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12 janvier 2012 4 12 /01 /janvier /2012 19:26

culottes-clip.jpg    *  Tombe l'hiver, encore un. On n'y croyait pas, pourtant, il faisait un automne si chaleureux ! Il faut vite rentrer, réintégrer la pièce fatale des habitudes : la table, l'ordi, la tasse de café, le cendrier, la petite vie du studio... L'inconfort chaleureux du domicile : le compagnon y écrit lui aussi, ou lit ou raconte une anecdote amusante; le dialogue est criblé d'ironie, d'un cynisme tragique à la Cioran. Puis, surtout, il faut réintégrer la page, le texte, le poème, après avoir réinvesti le bercail. Ecriture serrée, volume de prose poétique enserré dans l'armure de la ponctuation. Ne pas laisser un seul espace entre les mots: les phrases sont souvent nominales, les comparaisons inédites, l'humour de glace et la philosophie charbonnière...

   L'ouverture sera la rue et la terrasse des cafés, lieu pour écrire, emmagasiner le spectacle des autres et le traduire pour soi, avec ses propres armes, pour le faire rejaillir...

 

   * Mars 2004, je reviens du salon du livre de Paris, avec les éditions Balzac, au stand de la région Languedoc-Roussillon, en compagnie de Robert Triquère, Philippe Salus, Pierre Avril, Marie-Ange Falquès, Anne Potié, Sergueï Dounovetz (auteur de "Fleuve noir"). Le stand du L.-R., près de celui de la région PACA, trône dans cette énorme foire aux livres, qui vient de succéder au Salon des Paysans : après  l'Agriculture, la littérature, après les paysans, les écrivants ! A certains endroits, on hume encore quelque relent de crottin et de bouse de vache; ces senteurs confèrent du "caractère" à ce parc d'exposition bien insipide. Entre quelques débats sur la Chine, les signatures de quelques vedettes du cinéma et de plumitifs mediatiques, les Catalans attendent les lecteurs virtuels, les Catalans de Paris, les exilés de la capitale. Balzac retrouve quelques traducteurs de son catalogue pendant que ses deux auteurs présents, Dounovetz et Bonnel J.P. signent à tour de bras... Mare Nostrum montre son DALI, les Trabucayres sont absorbés par la correction de manuscrits. Nicole Soubrier, ancienne libraire de la "Rive gauche" à Perpignan et Jacques Gautrand (édité aux Pré aux clercs), invité récent par le cML au Conseil général 66, viennent me rendre visite... On croise Anne Hébert la Québécoise,  Sempé qui dessine en guise de dédicace et Jean D'Ormesson, petit vieux maigre et cassé, jouant toujours les dandys. Partout du papier, des livres, des livres ! qui prétend que la civilisation du livre est morte..? 

 

   Je lis dans le TGV la "Disgrâce" de Coetzee; le livre s'ouvre sur cette formule insolite, amis vraie : "Les putes accueillent les extases des disgracieux." Le roman débute par la relation du narrateur avec une prostituée de luxe... Ensuite le prof de fac entre en disgrâce à cause d'une liaison inadmissible dans le milieu universitaire. L'ouverture est poétique, le rencontre est heureuse; la suite de la narration décrit la déchéance d'un ton sec, indifférent : le personnage accepte la situation et les accusations; il se réfugie chez sa fille, puis c'est la victoire d'un harcèlement violent et de la chute finale...

 

   * J'ai souvent les boeufs plus gros que l'étable.

 

   * Fête à Saint-Laurent de Cerdans. Carnaval : cette année, la thématique des putes a été choisie... La population et les visiteurs  ont à leur disposition trois lieux pour s'éclater : l'un est branché, jeune, rempli comme un oeuf, à s'asphyxier, mas la musique est excellente !

  Ensuite, un petit café, plus miteux, ambigu: on se demande qui est, ici, homme ou femme... Enfin, la grande salle pour le carnaval  des plus jeunes; pour cinq euros, on peut entrer et se nourrir de façon diététique : bière forte, crêtes au nutella, frites au ketchup, barbe à papa onctueuse et rubescente pomme d'amour...

 

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10 janvier 2012 2 10 /01 /janvier /2012 19:46

dali--portrait-de-picasso-au-21--siecle--1947--clip.jpg   Dali à FIGUERES (Catalogne)

 

* Encore une fois au musée Dali, à Figueres. En 1946, l'artiste prétend que les figures de Disnai (sic) se dalinisent. "Destin" est produit, non en 1946, mais en 2003, à partir d'un matériel réalisé à l'époque. "Destins" est une chanson du Mexicain A.Dominguez, source d'inspiration : "Il s'agit d'un exposé magique des problèmes de la vie dans le labyrinthe du temps." Dali crois (sic) que son destin étai (sic) de rencontrai (sic) Disnay (resic)... Je m'attache à quelques toiles : "Vénus souriante" de 1921, "Mannequin de Barcelone", "Les fêtes de Figueres" (1922) et "Baigneuses de Cadaqués", ou "Baigneuses de la plage d'Es Llaner" de 1923, thème pictural traditionnel.

 

   Je me dis qu'il serait bon de se perdre avec une femme esthète dans ce théâtre artistique devenu le mausolée dalinien...

 

   Voici encore "une "composition satirique", parodie de Matisse (1923): la danse...L'autoportrait avec L'Huma (1923), le Portrait de Picasso au XXI° siècle (1947), dans lequel la langue de Pablo est un attrape-tout : attrape-mouches, gobe les destins et les beautés des femmes rencontrées...Bien vu, Salvador ! On s'attarde à l'autoportrait avec du lard grillé ("Autoretrat tou amb baco fredit"). La salle des chef-d'oeuvre est à gauche de la scène centrale, sous laquelle gît Dali. "L'espectre del sex-appeal" de 1934, Cadaqués depuis la tour de Les Creus (1923), Gala au dos sublime et marron. Ce regard vers un invisible miroir, la pose de dos, cette attitude peu naturelle est sensible dans la crispation des chairs recouvrant les côtes; genou et cheveux auburn sur le haut du dos : l'érotique n'est que dans la; suggestion du cul, avec ce foncé, ce drapé de peau sensuelle, qui fait caverne entre les fesses (1960). 

 

   Revoici Galarina, avec ce regard fixant le peintre, puis le visiteur, et ce sein gauche altier découvert, comme un coeur mise à nu par son amant de maître...Portrait de Gala riant en 1969, pieds nus, affalée dans un fauteuil... Gala contemplant le corpus hyper cubitus, avec une écharpe jaune (1954)... Leda atomique de 1949 : trois niveaux, au moins de lecture : d'abord le personnage familier (Gala nue), puis le décor dépouillé, froid, fantomatique à la Chirico, et enfin le sens mythologique avec Léda, les Dioscures, l'oeuf et le cygne-Zeus... Plus loin, plus haut, les dix recettes d'immortalité... Le tableaux de Modest Urgell (1839/1919) : Cimetière et Ruelle de nuit, très sombres, comme abstraits car les sujets sont invisibles... Monument dédié à Lorca à la plage de Cadaquès, devant la maison de Dali : sculpture de J.M.Subirachs, photos extraite du livre d'Antonina Rodrigo "Anna Maria Dali à Salvador".

 

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9 janvier 2012 1 09 /01 /janvier /2012 20:48

vase-et-mer.JPG  * Je retrouve un article de L'Indépendant, signé Jacques Quéralt, du 23.3.1990, consacré à Séguéla et à la pub. Il avait affirmé de façon prémonitoire : " Le sort d'une ville est un sort architectural et culturel. Voyez Paris et les grands travaux; voyez Nîmes ou Montpellier ! Perpignan a tort de ne pas suivre Nouvel..." Dix ans après, J.Paul Alduy a convoqué son ami Jean Nouvel pour bâtir le Théâtre de L'Archipel ! L'essor de Perpignan ne dépend-il que de cette réalisation culturelle..?

De Jacques Séguéla, encore, ce citations, péremptoires : "La pub est un des fondements de la démocratie; c'est elle qui finance le pluralisme." "L'argent n'a pas d'idées, seules les idées font de l'argent." "La pub a créé Gorbatchev, cassé le mur de Berlin, fait tomber Ceausescu..." Aujourd'hui, ce n'est plus la pub qui engendre les révolutions et fait tomber les dictateurs; c'est le net, la communication rapide, une autre forme de la pub... 

 

   * A Gap, octobre 1990, la semaine de la culture arménienne: "Le pressoir", "le verger de pommes", "Notre siècle"... Je note, en souvenir de notre ami Takvor Takvorian, du groupe littéraire des Hautes-Alpes : "Il faut défendre l'Arménie; il faut bien, comme arme majeure, l'entière aménité de T. Takvorian...

 

   * Désert, selon Bertolucci, réalisateur de "Un thé au Sahara" : "Le désert de Laurence d'Arabie, un désert magnifique, était plat. Ici, c'est un désert sans la tempête, secoué d'énormes vagues... Ai-je jamais vu au cinéma un tel océan de dunes ? Je ne le crois pas."

 

   * C'est ça l'été, la marinade, le jazz dans le désert, le manège du soleil sur les seins nus, l'hôtel des arts où passent des regards sur des jambes pressées, où l'on récite des aphorismes d'en-deçà la ceinture. Mais c'est ça, la vie, et l'été aussi, au bas des pages de mille livres, la toile rouge d'un Guansé ou la photo grise, les cadavres gelés dans l'hiver de Wonded Knee. C'est ça les golfes clairs et la mort estivale...

 

  * La poésie, c'est contempler l'universel dans le particulier.", écrivait Goethe.

 

   * L'ancre, racine du rêve, est fichée au fond du Cap Béar.

 

   * J'ai écrit sur la vie, j'ai écrit sur la mort... Il est temps, à présent (quel présent !), d'écrire sur la mienne, de mort ! Maintenant que j'ai le temps, disponible et lucide. Ou je le crois, mais comme on dit tout peut arriver si vite...

         Ma mort, mots terribles à prononcer, que j'ai, longtemps, refoulés. Je n'osais pas les utiliser, simplement par écrit, et encore...L'adjectif possessif était difficile à extraire du dico personnel ambulant. Donc ma mort. L'écrire. Tourner et retourner la feuille. Ecrire sur elle. Pensum ou confession ? Noter mes dernières volontés. A en faire une oeuvre ! La dernière, l'ultime et comme toujours la plus belle car la plus proche, la plus chaude. Une oeuvre d'art avec la mort et le froid éternel, il faut le faire ! Royaume de la mort, désert gibbeux.

 

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7 janvier 2012 6 07 /01 /janvier /2012 17:36

marion.jpeg Marion Poirson-Dechonne est connue dans la région pour son inoubliable roman policier, Serial Vénus (sur l'influence des images sur les esprits, relecture de La Vénus d'Ille), publié en 2009, par les éditions Trabucaïres; on attend d'ailleurs avec impatience la sortie du second volume, Flics & Geeks. Marion est aussi active à Perpignan à l'Institut Jean Vigo. Passionnée de cinéma, elle enseigne les études cinématographiques à l'Université Paul Valéry de Montpellier. Auteur d'une thèse intitulée Le théâtre dans le cinéma, la question du spectateur, elle a aussi dirigée un numéro de Cinémaction "Portraits de famille". Cet auteur va s'affirmer encore plus avec la publication récente d'un essai brillant et original sur la question des images dans le cinéma, leur violence, leur proocation : Le cinéma est-il iconoclaste ?

 

   L'ouvrage débute par une longue et utile introduction, définissant les termes : iconoclasme signifiant selon l'étymologie "un briseur d'images"; l'évolution sémantique, en 1690, désigne alors celui qui proscrit la représentation de personnes divines, des saints et des oeuvres d'art; au XIX ème siècle, le terme acquiert un sens péjoratif "celui qui est hostile aux traditions, aux formes héritées du passé, jusqu'à les détruire".

 

   Le livre (*) brosse ensuite un contexte historique souvent méconnu : attitudes des églises et des religions face aux images saintes et à la représentation divine. Cette mise en perspective du passé rejoint bien sûr l'actualité la plus récente avec l'affaire des caricatures de Mahomet et du saccage de Charlie-hebdo... L'auteur évoque les militants islamistes (destruction des Bouddhas de Bamyan par les Talibans, menaces de mort à l'égard de Ayaan Hirsi Ali, coréalisatrice de son film "Submission"), mais aussi des Chrétiens fanatiques et intégristes (incendie d'un cinéma au Quartier latin, à l'époque de la projection du film de Scorsese, interdiction, à Lyon, du film de Claire Simon "Les bureaux de Dieu", après l'action musclée d'un groupuscule catholique...)

 

    Enfin, l'essai s'attache à la signification moderne du terme "iconoclasme", synonyme, désormais, de sacrilège, ironie ou blasphème (**) et au "contenu des films jugés scandaleux au regard de la morale ou de la loi chrétienne." (page 14)      

   Cette partie très riche, en argumentation et documentation, analyse les films célèbres qui ont donné une représentation de la religion "incompatible avec le dogme ou l'Ecriture"; ces oeuvres sont jugées iconoclastes pour des "raisons tant esthétiques que religieuses"; il s'agit, par exemple de L'Age d'or, La Dolce Vita,, Je vous salue Marie, Les Communiants, La dernière Tentation du Christ...

Je vous invite à parcourir des chapitres passionnants, tels que "la figure de la star", "Le Messie ou la banalisation de l'image", "Iconoclasme et parodie" consacré aux films de Luis Bunuel... L'envie vous prend, soudain, de revoir ces longs-métrages ! La certitude, tout d'un coup, d'être devenu plus cultivé et plus intelligent, jaillit en vous, grâce à ces trois cents pages d'une écriture alerte et assurée !

---

 

(*) Editions du Cerf, 2011, 35 euros.

(**) A ce propos, il faut signaler l'excellente étude publiée dans le quotidien Le Monde (daté des 25 & 26/12/2011) : "L'art très contemporain du blasphème", de Stéphanie Le Bars, citant Alain Cabantous (A.Michel, 1998) et F.Boesofug (Bayard) et non Marion Poirson qui, elle, c'est vrai, s'intéresse à la question du blasphème au cinéma, et non dans la peinture.

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6 janvier 2012 5 06 /01 /janvier /2012 12:04

           APHORISMES d'en-deçà la ceinture :

 

   * Ne considérer la réalité, selon Flaubert, que "pour l'emploi d'une illusion à décrire."

 

   *  « En art, il n'y a pas de précurseur. Un écrivain de génie aujourd'hui a tout à faire. Il n'est pas beaucoup plus avancé que Homère. », écrit Marcel Proust.

 

   L'univers se résume à ce soleil sur un palais de Venise.

 

   * Journal du sport ou dimanche de puces...Aller nomader sur quatre ailes de tôle et d'acier ? Vélo ou arc ? Au canal haut, voler l'eau et virer les nuages des sphères de neige. Car ciel méchant. Lire aussi, parfois, quand l'esprit jardinier est passé, corps fatigué ne pouvant même plus tenir le stylo. Puis dormir, près des contrevents de la vie, pour se glisser dans les veines du rêve et de la nuit poétique...

 

   * Le slogan du Club Méd. : "Le bonheur, si je veux !", c'est l'utopie joyeuse de Theodor Zeldin.

 

   * "Vivre, c'est comme se souvenir." F.Fellini (La Luna).

 

   * L'esprit caustique de Jean Anouilh : "En attendant Godot, de Beckett, ce sont les pensées de Pascal jouées par les Fratellini !"

 

   * "La guerre, c'est une façon de se connaître. Le 31 du mois d'août 1919, nous dîmes adieu à toute une époque..." Apollinaire

   Qui est l'heureux propriétaire de cet affrorisme : "La guerre est la santé de l'Etat." ?

 

   * Ce truc entre les cuisses, qui cuit et démange, est obsédant et dérange la vie. Mais s'il n'était pas là, où serait donc la vie...

 

  *  L'orage a troué la nuit de l'été, celle des amers et des chaleurs; et des bains aux plaisirs insoupçonnés à fleur de peau ; pourtant la cigale chante encore dans l'obscur rangement des rocailles.

 

   * J'aime la formule de Mark Twain : "Pour celui qui n'a qu'un marteau, tout prend la forme de clous."  

 

col.jpg Collioure au matin petit... (Loïc R.)

 

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5 janvier 2012 4 05 /01 /janvier /2012 20:20

 

  * J'en reviens toujours à la corrida. J'ai l'intention d'écrire le point de vue du taureau, depuis la naissance à l'élevage, jusqu'à sa mort, aux arènes. Il dira sa vie, ses souffrances. Face à lui, le torero-poète, chantera les beautés, les sens, les allégories de la corrida, devenu spectacle taurin, musical, poétique, sans banderilles ni épée. Sans mort. Par ce spectacle, réconcilier les deux parties inconciliables, les pro et les anti-corrida... Quelle ville taurine me prêtera son théâtre..?

 

   * La tauromachie offrait des courses acrobatiques, des courses de taureaux solennelles, des jeux dangereux avec la divinité: les acteurs et le public communiaient, dans le risque et la joie, avec le dieu . Les mythes du Minotaure (dans le labyrinthe du palais de Knossos, en Crète), l'accouplement de Pasiphaé, l'enlèvement d'Europe, renvoient à d'antiques dialogues sacrés avec le dieu Taureau. De nos jours, la corrida se situe entre les jeux romains du cirque et le spectacle moderne du happening; elle est risque et se veut aussi style, avec ses rituels, ses costumes, ses passes, ses musiques...

 

   * Du peintre Claude Vialat (Support/Surface) : "La tauromachie est une sorte de revendication culturelle."

 

   * La labrys était la double hache qui tuait le taureau divin. (Rappelons-nous que les vaches sont encore sacrées en Inde).

 

   * Dans Le vagabond solitaire, Jack Kerouac note que la corrida est "le stade de Mord-la-poussière."

 

   * Machisme montré, sexualité exhibée, sexe drapé, mise en exergue dans l'étroit habit de lumière; en réalité, c'est d'impuissance qu'il s'agit : pourquoi demander les oreilles et la queue..?

 

   * "Le désert, n'ayant pas donné de concurrent au sable, grande est la paix du désert." Henri Michaux.

 

   * "La mer est quelque chose qu'on a tout le temps à côté de soi." Jean Paulhan.

 

   *  Avec toutes ces révolutions dans les pays arabes, on s'aperçoit d'une autre erreur du prophétisme du groupe de Tel Quel, affirmant : "Le rôle de contestation n'est plus dans l'Histoire, mais dans le langage."

 

   * Comique et ironie : celle-ci se moque d'elle-même, elle est notre attitude personnelle face au soi-disant sérieux du monde et de la politique, se voulant objectifs, mais en fait absurde et meurtrier. Octavio Paz assure qu'il "faut introduire en politique le sourire des sages bouddhistes."

 

   * L'engagement de l'écrivain selon O. Paz : "La morale de l'écrivain n'est ni dans ses thèmes ni dans ses intentions, mais dans sa conduite au regard du langage."

 

   * Engagement, selon Gide : lire son Journal, La Pléiade, pages 322 et 785. Proust, aussi, dans "ABC de la lecture" (collection idées-Gallimard, page 26)

 

   * Qui a dit : "Le passé n'est que le cimetière de nos illusions." C'est pas moi !  dorres.jpg

 

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4 janvier 2012 3 04 /01 /janvier /2012 18:42

herve-donnezan.jpg  Encore Collioure, vue depuis le Faubourg (C) Hervé Donnezan.

 

 

   De (quelque chose qui serait) la Mort 

 

  * Aphorismes de la mort : « Refuser de mourir, c’est ne pas avoir accepté de vivre. » (Sénèque, Lettres à Lucilius.

Selon Montaigne, disserter sur la mort, voilà le but de toute oeuvre, de toute carrière.

   « Vivre sans croire à la vie. Mourir sans croire à sa mort. Mais ça n’est pas une existence, ça ! » Roland Jaccard, qui aime la vie, et imagine la mort sous les traits d’une jeune fille.

 

   Tout parle de la mort : poèmes, lectures, articles de journal, romans…tous ces textes mêlés veulent témoigner, l’approcher vraiment dans une parole humaine, trop vaine…

 

   *  Le cygne, métaphore de la vie, chez Proust.

 

   * Cimetière, pays des allongés ; même au Père-Lachaise, on ne reste pas assis : un million de morts sous douze mille arbres ! (Extrait d’un recueil inédit « De quelque chose qui serait la mort »).

 

   * Les hommes ont-ils perdu la faculté de mourir ? 

  Georges Blin : « Le temps, s’il n’admettait pas de temps morts, ce serait la mort. »

 

   * Héraclite : Les morts sont à rejeter plus encore que le fumier.

 

   * Phrases de Kundera : « Chacun peut à son niveau, atteindre l’immortalité….  Rien n’a plus inspiré Novalis que la mort. La mort enchanteresse, la mort transmuée en alcool de poésie… Les Romantiques la tutoyaient sans vergogne… On compte sur l’immortalité et on oublie de compter avec la mort… Etre absolument moderne, c’est être l’allié de ses propres fossoyeurs… »

 

   * La danse solaire des becs crochus de la mort. (René Char)

 

   * Le livre aussi est un cimetière (Proust, dans Le temps retrouvé, page 265, édition de poche).

 

     * J’apprécie beaucoup les oeuvres d’Hervé Guibert, les tragiques plus que les érotiques. Sans la mort, il serait devenu un immense écrivain : « La maladie donne le temps de découvrir la vie. « Le suicide est un réflexe de bonne santé. » Il est liberté : la maladie et la mort n’ont pas encore leur emprise sur l’individu.

 

   * « J’écris depuis la tombe. » - « Ma vie détruit la vie. » Chateaubriand.

 

   * « Nous qui mourrons peut-être un jour disons l’homme immortel au foyer de l’instant. » (X)

 

   * Marguerite Yourcenar : « La mort, suprême forme de la vie. » – « La mémoire des hommes est un cimetière abandonné. » – « Soyez pour vous-même une lampe. » Le père de l’écrivaine affirmait qu’on n’était bien qu’ailleurs. Sa fille, elle même, était une grande vagabonde…

 

   * « La mort, cette parole retirée. » Dominique de Roux.

 

   * Lire le journal de Cocteau : les nécrophores.

 

   * La mise en page est une mise en bière : les mots sont autant de jalons vers la mort.

 

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3 janvier 2012 2 03 /01 /janvier /2012 19:38

carte-2012.jpg (C)Loïc Robinot

 

* La poésie : faite de fabrication et de divination.

 

   *  Selon Jean Onimus, dans ses livres sur la poésie, la prose - le discours de la communication -menace la poésie, qui est fragment, oracle, paroles pulvérisées; il s'agit d'une lecture lente, qui s'arrête sur les mots, les pèse, les contemple, les écoute dans leurs métaphores et sens second... 

 

   * Selon Octavio Paz, la poésie est "l'écriture de la fondation de l'homme. Le Surréalisme est révolution, parce qu'il est un retour au principe du principe." (Courant alternatif, 1967). Dans le même livre :  "Le poème n'est pas incompréhensible, il est inexplicable." Et "Le poème est soit pléthore de sens (chez Mallarmé) ou néant du signifié (chez Dada)".

 

  * Octavio Paz, dans "La femme chaque jour", prétend que le poète est un "jardinier d'épitaphes"...

 

   * "Lézards dont l'insouci est guetté par les chats." René Char. Le poète nous l'a confié depuis longtemps, dans "La complainte du lézard amoureux" : cet animal est poète, à ses heures...

 Chez Raymond Queneau, l'espiègle bête jonglait avec le (nos) mots, au lieu de se contenter de sommeiller dans le soleil : 

« Nous, lézards, aimons les muses

Et les muses aiment les Arts. 

Avec les Arts l'on s'amuse :

on muse avec les lézards."

 

   * Loin de la patte du chat qui attend, le lézard aoûtien de mon balcon, une montagne envieuse de neige... Ce grand désert entre lac et ciel, ce silence immaculé cerné de bleus écrins, c'était Les Orres ! Et ils croyaient que c'était de l'or blanc...

 

   *  Je relis Le Petit Prince avec la classe de Sixième et c'est toujours l'émerveillement et le constat qu'on n'épuise jamais les significations de ce récit poétique; voici encore des citations à retenir pour devenir plus sage...

   "Le langage est source de malentendus." - "On ne voit bien qu'avec le coeur." - "Les yeux sont aveugles. Il faut chercher avec le coeur."

"Qu'est-ce que signifier "apprivoiser" ? Créer des liens."

 

   * René Char, dans son introduction aux oeuvres de Rimbaud : "Avec Rimbaud, la poésie a cessé d'être un genre littéraire, une compétition, pour devenir une expérience de la totalité, fondée dans le futur, expiée dans le présent."

 

   * Et Saint John Perse, parlant de Char : "Char vous avez forcé l'éclair au nid et sur l'éclair, vous bâtissez."

 

   * Seul importe le livre, tel qu'il est, loin des genres, en-dehors des rubriques, prose, poésie, témoignage...Maurice Blanchot. Je lis "L'espace littéraire" de lui; un livre dont je n'ai pas daté la lecture, ni noté son contexte (lieu de l'achat, de la lecture), rarissime chez moi; mais un tel livre est toujours à l'heure quand on a envie et besoin de réfléchir, de se plonger dans la poésie théorique, la réflexion intelligente, quand on a l'impression de comprendre enfin la littérature...

 

   * Le poète Kenneth White, éternel voyageur, se définit ainsi : "Clochard transcendantal", "nomade intello", "je suis un solitaire social" Jacques Lacarrière, lui aussi, est un sacré voyageur : "un flâneur des deux rives du temps". Relisons le texte "Vagabonds" de Rimbaud, dans les Illuminations ! Et "Le sens de la marche"(Gallimard), de Jacques Réda, "passant désinvolte", ou la "Philosophie buissonnière" de Stanislas Breton (éditions J.Millon, 1990)

 

   * Culture moderne, que nous détestons souvent car peu humaniste, méconnaissant l'Histoire, les grands repères,les valeurs universelles: elle vit à la surface des choses, des événements, ne se situe pas dans la mémoire collective; elle est la création éphémère d'économistes idéologues, de publicistes vénaux, de décideurs irresponsables, de gagneurs pour qui importe l'argent plus que l'amitié ou l'humanité... Tout est "culture", aujourd'hui, mot utilisé à tout bout de champ : culture d'entreprise...

 

   * Dans sa Préface aux oeuvres de Rimbaud (poésie-Gallimard), René Char écrit cette forte phrase : "Hors de la poésie, entre notre pied et le champ parcouru, le monde est nul. La vraie vie, le colosse irrécusable, ne se forme que dans les flancs de la poésie."

 

   * De Char, encore : "Nous ne pouvons vivre que dans l'entrouvert, exactement sur la ligne hermétique de partage de l'ombre et de la lumière."

 

   * "Vous avez forcé l'éclair au nid et sur l'éclair vous bâtissez." Saint John Perse.

 

   * "Poésie, c'est crevé", écrit Denis Roche. "Elle est inadmissible. D'ailleurs, elle n'existe pas !" On pense à la phrase d'Adorno sur l'impossibilité de la poésie après le nazisme, les camps, la Shoah; puis Adorno est revenu sur son jugement après avoir lu les poèmes de Paul Celan.

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2 janvier 2012 1 02 /01 /janvier /2012 22:49


   * Artmour :  La femme horizontale, pas forcément celle des horizons, à la bouche qui perce, au visage rond, plein, comme une lune où trône la mer de la tranquillité. Rien de cérébral, mais la vie qui habite la femme.

 

   * Tu râles, me fais la tête parce que je lis le journal, un roman…Et que j’écris ! Tu cries pas, mais je vois ton visage devenu terne… Tu voudrais que je sois tout à toi, auprès de toi, en toi ! Moi aussi, je l’avoue et j’ai le péché de l’écrit, mais faut que je me soigne, en t’écoutant, e,n sortant de mon armure… Parfois j’hésite, reste sur mes positions, tel un têtu campeur, et me demande si tu comprends tout à fait ce que représente lire, écrire : un plaisir, une souffrance… J’ai besoin de cette pitance, de cette monstrueuse activité quotidienne : confession, me gave de mots jusqu’à m’étourdir, me droguer ; une sorte de bonheur. Tu as pourtant raison : le bonheur, c’est d’être au plus près.

 

   * Quand j’ai fini de remplir mon intime journal, mon blog journalier, mes twitteries facétieuses, quand j’ai fini de parcourir tous ces articles parlant du monde, quand je me suis étourdi pleinement dans les mots, alors je me sens vidé, paradoxalement, l’esprit ouvert, réceptacle vierge,le verbe ayant atteint l’inlocalisable point G…

 

   * Me nécessitent le silence et une solitude passagère pour écrire. C’est sûrement une maladie et tu n’acceptes pas ce retrait ; tu préfères qu’on aille marcher sur la plage ou dans les vignes nuancées de l’automne. Tu aimes quand on va au col, là-haut, par-delà les prairies de la frontières, ramasser cèpes et rosés des prés. Et tu as raison. J’écris pour rien, ni pour gloire ni pour droits d’auteur ou rutilants honneurs. Je n’écris que pour quelques instants de plaisir inavouable. J’écris pour un fugace bonheur…

 

   * Pluie toute la nuit, que d’eaux et la mer monte. Je la vois s’élever, dévaster la plage, cavaler sur les jetées. L’orage a éclaté ; ses zébrures éclairent la nuit de la mer et j’en perçois le noir, remué, jeté telle une encre sur les murs de la petite station balnéaire. Les rues sont inondées, cauchemar au coeur de la nuit, frissons d’orange dans les jardins secrets de Banyuls. Je n’arrive pas à dormir, la faute n’incombe ni à la pluie ni au vent marin qui apporte pourtant tous les tourments de l’outre-horizon. C’est une question simple de bras qui ne veulent pas de moi, s’enfermant dans un sommeil égoïste…  

 

   *  L'amour, selon Pasternak, c'est "cette sorte de moi, ce toi d'une absolue perfection."

 

   * Au festival d'Avignon, 9.10.2007. Pièce "Le monologue du pénis". On fait la queue (plutôt petite) et le patron, à l'entrée : "Ne vous placez pas au premier range, vous risquez des déflagrations ..."

-Des "éclaboussures", vous voulez dire, s'étonne un client.

-Oui, des éjaculations !"

   Dans la petie salle d'une centaine de places, à peine, intime, déjà l'ouvreur indique que soixante-neuf places sont occupées. Quant à l'ouvreuse, elle clame "érection interdite" à pleines gorges... L'ouvreur proclame qu'il s'agit d'une conférence que le pénis. Merci, M.Freud, répond le visiteur effronté. Vous ne voulez pas plutôt dire, une "circonférence" ?

Et l'ouvreur :, de sa belle bouche rouge : "You hav' got a penis ? Use it now !"

    Surgit un acteur bien habillé de pied en cap, manteau en poils jaunes et chapeau melon, en dépit de la saison estivale, qui se fraie un chemin entre la foule qui "queue" ou "pénit"  "Je remarque qu'il y a plus de femmes que d'hommes, dans cette salle..!"

   Un autre acteur, en débardeur : "Une panne, viagra est là !"  klein--moi-nice.JPG

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1 janvier 2012 7 01 /01 /janvier /2012 18:16

Man-ge-voeux.jpg  * Peur de la nouvelle année ? Pas des prophéties funestes annoncées de façon rituelles, mais peur du temps qui s'amincit... Retour sur le passé : Marseille & autres souvenirs...

 

 

   * Mar, Massilia, la réécrire, la ville, et la mer qui bouge, dans les deux sens. Vers l’Afrique : désir de désert. Mouvement vers l’Europe des pauvres, des sans-papiers : après le péril jaune, la peur de l’Arabe…De l’autre, du Noir, de l’immigré…

 

   * Le bel été, le beau Rimbaud. Une trace sur la plage qui parle d’une ultime empreinte. Dernière aventure à Marseille : sa mort.

 

   * De Paris, je pensais à elle, dans l’immeuble de verre où, le dimanche matin, on peut voir, sans être voyeur, les couples qui font tout l’amour qu’ils n’ont pas eu le temps d’accomplir tout au long de la semaine. Font l’amour au temps. Le tuent par le corps, puis avec le repas, la balade, le tour en voiture, les heures  devant la télé… 

  J’y ai dormi, sans elle, partie non loin. J’aurais dû y aimer : j’ai pas osé la scandaliser…

 

   * Avoir des mots. Cette expression, c’est beau. Mais avoir des mots avec la police : moins élégant !

 

   * Le loriot jaune aux ailes noires me regardait depuis sa cage vitrée. M’implorait-il d’ouvrir la prison dorée, de le lâcher dans le musée du monde, dans l’univers de la mort.. ? Ou dans un espace plus vaste, hors les murs, vers une immortalité plus vivante et naturelle.. ?

 

   * Azimut, le chemin, en arabe. Azimuté, qui a perdu la boussole, la tramontane.

    Terrain azoïque, dépourvu de fossiles. »Le vide infini qui soutient le monde.’ Edmond Jabès.

 

   * La voie du Lido vibre aux roulements du soleil, concurrencé par les vagues proches : c’est la piste des flamants roses, qui font des nids démesurés dans les anciennes cabanes de pêcheurs. La vie n’est plus bleue, ici, pour l’homme. Il a hypothéqué sa vie pour une aire de moellons dans les étages du ciel. Cette route, que j’ai écrite il y a vingt ans, est encore la frontière entre écume d’eau et blanc Canigou. Elle est un pont entre la mer et l’étang, une plage de dunes et une autre de roseaux qui ne savent pas écrire.

 

 

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  • professeur de lettres, écrivain, j'ai publié plusieurs livres dans la région Languedoc-Roussillon, sur la Catalogne, Matisse, Machado, Walter Benjamin (éditions Balzac, Cap Béar, Presses littéraires, Presses du Languedoc...
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