quartiers éclairés par la fête.

 

Mon pays est une jeune fille aux pieds nus

Qui marche dans les champs en dépit des blessures

Que l'existence inflige à ses membres menus,

Si pauvre qu'elle ne peut porter de chaussures.

 

Mon pays est une jeune fille aux cheveux

Que la marinade amoureusement caresse

Et que le vent d'Espagne au long souffle nerveux

Fait frémir sous d'étranges bouffées de tendresse.

 

Mon pays est une jeune fille aux chansons

Qui viennent apporter à l'oreille autochtone

Ces cris d'espoir, montant de tous les horizons,

Qui naissent au printemps et meurent en automne.

 

Mon pays est une jeune fille qui dort ;

La nature, en avril, lui fait une litière

De mimosas, de genêts et de boutons d'or

Et pose un long baiser sur tout son corps de pierre.

 

Bonne et heureuse année 2014...           

 

Jean Iglesis

 

 

***Catalogne, 11 septembre 2013 : l'histoire est en marche ...

La Catalogne est fière de ses géants, ces immenses statues qui déambulent dans les rues, les jours de fête.

Le 11 septembre 2013  les verra  participer à cette manifestation de solidarité civique qu’est la Via catalana, parce que là-bas, culture et identité sont indissociables de la vie sociale et politique du pays.

La Catalogne est un géant que l’Espagne  rabote consciencieusement et méticuleusement  depuis des décennies.

Pour s’en convaincre, il suffit de donner la parole aux entrepreneurs, aux créateurs de richesses et d’emplois. Le Cercle Catalan du Commerce (CNN) s’est créé il y  a une dizaine d’années, suite à un amer constat : le monde de l’entreprise perd de son influence sur le marché européen, parce que l’Espagne ne soutient pas la Catalogne, qui se trouve ainsi soumise à une concurrence déloyale de la part de Madrid.

Et pourtant … la Catalogne reste l’un des pays les plus compétitifs du monde industrialisé, comme le montre son important niveau d’exportation. Quel sommet pourrait-elle atteindre, avec un Etat qui aurait à cœur de préserver ses intérêts, avec un Etat qui adopterait une stratégie visant clairement la création de richesses ?

Le CNN a pour principal objectif de démontrer que la Catalogne pourrait être un Etat indépendant, capable de garantir la prospérité de ses citoyens, si elle n’était pas sous le coup d’une spoliation fiscale indécente de la part du gouvernement central.

En effet, les impôts récoltés en Catalogne et envoyés à Madrid ne voient qu’une partie insuffisante revenir au pays catalan, ce qui le conduit à pâtir d’une balance négative, et donc d’un déficit fiscal persistant, qui de surcroît s’aggrave chaque année.

Camembert2-300x225.jpgLa Catalogne ne perçoit pas suffisamment d’argent de l’Etat espagnol pour faire face à ses propres dépenses, ce qui la conduit à demander des emprunts à Madrid, ce qui la contraint à payer des intérêts … et le cercle infernal de se mettre en place.

Chaque jour, près de 40 millions d’euros partent de Barcelone à Madrid. Entre 1986 et 2006, la Catalogne, qui représente 16 % de la population nationale, génératrice de 20 % de la richesse ibérique, paie 24 % des impôts totaux. L’écart, lorsqu’il se chiffre en milliards, est d’importance, et les conséquences le sont d’autant plus.

Paralysie des investissements dans le port de Barcelone (473 millions), coupes dans le budget de la Santé (921 millions), de l’Education (144 millions), coupes salariales pour les fonctionnaires (320 millions), etc.. La Catalogne applique des mesures d’économie sur le plan des infrastructures, routières, policières, éducatives, sanitaires ou sociales, ce qui très logiquement affecte le niveau de vie de ses citoyens et freine la compétitivité de ses entreprises.

La Catalogne est un géant que Madrid veut voir à genoux.

Camembert1-300x225.jpgElle, qui ne représente donc que 16 % de la population espagnole, se voit dans l’obligation de participer à hauteur de 74 % au fonds de réserve pour la Sécurité sociale. De 2004 à 2007, 17 millions ont été versés à l’Etat, selon une répartition qui démontre à quel point l’injustice est flagrante : 13 millions à charge de la Catalogne, 4 millions à charge du reste de l’Espagne [les chiffres sont en milliers de millions d'euros !].


Entre 1985 et 2005, 600 km d’autoroute ont été construits dans la région de Madrid. Mais seulement 20 en Catalogne. Et elles sont autrement plus chères que dans le reste du pays : le trajet Barcelone-Madrid vous coûtera 20 euros du km, pour seulement 14,3 euros sur le trajet Séville-Madrid. Comment ne pas comprendre les entreprises de transport qui se délocalisent vers la capitale …

 

La Catalogne est donc la communauté autonome qui paie le plus d’impôts à l’Espagne, et qui perçoit le moins en retour. Pourtant, certaines régions de l’Espagne, confrontées au même souci, ont pu bénéficier d’un accord fiscal plus favorable de la part de Madrid. Qui jusqu’ici se refuse à accorder les mêmes privilèges à la Catalogne, pourtant lourdement endettée.

Selon le CNN, cet endettement serait purgé en moins de deux ans si la Catalogne devenait indépendante.

 

Non seulement la mère étouffe la fille pour mieux la contrôler, sans comprendre que cette attitude exacerbe les velléités d’indépendance de la région, de cette nation, mais encore elle ne tient pas les promesses qu’elle lui a faites. En effet, Madrid ne réalise que très partiellement les investissements prévus en Catalogne.

En 2009, sur seuls 32 % des investissements promis pour les infrastructures terrestres ont été réalisés. Ce chiffre chute à 8 % pour l’année 2011.

 

Enfin, Madrid discrimine la Catalogne, entravant ainsi consciemment son développement économique, avec comme conséquence immédiate une péjoration du niveau de vie de ses habitants.

Pour l’exemple, 700’000 passagers annuels restent sur le carreau, à l’aéroport de Barcelone, à qui Madrid interdit de mettre en place des vols directs avec Buenos Aires, New York, Tokyo, Los Angeles ou encore Sao Paulo.

Seuls 24 % des vols intercontinentaux avec l’Espagne se font depuis Barcelone, ce qui naturellement génère un important manque à gagner, et donc freine son expansion et les investissements qui l’accompagnent.

Les étudiants catalans, dont la région représente  16 % du territoire national, ne perçoivent que 8 % des bourses.

La Catalogne est également la région qui compte le moins de fonctionnaires pour son administration, le moins de juges pour le fonctionnement de la justice.

Le géant catalan grogne, non parce que l’Espagne va mal, mais parce qu’elle se montre injuste, parce qu’elle est mal gérée, et que la Catalogne paie la facture.

Imaginez une ville de 75’000 habitants, Ciudad Real, que l’Etat central dote d’un aéroport qui coûte la bagatelle de 1’100 millions d’euros, avec une piste longue de 4 km (l’une des plus longues du monde !)  … et que seuls 120 passagers fréquentent chaque jour.

 

 

Et la Catalogne de s’appauvrir … l

Le niveau de vie des Catalans, ces dernières années,  a baissé de 7,5 % par rapport à la moyenne espagnole.

En 2009, le pays compte 18,4 % de pauvres. Aujourd’hui, on parle de malnutrition infantile dans certaines couches de la population.

Entre 2003 et 2006, en matière de compétitivité, la Catalogne recule de six places dans le monde.

Comment ne pas comprendre l’amertume des Catalans … il est trop facile de les accuser de se montrer peu solidaires envers leurs frères.

Entre la solidarité et les impôts confiscatoires, il y a un pas.

 

 

http://www.youtube.com/watch?v=tRQxhkmiXcs&feature=youtu.be

Que le géant catalan franchira le 11 septembre … lorsque les cloches sonneront, lorsque qu’à 17h14 les mains s’uniront, lorsqu’à 17h55 le chant Els Segadors sera chanté simultanément par des centaines de milliers de personnes.

Post Scriptum : voici un document à ne pas manquer si l’on désire approfondir les raisons économiques qui incitent la Catalogne à se séparer de l’Espagne : http://www.ccncat.cat/sites/default/files/REEP-Capitol-1.pdf

 

09 SEPTEMBRE 2013 PAR STEPHANE RIAND

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26 décembre 2013 4 26 /12 /décembre /2013 10:13

carrefocs.jpg "Carrefocs a Bao" -  (C) jean-pierre bonnel.

 

 

** La situation en Catalogne: des points de vue québécois et français

de Barcelone à Édimbourg 


En Europe, lautomne 2014 sera chaud sur le front des petites nations. Le Parti national écossais au pouvoir à Édimbourg depuis 2007 a convenu avec Londres des conditions de la tenue dun référendum sur lindépendance de lÉcosse, le 18 septembre prochain.

Le gouvernement de David Cameron a accepté que les indépendantistes du premier ministre Alex Salmond coorganisent avec lui un référendum dautodétermination. Il a cependant refusé que la « troisième voie » (une décentralisation poussée, mais sans séparation) soit soumise au choix des électeurs, ce quaurait voulu M. Salmond.

P
our Londres, les Écossais ont le droit de se prononcer sur leur appartenance au Royaume-Uni, mais uniquement sur la question claire et nette : « Dedans, ou dehors ? »

♦♦♦À Barcelone, ça se passe plus mal. Le pouvoir central espagnol a promis de tout faire pour empêcher que se tienne une consultation semblable, pourtant annoncée jeudi dernier par le président catalan Artur Mas pour le 9 novembre prochain.

À
Mas qui rendait publiques la date et les deux questions de son référendum Voulez-vous que la Catalogne soit un État ? Et si oui, doit-il être indépendant ? »), le premier ministre espagnol, Mariano Rajoy, a répondu immédiatement : « Ce référendum est inconstitutionnel et il naura jamais lieu. » Entre Madrid et Barcelone, il y a du drame dans lair.

Les responsables du Parti populaire qui dirige lEspagne depuis 2011 idéologiquement comparables aux éléments les plus durs du Parti libéral du Canada de Pierre-Elliott Trudeau face au nationalisme québécois considèrent que les indépendantistes catalans sont dangereux, illégitimes, rétrogrades, et quil convient de leur opposer la détermination la plus farouche.

Seulement, à la différence de Madrid, Ottawa a quand même laissé les indépendantistes organiser deux référendums, avant dintervenir tardivement pour limiter la portée de futures consultations (la fameuse « loi sur la clarté » de 2000, qui compte énormément dadmirateurs parmi les centralisateurs espagnols).

Car le pouvoir actuellement en place à Madrid épaulé par un Tribunal constitutionnel qui a invalidé en juin 2010 des pans entiers de lEstatut catalan dautonomie de 2006 cherche à diminuer le plus possible les prérogatives des régions dEspagne.

La droite espagnole, centralisatrice, ultranationaliste à sa manière, est allergique à lidée même dune nation catalane, avec sa langue, son gouvernement, son dynamisme social et économique propres. Au fond, cette droite, héritière du franquisme (Francisco Franco, dictateur de 1939 à 1975), na jamais digéré la décentralisation votée en 1978 par les partis de centre et de gauche, dans la première Constitution post-dictature.

Cette curieuse décentralisation, non fédérale, qui créait des autonomies régionales non dotées du statut dÉtat, la droite madrilène aimerait bien aujourdhui la « détricoter ». Sauf quau même moment, les Catalans (et les Basques, dans une moindre mesure) voudraient, eux, accéder au statut dÉtat, quil soit indépendant ou fédéré.

Les sondages en Catalogne donnent actuellement entre 40 et 50 % à lindépendance, mais plus de 70 % à lidée dun État. Et encore davantage de Catalans 74 % selon une enquête du quotidien El Periódico de Barcelone publiée hier réclament un référendum. Ce quils ont aussi fait lors de manifestations spectaculaires, en septembre 2012 et septembre 2013.

Autrement dit, le droit à lautodétermination, qui donne tant durticaire à Mariano Rajoy et à ses amis, fait largement consensus en Catalogne.

♦♦♦Le retour spectaculaire, en 2014, des questions nationales en Europe les cas écossais et catalan sont les plus visibles, mais ne sont pas les seuls se produit dans le contexte dune crise de lÉtat-nation, qui tend à perdre simultanément ses prérogatives vers le haut (Bruxelles, lUnion européenne) et vers le bas (les régions, les nations infra-étatiques).

Certains pouvoirs centraux réagissent en se braquant : cest manifestement le cas à Madrid. Dautres, plus stratégiques, donnent du mou, décentralisent, et coopèrent même à lorganisation dun référendum sur la séparation. Cest le cas à Londres face au défi écossais même si cela ne permet nullement de préjuger de la « gentillesse » de lAngleterre au lendemain dun hypothétique « oui » à lindépendance !

Loin dêtre des archaïsmes dans un monde en bouleversement, les craquements en provenance dÉdimbourg et de Barcelone nous font voir un monde qui, entre décentralisation et unification, na pas fini de sajuster. La modernité politique et linterdépendance au XXIe siècle sinventent sous nos yeux.

(C) Le Devo
ir, 6 décembre 2013 | François Brousseau

La démocratie espagnole en jeu (La Pre
sse), 16 décembre 2013
Y
anic Viau

A
ps des mois de négociations difficiles (certains diront de tergiversations), quatre des six partis politiques repsentés au Parlement de Catalogne, totalisant 85 des 115 députés, viennent de s'entendre sur la date et le libellé de la question qui sera soumise aux Catalans à l'occasion d'un référendum sur l'avenir politique de cette région espagnole.

Le 9 novembre 2014, les Catalans seront appelés aux urnes afin de se prononcer sur une double question, à savoir: «Voulez-vous que la Catalogne devienne un État?» et si oui, «Voulez-vous qu'elle soit un État indépendant?». Le président catalan Artus Mas (du parti de centre-droit Convergence et Union, à la tête de la coalition gouvernementale) en a fait l'annonce le 12 décembre dernier.

Une nouvelle étape est donc franchie dans un processus qui découle de la tentative avortée, entre 2005 et 2011, de réformer le statut d'autonomie accordé à la Catalogne en 1979 dans le cadre de la constitution espagnole.

En 2005, un projet de réforme de ce statut d'autonomie visant à accorder davantage de pouvoir à la Catalogne, notamment au plan fiscal (celle-ci ne bénéficie pas de son propre impôt sur le revenu), avait en effet été adopté par le parlement catalan. C'est toutefois une version diluée de ce projet qui a été soumise et approuvée par référendum en juin 2006 par 78% des électeurs. Cela n'a toutefois pas empêché l'invalidation de 14 de ses articles par le Tribunal constitutionnel (la Cour suprême espagnole).

L'importante mobilisation populaire qui a lieu depuis lors - comme la manifestation d'un million de Catalans dans les rues de Barcelone le 10 juillet 2010, ou encore la chaine humaine de 400 km déployée du nord au sud de la Catalogne le 11 septembre 2013 - vise aujourd'hui l'indépendance, devant le constat d'échec de la voie autonomiste.

Toutefois, selon un sondage réalisé en octobre 2013 pour le compte du quotidien barcelonais El Periódico de Catalunya, 40% des Catalans se déclarent favorables à l'indépendance, alors que 40,3% souhaiteraient davantage de pouvoir pour la Catalogne sans rompre les liens avec l'Espagne.

La répartition à égalité entre partisans de l'indépendance et ceux d'une plus grande autonomie politique n'est pas la seule difficulté qui attend les organisateurs du référendum de 2014. Le jour même de l'annonce de la date de celui-ci, le président espagnol Mariano Rajoy (Parti populaire) a annoncé que celui-ci «n'aura pas lieu», puisqu'il est «illégal», étant donné qu'il contrevient à la constitution espagnole qui affirme «l'indissoluble unité de l'Espagne». Un référendum portant sur la question envisagée est donc à ses yeux «hors de toute discussion et négociation».

Avec la tenue consécutive de référendums sur l'indépendance en Écosse (18 septembre 2014) et en Catalogne (possiblement le 9 novembre 2014), l'Europe connaitra-t-elle donc un «automne chaud» en 2014? Le gouvernement de M. Rajoy, fort de l'appui d'une opinion publique espagnole fermement opposée à l'idée d'un référendum en Catalogne, va tout mettre en oeuvre pour empêcher celui-ci d'avoir lieu. Un scénario extrême - mais pas impossible - serait la suspension par Madrid de l'autonomie de la Catalogne, comme le lui permet la Constitution en cas de force majeure, une option sur laquelle le président Rajoy évite pour l'instant de se prononcer.

Force est de constater le caractère encore fort incertain du référendum de novembre 2014. La mobilisation des citoyens catalans au cours de la prochaine année en faveur de ce dernier sera cruciale. Sera-t-elle suffisante? Au-delà des positions favorables et défavorables à l'indépendance de la Catalogne, ce n'est rien de moins que le caractère démocratique de l'État espagnol qui est en jeu.

Y
ANIC VIAU L'auteur est professeur d'histoire au cégep du Vieux-Montréal


**** En Catalogne, compte à rebours vers le référendum d’indépendance (AFP), 13 décembre 2013 

«
Au moins, nous avons une date. Nous devons voter pour savoir ce que veulent vraiment les Catalans», lance Neus Munter, une universitaire de 21 ans, alors que débute le compte à rebours qui doit mener la Catalogne vers un référendum sur son indépendance.

Cette jeune Barcelonaise est sûre de ses convictions, comme une large partie des 7,5 millions dhabitants de cette région du nord-est de lEspagne, qui par centaines de milliers avaient formé, le 11 septembre, une chaîne humaine du nord au sud de la région du nord-est de lEspagne, pour réclamer lindépendance.

«
Je nai aucun doute. Je voterai pour lindépendance», ajoute la jeune femme, dans la foule qui déambule sur le Paseo de Gracia, lune des artères centrales de la capitale catalane où sélèvent certains des immeubles les plus célèbres de larchitecte Antoni Gaudi.

Q
uelques kilomètres plus au nord, à Badalona, une ville de banlieue qui accueille une importante population immigrée et venant dailleurs en Espagne, Trifo Vilamoreno affiche une opinion diamétralement opposée sur le projet de référendum annoncé jeudi par le président de la région, le nationaliste Artur Mas.

«
Cest inconstitutionnel, illégal. Cela ne peut pas se faire», affirme catégoriquement ce volontaire dune ONG âgé de 23 ans.

Après plus dun an de conflit ouvert entre la région et le gouvernement central de Madrid, Artur Mas a jeté une bombe jeudi en fixant la date du 9 novembre 2014 pour le référendum promis et en annonçant la question, qui sera double:

»'
Voulez-vous que la Catalogne soit un Etat ? Oui ou non ?' sera la première question. Et si la réponse est 'oui', 'Voulez-vous que cet Etat soit indépendant' sera la deuxième», a déclaré Artur Mas.

Le chef du gouvernement conservateur, Mariano Rajoy, a immédiatement réagi depuis Madrid, assurant que ce vote, quil juge inconstitutionnel, «naura pas lieu».

«
Il y a beaucoup dimmobilisme. Ils sont enfermés dans des histoires du passé. Constitution et Constitution, ils ne parlent de rien dautre», se désolait vendredi Antonio Gracia, un retraité de 72 ans.

«
Sils voulaient, ils pourraient changer la Constitution. Mais ils nont pas envie», renchérit Vanessa Galan, une informaticienne de 37 ans, pendant quelle déjeune avec une collègue en terrasse dans le centre de Barcelone.

Autour delles, plusieurs «esteladas», le drapeau indépendantiste catalan, sont accrochées aux balcons des immeubles. Une image de plus en plus répandue à Barcelone et encore plus courante dans les villages. «Ils devraient autoriser le vote car sinon le problème sera encore plus important», ajoute-t-elle, précisant quelle votera contre lindépendance.

Comme elle, nombreux sont ceux en Catalogne qui soutiennent la tenue dun vote sans forcément être pour lindépendance, une perspective qui récolte environ la moitié des voix dans les sondages.

Ainsi, 81,8% des personnes interrogées dans une enquête commandée par la radio en catalan Rac1, numéro 1 par laudience dans la région, étaient ainsi en faveur de lorganisation dun référendum.

Dans cette région qui revendique fièrement son identité culturelle et sa langue, le malaise est monté depuis que la droite espagnole a remis en cause le statut dautonomie élargie voté par le Parlement catalan en 2006, jusquà la décision du Tribunal constitutionnel qui, en 2010, en a supprimé certains articles.

Une marée humaine était alors descendue dans les rues de Barcelone pour demander une plus grande autonomie.

La crise qui a éclaté en 2008 sest ajoutée à ce malaise: ployant sous une lourde dette, la Catalogne a progressivement perdu sa position de moteur économique de lEspagne. Elle reproche à Madrid une répartition injuste des richesses et son refus de lui accorder une autonomie fiscale élargie.

Lors des deux dernières «Diada» (Jour de la Catalogne), des centaines de milliers de manifestants sont de nouveau descendus dans la rue, mais cette fois pour réclamer lindépendance.

 

*Articles de référence :

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25 décembre 2013 3 25 /12 /décembre /2013 10:28

canigou.JPG Canigou depuis Villelongue dels -onts (C) Jean-Pierre Bonnel

 

** Les symboles culturels populaires sont les moteurs de ce désir d'émancipation et les armes de l'Indépendance annoncée :

 

-le drapeau catalan sang et or flotte sur de multiples habitations individuelles

-le correllengua (ou "langue qui court") est une initiative annuelle du collectif citoyen CAL

-la flamme, symbole de la résistance catalane

-l'hymne national catalan "Els Segadors", inspiré d'une vieille chanson populaire

-la sardane, danse de paix, de solidarité, d'un peuple qui refuse la mainmise de Madrid

-les castelers, tours humaines, symboles de la fierté, de l'ambition d'un peuple épris de verticalité

-la littérature et les épopées catalanes (CANIGO, par exemple)s sont des oeuvres populaires pour un peuple qui lit et fête la Sant Jordi en envahissant les rues de Barcelone pour voir des auteurs et acheter des ouvrages...

- la Diada, fête nationale du 11 septembre, avec organisation d'une marche immense pour obliger le président national nationaliste à organiser un référendum d'autodétermination: la "Viia catalana", vaste chaîne humaine, des Pyrénées à Tarragone...

 

(à l'opposé, le castillan et la corrida sont des repoussoirs.)  J.P.Bonnel -

 

 

  • ***Catalans: les paradoxes d'un peuple complexe 

Retranchés sur leur territoire mais ouverts sur les autres, discrets hors de leur fief mais extrêmement fiers de leur culture et de leur identité, les Catalans sont tout en nuances. Plongée dans l'âme catalane. 

 

perpignan_4026959.jpg

 

DESTINEES. Cédé à la France en 1659, Perpignan a partagé près de huit siècles d'histoire commune avec ses cousins espagnols.

 

Septième jour de la Genèse. Dieu et saint Pierre passent en revue le monde qui vient d'être façonné. Soudain, saint Pierre interpelle le Créateur: "Dans ce petit bout de terre, je vois la mer, la montagne, la campagne, la vigne et le soleil. N'est-ce pas un peu injuste pour les autres?" Dieu lui répond dans un sourire: "J'ai fait une faveur aux Catalans car je sais qu'ils resteront discrets." Cette blague catalane, que les amoureux du "pays" servent crânement aux touristes, connaît bien sûr de multiples déclinaisons régionales. Mais elle résume assez bien quelques-unes des grandes caractéristiques de ce peuple atypique. 

Lire le dossier complet "Perpignan. Les Catalans" dans notre édition régionale en kiosque mercredi 4 septembreLa fierté du territoire, tout d'abord. Des paysages verdoyants aux criques escarpées de la Côte Vermeille, des monts enneigés de Cerdagne aux vignes généreuses du Roussillon, le Catalan du Nord -désigné ainsi depuis les années 1970 par rapport au voisin d'outre-Pyrénées- s'identifie profondément à son département. Probablement parce que les Pyrénées-Orientales ont conservé une cohérence historique. "Pour une fois, la France a bien fait les choses, explique Jean-Marc Pujol, maire (UMP) de Perpignan. Alors que beaucoup de peuples se sont retrouvés à cheval sur deux départements ou intégrés à un ensemble plus vaste, les frontières des Pyrénées-Orientales embrassent celles de la Catalogne du Nord historique.

L'absence de gentilé ne doit rien au hasard. "Nous n'avons pas besoin de nom pour désigner les habitants! s'exclame Alà Baylac-Ferrer, historien à l'université de Perpignan. Ici, on est avant tout de Cerdagne, de Perpignan, de la côte... Dire qu'on vit en territoire catalan convient à tout le monde." Cet esprit catalan fut forgé pendant près de huit siècles de destinée partagée avec le Sud, ­notamment lorsque Perpignan fut la capitale glorieuse du royaume de Majorque (1276-1344). Il explose dans les moments de ferveur collective, notamment lors des matchs de l'Usap ou des feux de la Saint-Jean. 

Malgré l'installation de 5500 nouveaux habitants par an, l'identité catalane résiste bien. Elle s'entend -l'accent domine toujours dans les rues-, se voit-le drapeau sang et or trône fièrement sur les monuments (le Castillet), les institutions (mairies, conseil général), certains commerces et balcons- et se vit. La culture catalane ne se résume pas au folklore des danseurs de sardane qui réjouissent les ­touristes en été. "Ceux qui viennent d'ailleurs sentent tout de suite une atmosphère différente. Notre identité est palpable", résume Jaume Roure, l'adjoint chargé des affaires catalanes à Perpignan. 

Il existerait autant de façons d'être catalan que de Catalans eux-mêmes

Deuxième singularité locale: l'"Homo catalanus" disposerait d'une tendance paradoxale à exhiber son identité lorsqu'il est chez lui, mais à se montrer très discret dès qu'il met le pied plus au nord, c'est-à-dire dès... Narbonne. "C'est notre côté grande gueule du Sud, sourit Christiane, 48 ans, employée d'un bureau de tabac à Perpignan et catalane depuis dix-neuf ans. On sort les drapeaux à la moindre occasion, on hurle à s'en péter les tympans pour soutenir l'Usap, mais le reste de la France nous connaît peu!

A la différence des Bretons ou des Corses, les Catalans du Nord créent peu d'associations identitaires hors de leur fief. La réserve fait-elle partie du caractère local? Jérôme Pujol, le président de l'Association des cadres catalans de Paris, en est persuadé: "Etre catalan, c'est choisir d'adhérer à un territoire et à son art de vivre, explique cet Argelésien à l'accent dilué par vingt ans de vie parisienne. La plupart ajoutent le rugby et la gastronomie. Une minorité se définit par rapport à la langue, à la culture et à l'Histoire. Mais il n'y a rien d'ethnique ou de revendicatif.

Il existerait donc autant de façons d'être catalan que de Catalans. Rien d'étonnant. Situé en plein couloir méditerranéen, le département est une terre d'immigration. Des Gitans de Barcelone aux retraités de Normandie, en passant par les réfugiés espagnols du franquisme, les Portugais, les pieds-noirs d'Algérie et les Maghrébins, les Catalans ont absorbé maintes vagues migratoires. Symbole de ce métissage, le maire de Perpignan, Jean-Marc Pujol, est tout à la fois pied-noir et catalan. 

Prise de distance

Les nouveaux venus adoptent en général assez vite le pays. Quelques semaines suffisent pour goûter sa première escalivade de légumes et assimiler les particularismes locaux: le village de Baixas ne se prononce pas "béxas" mais "bachas" ; on passe la toile et non pas la serpillière, et on demande une poche à la place d'un sac en plastique... Dans la rue, maîtriser quelques rudiments de catalan, à l'image de "bon dia" pour saluer ou "fins aviat" pour "à bientôt", attire toujours un sourire bienveillant. 

Si les Catalans ouvrent grand leurs bras à quiconque montre un intérêt pour leur culture, l'affirmation d'une identité forte passe aussi, comme en Corse ou au Pays basque, par une prise de distance vis-à-vis du reste de la France. A commencer par les Audois, coupables d'occitanisme. Alexandre Combes, 25 ans, originaire de Port-la-Nouvelle, peut en témoigner. Il fut surnommé "le gavatx" (l'étranger, prononcer "gabatch") lors de sa scolarité à Perpignan. "Tous les Audois étaient traités ainsi, mais ce n'était pas méchant, juste un peu moqueur", se souvient-il. 

Les Montpelliérains, eux, sont accusés de mépris. Beaucoup de Catalans lèvent les yeux au ciel en repensant à l'épisode "septimanien" de Georges Frêche. En 2005, l'imprévisible président décidait de rebaptiser la région "Septimanie", en référence à un royaume wisigoth du VIIIe siècle qui épousait peu ou prou les frontières du Languedoc-Roussillon. Les Catalans le vécurent comme un affront. "La mobilisation a largement dépassé les cercles catalanistes. Frêche a choqué tout le monde en niant aussi effrontément l'identité de tout un peuple", explique l'historien Alà Baylac-Ferrer. La ­résurrection de la Septimanie ne fera pas long feu. "On ne rapproche pas le Languedoc et le Roussillon avec un nom commun mais en développant des partenariats, estime Jean-Marc Pujol. Or, je suis incapable de vous citer une seule entreprise montpelliéraine implantée à Perpignan alors que j'en connais une dizaine originaires de Barcelone.

Une double frustration

C'est un fait: les Catalans se tournent de plus en plus vers le Sud. Les barrières économiques et géographiques s'atténuent. D'ici à la fin de l'année (en théorie), Perpignan ne sera plus qu'à quarante-cinq minutes de TGV de Barcelone alors qu'il faut compter une heure et demie pour rejoindre Montpellier en train. Mais la fracture politique et linguistique, elle, semble infranchissable. Avec seulement un peu plus de 20% de bilingues, la question d'associer les "cousins" du Nord au processus d'indépendance de la Catalogne ne se pose même pas. 

"Historiquement, Perpignan est catalane. Mais l'influence de la France depuis trois siècles a changé la donne", confirme Joan-Lluis Lluis, responsable du service de langue catalane à la Casa de la Generalitat de Catalunya, la délégation du gouvernement sud-catalan à Perpignan. L'immense majorité de la population se sent en phase avec cette affirmation, à l'exception de certains catalanistes qui couperaient volontiers le cordon avec la France. A l'image du musicien Raph Dumas: "Je me considère ­davantage catalan que français. Etre intégré à une Catalogne indépendante me plairait bien.

En attendant, beaucoup de Catalans bilingues ressentent, parfois inconsciemment, une double frustration : celle de ne pas se sentir complètement français et celle de ne pas partager les destinées de la "vraie" Catalogne, où la langue est parlée par près de 80% de la population. 

Si un monde sépare le catalaniste bilingue et le retraité parisien, tous se mettent d'accord sur l'essentiel: la fierté d'être catalan. Et gare à ceux qui oseraient les critiquer. Les Catalans sont accueillants, mais ne retiennent personne.  

(C) Sylvain Rolland - - Dossier de L'Express (3/9/2013)

En savoir plus sur http://www.lexpress.fr/region/midi-pyrenees/catalans-les-paradoxes-d-un-peuple-complexe_1278122.html#T4JsthGDweWRQhXk.99 

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24 décembre 2013 2 24 /12 /décembre /2013 12:33

castillet.JPG Castillet illuminé (Jean-Pierre Bonnel, déc 2014)

 

Merci aux sites qui ont publié ces textes sur la Catalogne.

 

*Expliquer la Catalogne aux Français

(par Francesc Bitlloch et Patrick Roca, membres de l’Assemblea Nacional Catalana)

Lorsqu’ils sont informés de l’existence de mouvements revendiquant l’indépendance d’un territoire, les Français, les Anglais ou les Japonais ne réagissent pas forcément de la même manière. Dans chaque cas entrent en jeu des éléments liés à la mentalité, voire à certains a priori liés à l’Histoire et au système politique propres à chaque pays.

Lorsqu’on analyse la réaction immédiate et générale de la classe politique française, des médias et des citoyens face aux informations concernant une possible indépendance de la Catalogne, on observe des réactions qui, dans l’ensemble, ne sont pas très différentes les unes des autres. En effet, une certaine idéologie jacobine imprègne encore assez fortement une partie de la société française, ses institutions, ses manuels d’Histoire, sa classe politique, ses médias et même la langue de tous les jours.

Un Etat – une nation – une langue

La confusion entre l’Etat et la nation, propre à l’idéologie jacobine, en est un exemple flagrant et dans de nombreux cas aucune différence n’est faite entre les deux termes. L’Espagne étant un Etat, elle doit donc forcément être une nation, se dit-on. L’identification de l’Etat à la nation va même plus loin et inclut la langue : si l’Espagne est une nation, elle ne peut avoir qu’une langue. Tout ce qui n’est pas de l’espagnol ne peut être que dialecte ou patois sans guère d’intérêt. Sans Etat, point de nation ou de langue.

Cette perception est pour le moins paradoxale si l’on garde à l’esprit que de nombreux francophones vivent dans des Etats composites, « plurinationaux », tels que la Belgique, la Suisse, ou le Canada, et qu’il existe au Québec un puissant mouvement indépendantiste comptant bien des sympathies en France.

Modèle français / modèle  espagnol

Outre ces éléments idéologiques, il faut peut-être aussi rappeler une certaine fascination française pour l’exotisme culturel de l’Espagne, ce qui conduit donc souvent à ne pas vouloir entendre les arguments avancés par les Catalans pour expliquer leur désir d’indépendance. Ces arguments sont souvent perçus comme injustes, comme des éléments de division et de confrontation qui remettent en question l’idée préconçue que beaucoup ont de ce qu’est un Etat, et en particulier l’Etat espagnol. L’Espagne est globalement perçue comme un Etat unifié, sur le modèle français. L’erreur est peut-être compréhensible, dans la mesure où l’Etat unitaire espagnol s’est construit sur le modèle de la France, qui était parvenue à créer une nation sur la base d’un Etat préexistant.  Il est donc particulièrement difficile pour certains de comprendre ces Catalans qui veulent justement faire le contraire : créer (ou plutôt recréer) un Etat sur la base d’une nation catalane préexistante.

Les épouvantails du jacobinisme

Dès lors, il est intéressant d’analyser, dans le langage quotidien, les lieux communs qui surgissent souvent comme des épouvantails lorsque le mot Catalogne apparaît dans une conversation, des réactions calquées sur celles que peuvent susciter chez certains les revendications culturelles bretonnes, corses, basques, alsaciennes ou occitanes. On pourrait en faire un dictionnaire. Voici les termes les plus importants:

- Repli identitaire. Se replier, c’est retourner aux temps précédant l’existence de la nation, retourner aux identités perçues comme tribales ou féodales.

- Protectionnisme ethnique. Les identités infra-étatiques sont archaïques, exotiques, inférieures… Protéger les langues non « nationales », c’est sympathique en Afrique, mais dangereux en France, et donc aussi en Espagne.

- Communautarisme. « Le » terme péjoratif, utilisé pour désigner aussi bien les immigrés qui se ferment sur leur culture d’origine et les défenseurs des langues minoritaires.

- Passéisme, langue régionale. La  langue « régionale », c’est la langue du passé, des grands-parents.

- Egoïsme territorial. Le concept qui, au nom de la solidarité, justifie le traitement fiscal discriminatoire de l’Etat espagnol envers la Catalogne depuis 300 ans. Toute revendication propre à un territoire est un égoïsme territorial.

N’oublions pas, bien entendu, l’utilisation généralisée du terme «populisme» pour tout ce qui semble un peu excessif. Mais l’épouvantail jacobin par excellence, la barrière sémantique infranchissable, c’est l’utilisation systématique de deux mots, « nationaliste » et « séparatiste », qui disqualifient d’office ces processus et leurs partisans.

Dans les médias français le terme « nationaliste » désigne souvent des mouvements radicaux, voire violents. C’est un mot avec une forte connotation historique, qui évoque l’extrémisme, l’extrême-droite, l’exaltation des symboles patriotiques, l’idéologie ethniciste voire raciste.

Toute personne connaissant le mouvement catalan doit portant bien convenir que les idées que véhiculent ces mots-épouvantails sont fort éloignées des revendications catalanes. Comment, dès lors, faire connaître aux Français la nature du processus actuellement à l’œuvre en Catalogne ?

Les médias français

Les médias français, contrairement aux médias anglo-saxons, ont somme toute assez peu parlé du processus d’indépendance de la Catalogne. C’est le paradoxe : les voisins méridionaux de la France sont en plein processus d’indépendance et les Français n’en sont qu’assez peu informés. Il nous faut saluer les efforts encourageants de certains médias, régionaux et nationaux, avec quelques infléchissements récents et remarqués. Mais ici ou là pointent encore trop d’amalgames et d’à-peu-près, dus à une lecture idéologique des événements, qui sont décodés, parfois inconsciemment, au travers d’une vision jacobine de l’Etat espagnol.

Il demeure sans doute une certaine ignorance de la situation et aussi une grande difficulté à comprendre ce qui se passe, tant ce processus est éloigné des schémas mentaux et socio-politiques français. Certains articles, et certains commentaires des lecteurs dans la presse numérique, sont illustratifs de cette incompréhension.

Des explications argumentées et rationnelles

Pour expliquer en France la nature du mouvement d’indépendance catalan tout en évitant de recevoir pour toute réponse les lieux communs du jacobinisme, il nous semble indispensable d’expliquer le mouvement de façon rationnelle et argumentée en trois temps : le passé, le présent et le futur de la Catalogne.

1. LE PASSÉ. Une nation avec 1000 ans d’histoire, dont 700 ans d’indépendance et 300 ans de soumission à l’Etat espagnol suite à une guerre de conquête brutale. Un des premiers Parlements en Europe, dès le XIIIe siècle, dans le cadre d’un Etat souverain, où l’exercice du pouvoir s’exerce par la négociation et le pacte entre le roi et les représentants du peuple et où des libertés remarquables pour l’époque sont garanties. Une langue millénaire, née en même temps que toutes les autres langues latines. Une littérature comme celle des autres nations européennes, avec des auteurs tels que Ramon Llull (Raymond Lulle), Ausiàs March, Jacint Verdaguer, Joan Maragall, pour ne citer que quelques grands classiques. Des contributions à la peinture et à l’architecture qui ont souvent mis la Catalogne à l’avant-garde de l’Europe, avec des artistes telles que Gaudí, Miró ou Dalí.  Et dans un autre registre, une cuisine, des fêtes, des traditions, un folklore, vivants et originaux, expression d’une identité très ancienne en tant que peuple distinct. Un peuple qui demande tout simplement la restitution de sa liberté et de son Etat, qui lui furent arrachées par la force il y a 300 ans. Non pas pour s’isoler, pour se « replier », mais pour se réintégrer en tant que partenaire de plein droit dans la communauté internationale.

LE PASSÉ RÉCENT. Pourquoi la cohabitation harmonieuse au sein de l’Etat espagnol s’est-elle avérée impossible ? Ce n’est pas faute d’avoir essayé, en tout cas pour ce qui est des Catalans. Mais quelle a été la politique de l’Etat espagnol au travers des siècles ? Une spoliation économique de la Catalogne, avec une pratique fiscale et économique discriminatoire, bien documentée par des historiens et des économistes de renom, et qui commence dès la conquête de 1714. Une répression continue pour étouffer et mettre fin à l’existence de cette nation : bombardements (tous les 50 ans, comme le recommandait le général Espartero),  diverses dictatures brutales, des guerres sanglantes, des exils massifs, une répression extrêmement dure, l’interdiction de la langue catalane. Des tentatives renouvelées d’accord pour trouver des formes de cohabitation harmonieuse au sein de l’Etat espagnol,  qui n’ont jamais été respectées, l’exemple le plus spectaculaire et un des détonateurs de la crise actuelle étant le sabotage par le Parti Populaire et par ses relais dans la Cour constitutionnelle espagnole du nouveau Statut d’autonomie voté en référendum par les Catalans. Des tentatives renouvelées, là aussi, de « changer l’Espagne », de la faire évoluer vers plus de modernité et de démocratie, qui ont été reçues avec dédain par les pouvoirs en place, par les grands partis espagnols et par les restes d’une oligarchie franquiste encore en place après trente ans, au nom d’une conception ancienne et immuable de l’Etat espagnol comme un tout uniforme et monolingue.

2. LE PRÉSENT (volet économique). L’indépendantisme catalan, ce n’est pas un « égoïsme territorial » ou un refus des riches d’être solidaires avec les pauvres. Il s’agit d’un déséquilibre territorial structurel, historique, discriminatoire, unique au monde.

La crise n’a fait qu’aggraver une injustice historique, remontant à la conquête de 1714, un déséquilibre entre territoires vainqueurs et vaincus, entre dominants et dominés. La revendication économique n’est pas au cœur du mouvement indépendantiste, mais elle constitue une manifestation évidente et chiffrée d’une colonisation culturelle, linguistique et institutionnelle. La Catalogne représente 16 % de la population, génère 20 % de la richesse, paye 22 % des impôts et ne reçoit que 9% des investissements de l’Etat. 8 % du PIB catalan s’évapore chaque année en transferts fiscaux vers Madrid qui ne sont pas réinvestis par l’Etat en Catalogne, ce qu’on appelle le « déficit fiscal » (le plus élevé au monde, bien au-dessus de celui du Land de Bavière, le plus riche d’Allemagne, avec un déficit fiscal de 4%). La Catalogne, asphyxiée économiquement par Madrid de façon délibérée, se trouve en outre être la région souffrant le plus des coupes budgétaires (30% du total espagnol).

Et si cet immense déficit fiscal était utilisé pour assurer le progrès de l’Espagne et le bien-être des Espagnols, on pourrait sans doute discuter. Mais l’essentiel du déficit fiscal est destiné aux dépenses somptuaires et inutiles : TGV et  aéroports vides et non rentables, clientélisme généralisé, corruption, grandes dépenses d’armement pour les amis de l’oligarchie madrilène, et autres œuvres pharaoniques.

LE PRÉSENT (volet politique). Toute la stratégie de Madrid vise à nier l’existence d’un peuple. Les chiffres du déficit fiscal, et la nécessité de continuer à l’exploiter la Catalogne pour assurer le pouvoir d’une oligarchie, expliquent pourquoi il est essentiel pour Madrid de nier l’existence de la Catalogne en tant que nation et que sujet politique qui aurait son mot à dire dans sa destinée politique. Ils expliquent pourquoi Madrid menace de détruire la langue catalane en essayant de mettre fin à l’école en catalan, qui fonctionne depuis trente ans, a le soutien d’une partie écrasante de la population et a permis que, malgré les origines très variées des Catalans d’aujourd’hui, 95 % comprennent le catalan et 75 % le parlent. Ces chiffres expliquent aussi pourquoi l’Espagne a fait annuler les dispositions essentielles d’un Statut d’autonomie négocié, voté et ratifié par référendum par le peuple de Catalogne. La spoliation n’est pas seulement fiscale, elle est aussi culturelle, linguistique et politique.

3. LE FUTUR. L’indépendantisme catalan est une aspiration collective et largement partagée : 80% des Catalans favorables à un référendum ; immenses manifestations ; deux millions de personnes pour la chaîne humaine en septembre 2013 ; une majorité parlementaire favorable à l’indépendance ; enquêtes très favorables au « oui » en cas de référendum ; une déclaration de souveraineté votée en janvier 2013 par le Parlement… Face à cette aspiration populaire, la camisole de force que constituent une monarchie et d’une Constitution faites pour perpétuer un certain héritage du franquisme (les historiens ont établis que les militaires franquistes ont pesé sur le processus de rédaction de la Constitution, en particulier sur l’article qui décrit l’armée comme le garant de l’unité espagnole) ; bruits de bottes lorsque l’indépendance de la Catalogne est évoquée ; un Etat qui, incapable de séduire une majorité de Catalans, joue la carte du discours de la peur. Mais la majorité parlementaire pour l’indépendance est là. Ce que les Catalans veulent, c’est un pays normal. Construire un pays normal. Et non pas demeurer des citoyens de second rang dans cet Etat espagnol qui les traite comme des étrangers. Les Catalans veulent donc voter comme les Ecossais, comme les Québécois… Mais l’Espagne résiste, une autre preuve que cet Etat n’est pas totalement démocratique.

POUR CONCLURE : L’indépendantisme catalan est démocratique, pacifique et surtout INTÉGRATEUR, loin de l’ethnicisme, du racisme et de l’exclusion. Un indépendantisme fait de personnes venues de partout, un indépendantisme bilingue et multilingue, un indépendantisme enthousiaste qui veut construire un Etat plus juste, plus moderne, plus prospère, plus solidaire. Comment le veulent aussi tous les peuples du monde. La plupart des peuples y arrivent par la force, les Catalans y arriveront grâce à la persévérance et à la démocratie.  Posted on 10 desembre 20 

 

**En sang et or, le peuple de la Catalogne veut l'indépendance

01 JUILLET 2013 PAR STEPHANE RIAND

Ici, en Catalogne, le peuple catalan veut son indépendance. Une majorité politique, qui traverse la gauche, la droite, le centre, qui réunit les jeunes et les vieux, les intellectuels et les ouvriers, les femmes et les hommes, s’est créée aux couleurs sang et or. Le pays catalan est traversé de signes qui ne trompent pas l’étranger et le curieux.

Le Barça, emblème de la Catalogne, a choisi pour la saison 2013-2014 des maillots aux traits et aux couleurs de la senyera, le drapeau catalan. En sang et or. Comme s’il était certain que le référendum d’autodétermination aurait immanquablement lieu en 2014.

Ce dernier samedi, le Camp Nou du Barça était bondé. 90’000 personnes réunies pour y chanter leur désir d’indépendance. Un peuple uni dans ce stade mythique pour y vibrer non aux exploits de Messi et de Xavi, mais pour y revendiquer haut et fort sa volonté de liberté politique. Un concert pour la liberté (Concert per la Llibertat) – Freedom 2014 Catalonia pouvions-nous lire en anglais dans les rangées du Nou Camp -.

En 1924, Gaudi, l’âme architecturale de Barcelone, se faisait arrêter au milieu de la cité, simplement parce qu’en marchant il parlait catalan. Aujourd’hui une physiothérapeute de Platja d’Aro devant une patiente ose : « les gens sont prêts à l’indépendance. Ils en ont marre. Ils ne veulent plus suivre les directives de Madrid qui veut réduire l’enseignement en langue catalane. Les gens ne le supportent plus. Et surtout les jeunes ». Dans certaines classes, prévoit Madrid, il suffit d’un élève exigeant un enseignement en castillan pour imposer l’abandon du catalan. Or cette langue catalane, à nulle autre pareille, est si intimement inscrite dans la chair des hommes et des femmes d’ici qu’y toucher est un acte au-delà du sacrilège.

Le gouvernement conservateur de Marian Rajoy, comme l’écrit Le Figaro du 1er juillet 2013, « freine des quatre fers une initiative qu’il juge contraire à la Constitution ». Mais les deux grands partis nationalistes de la Catalogne se sont engagés devant leurs électeurs à organiser ce scrutin portant sur l’autodétermination, à terme sur l’indépendance.

Les Catalans sont convaincus aussi d’être les vaches à lait du pays. Ils avancent notamment le coût de l’utilisation des autoroutes, par exemple entre Girone et Barcelone, qu’ils comparent à la gratuité de parcours à travers toute l’Espagne. On pressent, sans que personne ne veuille trop s’étendre sur les chiffres réels de la chose, que l’argument fiscal, financier et économique guide aussi les pas de la majorité de la Catalogne.

Lorsque, en 2010, l’Espagne devint championne du monde de football en Afrique du Sud, au pays de Mandela, Xavi Hernandez a revêtu pour son tour d’honneur aux côtés d’Andres Iniesta un drapeau aux couleurs de la Catalogne et non de l’Espagne. Autour d’une paella marinière ou d’une dorade grillée, les supporters catalans, sirotant leur bière, ne sont pas peu fiers de faire savoir que sept joueurs du Barça sur onze figuraient dans la composition de cette fabuleuse équipe de football qui domina ce sport ces dernières années.

Les hommes de la culture, emmenés par Luis Llach, soutiennent cette ferveur. Certains se sont engagés derrière la formation politique Esquerra Republicana de Catalunya.

Le mouvement est irréversible.

« In, in-de, In-de-pen-den-cia ! », voilà le cri de rassemblement de tous les Catalans.

Le point final du concert a été donné avec la chanson « Tossudament  alçats » (obstinément rebelles) et des cris en faveur de l’indépendance. Une immense clameur en forme de message politique adressé vers Madrid.

 

***Espagne. La Catalogne prend le large

GRAND ANGLE A Sant Vicenç dels Horts, près de Barcelone, on vit déjà bien loin de Madrid. Dans toute la région, à la faveur de la crise, l’indépendantisme gagne du terrain.

La flamme a une allure olympique. L’urne métallique qui lui sert de support a été placée en surplomb des regards, comme si elle trônait, devant les balcons de la mairie pavoisés d’une longue senyera, le drapeau catalan sang et or. Tôt ce samedi-là, les membres du club des cyclistes et des excursionnistes l’avaient recueillie des mains de leurs compères de la ville voisine pour l’apporter ici, sur la place de Sant Vicenç dels Horts.
C’est jour de fête dans cette bourgade-dortoir de 28 500 habitants, à une cinquantaine de kilomètres au nord-ouest de Barcelone. La correllengua, littéralement «la langue qui court», est une initiative annuelle du collectif citoyen CAL, qui promène de ville en ville cette flamme, symbole de la «résistance culturelle» catalane. Vers 11 heures, sous un doux soleil d’automne, un chœur s’est formé face à la flamme pour entonner à pleins poumons Els Segadors («les faucheurs»), l’hymne national catalan inspiré d’une vieille chanson populaire faisant référence aux injustes taxes imposées par Madrid au XVIIe siècle.L’hymne sert de coup d’envoi à une série de réjouissances qui durera jusque dans la soirée : on danse la sardane, on déguste les produits du terroir, on édifie les célèbres castelers, ces tours humaines auxquelles contribuent les plus petits et, selon la tradition des diables e angels diabolics, on actionne un mammouth articulé couvert de laine d’où explosent des pétards et sous lequel les plus jeunes s’en donnent à cœur joie et se trémoussent en poussant des cris. Dans une ambiance champêtre à la Jacques Tati, on découvre un condensé de la culture populaire de Catalogne. Mais malgré les accents de kermesse, les activités sont vécues avec intensité et discipline.

«L’Espagne, le reste de l’Espagne, semble bien loin, n’est-ce pas ?» remarque Imma Prats, élue chargée de la culture. Il y a, dans la voix de cette jeune femme brune, la satisfaction d’avoir réussi la gageure de «catalaniser» la bourgade. Rien à voir avec les provinces de Lleida ou de Gérone, où cette culture millénaire est très enracinée : avec ses bâtiments laids et défraîchis des années 60, sans patrimoine historique ou si peu, coincé entre une autoroute, une nationale et une voie de chemin de fer, Sant Vicenç dels Horts est caractéristique du cinturón, cette grande agglomération barcelonaise peuplée majoritairement de gens ayant émigré il y a trois ou quatre décennies du sud de l’Espagne. De sorte que 70% des Vicentinos parlent le castillan et, au mieux, bredouillent le catalan.

«A la mairie, on propose des cours de langue, poursuit Imma Prats. Ce bain culturel prend du temps, on a longtemps ramé, mais cela porte ses fruits.» Pour preuve, après trente ans de domination socialiste (parti espagnoliste), la municipalité est tombée en 2011 dans le giron d’Esquerra Republicana (Gauche Républicaine, ERC), formation qui prône l’indépendance et qui, en coalition avec les démocrates-chrétiens de CiU, au pouvoir régional, a annoncé un référendum d’autodétermination pour 2014, malgré les cris d’orfraie de Madrid.

«MAÎTRISER SON DESTIN»

Cette perspective enflamme Montse Siñol et Ivan Barquero. Au départ, ils ont peu en commun. Elle, 54 ans, formée dans l’administration, de famille catalanophone, un père passé pendant la guerre par le camp de concentration d’Argelès. Lui, 36 ans, technicien chez Canon, d’origine castellano-andalouse, une mère ultra-espagnoliste. Montse et Ivan partagent un même rêve : l’indépendance. Tous les deux vivent «en catalan» : la radio (la Rac 1 ou Cat Radio), la télé (TV3), les lectures, les activités culturelles… Tous les deux se réjouissent que les arènes municipales ne servent plus depuis l’interdiction de la corrida – symbole de «l’Espagne rance», disent-ils -, décrétée par le Parlement catalan en 2010. Mais cela ne leur suffit plus, ils veulent pleinement s’émanciper du reste du pays, «vivre dans une Catalogne souveraine» (Ivan), «dans un pays qui maîtrise son destin» (Montse). Au chômage depuis peu, ils pensent qu’alors, leur situation s’améliorera. «En Catalogne, les choses se font mieux, plus sérieusement, insiste Ivan. J’ai découvert cela dès l’école. Et puis, notre culture est différente, plus flexible, moins bornée, moins agressive. Vraiment, le mieux est de divorcer, et de devenir de bons voisins.»

Ce sont eux qui, à Sant Vicenç dels Horts, animent la branche locale de l’Assemblée nationale de Catalogne, l’ANC, séparatiste, qui compte 40 membres et 200 sympathisants. Ce n’est pas mal pour une organisation née en mars 2012. A l’échelle de la Catalogne, c’est déjà un collectif conséquent avec 50 000 socios (adhérents), dont 20 000 avec droit de vote, et 600 assemblées territoriales – soit deux tiers des municipalités catalanes. A l’ANC, aucun des adhérents ne peut exercer une fonction dans un parti, et l’indépendance financière – dons des membres et merchandising – est totale. L’ANC se veut un mouvement citoyen, transversal (presque toutes les professions y sont représentées), sans affiliation politique. Une sorte d’avant-garde de la lutte indépendantiste au sein d’une société qui, depuis longtemps, se caractérise par un militantisme actif.

Là réside la singularité du mouvement séparatiste catalan : à la différence du Québec ou de l’Ecosse (les deux principaux modèles, vu de Barcelone), la société civile pèse davantage que les leaders politiques. «Nous avons plusieurs longueurs d’avance sur eux. Sans nous, cela fait longtemps que la flamme indépendantiste serait retombée», assure Jaume Marfany, qui travaille au département de politique linguistique. C’est l’un des hommes forts de l’ANC, il reçoit dans ses locaux barcelonais de 2 000 m², non loin de la Sagrada Familia. «Notre mouvement n’a pas d’équivalent ailleurs. A l’échelle européenne, c’est sans aucun doute le projet collectif qui suscite le plus d’engouement. Et ce en pleine morosité économique.»

Ces dernières années, la société catalane s’est fortement éloignée de Madrid. D’après un récent sondage de la Generalitat (l’exécutif autonome), 54,7% des 7,5 millions d’habitants sont favorables à l’indépendance (contre un tiers en 2005) et 80% approuvent l’organisation d’un référendum. Le déclic principal, ce fut l’énorme manifestation de colère, en juillet 2010 à Barcelone, après que le tribunal constitutionnel réduisit à néant un nouveau statut d’autonomie pour la Catalogne. Un terreau fertile, labouré aussi par la crise économique, qui a préparé la naissance de l’ANC.

En 2012, lors de la Diada, la «fête nationale» du 11 septembre, l’ANC organise une immense marche qui oblige le président régional nationaliste, Artur Mas, à promettre un référendum. Rebelote lors de la Diada de cette année, avec l’organisation de la «Via Catalana», une impressionnante chaîne humaine d’un bout à l’autre de la Catalogne, des Pyrénées à Tarragone.

«Cela fait trois cents ans que nous essayons de trouver notre place au sein de l’Espagne, dit Jaume Marfany. Nous avons tout essayé, de façon tolérante et constructive, mais il n’y a pas moyen. L’heure est venue de dire “basta”.» Les doléances sont avant tout d’ordre économique. D’après les indépendantistes, le système de financement défavorise la Catalogne, région la plus dynamique, assurant un quart du PIB espagnol, et impliquerait un manque à gagner de 16 milliards d’euros par an. Madrid réduit ce chiffre de moitié.

Le pouvoir central ayant peu investi ici, le malaise est grandissant : autoroutes payantes (gratuites dans le reste de l’Espagne, hors Pays basque), infrastructures vétustes, aéroport délaissé (El Prat, pourtant plus fréquenté que Barajas, celui de la capitale), couloir méditerranéen non développé, centralisme madrilène… «Tout n’est qu’aberrations. Exemple : une voiture produite ici doit souvent passer par la Castille pour être exportée. Comment un pays peut-il marginaliser sa région la plus forte ?» s’étrangle Oriol Junqueras, leader de la gauche républicaine ERC et maire de Sant Vicenç.

UN «NATIONALISME OBLIGATOIRE»

Ricard Rosenfeld, un pharmacien d’origine germano-hongroise élevé dans un milieu pro-franquiste, a épousé les doléances nationalistes. Il ne décolère pas contre une récente loi détrônant le catalan au profit du castillan comme langue de référence à l’école : «C’est une atteinte à notre liberté, à notre culture.» Sa fille Anna, qui n’a pas raté une seule manifestation de l’ANC, abonde dans son sens : «Madrid nous oblige à justifier le fait que nous parlons une autre langue. Certains me demandent même si je parle catalan dans la rue. Mais c’est ma langue, ma richesse, ils n’ont rien compris !»

Certes, toute la Catalogne n’obéit pas à la lame de fond indépendantiste. Outre les deux formations «espagnolistes», les partis populaire et socialiste, l’ascension de Ciutadans («Citoyens», 9 députés au Parlement autonome) montre que beaucoup manifestent leur rejet. A l’instar du professeur de droit constitutionnel Francesc de Contreras, l’un des inspirateurs de Ciutadans : «On vit ici sous le règne d’une espèce de nationalisme obligatoire et d’une pression médiatique qui veulent nous faire penser de la même façon et proclament pour la Catalogne le ridicule et infondé statut de victime.»

Retour à Sant Vicenç dels Horts. Là, la spectaculaire montée du séparatisme n’est pas tant une affaire de langue, puisque près des trois quarts ne parlent pas catalan. Elle est surtout liée à la peur de l’avenir, alors que le taux de chômage a atteint 23%. De plus en plus, on se méfie de l’Etat central, jugé inefficace, et on parie pour une nation catalane, perçue plus proche et plus efficace.

Fils d’immigrés andalous, affable et loquace, Manolo Garcia, 49 ans, se sent pleinement espagnol, il vibre pour le Real Madrid, ne parle pas un mot de catalan et n’avait jusque-là jamais prêté l’oreille aux sirènes indépendantistes. Mais, en 2011, il vire sa cuti lorsque son entreprise de fibre optique, Fercable, menace d’un plan social lui et 95 autres salariés. «Seuls les séparatistes se sont démenés pour nous sauver et éviter la délocalisation. Cela a marché. J’ai alors compris que l’indépendance était la seule solution pour lutter contre la crise et la globalisation.»    (C) FRANÇOIS MUSSEAU ENVOYÉ SPÉCIAL À SANT VICENÇ DELS HORTS ET BARC

 

** Catalogne, 11 septembre 2013 : l'histoire est en marche ... (10)

09 SEPTEMBRE 2013 PAR STEPHANE RIAND

La Catalogne est fière de ses géants, ces immenses statues qui déambulent dans les rues, les jours de fête.

Le 11 septembre 2013  les verra  participer à cette manifestation de solidarité civique qu’est la Via catalana, parce que là-bas, culture et identité sont indissociables de la vie sociale et politique du pays.

La Catalogne est un géant que l’Espagne  rabote consciencieusement et méticuleusement  depuis des décennies.

Pour s’en convaincre, il suffit de donner la parole aux entrepreneurs, aux créateurs de richesses et d’emplois. Le Cercle Catalan du Commerce (CNN) s’est créé il y  a une dizaine d’années, suite à un amer constat : le monde de l’entreprise perd de son influence sur le marché européen, parce que l’Espagne ne soutient pas la Catalogne, qui se trouve ainsi soumise à une concurrence déloyale de la part de Madrid.

Et pourtant … la Catalogne reste l’un des pays les plus compétitifs du monde industrialisé, comme le montre son important niveau d’exportation. Quel sommet pourrait-elle atteindre, avec un Etat qui aurait à cœur de préserver ses intérêts, avec un Etat qui adopterait une stratégie visant clairement la création de richesses ?

Le CNN a pour principal objectif de démontrer que la Catalogne pourrait être un Etat indépendant, capable de garantir la prospérité de ses citoyens, si elle n’était pas sous le coup d’une spoliation fiscale indécente de la part du gouvernement central.

 

En effet, les impôts récoltés en Catalogne et envoyés à Madrid ne voient qu’une partie insuffisante revenir au pays catalan, ce qui le conduit à pâtir d’une balance négative, et donc d’un déficit fiscal persistant, qui de surcroît s’aggrave chaque année.

La Catalogne ne perçoit pas suffisamment d’argent de l’Etat espagnol pour faire face à ses propres dépenses, ce qui la conduit à demander des emprunts à Madrid, ce qui la contraint à payer des intérêts … et le cercle infernal de se mettre en place.

Chaque jour, près de 40 millions d’euros partent de Barcelone à Madrid. Entre 1986 et 2006, la Catalogne, qui représente 16 % de la population nationale, génératrice de 20 % de la richesse ibérique, paie 24 % des impôts totaux. L’écart, lorsqu’il se chiffre en milliards, est d’importance, et les conséquences le sont d’autant plus.

Paralysie des investissements dans le port de Barcelone (473 millions), coupes dans le budget de la Santé (921 millions), de l’Education (144 millions), coupes salariales pour les fonctionnaires (320 millions), etc.. La Catalogne applique des mesures d’économie sur le plan des infrastructures, routières, policières, éducatives, sanitaires ou sociales, ce qui très logiquement affecte le niveau de vie de ses citoyens et freine la compétitivité de ses entreprises.

La Catalogne est un géant que Madrid veut voir à genoux.

Camembert1-300x225.jpgElle, qui ne représente donc que 16 % de la population espagnole, se voit dans l’obligation de participer à hauteur de 74 % au fonds de réserve pour la Sécurité sociale. De 2004 à 2007, 17 millions ont été versés à l’Etat, selon une répartition qui démontre à quel point l’injustice est flagrante : 13 millions à charge de la Catalogne, 4 millions à charge du reste de l’Espagne [les chiffres sont en milliers de millions d'euros !].

Entre 1985 et 2005, 600 km d’autoroute ont été construits dans la région de Madrid. Mais seulement 20 en Catalogne. Et elles sont autrement plus chères que dans le reste du pays : le trajet Barcelone-Madrid vous coûtera 20 euros du km, pour seulement 14,3 euros sur le trajet Séville-Madrid. Comment ne pas comprendre les entreprises de transport qui se délocalisent vers la capitale …

La Catalogne est donc la communauté autonome qui paie le plus d’impôts à l’Espagne, et qui perçoit le moins en retour. Pourtant, certaines régions de l’Espagne, confrontées au même souci, ont pu bénéficier d’un accord fiscal plus favorable de la part de Madrid. Qui jusqu’ici se refuse à accorder les mêmes privilèges à la Catalogne, pourtant lourdement endettée.

Selon le CNN, cet endettement serait purgé en moins de deux ans si la Catalogne devenait indépendante.

 

Non seulement la mère étouffe la fille pour mieux la contrôler, sans comprendre que cette attitude exacerbe les velléités d’indépendance de la région, de cette nation, mais encore elle ne tient pas les promesses qu’elle lui a faites. En effet, Madrid ne réalise que très partiellement les investissements prévus en Catalogne.

En 2009, sur seuls 32 % des investissements promis pour les infrastructures terrestres ont été réalisés. Ce chiffre chute à 8 % pour l’année 2011.

 

Enfin, Madrid discrimine la Catalogne, entravant ainsi consciemment son développement économique, avec comme conséquence immédiate une péjoration du niveau de vie de ses habitants.

Pour l’exemple, 700’000 passagers annuels restent sur le carreau, à l’aéroport de Barcelone, à qui Madrid interdit de mettre en place des vols directs avec Buenos Aires, New York, Tokyo, Los Angeles ou encore Sao Paulo.

Seuls 24 % des vols intercontinentaux avec l’Espagne se font depuis Barcelone, ce qui naturellement génère un important manque à gagner, et donc freine son expansion et les investissements qui l’accompagnent.

Les étudiants catalans, dont la région représente  16 % du territoire national, ne perçoivent que 8 % des bourses.

La Catalogne est également la région qui compte le moins de fonctionnaires pour son administration, le moins de juges pour le fonctionnement de la justice.

Le géant catalan grogne, non parce que l’Espagne va mal, mais parce qu’elle se montre injuste, parce qu’elle est mal gérée, et que la Catalogne paie la facture.

Imaginez une ville de 75’000 habitants, Ciudad Real, que l’Etat central dote d’un aéroport qui coûte la bagatelle de 1’100 millions d’euros, avec une piste longue de 4 km (l’une des plus longues du monde !)  … et que seuls 120 passagers fréquentent chaque jour.

Et la Catalogne de s’appauvrir … l

Le niveau de vie des Catalans, ces dernières années,  a baissé de 7,5 % par rapport à la moyenne espagnole.

En 2009, le pays compte 18,4 % de pauvres. Aujourd’hui, on parle de malnutrition infantile dans certaines couches de la population.

Entre 2003 et 2006, en matière de compétitivité, la Catalogne recule de six places dans le monde.

Comment ne pas comprendre l’amertume des Catalans … il est trop facile de les accuser de se montrer peu solidaires envers leurs frères.

Entre la solidarité et les impôts confiscatoires, il y a un pas.

http://www.youtube.com/watch?v=tRQxhkmiXcs&feature=youtu.be

Que le géant catalan franchira le 11 septembre … lorsque les cloches sonneront, lorsque qu’à 17h14 les mains s’uniront, lorsqu’à 17h55 le chant Els Segadors sera chanté simultanément par des centaines de milliers de personnes.

Post Scriptum : voici un document à ne pas manquer si l’on désire approfondir les raisons économiques qui incitent la Catalogne à se séparer de l’Espagne : http://www.ccncat.cat/sites/default/files/REEP-Capitol-1.pdf

J

 

 

 

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23 décembre 2013 1 23 /12 /décembre /2013 18:06

PORT-VENDRES-IMMOBILIER.jpg   Anachronismes... et ...

 La-France-de-toutes-les-couleurs-001-1.jpg   Digression sur une digression

 

 

Giono écrit dans "De Homère à Machiavel" (Gallimard, page 30) : "J'ai bien peur de n'avoir de ressources que dans les digressions."

 

Quand je m'ennuie, je me glisse dans des draps, dans les suaves millefeuilles du lit... Et ... je lis ! Je lis des pages, par milliers !

 

Quand il pleut, source d'ennui, mais temps qui donne envie du lit et du lire, je me mets nu dans la chaleur du lit, pour une longue lecture. En effet, je suis grand buveur d'étoffes, de duvets, de couettes, de couvertures, de mondes mous et moites... Lecture dans les profondeurs de la couche !

 

Agile, je plonge, Achille licencieux, dans une nuit de plein jour, à la lueur des pages blanches d'un corps de femme. Je lis la mappemonde de la femme...

 

Mes mots, nus je les mets, tels vers à soie, moi et ma poésie.

 

Quand l'ennui pleut, je me mets à nu, à l'ombre d'un corps de linges candides. Je plonge dans le livre torride d'un volcan, dans le cratère d'une femme qui aime se recroqueviller ainsi : dans l'invention de la vie. Dans la fiction d'un livre de lin pur. Dans l'amour de l'après-midi. Dans l'amour de l'amour. Dans celui de la lecture sans fin...

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