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25 février 2012 6 25 /02 /février /2012 15:46

_MG_9502.CR2.jpg  Regard vers le passé. Texte écrit il y a dix ans : il me semble encore actuel dans la crise actuelle :

 

  Pour oublier les tendances décadentes du pouvoir (affairisme, fin des idéologies, quête de l'argent ou des honneurs, célébration du marché et de l'individualisme, perte du sens civique, abstention massive lors des élections, vengeance du prolétariat qui se tourne vers l'extrémisme trouble, morosité ambiante, doutes et malaise...),la société du spectacle s'oriente vers des mondes nouveaux, des images de rêve susceptibles de redonner courage et dynamisme à une société bloquée, à une démocratie molle : glorification de l'effort grâce au sport (J.O. d'Alberville, relayés bientôt par ceux d'été), au dépassement de soi (sports, aventures style d'Ushuïa...). 

   Cette société regarde en arrière et instaure des cérémonies nostalgiques : cinquième centenaire de la découverte de l'Amérique, après les fastes du bicentenaire de la Révolution française : fêter la République, chercher des forces, une inspiration dans les valeurs et hauts)-faits de l'Histoire...

 

   Ce "regard rétroactif" veut-il signifier que "la marche en avant" est désormais achevée, impossible, désormais. S'agit-il, comme le prétend Kukosawa, de la "fin de l'Histoire" ? Avec la chute de l'idéal communiste, le monde androgyne, revenu de ses déchirements, de son affrontement bi-polaire est-ouest, aurait-il retrouvé son unicité perdue ? De cette situation est née la victoire du marché, horizon indépassable de la démocratie libérale...

 

   * Oeuvre moderne, celle qui sait naître de l'oubli.

 

   * De Platon à Plotin. D'Alcan à Lacan. De Freud à Freund. De Marx au mark. De l'heure heureuse à l'euro...

 

   * Les mots. Ils ne sont que les traces de démangeaisons causées par les araignées de la main...

 

   * N'avoir de considération que pour les derniers mots ! Ceux-ci, seuls, sont dignes d'impression !

 

 

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24 février 2012 5 24 /02 /février /2012 17:10

_MG_9384.CR2.jpg  * Malgré toute sa force brutale, bestiale, fractale, le vent ne peut rien contre les ventouses du jecko, lézard des préhistoires exposant son silence d'orgueil au soleil de minuit. 

 

   *  Eté : atteindre le gouffre plein du savoir, cette mer de vase dévoreuse, mère mouvante. Aller jusqu'au désert compact, la mériter pour obtenir la récompense d'un enfant, la pureté d'un mirage, la gourmandise de l'indicible plaisir du rien, du non-savoir des origines. (Collioure, 12.7.1992)

 

   * Mire la mer (avant de l'écrire ?). Se caler entre les galets qui font le dos rond. Etre mouillé par le vent salin qui vient humecter la plage. Ses jambes implorent une impossible marée.

 

  *  J'étais au sommet comme un corail profond. Je voyais le bout des terres, la pointe rouge de la mer depuis mon nid préhistorique. Je dévorais la montagne des calanques, vertes de thym et de lumière d'incendie. Soleil dans les yeux, soufre au fond du nez.

    Les feux étaient pourtant morts d'angoisse à l'idée de lécher la conque de la mer, de peigner la douce ennemie, de brûler de plaisir les bateaux...

  Victoire, tu prêtais le soleil comme un premier matin sur une terrasse d'ifs, insérée dans une baise grise endormie, inhumaine...

   Ile hypothétique d'un nouveau monde. Je restais là, prostré dans la chaleur du Bengale, prisonnier des mâchoires du spectacle solaire... Hébété jusqu'au soir, jusqu'au cercle ocre de la mort inscrite dans les pins dégénérés de Cassis.

   Redescendre vers l'embrun, vers la pluie des rivages, avec des espoirs de plein midi réitérés. Ecouter ton chant, montagne, suivre ta loi inflexible, Nausicaa, à la triple roche élevée. 

   Demain, je planterai la tente à la crête du chemin de ronde. Pour une randonnée farouche sur l'immobilité du temps...

 

  * La langue de brouillard marin enveloppe de façon si rationnelle le faubourg du petit village et le théâtre de la mer que l'on ne voit plus les acteurs angéliques jouer la pièce tragique de Federico Garcia Lorca...

 

  * Mots de l'aventure. L'Argentière, Saint-Clément, Embrun, juin 92 : l'épopée du Raft. Longue descente de la Durance. Patience, esquive et endurance...

       Ne restaient plus que quelques méandres, quelques écueils, quelques trous sombres. Les corps marins, les pieds lourds et les peaux bleues de frisson et de froid, sous les falaises de Châteauroux, sous les montagnes de l'Embrunais... Nous ne rêvions plus, à l'arrivée, corps trempés, yeux mouillés, aux embruns du danger, amis à un alcool bien chambré, aux quatre coins d'une cheminée... (photo : Nadine de Brabandère)

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23 février 2012 4 23 /02 /février /2012 20:13

images-1.jpeg  Décevant, j'attendais plus de danse, plus de claquettes, plus de brio ! Un début rythmé, puis un long tunnel de dépression, avant une fin convenue. Mais le chien est parfait ! Comme il joue bien, Milou !

 

   Les Américains adorent "The artist" parce qu'ils peuvent comprendre le titre et lire sur les lèvres des acteurs (ils prononcent en anglais), parce que c'est leur histoire (le krach de 1929), leur mythologie (ciné muet, Fred Astaire...) ! Nous, avec Dujardin, on pense à Maurice Chevalier et... à la Collaboration...

 

  Et la séduction de ce beau couple ! Quand on sort du ciné, on se trouve laid, on revient dans le monde prosaïque, avec ces couples tristes, avec ces jeunes décervelés se gavant de pop-corns et laissant une salle jonchée de papiers, de programmes...

 

   On se demande pourquoi l'artiste n'avoue pas son amour tout de suite à la jeune admiratrice; par orgueil ? Non, c'est un homme qui ne s'exprime pas : sa femme lui reproche de ne pas parler; il ne dit pas ses sentiments; il 'a donc plus de succès quand l'ère du ciné parlant arrive. Il faudra tout l'amour de Bérénice pour que Dujardin parle enfin ! 

 

    Voici une seconde carrière pour lui, avec le parlant ! Salut, l'artiste !

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22 février 2012 3 22 /02 /février /2012 19:24

_MG_9268.CR2.jpg  * Jetant un regard en arrière, nous mesurons le chemin parcouru et sommes troublés plus que tout par les nombreux miroirs que nous avons rencontrés." Léo Spitzer (L'art de la transition chez La Fontaine)

 

   * Penser, c'est facile quand tu as du recul, loin de tout ce monde pris dans le travail, les déplacements, les courses, la préoccupation de l'argent, des vacances, des repas...

 

   * Ecrire tour à tour dans toutes les pièces de la maison, sous l'injonction mobile du soleil qui me fait écrire au fil du temps dominateur.

 

   * La "trope" joue un "tour" au lecteur. Et l'écrivain s'amuse avec les outils du style !

 

   * Je relis la Prose du Transsibérien, ce spectacle forain. Prose poétique. J'assiste à un rapprochement saisissant entre ce début de siècle 1905 et la chute d'un monde, à l'Orient : interrogations, déplacement imaginaire vers les espaces de l'Est, avec le retour de la Russie et des Républiques indépendantes de l'ex-URSS...

 

   * Je ne voudrais pas m'ennuyer, condition selon Roger-Martin du Gard, pour devenir un bon écrivain...(Lettres, page 39, je n'ai pas noté l'édition).

 

   * Cioran : "Qu'est-ce qu'un artiste ? Un homme qui sait tout, sans s'en rendre compter. Un philosophe ? Un homme qui ne sait rien, mais qui s'en rend compte." (Le crépuscule des pensées).

 

   * Pourquoi j'écris ? Je répondrai comme Blaise Cendrars : "Parce que..."

 

   * Littérature : j'aime cette formule d'Alain Corbin : "La rumeur des viscères."

 

   * La modernité a privilégié la recherche formelle. Les contemporains veulent la lisibilité immédiate, le dialogue des réseaux sociaux, les contacts rapides avec "Facebook", la parole spontanée, la publication instantanée d'une photo, d'un poème, d'un sentiment... Que restera-t-il de cette masse d'écrits et d'oeuvres éphémères..?

 

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20 février 2012 1 20 /02 /février /2012 19:12

 

   * L'éblouissement à Collioure avec elle. La balade, mille fois expérimentée, est nouveauté, beauté, redécouverte des rues, de l'église, des façades, du château, des plages... Les lieux sont neufs avec les yeux de l'amour. 

 

    Ils parcourent un village désertée, au coeur de l'hiver; un pêcheur italien qui traque, au crépuscule, les poulpes malins dans leurs fosses noires et rocheuses. "C'est un animal aphrodisiaque ! ", rit-il. Derrière l'église, dans l'ombre et le vent froid, une femme de Lituanie venue ici jouer de l'accordéon pour quelques euros; elle parle assez bien le français.  : "Pourquoi ne vous mettez-vous pas au soleil; on se gèle ici, près de la Moulade ! 

- Parce que, à cet endroit, ça marche, les gens donnent ! Mais au soleil : rien !"

 

   Il la guide à travers le petit port. Elle prend des centaines de photos; elle s'approprie Collioure en remplissant sa machine d'images. Il faut courir jusqu'au phare pour capter, prendre, cadrer les deux voiles latines : deux barques catalanes face à la mer, dans le soleil. Chacune est seule dans la rade, mais dès la pleine mer, elles se suivent, se rapprochent, dansent comme un ballet nuptial. Les voiles font l'amour. Deux voiles pour deux amants qui, s'ignorant quelques jours auparavant, se réunissent ici et trouvent, se retrouvent presque comme ils auraient dû le faire il y a une éternité...

 

   Entre deux photos, ils se prennent la main. Entre dix et vingt prises de vue, ils s'embrassent. A pleine bouche comme en pleine mer. Ils y sont quasiment, ils la cernent, la dominent depuis l'étroit chemin qui mène au phare. Ils sont si près des felouques qui se caressent du bout des voilures ! Ils voudraient voguer là-bas, sur la mer calme, d'un bleu à peine veiné par un rayon de soleil. Faire l'amour sur l'eau, sur l'horizon, sur une ligne imaginaire, loin des limites du port... Se serrer fort à cette hauteur de poésie pour montrer que le lieu importe peu, même s'il donne des ailes au sentiment...

 

   Ils resteront là un long moment à regarder, à prendre la mer, à la prendre en images. Lui, c'est cette belle femme rousse qu'il voudrait prendre, dans la solitude et la beauté de la plage. Il pourra l'inviter à monter dans la colline des oliviers, par les acrobates escaliers de schistes, jusqu'au moulin. Inutile de capter le bonheur dans la mémoire numérique. Il est là, tout près, au plus profond...

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19 février 2012 7 19 /02 /février /2012 11:58

rousseau.jpeg   2012, année Rousseau, on fête les trois cents ans de sa naissance : alors, je relis Rousseau, la part poétique surtout : les Rêveries du promeneur solitaire. Ces commémorations littéraires voulues par l'Etat ne sont pas tout à fait absurdes : elles permettent de se replonger dans l'oeuvre d'un classique. Rousseau, auteur capital dans de nombreux domaines. Ecrivain prolétaire, menant une vie de bohème, d'exilé, de sans-papier et inspirateur des révolutionnaires !

 

Rêveries d'un promeneur solitaire. Rêverie, synonyme de délire ou de vagabondage, ce n'est ni le songe, fiction, chimère ou vision pendant le sommeil, ni le rêve, méditation, pensée profonde.

    La rêverie dans la nature est l'activité heureuse de l'imagination et du souvenir.  Elle permet à Rousseau d'oublier ses malheurs, le harcèlement des autres, les méchancetés de la société; elle lui procure ce "ravissement inexprimable qui consiste à se fondre dans le système des êtres et à s'identifier avec la nature entière." "J'aime mieux fuir les hommes que les haïr."

 

Dans le lac de Bienne, à l'île Saint-Pierre, près de Neuchâtel, au nord de Lausanne, Jean-Jacques retrouve la joie intérieure de jadis : chaque détail vise à recréer en lui une atmosphère capable d'émouvoir sa sensibilité physique. Il se voue à l'oisiveté, il est conscient de sa passivité; il ne veut que se sentir vivre. Pour exprimer ses plaisirs sensuels intimes et, de ce fait, difficilement communicables, Rousseau va utiliser la plus belle des proses, une écriture lyrique aux modulations harmonieuses; travail sur le rythme, enchanteur, susceptible de traduire le mouvement de la marche, de l'eau, des nuages, de l'avancée des sensations, de la montée d'un orgasme plus affectif que sexuel... La prose s'adapte aux mouvements de l'âme, aux ondulations de la rêverie. Dans cette ode à la Nature, l'être se purifie et se contemple dans son essence.

 

      Il retrouve une solitude voulue, à présent : "J'aime à me circonscrire (à vivre retiré). Quoique je sois peut-être le seul homme à qui sa destinée en a fait une loi, je puis croire être le seul qui ait un goût si naturel."

 

Dans ce retirement, à pied, herborisant ou couché dans sa barque et dérivant au gré de l'eau sur le lac de Bienne, l'oeuvre est un monologue; l'auteur est seul face au monde naturel dans cette autobiographie, sincère, cette fois-ci : on est loin des Confessions... Il se retrouve dans le lieu et la solitude : "Mes heures de solitude et de méditation sont les seules où je sois pleinement moi et à moi." Le livre s'ouvre sur cette phrase : "Me voici donc seul sur la terre, n'ayant plus de frère, de prochain, d'ami, de société que moi-même..."Face au mépris et aux mesquineries des hommes, Rousseau découvre que le bonheur est en chaque homme : "la source du vrai bonheur est en nous..."; il veut fixer ces instants; ensuite, la lecture fera revivre cette jouissance (première promenade).

 

      En outre, solitude et plaisir des sens, rêverie et contemplation de la beauté environnante lui rendent conscience de son être : "Ces heures de solitude et de méditation sont les seules de la journée où je sois pleinement moi et à moi sans diversion, sans obstacle et où je puisse véritablement dire être ce que la nature a voulu." (deuxième promenade).

 

Le rôle de l'écriture est de retranscrire ces promenades, ces enchantements, ces extases, mais ce bonheur peut aussi conduire à l'inactivité et à ne plus écrire (cinquième promenade). Alors, la rêverie et la balade, menant à l'ataraxie, aux portes du paradis, s'approchent aussi de la création divine; loin des hommes, en exil, dans l'asile suisse, Rousseau ressent son autonomie, son être profond : "De quoi jouit-on dans une pareille situation ? De rien d'extérieur à soi, de rien sinon de soi-même et de sa propre existence, tant que cet état dure on se suffit à soi-même comme Dieu."  H.Rousseau.jpeg L'éden, selon Henri Rousseau (dit "Le Douanier Rousseau")

 

 

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18 février 2012 6 18 /02 /février /2012 10:55

Le Dalí de la collection Sabater

dali_paysage-de-l-emporda.jpg Vivante ! Tel est le mot qui qualifie le mieux l'exposition tout juste commencée à l'espace Dalí haut perché sur la butte Montmartre.

Après avoir été présentée durant deux ans au musée de Cadaquès, elle s'installe jusqu'au mois de mai dans le seul musée de France entièrement dédié à l'artiste surréaliste catalan.
L'on y découvre, autour des sculptures appartenant à l'espace Dalí, une centaine d'œuvres dédicacées par Salvador Dalí à son secrétaire particulier et ami Enrique Sabater - qui en possède quelque trois cents.

Pour l'histoire, les deux hommes font connaissance en 1968, alors que Sabater est un jeune journaliste venu l'interviewer à son atelier de Port Lligat en Catalogne. La conversation s'installe et Dalí lui dit de revenir le sur-lendemain pour poursuivre les échanges. Et ainsi de suite de jour en jour, si bien qu'une amitié se construit progressivement. Au bout de quelques années, Sabater devient non seulement le comptable, le conseiller, le chauffeur, le garde du corps et l'attaché de presse de Dalí, mais aussi le complice de la vie quotidienne du couple qu'il forme avec Gala. Ce lien durera jusqu'en 1981, soit plus de douze ans.

L'exposition témoigne pleinement de cette confiance. Y sont présentés pêle-mêle, dans une ambiance un peu foutraque absolument délicieuse, photos, livres, dessins, huiles, aquarelles, maquettes et gravures tous dédicacés de la main du maître à son ami.
A travers ces œuvres, c'est tout un univers qui s'ouvre au visiteur : celui d'un artiste brillant, profondément enraciné dans la culture littéraire classique et en même temps révolutionnaire, mais aussi d'un homme d'amour (quelle tendresse se lit sur les photos le montrant avec Gala !) et d'amitié, qui octroyait avec générosité les dédicaces aux personnes qu'il aimait - les œuvres exposées en sont la preuve matérielle.

dali_quin-elisabet.jpg  L'image publique du mégalomane se pavanant tel un paon faisant la roue est remise à sa juste place derrière le témoignage d'Enrique Sabater qui révèle combien cette attitude était calculée : "Dalí et Gala étaient des gens simples. Leur vie à Port Lligat, c'était la routine : Dalí peignait durant de longues heures et Gala lui lisait ses textes préférés pour le relaxer. Dalí me demandait toujours de lui rappeler la visite d'un journaliste cinq minutes avant, pour qu'il mette son "costume d'interview". Dès qu'il était en présence d'un inconnu, son ton changeait, il se métamorphosait pour interpréter son rôle".

Il faut prendre le temps de déambuler au milieu des œuvres pour ressentir l'extraordinaire vitalité qui s'en dégage : liberté absolue, inventivité débridée, mais avec toujours un fini soigné, des couleurs qui font mouche, des lignes virtuoses - ses splendides dessins à l'encre de chine évoquent une calligraphie traditionnelle qui aurait pris ses aises...
On en ressort tout régénéré, avec l'avis que le charme du surréalisme a aujourd'hui encore de beaux jours devant lui, tant l'on a besoin de sa fantaisie et de sa légéreté, qui chez le Catalan s'épanouissent avec une grâce particulière.

Signé Dalí - La collection Sabater
Espace Dalí11 rue Poubot - Paris 18ème -- M° Anvers, Abbesses, bus 54, 80 et Monmartrobus- TLJ de 10 h à 18 h - Entrée plein tarif 11 € - Jusqu'au 10 mai 2012

Images : A Sabater, Paysage de l'Empordà, huile sur cuivre - 18 x 23,7 cm - 1978 © Collection Enrique Sabater
A Sabater, une accolade sur le Quin Elisabet (sic) Encre sur papier - 28,5 x 44 cm - 1975 © Collection Enrique Sabater

** Aux éditions de La Merci : PAROLES-COUVERTURE.jpg 9 av. du Cap Béar- 66100- Perpignan-0468551874 - www.lamerci.fr (chèque bancaire de 20 euros)

**


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17 février 2012 5 17 /02 /février /2012 15:43

loto.jpeg    Le quine -ou loto, selon les régions- est un jeu convivial qui permet de se retrouver en famille ou entre amis, autour d'un carton et de passer quelques heures joyeuses ensemble.

  Même si le hasard, la chance, la bonne ou mauvaise fortune, limitent ici l'initiative du joueur, cette activité ludique exige cependant des qualités certaines. 

  Ainsi, une gymnastique précise des doigts est nécessaire pour placer sur les chiffres le témoin choisi : grain de maïs, lingot de Saint-Girons ou piécettes de deux ou cinq centimes d'euro. Surtout, c'est l'attention qui est sollicitée afin de ne pas omettre une annonce ou l'explication d'une règle du jeu : c'est pourquoi la salle exige le silence (mais c'est aussi par colère et jalousie) quand un malheureux apostrophe le sort en criant : "Emmène-le !".

 

  Parfois, par jeu et mimétisme, des groupes poussent la même exclamation -seul moment où le public s'accapare la parole-, et l'animateur, au micro, de réclamer le silence : son autorité a été menacée ! C'est surtout son pouvoir, né de la création verbale, de sa capacité à dire de "bons mots", en annonçant les chiffres fatidiques), qui est "volé", un instant, par l'auditoire...

 

  Cependant, cette rivalité est un rite : elle permet un dialogue amusant, un échange amical entre les joueurs et les organisateurs. Malgré les codes et les formules connues -et souvent coquines- (le 4: à 4 pattes; 66 : les deux en l'air; 69 : la culbute, ou la télé du pauvre;68 : l'antichambre...), les réparties sont joyeuses et souffle, souvent, au coeur de la rifle, l'esprit !

  Le bel esprit et l'humour sont incarnés par l'annonceur qui, en général, est une figure du village; il doit faire preuve d'imagination et d'invention langagière, afin que le jeu ne se résume pas à une affaire de gain, de lots gagnés ou de recettes pour un club, une association, etc...`

 

  Soudain, le vainqueur de la ligne ou du carton plein jette un explosif "Halte !" et la foule pousse un soupir collectif de déception; on attend la vérification en espérant que le joueur ait commis une erreur...  Hélas ! Mais ça recommence, voici une nouvelle partie; fusent les "Monte-le !", les "Touche-le !"; l'annonceur plonge sa main dans le sac bourré de nombres et sa voix enjouée distille des mots doux : "Le 6 : le facteur part en tournée!", le 9 : queue en bas : le facteur revient de tournée!"; "68 : à la porte du bonheur !"; "75 : les Parisiens, les envahisseurs !"

 

   Le public s'amuse, rigole; on boit des bocks, des cafés... On ignore le plus souvent que le quine, à l'origine, était un jeu de bagnards; il était fait pour faire patienter ceux qui devaient partir pour la Guyane; les illettrés étaient légion, c'est pourquoi, on donnait à chaque numéro une appellation; les bagnards qui partaient de l'Arsenal de Toulon ont essaimé le loto dans tout le sud de la France...

 

   Les jambons sont partis, presque tous les lots ont été distribués... La soirée s'achève sur une "consolante" ! Les familles et les amis repartent chez eux bredouilles ou chargés d'un lourd panier, mais tous ont passé un agréable après-midi d'hiver dans le café de leur village ou de leur quartier...

 

   On se rejoue les parties : "70 : l'année terrible", "51: avec un glaçon", "54: Mireille", "69: en l'air et en bas", "33 : chez le docteur", "75 : boum-boum", "2 : c'est un mâle", "15: l'Usap", " 72 : lève la blouse !", " "59 : les gens du Nord", "11 : les deux gendarmes", "11 : les gens de l'Aude" ou : "les belles jambes", "7 : bien compté", "4 : chapeau !", " 14 :l'homme fort", "20 : il est chaud", "3 : en Champagne", "80 : dans le coin", "34 : le héros", "7 : la picasse", "12 : à la douzaine", "58 : la CRS", "26 : la musique", "30 : en poussant", "2: comme papa", "89 : la mère Denis"...  rifle.jpeg

 

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15 février 2012 3 15 /02 /février /2012 18:41

   * Je vais assister à une signature de Claude Simon chez Jean-Louis Coste, "son vieil ami", écrit L'Indépendant. L'écrivain de Salses dédicace pendant une heure son dernier livre; il fait très chaud au troisième étage de la librairie Torcatis. Claude Simon est très rouge; il n'a pas le temps de lever les yeux : il doit signer, c'est le labeur ingrat de l'écrivain; il doit inscrire un nom et une phrase, au préalable notés par l'acheteur sur un carré jaune offert par le commerçant. En effet, le romancier a des problèmes d'audition; ainsi, il ne va pas parler ni dialoguer avec ses lecteurs ou ses admirateurs; il ne les entendrait pas bien. Il a bien vieilli (quatre-vingt-quatre ans) et a grossi, aussi; il est pourtant venu pour cette corvée.

    Où est la littérature dans une telle situation ..? Dire que le Prix Nobel est si prolixe dans son roman Le tramway, si érudit dans ses entretiens dans les journaux (Le Monde, Libération venus le rencontrer dans son village des Pyrénées-orientales),  mais là, ce jour-là, il paraît fatigué, si pitoyable, esclave de ce jeu commercial, si manipulé par son public et les curieux; certains sont venus pour prendre des clichés, poser près de lui pour la photo du journal local, tandis que d'autres stagnent près des apéros et des amuse-gueule et qu'un petit groupe d'artistes ou d'intellos -Claude Massé, Henri L'héritier, Jean-Claude Marre - causent entre eux; Maurice Roelens, au regard toujours aussi malicieux, le prof de Fac qui en sait tant sur C. Simon, semble, dans son coin, mépriser ce carnaval littéraire, ce salon vénal, où l'on n'apprendra rien sur la littérature, mais qui en dit long sur les moeurs littéraires et éditoriaux... J'achèterai le livre sans faire la queue pour la dédicace. Adieu Claude Simon !  Je le retrouverai dans ses mots...

 

   * Sur L'espoir de Malraux, Claude Simon écrivit : "Pour moi, c'est un peu Tintin faisant la révolution."

 

  * Le 17 octobre 1985, à Gap, sur la page de garde de Du Domaine, de Guillevic, le jour même où Claude Simon a décroché le Nobel, le noble prix, pour un assez obscur "viticulteur" de Salses, dans les Pyrénées d'Orient, écrivain proustien à l'ombre d'un épais château de briques...

   Entre dix heures et dix heures trente, avec Eugène, les pages tournent trop vite; entre elles, un espace, un domaine trop blanc, territoire qu'on méprise au lieu de le méditer, le parcourir. Mais on s'obstine à lire les minces phrases proverbes, les vers suggestifs, vols de plumes, pas discrets sur la page; on tourne, on se grise dans le manège des pages, alors qu'on devrait avoir le courage de penser ou de rêver entre les frontières de l'encre...

 

* En Egypte, Victor Segalen se serait intéressé aux noms et inscriptions, notés sur des carnets oblongs. Au Japon, comme Roland Barthes, il aurait créé un nouveau genre littéraire en transcrivant les signes de la pub et les enseignes lumineuses des mégapoles nippones. Ecritures pérennisées dans la pierre, la matière tombale : croix, panneaux stellaires, écritures de la mort. A l'opposé, les narrations, les bandes dessinées à lire sur les obélisques égyptiens : écritures de la vie...

 

* A propos de racisme, revenir à Voltaire : "Quoi ! Mon frère le Turc ? Mon frère le Chinois ? Le Juif ? Le Siamois...?"

V. Segalen est plus tolérant en écrivant sur le divers, le différent : l'Homme est unique dans son infinie variété. L'autre, ce n'est pas l'enfer (Sartre), mais c'est l'ami : "Car c'était lui..." (Montaigne et La Boétie), et c'est l'amour : retrouver le vers 1782 du Misanthrope de Molière...

   Le raciste croit que l'autre, c'est le distant, l'étranger, le monstrueux : c'est la tronche du Sauvage, le noir des cheveux, le jaune de la peau, le rouge de la violence, le cri du Barbare, autant d'éléments physiques. Mais aussi l'exclusion s'exerce tout au long de l'histoire des Hommes sur les êtres marginaux, la Sorcière (reprendre Jules Michelet), le maître de la parole, le bonimenteur, le prince de l'animisme, l'as de la sorcellerie...

 arbre-et-racines.jpg

 

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14 février 2012 2 14 /02 /février /2012 17:17

 

 

   ***  Duprat, l'homme qui pensa le Front National conférence de Nicolas Lebourg

lebourg.jpg  Librairie Torcatis, rue Mailly - Perpignan, jeudi 16 février 2012, de 18:00 à 19:30

 

Nicolas LEBOURG/Joseph BEAUREGARDFrançois Duprat, l’homme qui inventa le Front National Impacts. Mise en vente le 9 février 23,50 euros.

 

François Duprat ? C'est un spectre qui hante la vie politique française. Y penser parfois, n'en parler jamais. Numéro deux du Front National, assassiné dans un attentat à la voiture piégée en 1978, son simple nom a laissé un parfum de souffre. Son mystérieux assassinat en a fait le « martyr de l'extrême droite », un personnage rêvé pour les affabulations complotistes et les histoires paranoïaques. On l'a dit policier infiltré, agent secret, ou maître chanteur. Quelques uns savaient qu'il avait joué les commis voyageurs pour quasiment tous les camps politiques. Très peu se souvenaient qu'il avait inventé une stratégie visant à dédiaboliser l'extrême droite en amenant les autres partis sur le thème du coût social de l'immigration.

Gascon au verbe haut et au physique imposant, possédant une aisance rhétorique exceptionnelle et une mémoire hors du commun, provocateur à l’extrême, brouillon et bouillonnant, publicitaire de lui-même et homme des réseaux obscurs, romanesque et machiavélique, débonnaire et calculateur, pendant 20 ans, ce personnage de roman noir tiendra alternativement et/ou simultanément le rôle de l'activiste, du chroniqueur et du théoricien de l'extrême droite. D’Occident au Front National, d’Ordre nouveau aux milieux néo-nazis, avec lui, le lecteur pénètre dans toutes les organisations, leurs stratégies et leurs compromissions.

Stratège du FN et éminence grise de Jean-Marie Le Pen, il est celui qui lui impose le fameux slogan « un million de chômeurs c’est un million d’immigrés en trop ». Diffuseur du négationnisme, antisémite compulsif, journaliste, auteur de nombreux ouvrages, adepte du double jeu et des coups tordus, il cherche à capitaliser sur toutes les formes de transgression. C’est sa façon de faire de la politique.

François Duprat s’est propulsé au travers de son époque en jouant au bord des précipices. Sa trajectoire constitue un formidable fil rouge pour comprendre une période tumultueuse et comment l’extrême droite est parvenue à se reconstruire sous la Ve République. Remonter le fil de sa vie, c’est parcourir l’Afrique et le Moyen-Orient, s’immerger dans la décolonisation et la Guerre froide, traverser Mai-68 et les bagarres du Quartier latin, décrypter la machinerie politique du FN, mais aussi les relations d'un révolutionnaire avec différents services de renseignement.

  Sans admiration ni procès à charge, sans complaisance ni haine, c'est une autopsie implacable et une analyse sans état d'âme, fruit de quatre ans d'enquête, qu’ont écrit Nicolas Lebourg et Joseph Beauregard. Pas à pas, ils ont suivi cet homme complexe jusqu’au vertige. A travers des archives de police inédites et 120 témoignages, ils sont parvenus à déconstruire un mythe pour dresser le portrait d’un homme, révélateur des tourments les moins avouables de la vie politique française.

 

   Joseph Beauregard est auteur et documentariste spécialisé sur la police, la justice, l’univers carcéral et les services de renseignement.

   Nicolas Lebourg est historien (Université de Perpignan-Via Domitia), spécialiste des extrêmes droites et de la violence politique.

Les auteurs ont publié cet été 2011 dans Le Monde Magazine une série intitulée « Une histoire des n°2 du FN ». Ils ont également écrit « François Duprat, une histoire de l’extrême droite » (sélectionné au FIPA 2012) que l’on peut visionner sur le site de l’INA et du Monde.fr.

 

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  • professeur de lettres, écrivain, j'ai publié plusieurs livres dans la région Languedoc-Roussillon, sur la Catalogne, Matisse, Machado, Walter Benjamin (éditions Balzac, Cap Béar, Presses littéraires, Presses du Languedoc...
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