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13 février 2012 1 13 /02 /février /2012 11:27

fenetre.jpg   La fenêtre est un motif d'attente; ce moment d'évasion, d'expectative est pause dans le récit, accoudement sur le rebord de la fenêtre, sur la margelle de l'ouverture de l'espace intime sur le monde collectif. 

 Arrêt de la narration, moment de description, d'explication, de monologue intérieur. Le personnage attendu et l'événement espéré surviendront plus tard...La fenêtre autorise la réflexion, le recul, le flux de la conscience... Il peut dresser un bilan, faire une analyse de soi-même ou de la situation. C'est un moment privilégié permettant une vue intérieure : fuite ou dépaysement dans le décor, le paysage, la ville, la campagne...

   La fenêtre est l'occasion d'offrir au lecteur un spectacle; c'est un tableau à contempler, et le héros, avec le lecteur, est placé dans la posture du spectateur?. La fenêtre donne naissance à une séance de pose : le héros prend la pose, le lecteur se cale dans son fauteuil : le narrateur peut alors travailler, dans le calme, le silence, à sa table. Le modèle n'est pas un homme ou une femme, mais la nature ou la ville. La fenêtre a deux rôles contradictoires : l'ouverture et la fermeture !Cependant, dans la fiction, romanesque ou picturale, elle est ouverture sur une perspective  inconnue, regard vers un abîme inexploré...

   La fenêtre constitue un morceau de bravoure et surtout un morceau de la réalité : un extrait du monde; elle est l'intercesseur entre l'homme, ses secrets, et le monde, l'extériorité. Elle permet le spectacle du monde. 

 

   * Les fenêtres de Matisse, autant de tableaux dans le tableau. Mises en abyme. "La sieste" : la mer vue du Faubourg. Mur de l'atelier aux cinq fenêtres. La porte-fenêtre ouverte, noire de 1914. (Voir "Moi, Matisse à Collioure", Balzac éditeur, 2005).

   Zola a opéré un renversement : c'est l'oeuvre d'art qui est une fenêtre ouverte sur l'acte créatif; il est une mise en scène, composée de vérité, de réalisme et d'illusion, de trompe-l'oeil. La toile est un miroir; l'encadrement de la fenêtre offre la matérialité du cadre d'un tableau qui introduit à un paysage et suggère une vie plus lointaine.

 

       La fenêtre est encore une incitation à la rêverie; ainsi Emma Bovary, après l'invitation au château, à Tostes : le bal fini, l'héroïne ouvre la fenêtre et s'accoude, le temps de la rêverie peut commencer.  Dans "Une vie", la fenêtre est aussi sortie de la réalité, compensation dans la vie monotone de Jeanne; cependant les perspectives de la pauvre femme sont mince, loin des utopies romanesques de l'épouse du pharmacien...La servante, grâce à sa modeste ouverture, se remémore des souvenirs d'enfance; sa vue est rétrospective plus que prospective; le bonheur dans l'avenir lui est interdit !

 

  *  Fenêtres avec perspective vers les montagnes, dans le tableau de Ghirlandaio (Florence, 1490, portrait du vieillard atteint de rhinophyma, ou acné rosacée) et dans la toile de B.Luini (1485-1532) :  "Salomé".

 

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11 février 2012 6 11 /02 /février /2012 17:39

Arenes-de-Collioure1.jpg    Les toros s'ennuient le dimanche...à Collioure

 

   Et ils vont s'ennuyer longtemps ! En effet, le dynamique maire de Collioure a décidé de faire détruire les arènes qui jouxtent la gare du célèbre bourg catalan. Bravo Michel Moly ! La Catalogne a supprimé les spectacles tauromachiques (à Barcelone, métamorphose de la plaza de toros) et le mouvement antibarbarie devrait se poursuivre !

 

   La municipalité a lancé un appel d'offre pour anéantir les arènes de papier mâché, nous révèle l'association nîmoise anticorrida, le 3 février. La tradition archaïque reçoit le coup de grâce au pays des artistes : Signac, Matisse, Derain, Picasso, W.Mucha, Descossy, Balbino Giner le viejo, Survage... Quel peintre de renom a croqué la corrida..? 

 

   Fi de ces laides arènes démontables ! Feue la tuerie des fêtes patronales du 15 août ! On va créer dans cet espace un musée d'art moderne dédié à la peinture moderne, et en particulier, à la naissance du Fauvisme !!! Oui, puisque je vous le dis !!! 

 

  Oui, mais... Vous ne rêvez pas trop ?  La municipalité a plutôt le projet d'un parking (pour le tourisme, la culture qui rapporte...). Début des travaux: le 5 mars, c'est pas vrai ? Pas le temps de réfléchir ? Pas de consultation citoyenne ? Ps de réunion avec le peuple du petit port..?

 

  Un mal pour un autre : Collioure coule-t-elle dans le bétonnage, le parquinage, l'été à péage..?

 

   Bien sûr, je sais, je le sais : la mairie met en oeuvre d'importantes manifestations culturelles accessibles à tous et le plus souvent gratuites... Mais, tout de même : la parkingerie, ça suffit !!!! 

 

 

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10 février 2012 5 10 /02 /février /2012 22:05

prison.jpeg Entre couvent (des Clarisses) et prison (quartier Saint-Mathieu de Perpignan), le cercle algérianiste a trouvé un abri : merci M. Le nouveau maire (non élu) de Perpignan, J.Paul Pujol. Tiens ! un pied-noir, comme c'est étrange...

   Le cercle cité, de tendance "Algérie française, colonisation et OAS", veut "sauvegarder le patrimoine culturel né de la présence française en Algérie" (journal de la culture de Perpignan n°2, janvier 2012, page 4) : belle formule ! Et pourquoi pas ? Chaque clan, tout parti ou organisation ayant participé à la colonisation, puis à la guerre d'indépendance a le droit de conserver et montrer sa mémoire : respectons le point de vue de chacun...

   Simplement, regrettons que le lieu, naguère dévolu aux expos de Visa, ait été rénové pour la secte algérianistique !

 

   En effet, il serait bon, moral et objectif que la question des 132 ans de présence française en Algérie soit abordée sous tous ses angles : que chacun (harkis, berbères, arabes, FLN, anciens partisans de Messali Hadj, citoyens français, partis d'opposition, partisans de l'Algérie française...) puisse donner donner son point de vue, montrer ses archives... Or, ce n'est pas le cas !

 

   En effet, ce "Centre de documentation des Français d'Algérie" est une initiative privée : pourquoi donneraient-ils, ces intégristes de la colo, la parole aux autres ..? Pourquoi ? Parce que ce lieu est public, municipal, fonctionnant grâce aux impôts des habitants de Perpignan !!! Et M. le Maire a, à présent, une nouvelle bonne "idée : avoir un conservateur pour ce centre." (L'Indépendant du 27/1/2012, page 4)... Conservateur ! Encore un ! Espérons qu'il ne sera pas d'extrême-droite, et qu'il aura un bon diplôme culturel, pas la carte de l'UMP ou du FN... N'oublions pas que les P.O. est une terre d'élection pour Pierre Sergent, jadis, et pour Marine (maison à Millas) et Alliot (toujours battu tout de même à Perpignan!)...

 

   La mairie de Perpi pourrait,pour redorer son blason (mais l'électorat du Moulin à vent est trop important), s'inspirer du Musée de l'exil de La Jonquera, qui se veut, à terme, le lieu de tous les exodes, de tous les déracinements...ou de celui, à venir, du camp de Rivesaltes, pour tous les disparus ( Juifs, Gitans, Allemands opposés au nazisme...).  Il faudra créer alors un conseil historique et scientifique impartial, il faudra tenter la neutralité, aller vers la vérité : malheur du peuple pied-noir, terrorisme algérien, exactions du FLN, tortures du côté de l'armée française et attentats de l'OAS...

 

   On n'en est pas là, à Perpignan ! Dans cette ville bigarrée, cosmopolite, riche de ses cultures diverses, on ne veut pas payer pour les Algérianistes ! Non ! Et M. Pujol doit rectifier le tir et avouer sa faute morale !!! 

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9 février 2012 4 09 /02 /février /2012 19:02

 

   Vive l'utopie ? Encore un naïf ! allez-vous vous exclamer. Vous savez bien que toutes les utopies ont été criminelles. Le beau nom de "communisme" a été dévoyé par les Staliniens, les faiseurs de goulags et de dictatures, froides en Sibérie ou en Corée, chaudes à Cuba... Le mot "socialisme" a été utilisé par Mussolini et surtout Hitler, pour accéder au pouvoir, puis pour inventer l'horreur, la mort planifiée, les tortures et autres expérimentations médicales dans les camps de concentration. Utopie et fascisme, hélas, partout dans le monde.

 

   Pourtant la quête d'un monde meilleur, d'un paradis sur terre, humain, solidaire, est une idée, une idéologie qui ne peut que motiver les citoyens. Mais où sont les grands projets humanistes ? La parole est au marché, à l'économie, à la banque, à la finance : face à ce discours ambiant et à la toute-puissance des "décideurs" et autres "libéraux" d'un capitalisme nouveau, plus d'enthousiasme, d'élan humaniste, mais la crise, la dette, la crise, etc...

 

   Les élections en France ne semblent pas embrayer sur des lendemains qui chantent; entre le néofascisme du Front "national" et le populisme d'un Front de gauche noyauté par le PCF, la droite sarkozienne tente de se muscler en avançant des idées racistes,  le centre mou et le parti socialiste mollasson tentant de plaire au plus grand nombre : ne pas bouleverser, ne rien changer !

 

   Pourtant la rupture est à souhaiter, voilà l'utopie. Si la "gauche" n'accomplit pas cette révolution (économique, financière, fiscale, sociale...) en profondeur,  d'autres s'en chargeront : quand crise morale et économique (chômage) paralyse une société, le fascisme rôde et attend sa proie... Au peuple, aux citoyens de s'unir pour inventer une utopie "réelle"...

 

  Ci-dessous, l'utopie libertaire (CNT et FAI en Espagne) s'achevant dans le désastre, l'exil, la Retirada et la dictature franquiste :

 

utopie.jpg

17 février • Paris - Projection de "Vivre l'utopie"

de Juan Gamero, F. Rios, Mariona Roca, Mitzi Kotnik.

Documentaire sur l’Espagne libertaire de 1936 dans lequel une trentaine d’anciens militants anarchistes témoignent de l’application concrète de l’anarchisme par plusieurs millions de personnes en Catalogne et en Aragon.

LIEU : Librairie du Monde libertaire, 145, rue Amelot, Paris 11e. A 19h30. Entrée libre.

 

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8 février 2012 3 08 /02 /février /2012 20:10

tapies.jpeg   * Itinéraire de la peinture : Tapiès (à sa fondation) et Miro, Clavé, Marie Laurencin, Nonell... et Antoni Tapiès, encore, à la galerie Gaspar, à Barcelona, en août 2004, en compagnie de Françoise et Pierre Coureux. Je n'ai jamais vraiment apprécié Tapiès, ni ses tableaux composés de matériaux divers, sable, objets récupérés : il a fait de l'ombre à Cuixart, son cousin, qui méritait d'être mieux reconnu, avec sa peinture alliant fantastique et abstraction, frêles portraits de femmes et couleurs lumineuses...

 

* Le visible, pour Cézanne, est une construction complexe : les architectes en sont la nature et l'homme : "Le paysage se pense en moi, et j'en suis la conscience." Le peintre d'Aix ajoutait encore : "La couleur est le lieu où notre cerveau et l'univers se rencontrent."

 

 * Pour Bonnard, "la couleur agit." Au Cannet, il invite Matisse; il lui dit : "Le tableau est un petit monde qui doit se suffire." Et le bon chien Ravageau !

 

 * Engagement de l'artiste par le travail pictural : l'artiste prend part en travaillant. Ainsi, la déclaration de Matisse, à Nice, le 10 avril 1918 : "Je ne puis faire de politique; aussi pour compenser, il faut les toiles fermes et sensibles. Métier de forçat que nous avons, sans les certitudes qui font dormir tranquille. Il faut chaque jour avoir peiné toute la journée pour accepter l'irresponsabilité qui met la conscience en repos.

 

 * Cioran : "Qu'est-ce qu'un artiste ? Un homme qui sait tout, sans s'en rendre comptez. Un philosophe ? Un homme qui ne sait rien, mais qui s'en rend compte." (Le crépuscule des pensées).

 

 * Ben à Orsay. J'écoute les commentaires plus que je ne lis les formules de Ben. "Mon gamin, il peut faire ça ! ". "Il fallait y penser !". Puis je me dis que tous ces pseudo aphorismes peuvent composer un poème : Tout doit disparaître. L'onanisme est du baise-main. Dites-le au téléphone rouge ! La culture manipule. Le fallus (sic) est le pivot du monde. Vous êtes de la secte de Catherine Millet ? Que feriez-vous si vous n'aviez que six heures à vivre..? 

   Duchamp a raison : l'art est de l'escroquerie.

 

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6 février 2012 1 06 /02 /février /2012 18:18

_MG_9306.CR2.jpg (C) N. de Brabandère.

 

    Je suis effaré, angoissé, presque mort : la fin du monde aura lieu dans 75 milliards de milliards de milliards ! Pas en décembre 2012, comme le croient ces abrutis terrés à Bougarach et s'enterrant sous leurs quincaillerie religieuse et leurs grigris superstitieux !

   J'ai eu soudain une vision de mort. J'ai éprouvé la peur indéfinissable que je ne reviendrai pas, que l'éternité noire et silencieuse serait à moi, mais qu'elle ne représentait rien, n'avait aucun sens : pour moi, seule compte la vie sur terre. Pourquoi cette angoisse ? En raison, sans doute, de mon trop plein d'orgueil, de l' estime exagérée que je me porte, du haïssable amour de soi-même... C'est vrai, mais je ne me refais pas : je ne suis pas indifférent à la mort, je n'ai pas encore acquis cette sagesse qui vous place au-dessus de ces contingences...


   Mon seul espoir pour avoir enfin le courage d'affronter l'idée de mon absence au monde : quand je serai bien vieux, très fatigué, lassé de tout, gavé de toutes les expériences humaines possibles, je n'aurai plus en tête que l'idée d'en finir, d'être libéré de cette vie qui vous épuise et vous mène à la mort...

 

   Surtout, j'ai évalué la vacuité et la bêtise de se préoccuper, durant son existence, de projets bien éphémères : travailler dur pour se payer une belle voiture, s'endetter durant des décennies pour acquérir une maison agréable... Et se disputer pour des broutilles, et perdre son temps à courir les soldes ou les magasins du dimanche, au lieu d'aller se promener, faire du sport, aller au spectacle, ou faire l'amour à sa compagne (ou son compagnon)...

 

    Je vais, tu vas, il ou elle va... Tous, vous allez passer l'arme à gauche, demain ou dans dix ans, et vous en êtes encore à vous faire la guéguerre ? Et vous êtes encore là, à perdre votre temps, à lire cette chronique si banale..?

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5 février 2012 7 05 /02 /février /2012 19:30

canal-du-midi.jpg   Dimanche, il a vu

 

   Un mur qui chante "l'avenir est à nous", un restaurant russe proposant un accompagnement au piano et un bar catalan à tapas  emboutit et zarzuella pour deux. 

 

    En cette ville occitane, il a découvert l'immeuble qui abritait le jeune théâtre de Molière, l'Illustre Théâtre. 

 

   Place de La République, la statue qui brandit les droits de l'homme a été recouverte d'une toge blanche : il a gelé toute la nuit, mais c'est surtout une fête patronale qui a engendré ce carnaval; et les rues sont jonchées de paille : seraient passés par là des milliers de bovins..?

 

    Ce dimanche matin de froid et de soleil, entre les mamies chargées de pains et de gâteaux et les intellos attablés à la terrasse du café des arts, est passé un homme grand, tirant son vélo pareil à une seconde maison; c'est, en fait, son unique bien, truffé d'objets de récupération; ce sans-dominicile fixe claudique et son dos est chargé de deux guitares. Il navigue dans les rues en quête d'un abri.

 

   C'est dimanche et le jour s'annonce heureux. Il marche libre et léger. Il découvre la vie comme au premier jour. Il ne connaît pas son bonheur...

 

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4 février 2012 6 04 /02 /février /2012 17:46

IMGP7906.JPG   * La peinture, c'est fini, foutu, après la photo, les provocations dadas, les installations de mauvais goût, la mort de l'idée de beauté, de représentation !!! Restent les peinturlureurs du dimanche, les rétros, les réacs, inconscients, archaïques, dessinateurs désuets, sanguinisres fossilisés, aquarellistes constipés, maniaques de la couleur..Ou, plus simplement, artisans du trottoir sensibles aux retombées matérialistes dans une société ignare et snob, mesurant sa modernité et sa clairvoyance à l'acquisition d'un tableau...

   Dans une société où l'image est omniprésente, à quoi bon peut encore servir la peinture ? L'art n'est-il plus qu'installation d'objets au rebut, manifestation d'une idée, véhicule d'un cri, simulacre et provocation..?  Où la nostalgie des reconstitutions  et descriptions miniatures d'un intérieur domestique hollandais..? Le réactionnaire, c'est vraiment bibi..!

 

   * Tout est faux : tableaux, lèvres et fesses, passeports et billets de banque, les livres de PPDA, son entretien avec Castro, son interview du bon Dieu : sa vie, son oeuvre, son existence...

   La motivation des faussaires est, bien sûr, le gain, l'argent, mais en trichant et imitant ce qu'ils croient être "le vrai", le billet de banque, alors que celui-ci n'est que fiction, code, échange monétaire virtuel, des "écritures" : les faussaires sont eux-mêmes trompés ! Ils donnent, paradoxe, vie  et authenticité à ce qui n'est que mort, échange froid. Le vrai est faux et le faux qu'ils fabriquent n'est pas un faux au second degré; il devient le réel: la preuve en est, qu'il perturbe les échanges normaux et que les faussaires sont traqués avec force. En imitant le beau (le tableau, la sculpture), en contrefaisant à plusieurs exemplaires, ils donnent consistance, vie et donc vérité à l'oeuvre d'art, multipliée, loin de l'original unique. La reproduction n'est qu'un leurre, une frustration, un faux elle aussi.

   Au simulacre, on préfère bien sûr l'original, mais celui-ci s'avère souvent hors d'atteinte du regard commun. Les truqueurs, en devenant faussaires, font part de leur ressentiment face à leur manque. Ils font pitié, ils sont vraiment tragiques...

 

   Ne conservons que les aspects positifs de la fausseté. Le faux, c'est, pour plagier La Bruyère, l'hommage que le faux rend à l'authentique... 

 

   * En littérature aussi les falsifications sont légion; il existe les plagiats mais excusables si on se réfère à la modestie de Montaigne : "On ne fait que s'entregloser." Il existe les Nègres, les faux auteurs, les doubles tels Emile Ajar et Romain Gary, les fausses découvertes (Lettres d'une Portugaise, La chasse à l'Infini de Rimbaud ou "La défense de l'infini" d'Aragon), le roman pornographique "Leila dit tout"...

   Quand un écrivain a le courage de signer un roman comme "Les Faux-monnayeurs", c'est pour renouveler le genre narratif et montrer, avant le Nouveau Roman, ce qu'il y a de faux dans le pacte de lecture traditionnel. André Gide désarticule la narration et joue avec les pleins pouvoirs du narrateur. Le lecteur devient actif, il existe, mais il devint aussi un peu auteur. Dali signait des feuilles blanches à tour de bras, puis ses secrétaires vendaient ces fausses lithographies. Maillol, Rodin et d'autres sculpteurs, pour subsister, ont fait de vraies fausses statues; toute cette production picturale ou statuaire n'est pas condamnable; au contraire, elle mine de l'intérieur la conception vénale de l'art; elle montre que celui-ci est aux mains de la spéculation mondiale !

 

 

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2 février 2012 4 02 /02 /février /2012 22:21

nez.jpeg  * Le nez, organe peu reluisant, enlaidissant souvent le visage, est pourtant un beau sujet littéraire : lire Cyrano et Gogol... Mais là n'est pas ma méditation. Je veux parler du nez ou de son absence au beau milieu du visage sculptural. 

   En priorité, il semble qu'on (le temps, le hasard des catastrophes, les actes des pillards-délinquants...) en vienne à profaner cette érection corporelle sur les sculptures! Cette constatation m'est venue en visitant le musée des Augustins de Toulouse. En regardant, en particulier, le Gisant de Geoffrey de Vayrols, archevêque de Toulouse, de 1361 à 1378... De même, la Vierge foulant l'hérésie et les anges, tous y passent : pas de pitié ! En revanche est bien conservé, dans le solide formol de la pierre, le profil au nasal énorme de Louis XIV en médaillon, par Marc Arcis, du 17ème siècle...En outre, Alain Decaux, dans "Le belle histoire de Versailles", nous apprend, à propos des bobos de Louis XIV, que l'on soignait la dent cariée avec un purgatif composé de poudre d'écrevisse, de vipère, de tamaris, de crottins de cheval... et que l'on nourrissait le pauvre malade par...le nez !

 

   * Gogol mourut le nez mangé par les sangsues; les deux narines formant un baveux robinet. Paf sur le pif ! Et c'est la mer Rouge ! L'écrivain mourut le 4 mars 1852, à Moscou, le nez en feu, sucé à mort par les hirudinées... Nabokov dit de lui : "La bedaine est la belle fille de ses récits; le nez, leur beau gars."

   Le nez est au centre du visage comme au centre de la vie... Chacun connaît les plaisirs intimes et secrets d'un rigoureux curage de nez !!!

 

    Sur le nez en peinture, je me suis attardé à Barcelone, au MNAC, sur le tableau de B. Llorente (Séville, 1680/1759) : "Le tabac, allégorie de l'odorat".

 

   * Le nez et la psychanalyse. On sait que le rêve de "l'homme aux loups" donna à Freud la clé de la psychanalyse célèbre de cet homme de vingt-trois ans; l'idée fixe  de Sergueï était son... nez ! Il le considérait comme défiguré pour toujours en raison des boursouflures causées par les glandes sébacées : elles avaient laissé des cicatrices affreuses, des balafres, des crevasses, et même des trous... 

   Cette histoire de nez, d'allergies, de blocage des narines me ramènent à mes propres problèmes de rhume incessant, à mes nasaux en constante érection... On a voulu m'ôter (lire le récit dans "L'infini de l'enfance") les polypes qui obstruent les fosses nasales; on a voulu remédier à ma cloison déviante  qui m'empêche de bien respirer : "Votre cloison est déviée, c'est la cause de tous vos malheurs!"; on a voulu rectifier toutes ces malformations, redresser les cloisons, on m'a brûler, à Toulouse, la muqueuse, avec les fameuses pointes de feu... C'est la cautérisation à l'aide d'un cryocautère... Un charlatan (de la ville rose, encore !) a conclu, au bout de trois séances que ma maladie nasale ne pourrait être guérie que si j'arrêtais de me goinfrer de Nutela et je m'attelais à une longue psychanalyse...

   Je me suis souvenu alors de Proust et de ses métaphores médicales : la turgescence du nez laissait place à la tumeur de l'amour, à l'excroissance de la jalousie...

 

   * Peintres catalans : Jaume Huguet (Tarragone 1412- Barcelone 1492) : devant d'autel peint à la demande de la corporation des cordonniers de Barcelone pour sa chape Saint-Marc située dans la cathédrale de Barcelone.

   Bernat Martorell (Barcelone 1427/1452) : la légende de Saint-Georges, 1435. Thème à rapprocher de la toile de Raphaël: Saint-Georges et le dragon (1503/05)  "Le petit Saint-Michel")

 

* En Egypte, Victor Segalen se serait intéressé aux noms et inscriptions, notés sur des carnets oblongs. Au Japon, comme Roland Barthes, il aurait créé un nouveau genre littéraire en transcrivant les signes de la pub et les enseignes lumineuses des mégapoles nippones. Ecritures pérennisées dans la pierre, la matière tombale : croix, panneaux stellaires, écritures de la mort. A l'opposé, les narrations, les bandes dessinées à lire sur les obélisques égyptiens : écritures de la vie...

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31 janvier 2012 2 31 /01 /janvier /2012 18:31

serge-danis.jpg Jardin et poésie

 tout un programme

 

Il faut cultiver son jardin
 Cette sentence - dans l’'acception que lui ont donnée Leibnitz et plus tard Voltaire, il y a plus de trois siècles – prend une certaine résonance dans une société où le bitume et l’'espace urbain ont graduellement remplacé les vertes prairies et les champs régulièrement moissonnés.

Néanmoins, le jardin est devenu peu à peu un lieu privilégié, intime, où l’individu se ressource.

Si l’on parle de retrouver ses racines, on sait qu'’en le for intérieur de tout un chacun, frémit et survit un jardin secret, un espace privé, inviolé dont l’'entrée est interdite aux autres.

Verlaine, dans un poème fameux – n’'a-t-il pas « poussé la porte étroite qui chancelle  » ? Ronsard n'’a-t-il pas prié Hélène dans un sonnet mémorable de « cueillir dès aujourd’hui les roses de la vie » ? Corneille n'’a-t-il pas lancé à l’'endroit de Marquise « le temps saura faner vos roses comme il a ridé mon front ? ».

Malherbe n'’a-t-il pas écrit à Monsieur Du Périer à la mort de sa fille « Car elle était du monde où les plus belles choses ont le pire destin. Et rose, elle a vécu ce que vivent les roses, l’'espace d’un matin...»

Bref les fleurs ont peu à peu gagné en force jusqu’'à obtenir un langage
 la pensée c'’est le souvenir
 la rose la femme aimée
 

On comprend aisément que dans notre civilisation judéo-chrétienne, les fleurs ont acquis une force de symbole indéniable qui reste attachée à l’'homme et à la femme dans ce qu’'ils ont de plus viscéral.

La pensée antique, fondée sur les espaces a tout naturellement légué aux citadins et aux rurbains le jardin comme lieu privilégié, représentatif de ce que l'’on peut être ou de ce que l'’on souhaite devenir.

Un souci d’'ordre, d'’esthétique, visuelle, sensorielle, intuitive vient régénérer un monde de progrès dans lequel le jardin est plus que jamais un lieu de vie, de préservation de soi et de liberté.

Il convient d’'honorer tous les jardiniers qui patiemment, humblement et sûrement nous communiquent une image de leur sérénité, de leur éclat et de la beauté de ce qui est intrinsèquement fragile : une fleur, un pétale de rose
 mais quelle leçon face à l’'Eternité.

« Or des vergers fleuris se figeaient en arrière – Les pétales tombés des cerisiers de mai – Sont les ongles de celle que j'’ai tant aimée – Ses pétales flétris sont comme ses paupières » Guillaume Apollinaire (Poème « Mai »)

Toute une leçon pour conclure que plus que jamais dans un univers en mouvement perpétuel et en bouleversement
 cultiver son jardin constitue une évidente et impérieuse nécessité

 

Jean Iglesis

 

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