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1 août 2022 1 01 /08 /août /2022 12:34
Claude Delmas, moert en 2016 (Vingrau, 66)
Claude Delmas, moert en 2016 (Vingrau, 66)

Claude Delmas, moert en 2016 (Vingrau, 66)

 

 

-LECTURES : 

Nadja, d'A. Breton - Claude Delmas : Madrid et Castille -

F. Mitterrand : l'abeille et l'architecte -

 

  •  NADJA, d’André Breton

 

 

Des décennies après une première lecture qui éblouit l’étudiant ès-lettres, je retrouve l’édition de poche originale avec le dessin fameux : tête de femme s’insérant dans une main dot les doigts sont dirigés vers le bas. Le dessin est simple, brut, enfantin, mais symbolise toute l’étrangeté de cette femme, toute la beauté et la poésie incarnée par la dame rencontrée en direction de l’Opéra, à Paris…Et le lecteur doit atteindre la page 70 pour assister à ‘action du hasard, qui va donner naissance à un livre mythique, du pape du Surréalisme.

 

A présent, le portrait de cette femme « libre », portant l’espérance en son prénom (étymologie de Nadja), me semble moins poétique et d’une beauté « convulsive »(dernière phrase du livre) moins évidente : le récit est souvent prosaïque, même….

 

En tout cas, Nadja nous donne envie de sortir de notre « asservissement » (Breton ne parle pas de « servitude volontaire ») quand elle apparaît dans la splendeur de son habillement, de son visage et de sa « morale » : « assez élégante, en noir et rouge, un très seyant chapeau, cheveux d’avoine…elle porte des bas de soie et est parfaitement chaussée… » (page 84)

 

On attendait plus d’érotisme et moins de conventions de la part de l’auteur des Champs magnétiques. La rencontre est superficielle mais inoubliable car Breton convoque dans ce texte court les rues parisiennes, les amis de l’époque, des souvenirs, des réflexions sur les poètes vénérés, Rimbaud…

 

Enfin, l’auteur apprend, un jour, que Nadja serait devenue folle, qu’elle serait internée dans le Vaucluse et cette nouvelle nous ramène au tragique destin de Camille, la sœur de Paul Claudel…

Folie prévisible si on en juge par les propos excentriques que tenait la jeune femme et, ajoute l’auteur, en raison de la rencontre avec un poète : celui-ci ne se sent pas coupable car « je ne pense pas qu’il puisse y avoir une extrême différence entre l’intérieur d’un asile et l’extérieur. »

 

 

*Claude Delmas, Madrid et ses Castilles

 

Le livre est courte mais riche en suggestions. Le voyage est prétexte à digressions et à souvenirs.

Page 11, ça commence bien  « Faire l’amour dans les paradores. »

Il appelle « pasotisme » le je m’enfoutisme des Madrilènes : « c’est la frivolité madrilène ».

 

-Sur les régions, les langues de la péninsule : « L’Espagne n’est pas une nation. Il faut trois jours pour être madrilène. » « Pour les Barcelonais, Madrid est une ville qui aurait pu ne pas exister. 

C’est une ville sans passé ; Madrid ne parle jamais du passé."

 

A la page 6, C. Delmas évoque les « tertulias » : « conversations très éprouvantes, qui donnent lieu à une sorte de corps-à-corps d’oralité entre deux ou plusieurs partenaires.

  La performance ne vaut que si elle dépasse la durée qu’on octroie d’ordinaire à une causerie.

Il décrit, p. 39 à 48, le climat central de l’Espagne, avec ce vent glacial, soufflant de la meseta voisine…, car, « tout en Espagne est authentique », la chaleur, la paëlla, la misère…

 

 Claude brode ensuite sur « les clichés de l’âme espagnole » (p. 49) et les « topiques de l’espagnolade » (p 110) et les cafés décrits par R. Gomez de La Serna…jusqu’ à l’éloge des courses de taureaux, car ce Delmas-là aimait les corridas !

 

Il aborde la « philosophie de la perplexité » car même si Madrid fut le siège de l’Inquisition (« au XVI° siècle, bûchers et autodafés sur la Plaza Mayor », c’est aussi une ville laïque, ouverte, cosmopolite, culturelle…picturale, avec le Prado (p. 94) et l’art de « la birlibirloque », de José Bergamin, ou art de tenir la mort à distance, d’adapter le style du torero à celui du taureau…

 

 

 

  • L’abeille et l’Architecte

François Mitterrand, un intellectuel ?

 

Dans cette « chronique » publiée en 1978 (Flammarion éditeur), le Secrétaire -premier- du Parti socialiste affiche la volonté d’apparaître pur, sincère, démocrate, humaniste…et j’en passe.

Parfois, on le sait, la plume est acerbe -page 348- les Communistes sont complaisants avec la Droite et méprisants à l’égard des Socialistes : on a pitié de le vor ainsi trahi par ses alliés… On lui souhaite une belle revanche, mais on ne peut alors non plus ignorer ses anciennes compromissions, sa participation à un gouvernement répressif -en particulier lors de la politique coloniale, le ministre de l’intérieur n gracia pas des militants du FLN ; il croyait en l’Algérie française : qui n’y croyait pas, à l’époque.. ?

 

Cependant, FM a eu le courage d’autoriser la publication de tous ses textes et discours « compromettants » dans Politique 1 et 2 (Flammarion).

Et puis, malgré son aspiration sincère à un « socialisme humain », pluraliste, il apparaît bien naïf ou façonné de manière définitive par un réformisme, un « gradualisme » (p.266) qui a déjà beaucoup coûté à des gouvernements démocratiques, comme au Chili.

Ainsi, à la p. 213, il rend hommage à Salvador Allende pour ne pas avoir instauré une dictature « socialiste » et, par un machiavélisme qui semble involontaire et qu’on voudrait qualifier simplement de simplisme politique, il découle alors de son texte qu’il préfère la mort d’Allende et du peuple chilien !

 

Mais Allende n’avait pas à devenir autoritaire : il devait faire prendre conscience à son peuple du danger, le former, l’armer, le mobiliser et épurer l’armée, l’administration, etc… donner un pouvoir de contrôle et de décision aux travailleurs pour prévenir toute velléité de contre-révolution. En définitive appliquer une « dictature du prolétariat », non pas le totalitarisme d’une minorité agissante, d’une avant-garde, d’une classe ou d’un parti, mais la toute-puissance d’une nation où s’expriment dans les cellules, les comités, assemblées du peuple, toutes les tendances syndicales et politiques.

 

   Ce livre est une « chronique », un genre qui ravit car ces courts textes effeuillent le temps, l’Histoire, en nous rappelant des événements essentiels et d’autres, plus secondaires -mais y a-t-il vraiment des histoires sans importance.. ?-

En effet, tout est signifiant : un fait nous semble dérisoire parce que nous l’avions oublié ou que ceux qui dirigent l’information nous braquent vers d’autres actualités. La chronique est un genre pédagogique car elle est la mémoire de l’Histoire, des histoires mondiales et nationales.
Mitterrand nous replonge dans le passé, en priorité, bien sûr, avec ses idées, sentiments, écritures, obsessions personnelles, et donc dans son passé à lui, unique. Mais il a beau insister sur la vie de son parti, sur ses rencontres amicales ou diplomatiques ; il a beau décrire sa région natale, célébrer la poésie des Landes, ce qu’il aime dans la nature, en fait il s’efface plus qu’il n’impose son univers réel ou imaginaire…

JPB

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  • professeur de lettres, écrivain, j'ai publié plusieurs livres dans la région Languedoc-Roussillon, sur la Catalogne, Matisse, Machado, Walter Benjamin (éditions Balzac, Cap Béar, Presses littéraires, Presses du Languedoc...
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