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19 octobre 2012 5 19 /10 /octobre /2012 11:11

coll-manrella.jpg  * Dissabte 20 d'octubre France3 Perpinyà, País Català t'espera al peu del Castellet a les 11 del matí.

L'emissió d'informació local de France 3 és en perill. Per raons de crisi econòmica, la direcció de France 3 ha decidit suprimir les informacions locals per les vacances de Tots sants i de nadal.

Aquesta supressió va a l'encontra de la diversitat de la informació i és incoherent amb els objectius mateixos de France3 que hauria de ser una televisió dels territoris, la televisió de la descentralització.

Vos invitem a encontrar el grup de France 3 País Català al peu del Castellet i a adherir a la petició digital

 

 

  ** Diumenge, 21 doctubre de 2012 XXXIV TROBADA AL COLL DE MANRELLA  

72è aniversari de l assassinat del president Lluís Company

12.00 h  Actes al Coll de Manrella davant del Monument

Arribada de la Flama de la Llibertat. 

Salutació i benvinguda del batlle dAgullana. 

Ofrena floral de les entitats i dels infants. 

Lectura dadhesions.  

Paraules en memòria dEnric Garriga Trullols i Armand Samsó, premis Coll de Manrella, traspassats. 

Concessió del Guardó Coll de Manrella 2012 a una persona destacada pel seu servei al país.      

Parlaments

 . Batlle dArenys de Munt, Il Sr. Josep Manel Ximenis. 

 . Batllessa de Santpedor, Il. Sra. Laurà Vilagrà. 

 . Batlle de Sant Pere de Torelló, Il. Sr. Jordi Fàbrega. 

 . Batllessa de la Vajol, Il. Sra. Dolors Manzanera. 

 . Sra. Carme Forcadell, presidenta de lAssemblea Nacional Catalana 

 . Interpretació de cançons per Ramon Gual, cantant de Catalunya del Nord. 

               Dinar popular. 

               Llevant de taula: ballada de sardanes,amb la cobla Rossinyolets

 

www.catalunyanord.cat  -   grup-independentista@catalunyanord.cat

 

 

   *** 2 évènements Cinémaginaire  - infos à faire circuler sans modération

Mercredi 24 octobre à 21 h  - Cinéma  Jaurès  - 66 Argelès sur  Mer

Vendredi 26 octobre à 18 h 30 - Cinéma Vautier - 66  Elne

> MIREM CATALA - une nouvelle saison démarre !  Cycle de cinéma en catalan

Une fois par mois, des films rares réalisés en Catalogne, fictions, comédies ou documentaires, diffusés sur grand écran en version originale catalane, avec sous titres en français, pour le plaisir de la langue et le goût de la découverte

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Camp d’Argelès

Film de Felip Solé (Barcelone, 2009, 1h30 VOversion longue (1h30) inédite

Un docu-fiction unique sur les conditions de vie des républicains espagnols à leur arrivée en France en 1939, fuyant le fascisme franquiste.

La plage d’Argelès, battue par la tramontane, était un village de pêcheurs. Un lieu tranquille et sans histoire.

En février 1939 toute la Catalogne est occupée par les troupes fascistes, 465.000 réfugiés traversent la frontière, c’est la Retirada des républicains.

Les autorités françaises font bâtir un camp sur la plage...

Le film évoque l'existence du camp de concentration d'Argelès sur Mer (Pyrénées Orientales),

de sa création en janvier 1939 jusqu'à sa fermeture en septembre 1941.

Tarif : 5 euros

 

Vendredi 26 octobre à partir de 19h  - Cinéma  Jaurès  - 66 Argelès sur  Mer     

> CINE CHANSON - nouveau ! Hommage à la chanteuse Barbara

Film + repas + concert = 12 euros !

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€ 19h00   2 films inédits

Une femme qui chante

film de Roger Louis (France 1966 - 15’)

Emission PANORAMA diffusée en Décembre 1966 sur la première chaîne de l’ORTF

Roger LOUIS rencontre Barbara qui est en répétition à Bobino pour son troisième passage 

(mais cette fois en tête d’affiche) puis chez elle rue de Rémusat.

Un bijou de l’INA

 

Ma plus belle histoire d’amour

film de Guy Job (France 2007 - 52’)

Voix inoubliable, femme forte face à son piano,

icône insaisissable et parfois mystérieuse, poète, être généreux délivrant amour espoir et réconfort,

BARBARA est toutes ces femmes à la fois.

Face à cette artiste le parti pris de ce film est la simple expression des images et des mots qui parlent d’eux-mêmes.

Le fil conducteur est  tiré de son autobiographie  « il était un piano noir » racontée par son ami Gérard Depardieu.

 

€ 20h30    repas concert

Marie-Jo Eychenne, chant    Louis de Koning, piano

Marie-Jo Eychenne admire  Barbara et la chante depuis toujours.

Depuis plusieurs années, elle monte sur scène avec la bénédiction de Roland Romanelli,

pour chanter les mots de Barbara avec subtilité et douceur.

Louis de KONING talentueux pianiste ajoute sa touche personnelle à la musique de Barbara.

Loin de la trahir il l’habille d’une émotion particulière.

Repas exclusivement réalisé avec des produits frais, bio et du terroir

réservations au 04 68 08 22 16

Cinémaginaire

réseau cinéma de proximité en Pyrénées Orientales

www.cinemaginaire.org

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18 octobre 2012 4 18 /10 /octobre /2012 16:00

bougarach.jpeg  Julien Verjoul a passé la journée d'hier à Bougarach, dans l'Aude, lieu mystique, où des milliers de sectaires iront attendre la fin du monde.

 

Il en est revenu, sain d'esprit et de corps. Et sauf, pour l'instant, car il compte revenir sur le pech en décembre, juste avant la fatidique date de fin de Terre... Même si le pic ne pourra plus être accessible : on attend des cordons de CRS qui vont boucler tous les sentiers... L'Etat a peur que des milliers de crédules se suicident en se lançant dans ce vide de mille deux cents mètres et des poussières...pour redevenir poussière dans l'éternité de l'âme ou du rien...

 

Julien, au sens figuré, n'en est pas revenu ! Lui, le Catalan aimant son mont sacré, sa sacrée montagne du Canigou, il est monté dans une cheminée raide, étroite et plus longue que celle du CANIGO ! Le lieu est angoissant, c'est vrai, avec ces rochers ronds ou en dents de scie, évoquant des figures anthropomorphiques. Ou des animaux, rappelant les phénomènes d'érosion au cap de Creus, ou des monstres indéfinissables, ou des dieux jouant aux diables, pour nous effrayer, nous fait perdre l'équilibre durant l'ascension. 

 

Mont analogue, montagne magique, autant de références littéraires, mais les mollets de Julien ne pensent pas à ça durant l'escalade. Ils attendent un sommet qui jamais ne vient. Ils espèrent que ce fichu vent du sud, qui vient de se lever et le bouscule, va repartir bientôt... Mais il persiste et le froid l' attend en haut du cirque, même si cette prairie verte offre l'hospitalité pour un repas rapide et surtout le spectacle à 360 degrés : la mer, les Corbières, les vallées agricoles et la neigeuse chaîne des Pyrénées.

 

Il serait dérisoire de qualifier ce décor de fantastique : tous les poncifs ne réussiront pas à dire la beauté rude du lieu. Simplement Julien peut témoigner du pittoresque de cette montagnette insolite, aux aspects variés, pierres et arbustes alternant à l'infini. Par rapport au Canigou, la marche semble plus âpre, plus longue, le précipice plus proche, la cheminée bien plus encrassée et vertigineuse !

 

Julien avait naguère emprunté le chemin dans la forêt à partir de la route du nord, menant à Quéribus, à Galamus, autres paysages d'outre-tombe. Il n'avait pas vu la beauté profonde de Bougarach.

Hier, en partant du village, par le lac, en suivant le cours d'eau jusqu'à la cascade, jusqu'à la naissance de l'Agly, parmi les forêts altières de sapins, de chênes, de pins, de noisetiers, c'est une autre aventure. Une apparente balade familiale, jusqu'à la surprise de l'insoupçonnée cheminée antediluvienne...

 

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17 octobre 2012 3 17 /10 /octobre /2012 19:09

 

blog-mahler-letters.jpg     site-Mahler--2-.jpg

   * Retenez bien votre week end des 19, 20 et 21 octobre.

À Saint Estève, l'association culturelle Les Rendez-Vous rend hommage à

 

   Un couple d'artistes, Alma et Gustav MAHLER   

 

Elle, Alma Maria Schindler est née en 1879 dans une famille mondaine de Vienne. Excellente pianiste, elle s’exerce avec un certain succès à la composition musicale.

Lui, Gustav Malher est né en 1860 dans une modeste famille juive de Moravie. Des dons musicaux précoces l’emmèneront au Conservatoire puis à l’Université de Vienne. Il compose lieder et musique symphonique.

Théâtre de l'Étang  -  Entrée libre à toutes les animations

 

Vendredi 19 octobre, 18h30 :

Panorama historique et culturel de Vienne jusqu’en 1914 : littérature, peinture, architecture et musique, diaporama réalisé par Alain Arthozoul

Vendredi 19 octobre, 19h30 :

Inauguration et remise des prix du concours de nouvelles : Fausse note (organisé par la Bibliothèque municipale en partenariat avec les Rendez-Vous)

Vendredi 19 octobre, 20h30 :

Film documentaire : Sur les pas de Mahler de Stéphane Ghez et Alain Duault (2010)

 

Samedi 20 octobre, 17h :

Film : Alma, la Fiancée du vent, film de Bruce Beresford, avec Sarah Wynter, Vincent Perez, Jonathan Pryce, durée 1h40.  

Samedi 20 octobre, 20h30 :

Concert : Lieder de Gustav Malher, Bérénice Roussenq, soprano et Adam Czulak, piano

Amoureux de la voix, Gustav Mahler y fait appel dans un certain nombre de ses symphonies. Mais la voix s'exprime surtout dans de superbes lieder qui disent la richesse d'un univers complexe. Un lied (chant en allemand) est un poème mis en musique. Les thèmes en sont romantiques : la nature, la nuit, le voyage, l’amour, la mort.

PROGRAMME :

·         Cinq lieder de jeunesse (1882)

·         Quatre lieder Eines fahrenden Gesellen  (1884-1885)  (Chants d’un compagnon errant)

·         Trois intermezzi op.117 de Johannes Brahms, piano seul

·         Quatre lieder de 1887- 1890

Bénédicte Roussenq obtient son premier prix (mention TB) en 2008 au Conservatoire Francis Poulenc de Paris et entre au Centre National d’Artistes Lyriques. On a pu l’entendre au Festival Radio-France de Montpellier, au Festival d’Aix en Provence et aux Chorégies d’Orange

Après des débuts à 7 ans en Pologne, Adam Gzulak entre au CNS de Musique à Varsovie. En 1996, il quitte la Pologne pour la France. À l’occasion du 200ème anniversaire de Frédéric Chopin, il a enregistré un CD des plus belles œuvres du compositeur.                        


Dimanche 21 octobre, 14h30 :

Enregistrement video du concert donné par lOrchestre du Festival de Lucerne sous la direction de Claudio Abbado Cinquième symphonie de Malher 

Dimanche 21 octobre, 17h

Film : Mort à Venise, film de Luchino Visconti, Italie, drame, avec Dick Bogarde, Silvana Mangano, Marisa Berenson, durée 2h11. 

 

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16 octobre 2012 2 16 /10 /octobre /2012 18:13

du-silence-source-inconnue.jpg   Pour la récupération de la mémoire historique de Catalogne :

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Associació per a la recuperació de la memòria històrica de Catalunya

 

  * Madrid, mesa redonda en el Ateneo el 16 de octubre de 2012, sobre "el rol del Tribunal Europeo de Derechos Humanos frente la impunidad de las desapariciones forzadas de la Guerra civil y el franquismo.

 

Madrid, table ronde à l'Ateneo sur 16 octobre 2012, sur "le rôle de la Cour européenne d'impunité front humain de droits pour des disparitions forcées dans la guerre civile et le franquisme". 

 

** Sala Golferichs: la memòria històrica inexcusable. Del de novembre al 29 de desembre. 

Exposició organitzada per l'Associació Plataforma contra la impunitat del franquisme i coordinada per Joaquim Lleixà, professor de Ciència Política de la UB.

 

Taula rodona inaugural, el dimecres 7 de novembre a les 19h.

Sala Golferichs : référence de la mémoire historique. Du 7 novembre au 29 décembre. 

Exposition organisée par l'Association de la plateforme contre l'impunité de Franco et coordonné par Joaquim Lleixà, professeur de sciences politiques à l'UB.

 

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15 octobre 2012 1 15 /10 /octobre /2012 17:19

 

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Un poète incontournable dans la renaissance littéraire du XXème siècle, en Roussillon. Après les « jeux floraux de la langue catalane », célébrés à Barcelone, au début du XXème siècle, la bourgeoisie roussillonnaise sexprime, non sans relents de quelque catalanité sous-jacente au long des « jeux floraux du Genêt dOr ». La guerre de 14-18 a apporté son tribut en charnier, douleurs, velléités didentité nationale, un message belliciste lourd démotions réfrénées

 

Il faut se souvenir de revues telles « Le coq catalan », « Tramontane »... des publications réservées à des « initiés », aux rémanences bourgeoises, qui ont permis de découvrir et de diffuser des écrivains nord-catalans aussi célèbres que Joan Amade, Josep Sebastià Pons, Jordi Pere Cerdà, Carles Grandó, Joan Cayrol, « Oun Tal » (Albert Saisset) et bien dautres...

 

Chez Bausil, on trouve des licences parfois sur le style, des hardiesses au niveau de la forme... mais quelle pureté sur le fond !

 

La terre catalane, la vie, lamour, la foi et la fidélité... des thèmes récurrents que lon rencontre chez les vrais serviteurs de la poésie. Si Stendhal exprimait quun poète « ce nest finalement quun cœur qui explose, damour ou de révolte... », plus près de nous, « el Mestre, Pau Casals » sest fort justement plu à le traduire t : « un artiste au bout du compte, ce nest que quelquun de sincère »

 

Puissiez-vous prendre autant de plaisir à lire, découvrir ou redécouvrir ces quelques textes dAlbert Bausil que jen ai pris et que jen prends à les lire, relire et apprendre, depuis plus de trente ans Comme dans « La terrasse au soleil » : « Javais vingt ans, javais une âme de vainqueur » et jai découvert son œuvre. Une œuvre brève dans la fulgurance, mais dense cependant dans la permanence. Bausil, ça ne sexplique pas, ça se savoure, ça sentend, ça se sent

 

Plût au Bon Dieu que nous soyons encore quelques irréductibles à défendre la poésie. Il ne nous restera que ça lorsque lon nous aura tout enlevé Et bordel pour les bonimenteurs, tricheurs et sodomites de tout poil La poésie ne se comptabilise pas, cest elle qui nous comptabilise !...

 

Comme une chanson, un poème détient un rôle social... un poème ça nous aide bien souvent à mieux vivre... et parfois tout simplement à vivre. Bausil est de ces Amphitryon qui nous invitent à leur table, sans goûter aux mets quils nous ont concoctés un ce ces hôtes qui nous font goûter, désirer et passionner ce qui ne se boit, ni ne se mange : la poésie


Jean Iglesis

 

 

* Poèmes d'Albert Bausil :  extraits de « Poèmes et proses », recueil anthologique (Editions Tramontane dernière revue  1980)


** Livres disponibles aux éditions de L'Olivier : Pel-Mouchi, roman et anthologie avec une longue étude de l'oeuvre de Bausil.

 

*** A signaler : A l'initiative de Josiane Coranti et de Jean-Louis Ferrer, les "lectures" (1ère édition) de la "maison rouge" (maison de Bausil à Perpignan, rue Rabelais, juste avant le couvent des Minimes : jeudi 18 octobre à 19 heures, entrée libre.


Mon pays !...

 

Mon pays, cest mon ciel, ma ville, ma grand-route

cest le clocher quon voit de loin, quand on revient,

cest le dîner qui fume et cest lâne qui broute,

tout le décor qui se souvient !

 

Mon pays, cest ce mas ombragé de platanes,

cest la garrigue et ses buissons de romarin,

ce sont les cris de la hurlante tramontane,

la voix triste du vent marin.

 

Mon pays, cest la mer, la vigne, la montagne,

les cyprès bleus où les moineaux vont se blottir,

les pommiers du Conflent, les blés de la Cerdagne,

les cerisiers du Vallespir !

 

Mon pays, coiffé de ses tuiles vives,

cest lautomne roux, clair et triomphal,

cest lhiver traînant des roses hâtives,

sous les chars joyeux de son carnaval ;

 

cest le doux printemps de lheureuse Albère

où lon voit des bois de micocouliers,

des pêchers fleuris dans tous les halliers

et des mimosas dans les cimetières !

 

Mon pays, cest ça, ce sont ces trésors,

ces sommets neigeux, ces plages vermeilles,

cest ce Roussillon des fruits et des treilles

jeté sur la mer comme un bouquet dor.

 

-Et mon pays, cest toi, toi ma petite amie !

ta chanson, ta gaîté, ta voix, ta bouche en fleur,

tes yeux brûlants qui font du soleil sur ma vie,

tes cheveux noirs qui font de lombre sur mon cœur.

 

 

La terrasse au soleil

 

Comme tous, jai rêvé de conquérir la Ville.

Javais vingt ans. Javais une âme de vainqueur.

Je croyais arracher à la Gloire indocile

Tous les baisers, tous les lauriers et tous les cœurs.

 

Chaque jour, éveillé par lappel des chimères,

Je frémissais dimpatience sur mon seuil.

Paris mapparaissait là-bas dans ses lumières,

Comme une citadelle ouverte à mon orgueil.

 

De triomphes parmi la foule qui macclame

Et de la griserie exquise des encens

Je menivrais déjà. Je portais dans mon âme

Des rêves fous dimperators adolescents.

 

-Un soir, que fatigué despérer et dattendre

Jétais allé masseoir sur la route dété,

Une enfant a passé, grave, amoureuse et tendre...

Mes yeux ont rencontré ses yeux. Je suis resté.

 

Alors, pour moi, la gloire a perdu son mirage.

Mes espoirs ont fleuri vers une autre clarté :

Je nai plus eu devant ma foi que son image,

Je nai plus eu dautre flambeau que sa beauté.

 

Et, parmi la torpeur de la petite ville,

Près de la mer, parmi la lumière et les fleurs,

Je me suis endormi dans mon rêve tranquille,

Bercé dinsouciance et de calmes bonheurs.

 

Je suis resté. Les voix du sol et de la race

Ont retenu lessor au moment de léveil.

Le Soleil a doré la treille et la terrasse,

Et jai chanté devant la terrasse au soleil.


 

Hélène

 

 

Quêtes vous devenue, Hélène,

petite Hélène aux longs yeux gris, que chaque soir, jallais attendre à la sortie du Cours,

le cœur battant, les poches pleines

de billets et de vers damour ?...

 

Je me souviens de vous à peine,

petite Hélène.

Votre père était officier

- officier de gendarmerie !

Vous étiez sans coquetterie,

tout devenait plus bleu, plus blond, quand vous passiez.

Javais treize ans, vous nen aviez pas douze,

vous portiez un manteau de drap bariolé

et quand jallais vous voir, je cachais sous ma blouse

un bouquet que javais volé.

 

Quêtes vous devenue, Hélène,

petite Hélène de la rue de la Réal ?

Que le cœur me faisait du mal

quand je ne voyais pas votre manteau de laine

venir de loin, parmi le groupe matinal,

le groupe qui sortait de classe avec des livres

et des cartables sous le bras...

Jamais ce temps, ce beau printemps ne reviendra.

 

Je ne vous parlais pas, je nosais pas vous suivre,

mais lorsque je rentrais dans ma chambre, le soir,

et quon ne pouvait pas me voir,

je mettais devant moi votre photographie

et jécrivais des vers de flamme, de folie,

des vers que je nécrirai plus...

 

Mon Dieu : comme vous mavez plu,

petite Hélène aux jambes nues !

Qui me dira ce que vous êtes devenue,

ce que vous faites, maintenant,

vieille fille ou jeune maman ?

 

Jimagine vous voir, douce, modeste, mince,

dans une calme préfecture de province,

accompagnant à la Musique, le Jeudi,

une petite fille en robe dorgandi

qui vous ressemble.

La nuit descend. Je vous regarde. Et il me semble

quun jeune lycéen passe à côté de moi,

avec ma silhouette, avec mes yeux qui brillent,

avec ma foi,

et quil laisse glisser aux doigts de votre fille

la rose que javais aux doigts...


 

Ta jeunesse

 

Ta jeunesse a lodeur des muguets ! Ta jeunesse

Est fraîche comme une grappe dacacia.

Il monte de ta voix des sources dallégresse

Des rumeurs de jardin et des alléluias !

 

Quand tu rentres, cest comme un matin qui méclaire,

Après la nuit, la triste nuit, quand je tattends.

Ton geste autour de toi répand de la lumière

Et tes bras nus ont lair de porter le printemps !

 

Ô ta jeunesse ! Ô ta jeunesse que jenvie !

Tes cheveux fins, tes cheveux fous denfant de chœur !

Tes yeux surtout, tes yeux amoureux de la vie,

Tes yeux joyeux, tes yeux fleuris, tes yeux vainqueurs !

 

Je suis tout ébloui de toi. Quand tu te penches,

Cest comme une douleur heureuse que je sens...

Un trouble naît de létroitesse de tes hanches,

De tout ton petit corps souple dadolescent.

 

Et puis, ce sont tes doigts, tes mains longues et pâles,

Tes mains jointes, tes mains vagabondes, tes mains

Qui se ferment sur toi comme de longs pétales

Etreignant le hâtif battement de tes seins.

 

Demeure. Embaume-moi de tout ce que tu touches.

Ne ten va pas Il fait si bon ! mon cœur est lourd.

Toute la volupté du monde est sur ta bouche.

Reste là, mon trésor ! mon petit ! mon amour !

 

 

Voyages

 

Je nai pas fait, même en désir, le tout du monde.

Je suis resté chez moi, paisible et ignorant.

Je me suis contenté davoir la mappemonde

Sur ma table, entre Jules Verne et Paul Morand.

 

Rien que la terre. Et cest bien vrai ! Rien que la terre

Et que la mer, et que le ciel toujours pareils.

Toujours les mêmes paysages sans mystère,

Toujours les mêmes soirs et les mêmes soleils.

 

Je ne partirai pas pour les Indes profondes,

Pour les jardins des héroïnes de Loti.

Je ne verrai jamais les îles de la Sonde,

Ni les colliers de fleurs des filles dHaïti.

 

Je ne verrai jamais grandir sur locéan

Ces villes dombre et dor que les palmiers couronnent.

Je ne cueillerai pas les roses dIspahan

Ni les verveines bleues au balcon de Vérone.

 

Mais men suis-je créé, des ciels, des floraisons,

Des palais infinis où lâme vagabonde.

Et men suis-je conquis des havres, des toisons,

Des forêts où chantaient tous les oiseaux du monde !

 

.../...

 

Men suis-je rappelé des voyages damour,

De frémissants départs, de lyriques escales,

Et men suis-je ébloui daurores boréales,

De flammes, de réveils, dadieux et de retours !

 

Je te plains, visiteur des mornes capitales ;

Touriste insatisfait qui te traces, lhiver,

Des paradis daffiche et de carte postale

Aux bornes de ton âme et de ton univers !

 

Ce matin, en ouvrant la lettre bleue et sage

Qui nétait quun morceau de ciel sur ma prison

Jai fait le plus fervent, le plus ardent voyage

Vers le plus radieux de tous les horizons.

 

Jai choisi librement la route la plus belle,

Je suis le pèlerin le plus halluciné,

Parce que, chaque jour, des étoiles nouvelles

Fleurissent pour moi seul un ciel imaginé.

 

Et parce que, sans but, sans boussole, sans voiles,

Mais, sous le pavillon de lIndéterminé,

Je cingle avec amour, au gré de ces étoiles,

Vers les eldorados que je me suis donné !

 

 

Hymne au Roussillon

 

Je taime pour ta plaine onduleuse et féconde,

Pour léclat de ton ciel, la tiédeur de ton air,

Ô Roussillon, blotti comme une crèche blonde

Entre la Montagne et la Mer !

 

Je taime pour tes champs où la luzerne pousse,

Pour tes forêts de pins où la lune sendort,

Pour tes coteaux escaladés de vigne rousse,

Pour tes sommets irradiés de neige dor !

 

Je taime pour les clairs villages que tu poses,

Au bord des flots, le long de tes golfes latins,

Pour ton soleil qui fait chanter les tuiles roses,

Dans le rutilement joyeux de tes matins !

 

Je taime pour ta ligne souple de montagne,

Pour les vallons de ton Vallespir enchanté,

Pour les moissons de ta lumineuse Cerdagne,

Pour ton Albère heureuse où Virgile a chanté !

 

Pour tes commencements dautomne dans la plaine,

Lorsque les vendangeurs regagnent les maisons

Sur les lents chariots et les comportes pleines,

Debout dans la splendeur des rouges horizons !

 

Je taime pour ta race ardente, en qui ruisselle

Et bout le jeune sang des robustes espoirs,

Pour tes filles, qui sous les coiffes de dentelle

Ont le soleil enclos dans leurs yeux de jais noir !

 

Je taime pour tes soirs de fête, après la danse,

Lorsque les couples las, par les chemins ombreux,

Ségarent pour unir leurs bouches, en silence,

Dans la complicité des crépuscules bleus...

 

Je taime aussi pour tes romances populaires,

Musique qui mémeut de son murmure ami,

Cantiques envolés dun rêve de grandmère

Qui voletez autour des berceaux endormis...

 

Quand le dernier sommeil aura clos ma paupière,

Lorsque jaurai tracé mon suprême sillon,

Je veux que ma poussière unie à ta poussière

Dorme sous lolivier natal, ô Roussillon !

 

Je veux que ma substance emmêlée à la tienne

Soit un ferment nouveau de ta fécondité,

Et je veux que ta voix méditerranéenne

Me berce dans la mort et dans léternité.


Aux morts de mon pays

 

Poème dit par Madeleine Roch, sur la scène

de la Comédie Française, le 18 novembre 1922

 

...Vous naurez même pas de place au cimetière.

Vous êtes tombés, seuls, sur des champs inconnus.

Aucune main dami na fermé vos paupières.

On ne sait pas ce que vos corps sont devenus...

 

Quand Novembre viendra sur les grands jardins blêmes,

Quand la Toussaint fera tomber ses feuilles dor,

Vos mères niront pas, avec des chrysanthèmes,

Pleurer devant la tombe où repose leur mort.

 

Vous ne dormirez pas en terre catalane,

Près du petit chemin paisible où nous passons,

Et le vent familier qui berce les platanes

Ne vous bercera pas de sa bonne chanson.

 

Inconnus, confondus dans limmense hécatombe,

Nul ne peut, maintenant, vous sauver de loubli.

Le glas ne sonne pas pour un soldat qui tombe,

Et cest le soir venu quon vous ensevelit !...

 

Sans cercueil, sans adieu, sans larmes, sans prières,

Sans le dernier baiser de ceux que vous aimez,

Sans la petite croix où senroule le lierre,

Dans la nuit, par les bois, sous la fange, dormez...

 

Dormez ! Votre sommeil est beau comme une aurore.

Demain, les angélus du bonheur sonneront ;

Vous ne serez pas là pour voir les blés éclore,

Mais ce sont vos épis que nous moissonnerons !

 

.../...

 

Le monde avait besoin pour que tout saccomplisse

De son sang le plus pur et le plus vigoureux.

Vous êtes la rançon de ce grand sacrifice,

Et cest par vous que nos enfants seront heureux.

 

De ce sang répandu dans les sillons déteules,

De ce ferment sacré monte déjà la fleur,

Et les peuples, un jour, assis autour des meules,

Béniront la besogne obscure du semeur.

 

Et nous, les survivants de la grange et de laire,

Nous qui recueillerons aux champs de lavenir,

Le prix de ces printemps et de ces ossuaires,

Nous ne toublierons pas, martyr !

 

Nous ne toublierons pas. Dans la plaine arrosée,

Quand nous verrons le grand retour de Messidor,

Nous nous rappellerons que cest votre rosée

Qui fit épanouir pour nous la moisson dor.

 

Nous ne toublierons pas. Car cest avec ton rêve

Que nous entrons vivants dans la réalité,

Que nous reforgerons le soc avec le glaive,

Et que nous cueillerons demain le blé qui lève

Dans les champs rajeunis de la fraternité.

 

Albert Bausil (1881-1943)

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14 octobre 2012 7 14 /10 /octobre /2012 19:11

 images-copie-20.jpeg  L'exposition consacrée à "L'art en guerre", au musée d'art moderne de la ville de Paris, jusqu'au 17 février, (*) présente des oeuvres composées pendant la 2ème guerre mondiale et des analyses sur la résistance ou la collaboration des artistes français. 

 

L'article consacré aux "Visiteurs du Reich" (**) revient sur le voyage de quelques peintres à Berlin, le 6 novembre 1941 : Derain,, Vlaminck, Van Dongen, Othon Friesz, D. de Ségonzac s'y rendent, après l'excursion des écrivains collabos du 20 octobre 1941.

Maillol ne va pas à Berlin, mais se rend à la réception de l'Institut allemand à Paris, en juin de la même année, en compagnie de son épouse, de Derain, Despiau, Segonzac, Marcel Déat et, bien sûr, Robert Brasillach, originaire de Perpignan.

 

Ensuite, l'article du journaliste Léopold Sanchez se montre plus ironique à l'égard du sculpteur de Banyuls : Maillol n'est pas allé à Berlin, à cause de son âge -80 ans en 41- et a prétexté un surcroît de travail... 

 

Des rumeurs depuis des décennies, mais jamais de preuves, de lettres, de photos...

 

Ensuite, l'article raconte : " Néanmoins Maillol reçoit régulièrement des soldats allemands chez lui, à Banyuls. Il faut dire que l'art de M. est très apprécié outre-Rhin depuis la fin 1900, grâce notamment à l'action du mécène et collectionneur Von Kessler. En 1943, M. demandera à son ami Arno Breker (le sculpteur officiel du régime nazi a vécu dans les années 1920 à Paris, fréquentant alors Cocteau, Maillol, Brancusi) d'intervenir auprès es autorités afin d'obtenir la libération de son modèle Dina Vierny, et il laissera des travailleurs de ses ateliers donner un coup de main à son collègue à Berlin..."

 

 

(*) Le Monde du 14 octobre 2012, article de P.Dagen.

(**) hors-série de "Beaux-Arts/Le Nouvel Observateur" (oct.2012-7,50 euros)- page 76.

 

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13 octobre 2012 6 13 /10 /octobre /2012 15:48

   images-1-copie-12Le monument à Cézanne a inspiré le monument aux morts de Port-Vendres : commandé en 1912 par un comité d'artistes d'Aix-en-Provence présidé par Frantz Jourdain , il consistera en une simple statue de femme vêtue portant une branche d'olivier. Pour Maillol, cette composition classique était la meilleure manière d'évoquer le peintre. L'oeuvre fut refusée après une violente campagne de presse.

 

* Etude : Femme assise les jambes allongées, étude pour le Monument aux morts de Port-Vendres

avant 1923

I015410.jpg

Description

statuette en terre cuite

Désignation

statuette

étude

Matériaux et techniques

 

terre cuite - H. 0.213 ; L. 0.28 ; P. 0.147 m.

** 1923 : Le Monument aux morts de Port-Vendres : bronze exposé à Paris

L'œuvre est une sculpture en bronze. Créée en 1923, elle représente une femme allongée tenant dans sa main droite des branches d'olivier. L'original en pierre est situé à Port-Vendres, sur le port, au sommet de l'escalier de la place de l'Obélisque. L'oeuvre est classée au titre des monuments historiques par arrêté du 17 MARS 1994.

   Le modèle est Dina Vierny.

 

   LA SCULPTURE A ÉTÉ ÉRODÉ PAR le vent marin, les EMBRUNS, PUIS ENDOMMAGÉ PAR UN ACTE DE vandalisme EN 2002. L'ANALYSE PRÉCONISE UN DESSALEMENT ET L'APPLICATION D'UN BADIGEON DE CHAUX. L'OEUVRE SERA AINSI STABILISÉE.

   MAIS IL FAUT ENVISAGER sa dépose et sa mise à l'abri. dans le cadre de la recomposition prochaine de la place, fidèle à la strcuture du XVIIIème siècle On ne sait pas encore si le monument fera toujours face à la rade de Port-Vendres, ou si elle perdra l'axe stratégique qu'elle occupe dans la composition urbaine...

 

La sculpture est installée depuis 1964 dans le jardin du Carrousel aux Tuileries, dans le premier arrondissement de Paris. Elle fait partie d'un ensemble de statues de Maillol exposées en plein air.

 

   Depuis des années, Dina Vierny pestait contre les maires successifs de Port-Vendres : ils refusaient de restaurer la statue et même de la confier à Mme Vierny. La direction régionale des affaires culturelles du Languedoc-Roussillon vient de décider de restaurer des oeuvres protégées au titre des monuments historiques.En janvier 2012?, Philippe Bromblet, ingénieur de recherche, s'est rendu à Port-Vendres pour étudier le monument aux morts.

 

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12 octobre 2012 5 12 /10 /octobre /2012 21:21

images-copie-19.jpeg   Une journée en terre d'Aude, villégiature dans les nuages, puis dans le bleu du soleil. Julien prit conscience qu'il s'agissait bien d'un pays âpre, depuis la traversée des blanches Corbières, à partir du cirque de Vingrau-Tautavel, en passant par les figuiers de Paziols et les vignobles de Tuchan... 

 

   Un pays de vignerons, de travailleurs, d'hommes de pierres, un autre "Terre courage", qui s'illumine devant un grand panneau rouge vantant "Midi Libre" : le touriste croit à un village révolutionnaire alors qu'il s'agit d'une publicité pour le quotidien local. A force d'être répétée de faon automatique, les plus belles expressions se changent, hélas, en poncifs...

 

Verjoul arrive dans la cuvette ocre de Lagrasse : par ce matin froid d'octobre, le hameau est désert; le vent s'engouffre dans l'église Sainte-Marie et soulève la bure des deux jeunes chanoines entrevus dans la cour néoclassique de cet admirable ensemble architectural. "Ils travaillent beaucoup!", glisse la fille de l'accueil; ils reçoivent le public à partir de 15h, sauf vendredi et dimanche...

 

Lézignan -Corbière se traverse vite pour monter vers Minerve. Aude, pays cathare : le slogan touristique est racoleur, mais il est vrai que les Audois, par leur ascétisme et leurs valeurs républicaines, ressemblent à des "Parfaits". Julien se sent aimer ce territoire de vignes, d'églises, des monts et de vaux, de citadelles ruinées tout en haut de leur vestige...ou d'un bel orgueil érigé tout en haut de son vertige...

 

Minerve est un village-escargot creusé par les eaux fantomatiques de l'Orbieu, mais depuis 23 millions d'années, les pluies  d'hiver ont défoncé la montagne, creusé les rocs, inventé des grottes, un temple de pierrailles, un univers féerique, où des artistes anonymes ont imaginé la plus originale des "installations" muséales : des caïnrs par dizaines, tels des petits soldats, sous ce tunnel labouré par les temps antediluviens...de petits hommes préhistoriques... L'Aude, connue par ses élévations, de Puilaurens à Carcassonne, est aussi un pays de gouffres et de mystères enfouis...

 

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11 octobre 2012 4 11 /10 /octobre /2012 12:15

affiche-vilaceque.jpg  *  Visions urbaines- Atelier Terre et Toile - Le Boulou - vernissage vendredi 12 octobre à 18 heures. www.espacedesarts.pro  - 0468833632 - Présentation du livre "Reflets d'étoiles"-

 

** Maurice Azra expose au Palais des Congrès =

Art-Epac vous propose une grande exposition d'Art du 22 au 27 octobre 2012 au Palais des Congrès de Perpignan. Le vernissage aura lieu le mardi 23 octobre à partir de 18.30h. Vous pourrez comme à l'habitude faire connaissance avec 6 artistes de grand talent sélectionnés pour les plus difficiles des amateurs d'Art.

 

Notre sculpteur sera une sculptrice sur Bronze. Marie Frédérique VIPREY viendra vous présenter ses bronzes. Fred a passé une partie de sa vie en Afrique et a retrouvé les montagnes des Pyrénées, terre qui l'a nourrie corps et mémoire poétique. Son évidente créativité s'exprime à travers elle même. Son travail la porte vers la Vie. Le bronze en fusion vient à son tour participer à sa création, donne à partager et ressentir pour longtemps.

Des pièces magnifiques à retrouver lors de cette exposition. 

 

***Affiche-bruixes-PT-avec-cadre-ok--.jpg  Fête des sorcières à Tresserre - 26 & 27 octobre 2012 -

 

 

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10 octobre 2012 3 10 /10 /octobre /2012 18:25

images-copie-18.jpeg "Anti-terrorist variety 2002" du Chinois Chen S.

 

    

 L'installation venue du FRAC (1) occupe le couvent des Minimes, rue Rabelais, à Perpignan. 

 

Le lieu devait être dévolu à un centre international de photojournalisme, c'est-à-dire aux photos de reporters qui, de par le monde, veulent montrer la "réalité" des conflits, des désastres, des pollutions, etc... Réalisme des images, crudité des photos, voilà ce que montre depuis trente ans "Visa pour l'image" dans la cité catalane. 

 

De façon paradoxale, la machinerie de "Un monde invérifiable" veut montrer que l'information médiatique (journal télévisé, reportages sur les chaînes ou le net...) ne donne pas à voir la réalité, mais le "spectacle du monde": on s'installe devant l'étrange lucarne, à 20 heures, non pour apprendre, prendre conscience des malheurs de la Terre (but, en théorie,  de "Visa pour l'image"), mais pour se distraire, visionner le film quotidien mondialisé, se laisser séduire de façon morbide par les "faits divers" que constituent les révolutions islamiques ou les accidents nucléaires au Japon...

 

Il s'agit là des productions d'une "société du spectacle", analysée et dénoncée depuis des décennies par les "Situationnistes". Le flux ininterrompu de l'information, le trop-plein de "nouvelles" et d'informations tue l'information : le téléspectateur est plongé dans la "distraction", au sens pascalien : il est détourné des vrais problèmes, chômage, crise organisée ou pas, avancée du racisme et du communautarisme...

 

L'installation du FRAC met l'accent sur les simulacres, étudiés en son temps par Jean Baudrillard. La réalité n'est pas le réel. Ce que nous voyons est-il authentique ou une illusion ? Derrière les masques que nous prenons pour vivre en société, au travail, dans la hiérarchie d'une entreprise, qui sommes-nous ? Socrate voulait déjà se "connaître", mais c'est une tâche immense...Par conséquent, pour connaître l'autre, notre ami, notre compagne ou notre supérieur, c'est encore plus difficile...Surtout quand certains endossent des vêtements ou bourquat pour mieux se cacher ou mieux nous observer...

 

      Identité que l'on ne peut identifier, malgré les incessants contrôles d'identité de la police et des bureaucraties pour vérifier nos papiers, citoyens "normaux" ou basanés ou "sans-papiers".. !

 

    Réalité irréelle, ou incomplète (déjà, l'artiste de Lascaux ne nous montre qu'une part du contexte où il vit : des bêtes, mais pas la femme ou sa compagne, pourquoi ? Machisme de l'homme préhistorique ?), réalité falsifiée souvent par les régimes dictatoriaux (personnages indésirables ôtés des photos officielles, sous Staline et consorts...)

 

Ces interrogations sur les illusions du réel et les manipulations de l'image, ce n'est pas nouveau : Walter Benjamin, avant les Situationnistes, qui l'ont pillé, ou Dali, s'intéressant aux illusions d'optique, à la stroboscopie (voir ses œuvres au musée de Figueres)...

 

Alors, l'exposition (ce n'est pas le mot qui convient : les mots, aussi, trahissent et ne disent pas le vrai ou le réel !) du couvent, lieu dévasté, fantomatique, pour un monde angoissé, qui se cherche, veut, selon le mot de Jordi Vidal, faire "entrer Perpignan dans la modernité"...

 

Enfin... Jordi vint (!) et 50 ans d'expositions "réalistes", à Perpignan - de peintres locaux, usant et abusant, de Bausil à Serge Fauchier, de la "représentation" réactionnaire ou du portrait conventionnel -, furent balayés ! Enfin, avec les trésors du Frac, l'avant-garde investit Perpignan, province attardée: la complémentarité nouvelle avec la Région fait venir un souffle nouveau : le conflit entre Bourquin et Alduy/Pujol serait éteint, le président de Région venant subventionner L'Archipel et ouvrir ses collections régionales...

 

Le public, très nombreux, hier mardi, fut lâché et livré à lui-même dans le labyrinthe des Minimes : on ne comprend pas tout de suite, ces "œuvres" contiennent une "thèse" (pas d'émotions, ou si peu: il faut comprendre et l'œuvre n'est pas "ouverte" car le visiteur ne peut prolonger l'objet montré); il fallait lire le fascicule offert à l'entrée, ou tenter de suivre Emmanuel Latreille, commentant pour un petit groupe d'intimes; il disait en fait ce qui était écrit sur les cartels. Il manquait un commissaire d'expo pour accompagner ces visiteurs désorientés ! Les discours officiels ne suffisent pas, loin de là...

 

Le dispositif est ambitieux, voire prétentieux : montrer les contradictions du présent, faire vivre une "image dialectique" qui met en cause les évidences du monde médiatique : or, tout est flou, duplice, incertain, à l'opposé des convictions mercantiles des imposteurs qui ont le pouvoir des images.

 

L'image et le mot ne sont pas à prendre "au pied de la lettre", on en est convaincu. Cependant la réalité existe bel et bien : celle des peuples massacrés, bombardés, celle de la mort atroce des individus piégés dans les tours du World Trade Center... Il s'agirait de rendre hommage à ces martyres au lieu de fabriquer l'illusion que tout est illusoire dans le circuit iconique et médiatique...

 

A ce propos, le jeu d'échecs de l'artiste chinois Chen Haoxiono, s'amusant des tours qui s'écartent pour éviter l'avion terroriste, nous met mal à l'aise, supprimant toute "morale" du dispositif proposé...

 

  - - -

(1)Fonds régional d'art contemporain - collection dans les réserves (le frac est un musée sans local) accessible en ligne sur le site www.fracir.org

 

Exposition du 10 octobre au 24 novembre 2012 Œuvres du Frac LR : Mathieu K. Abonnenc, Tjeerd Alkema, Édouard Boyer, Maurizio Cattelan, Philippe Decrauzat, Simone Decker, Omer Fast, Pierre Huyghe, Rolf Julius, Jean-Pierre Khazem & Éric Duyckaerts, Ange Leccia, Hamid Maghraoui, Fiorenza Menini, Pipilotti Rist, Christian Robert-Tissot, Dario Robleto, Jean-Claude Ruggirello, Sarkis, Chen Shaoxiong, Taroop & Glabel, Grazia Toderi
 

 

 

Un monde invérifiable | Couvent des Minimes, Perpignan

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  • professeur de lettres, écrivain, j'ai publié plusieurs livres dans la région Languedoc-Roussillon, sur la Catalogne, Matisse, Machado, Walter Benjamin (éditions Balzac, Cap Béar, Presses littéraires, Presses du Languedoc...
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