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23 décembre 2015 3 23 /12 /décembre /2015 10:01
Nicolas Bourriaud

Nicolas Bourriaud

 

*Ancien directeur des Beaux-Arts de Paris    (ENSBA) désormais responsable de l'art contemporain à Montpellier

 Nicolas Bourriaud a été nommé directeur du centre de culture contemporaine la Panacée à Montpellier et chargé du projet de futur centre d'Art contemporain.

Destitué par le ministère de la culture, l'ancien directeur des Beaux-Arts ne viendra sans doute pas au secours des B.-A. de Perpi… Pas la moindre ba…

 

 

* Je relis son petit opuscule Esthétique relationnelle (édition Les presses du réel) ; il définit ainsi son concept : il tente de renouveler notre approche de l'art contemporain en se tenant au plus près du travail des artistes, et en exposant les principes qui structurent leur pensée : une esthétique de l'interhumain de la rencontre, de la proximité, de la résistance au formatage social...(page 13)

 

Pour lui, désormais "les oeuvres ne se donnent plus pour but de former des réalités imaginaires ou utopiques mais de constituer des modes d'existence ou des modèles d'action à l'intérieur du réel existant, quelle que celle soit choisie par l"artiste."

 

N. Bourriaud s'inspire du marxisme et de Louis Althusser. Il prône un "matérialisme aléatoire", une esthétique de la relation ("L'art est un état de rencontre") qui s'inscrit dans une tradition matérialiste pour aboutir à un "matérialisme de la rencontre." (page 18.

 

Il faut que l'oeuvre crée des liens : merci le Petit Prince…

Le regard d'autrui est essentiel : c'est le regarder qui prolonge l'oeuvre et là, l'ancien directeur des B.Arts s'inspire de Duchamp (dialogue entre le regardé et le regardeur), de Lévinas * (pour le visage), de Serge Daney (pour le cinéma, l'idée de pont de vue, de focalisation, de réception sont à la mode)…

 

Contre la servitude, il s'agit d'utiliser les "interstices sociaux", la liberté devant s'exprimer lors des expositions, le public échangeant, communiant lors des installations contemporaines. Pour s'éloigner de la propagande et du formatage des médias audios et visuels qui sont faits pour vider les cerveaux (la télé de béton de TF1) et vider les villes, le soir, languit, les habitants se réfugiant dans leurs boites…

ces médias (dangereux intermédiaires) nous donnant l'illusion de communiquer avec le monde, de participer à l'animation frénétique du monde, en fait pour vendre de la séduction politicienne et de la pub commerciale...

 

 

*Le visage, c'est "ce qui m'ordonne de servir autrui", "ce qui nous interdit de tuer." (cité p. 23)

 

JPB

 

 

Nicolas Bourriaud est nommé directeur artistique de la Panacée à Montpellier et chargé de la préfiguration du futur centre d'Art contemporain, a annoncé le maire de Montpellier et président de Montpellier Méditerranée Métropole, Philippe Saurel. 

 

Critique d'art et commissaire d'expositions spécialisées dans l'art contemporain, Nicolas Bourriaud a fondé et co-dirigé le Palais de Tokyo de 2000 à 2006 et dirigé les Beaux-Arts de 2011 à l'été 2015. Il avait été limogé début juillet par le ministère de la Culture de la direction des Beaux-Arts, cette décision suscitant une polémique dans le monde de l'art.

 

 

Le futur centre d'art contemporain doit être créé d'ici 2019 dans les locaux prévus (hôtel Moncalm, près de la gare), pour le projet avorté de musée "de l'Histoire de la France et de l'Algérie", qui datait de l'époque du défunt Georges Frêche, maire d'une ville dans laquelle 42.000 pieds-noirs s'étaient installés en 1962.

 
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20 décembre 2015 7 20 /12 /décembre /2015 09:40
Bidet (Fontaine) de Duchamp : "Duchamp est passé par là !"

Bidet (Fontaine) de Duchamp : "Duchamp est passé par là !"

 

***L'Association Concordia Patrimoine et Culture, éditeur d'Artfabetic et Art Angels, plateforme de mécénat participatif travaillent main dans la main pour contribuer au financement du premier volume du dictionnaire biographique des artistes plasticiens de France.

 

Plus de 3500 artistes vivants, qui travaillent et/ou exposent en France, sont inscrits dans ce "dictionnaire des petits maîtres qui n'a pas oublié les grands" selon son auteur Julien Dumas. Ouvrage destiné à traverser le temps, Artfabetic s'est consacré à réunir des plasticiens de toutes spécialités et tous styles, pour offrir au monde conservateur, marchand et amateur d'art la plus belle diversité artistique et multiculturelle qui soit.  

 

La campagne de financement participatif invite un large public à s'inscrire dans l'événement de cette parution en contribuant à la réalisation de l'ouvrage pour participer à cette formidable aventure qu'est l'édition d'un dictionnaire d'artistes plasticiens.

 

Je vous encourage à découvrir le projet en cliquant sur le lien www.artangels.fr.

 

Le monde d'aujourd'hui a besoin de votre soutien. La création doit être mise en avant, les créateurs doivent se sentir soutenus.

N'hésitez pas à me contacter par mail ou via linkedin pour de plus amples renseignements.

Bien cordialement,

Céline Marcadon, cmarcadon@gmail.com

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www.artangels.fr

 

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Qu’est-ce que l’art ? C’est à cette question sempiternelle que retourne Arthur Danto dans son ultime ouvrage, récemment traduit en français. Le philosophe américain y propose une nouvelle compréhension de l’art comme « rêve éveillé », substituant à la mimèsis de la Renaissance une imitation onirique du monde et de son époque.

 

Recensé : Arthur Coleman Danto, Ce qu’est l’art, Post-éditions et Questions théoriques, traduit de l’anglais par Séverine Weiss, postface d’Olivier Quintyn, 2015. 219 p., 22 €.

Le titre du dernier ouvrage d’Arthur Danto Ce qu’est l’art (What Art Is), publié peu avant la disparition de l’auteur en 2013, révèle l’humour d’un philosophe qui n’hésite pas à énoncer une réponse affirmative, presque péremptoire, dans sa forme, à la fameuse question, récurrente de Socrate à nos jours : « Qu’est-ce que l’art ? » Car, si les philosophes et les esthéticiens du XXIe ne se soucient plus guère de savoir ce qu’est véritablement l’art ou si telle ou telle chose est ou n’est pas vraiment de l’art, ces questions préoccupent toujours le grand public, souvent déconcerté, face aux œuvres exposées dans les lieux d’art contemporain.

L’humour d’Arthur Danto tient à sa double casquette – lui-même parlait de double-hatting – d’une part, celle de représentant de la tradition analytique de l’art, préoccupé par l’interrogation « existentielle » de Nelson Goodman «  When is Art ? » – « Quand y a-t-il art ? » – et, d’autre part, celle de critique d’art obsédé par la question ontologique, convaincu de l’existence d’une « essence » de l’art.

L’ouvrage Ce qu’est l’art serait-il donc le signe d’une petite traîtrise passagère à la cause analytique ou bien l’aveu de la nature fondamentalement essentialiste de celui qui apparaîtrait alors comme le plus « continental » des philosophes anglo-saxons ? Assurément ni l’un ni l’autre... ou peut-être l’un et l’autre ! L’un des grands mérites de Danto, conteur passionné et passionnant de l’histoire et de la philosophie de l’art depuis Platon est de parvenir à convaincre le lecteur de la compatibilité de deux conceptions habituellement considérées comme inconciliables.

Comment régler en premier lieu la sempiternelle question de l’essentialisme ?

La validité de la démonstration de Danto repose sur la constatation que « tout ne peut pourtant pas être de l’art » (p. 12), malgré Marcel Duchamp et en dépit d’Andy Warhol qui, tous les deux, prirent acte de la disqualification de l’imitation et de la naissance du modernisme. L’un avec son urinoir, l’autre avec Boîtes Brillo auraient ouvert la porte au n’importe quoi et ébranlé « la certitude qu’une définition de l’art soit encore possible » (ibid.), déplore l’auteur avec une fausse naïveté, affectant d’oublier qu’il doit, à l’un et à l’autre, les fondements mêmes de sa philosophie de l’art. On décèle comme un soupçon de regret dans le « pourtant ». Quel dommage, tout serait plus simple si tout pouvait être de l’art !

Mais le philosophe enjoué qu’est Danto ne désespère pas de mettre au jour les critères assurés permettant de reconnaître avec certitude l’essence de l’art. Cela suppose bien entendu qu’une définition essentialiste vaille pour la totalité de l’art, qu’il soit ancien, classique ou contemporain : « Si l’on considère que l’art forme un tout cohérent, il s’agit de montrer que ce qui le rend tel est décelable tout au long de son histoire » (p. 12). En clair, l’histoire évolue, les différentes périodes de l’histoire de l’art le prouvent, mais l’œuvre d’art est un invariant et son concept est en quelque sorte transhistorique.

Une théorie analytique de l’art

« Rêves éveillés », nom du premier chapitre – l’ouvrage en comprend six – entend prouver l’existence indubitable de l’essence de l’art et repérer les signes qui permettent d’identifier celle-ci. Ce chapitre est avec le dernier (« L’avenir de l’esthétique ») celui qui justifie le titre du livre et mérite une attention particulière.

Après quelques pages consacrées à la naissance du modernisme au début du XXe siècle. Danto passe assez vite sur Picasso, notamment sur les Demoiselles d’Avignon qui n’ont droit qu’à des remarques sans intérêt particulier : « Les Demoiselles sont peintes de façon nouvelle pour faire apparaître la vérité des femmes, telle que Picasso la voyait » (p. 21) ! Il ne dit mot de l’archéologie du tableau, ni de la centaine d’esquisses révélant les hésitations, les doutes, les repentirs du peintre, rien non plus sur ce manifeste de l’origine du cubisme, ni sur l’influence de Derain et de l’art primitif. Assez curieusement, il ne fait aucune allusion à ce qui aurait pu appuyer sa thèse sur le début et la fin de l’ère albertienne. Lui qui place Giotto et Cimabue à l’origine du principe de la mimèsis aurait pourtant eu beau jeu de moquer André Breton qui haussait les Demoiselles d’Avignon à la hauteur de la Vierge de Cimabue.

Néanmoins, la thèse de Danto s’énonce clairement : « La question : “qu’est-ce que l’art” est désormais bien différente que ce qu’elle a pu être autrefois dans l’histoire » (p. 36). Marcel Duchamp et ses ready-mades, dans les années 1910, Andy Warhol et ses Boîtes Brillo (1964) ont permis à l’art de révéler son essence, sa nature profonde. Fountain, l’urinoir inversé de 1917, rompt avec le bon goût et la beauté, les fac-similés de boîtes Brillo sont de simples reproductions de produits commerciaux destinés aux supermarchés ! Comment justifier l’appartenance de ces objets au monde de l’art, choses a priori sans intérêt, n’importe quoi dans l’ordre de la banalité ?

« Le Monde de l’art » (The Artworld) est justement le titre de l’article publié par Arthur Danto en 1964 dans lequel il évoque le rôle décisif de la théorie de l’art et du contexte historique qui ont permis de « faire la différence entre une boîte de Brillo et une œuvre d’art qui consiste en une boîte de Brillo » [1].

Cette réponse, que Danto jugera lui-même après coup non satisfaisante, vaut à la rigueur pour Andy Warhol mais non pour Duchamp. Brillo Box est une copie parfaite, à s’y méprendre, d’un objet réel, alors que le ready-made est cet objet réel lui-même. Certes, si Warhol avait acheté de vraies boîtes de produit à récurer de marque Brillo au magasin du coin et les avait exposées telles quelles dans une galerie d’art, il aurait montré des ready-mades mais l’artiste pop s’en est bien gardé. En 1917, Fontaine, objet de plomberie, jugé immoral et vulgaire, a été refusé par le monde de l’art new-yorkais de l’époque, en particulier par la Société des Artistes Indépendants, tandis que, près de cinquante ans plus tard, le même monde de l’art présent à la Stable Gallery de la 74e Rue Est, accepte Boîte Brillo « sur le champ », précise Danto dans La transfiguration du banal. Une philosophie de l’art. Cet ouvrage, paru en 1981, avait recours à un raisonnement typique de la tradition anglo-saxonne. Danto entendait explicitement « établir […] une théorie analytique de l’art » [2] qui permettrait de faire la différence entre deux objets, apparemment identiques, perceptuellement indiscernables l’un de l’autre, et dont l’un est considéré comme une œuvre d’art et l’autre non. Danto reprenait l’idée d’une « atmosphère de théorie artistique » et celle « du climat créé par le monde de l’art », lequel n’est pas seulement celui le monde des connaisseurs, des milieux spécialisés et institutionnels – c’est la conception de George Dickie [3], autre théoricien analytique – mais un monde d’« objets interprétés », c’est-à-dire saisis par une interprétation philosophique et artistique qui identifie l’objet et le constitue en œuvre : « sans une théorie de l’art, une tache de peinture noire est simplement une tache de peinture noire et rien de plus » (p. 218). La notion d’« à propos de » (aboutness) est ici primordiale dans cette différenciation : une œuvre d’art est « à propos de quelque chose », elle est créée en fonction d’un projet, elle est intentionnelle.

Toutefois, ces critères, s’ils sont nécessaires pour distinguer l’œuvre artistique de son double banal et sans intérêt, sont insuffisants pour aboutir à une définition universelle et intemporelle de l’œuvre d’art.

L’art est une signification incarnée

Ce qu’est l’art entend précisément combler cette lacune. Danto s’attarde longuement, dès le premier chapitre, sur l’épisode de sa visite à la Galerie Stable en 1964, là où Andy Warhol exposait les Boîtes Brillo. Cette anecdote qui revient, tel un leitmotiv, dans ses écrits, donne la mesure du traumatisme provoqué par cette scène inaugurale, primitive, une sorte de Urszene freudienne, sans résilience, où se trouvèrent mélangées une bonne dose de répugnance esthétique et, heureusement, une « intoxication philosophique » persistante à l’origine de sa réflexion (p. 53). Deux découvertes se révèlent alors décisives. Premièrement, si les œuvres d’art sont « à propos de quelque chose », cela veut dire qu’elles sont des « significations incarnées ». Et si les différences entre les boîtes du commerce labellisées Brillo et les Boîtes Brillo de l’artiste new-yorkais ne sont pas visibles, il doit y avoir des différences et des propriétés toujours invisibles. La conclusion s’impose d’elle-même : « Ce sont les propriétés invisibles qui font que quelque chose est bien de l’art » (ibid.). Deuxièmement, Danto enrichit la définition de l’art comme signification incarnée d’une condition nouvelle inspirée par Descartes et Platon : l’art est un rêve « éveillé », allusion au rêve lucide raconté par l’auteur des Méditations métaphysiques, dans lesquelles Descartes finit par s’assurer de son existence en résistant aux tromperies du Malin Génie, et à l’allégorie de la Caverne chez Platon. Danto, lui, en conclut qu’à la disparition de l’imitation classique et à l’obsolescence du principe de la mimèsis établi à la Renaissance, succède une imitation moderne onirique. L’artiste rêve le monde et son époque et ce rêve est objectivé dans la forme que l’artiste donne à l’œuvre qu’il crée.

Ce chapitre, intitulé « Rêves éveillés », le plus long des six, est véritablement celui qui justifie le titre de l’ouvrage. Non pas que les suivants soient secondaires, mais ces textes, issus pour la plupart de conférences réécrites, servent surtout à exemplifier la thèse principale, à savoir que la définition de l’art de l’art est universelle et transhistorique.

C’est le sens, notamment, de « Restauration et signification ». En quelques pages malicieuses et sur un ton libertin, Danto rend hommage à l’artiste Cy Twombly qui parvint à le persuader que la restauration, en 1994, du plafond de la Chapelle Sixtine était une réussite et mettait en valeur Le Jugement dernier peint par Michel-Ange. Les lecteurs de La Madonne du futur, ouvrage publié en 2000 (version française en 2003) savent quelle importance Arthur Danto accorde à ce chef d’œuvre du maniérisme et quel rôle essentiel joue celui-ci dans sa philosophie de l’art : « Si l’on envisage l’art venant après Michel-Ange dans le cadre d’une histoire dont le point de butée est constitué par le plafond de la chapelle Sixtine et Le Jugement dernier, il ne peut être que post-historique » [4]. En déclarant qu’il est impossible d’aller au-delà de la figure de Jonas telle qu’elle est représentée sur le plafond, Danto laisse entendre que Michel-Ange marque à la fois la fin d’une période historique, celle que Giorgio Vasari met prodigieusement en scène dans les Vite [5], et le commencement d’une autre ère, celle qui s’achève avec Andy Warhol et signifie, de façon beaucoup plus radicale, la fin de l’art... mais non pas celle des artistes.

Digression sur un thème proposé par l’Université de Klagenfurt, « Le corps dans la philosophie et dans l’art » revient sur la question de l’éliminativisme, une thèse qui nie la possibilité de décrire nos états mentaux à l’aide du langage. Le langage du corps qui prétend décrire nos passions, l’amour, le désir, la colère etc., relève de la psychologie naïve. Or, seules les sciences cognitives parviendraient à rendre compte, à l’aide des nouvelles technologies, réellement du langage du corps. Cette perspective laisse Danto plutôt sceptique qui prend ses distances par rapport aux performances corporelles contemporaines, bien éloignées, selon lui, de notre « glorieuse tradition artistique ».

Passionnante mais trop rapidement évoquée, est l’interprétation renouvelée de l’esthétique d’Emmanuel Kant que les formalistes, tels Clement Greenberg, revendiquent pour justifier précisément leur formalisme en art. Dans la mesure, selon Danto, où il affirme que l’âme est intimement « liée aux facultés de connaître », autrement dit que la connaissance passe aussi par les sensations, Kant donne la possibilité d’interpréter l’art de « n’importe quelle période artistique », y compris celui de l’époque contemporaine.

L’exclusion de l’esthétique

Sans craindre l’effet comique du running gag, Arthur Danto évoque derechef, dans le dernier chapitre sur « L’avenir de l’esthétique », les boîtes Brillo, les vraies, fabriquées dans un but commercial, et Boîtes Brillo, les « fausses », d’Andy Warhol. Le plus continental et européen des philosophes anglo-saxons se souvient qu’il appartient pleinement à la tradition analytique lorsqu’il traite du rôle de l’esthétique. Sa définition de l’art comme « signification incarnée » doit tout à la philosophie et absolument rien, selon lui, à une esthétique que les ready-mades de Marcel Duchamp ont totalement exclue de la sphère artistique : « Je peux [...] affirmer que l’essentiel de l’art créé aujourd’hui n’a pas pour but principal la mise à disposition d’une expérience esthétique » (p. 177). Soit. Mais ce chapitre met surtout en lumière la différence existant entre l’acception « analytique », nord-américaine du terme « esthétique », qui reste liée, pour Danto, à la beauté, à l’agréable, au plaisir, à la satisfaction des sens, etc., et celle de la tradition européenne pour qui l’esthétique est associée à la fonction critique du jugement, aussi bien dans l’art que dans les rapports de celui-ci avec la société. Exprimée dans les années 1980, en cette époque de la fin des avant-gardes et de la dissolution des grands récits de légitimation, la position post-historique d’Arthur Danto s’inscrit parfaitement dans le contexte de l’époque mais son raisonnement demeure surprenant. Des nombreuses œuvres pop qui apparaissent aux États-Unis pendant une quinzaine d’années entre 1955 et 1970, Danto isole Boîte Brillo, objet non esthétique mais philosophiquement artistique grâce au double jeu d’une galerie reconnue et d’un artiste déjà célèbre. Cet objet aberrant, simple fake d’un carton destiné à la poubelle, trouve soudainement sa place dans l’histoire de l’art occidental dont il symbolise la fin programmée et inévitable. Magique, la transfiguration de ce banal objet semble relever de la sorcellerie dans la mesure où Danto passe sous silence le contexte social, économique et idéologique de cette métamorphose, ou plutôt de cette transfiguration quasi mystique, célébrée avec zèle par les dévots fidèles du monde de l’art. Dans sa pertinente Postface à l’ouvrage « Splendeurs et misères de l’essentialisme », Olivier Quintyn note à juste titre, en référence à Jean Baudrillard : « [...] l’indiscernabilité de la Boîte Brillo sert à hypostasier et à consacrer, en une expérience symbolique fulgurante, le continuum culturel du signe-marchandise qui relie en une même chaîne implacable l’art, la marchandise et la valeur somptuaire du signe dans l’échange » (p. 200).

L’histoire des indiscernables entre le modèle et sa copie pourrait alors être lue comme une fable, un leurre qui sert à masquer l’indiscernabilité, ou plutôt la similitude, voire littéralement l’équivalence de tous les objets, réduits à leur valeur d’échange, pris dans le jeu consumériste du capitalisme néolibéral. « Les boîtes de Harvey relèvent de l’esprit objectif des États-Unis aux alentours de 1960 » (p. 175) reconnaît Danto en faisant référence à la fois à Hegel et à James Harvey, l’artiste commercial qui a peint initialement les boîtes de produits à récurer. Il en va donc nécessairement de même pour les Boîtes Brillo de Warhol, avec cette différence, précise Danto, qu’elles rendent l’esprit objectif conscient de lui-même. Puis il s’interroge : « L’esthétique des boîtes Brillo nous en dit long sur l’esprit objectif dont elle relevait. Mais que nous dit-elle de l’esprit absolu, en imaginant qu’elle en dise quelque chose ? »

Ce qu’elle en dit est peut-être bien l’émergence, vers la fin des années 1960, dans le contexte de la société de consommation des Trente Glorieuses, du Business et Star Artist, figure aujourd’hui incontournable du marché de l’art international. Le contexte mercantile actuel de l’art post-historique tend plutôt invalider l’idée de l’art comme « signification incarnée » en quête d’interprétation, et à lui substituer celle d’un art émotionnel sous l’emprise des mass-médias et d’un management efficace et rentable. Un autre récit post-historique, inconcevable pour Danto, est peut-être déjà en train de s’écrire sur le thème : « après la fin de la fin de l’art ». C’est une autre histoire !

Arthur Coleman Danto, artiste-graveur dans sa jeunesse, eut à cœur, pendant un quart de siècle, d’exercer ses talents de critique d’art au magazine The Nation, « autrement que la plupart des critiques new-yorkais de tendance conservatrice », confie-t-il à la fin de l’ouvrage. Il ajoute : « Mon rôle, en tant que critique, était de dire de quoi parlait l’œuvre – ce qu’elle signifiait – et à quel point cela valait la peine que je l’explique à mes lecteurs » (p. 182). Le mérite de son dernier livre est de remplir parfaitement ce rôle en conciliant le philosophe de la fin de l’art et le critique d’art pour qui importait, au plus haut point, la survie de l’art et la continuation de son histoire.

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Pour citer cet article

Pour citer cet article :

Marc Jimenez, « L’art mis en boîte », La Vie des idées , 11 décembre 2015. ISSN : 2105-3030. URL : http://www.laviedesidees.fr/L-art-mis-en-boite.html

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Nota bene :

Si vous souhaitez critiquer ou développer cet article, vous êtes invité à proposer un texte au comité de rédaction. Nous vous répondrons dans les meilleurs délais : redaction@laviedesidees.fr.

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5 août 2015 3 05 /08 /août /2015 16:07
Florence Casanova-Delaunay (à gauche) avec un groupe de visiteurs (Itinéraires de Collioure)

Florence Casanova-Delaunay (à gauche) avec un groupe de visiteurs (Itinéraires de Collioure)

Collioure - Itinéraire du baroque, avec Florence Casanova-Delaunay

 

 

(Ce texte était destiné au journal L'Indépendant de Perpignan…)

 

 

 

Tandis que la foule s'est échouée sur les galets du Boramar et que les corps s'exposent à la morsure du soleil, sans rien savoir des richesses de l'église marine, vaisseau fragile, agressé sans cesse par le temps et les embruns, une visite culturelle essentielle a lieu dans la pénombre de ce navis à la nef modeste...

 

 

Florence Casanova-Delaunay est à l'origine du projet "Le chemin du Fauvisme", parcours sur les pas des "Fauves" Matisse et Derain, à partir des panneaux signalant les ateliers et les lieux hantés par les peintres. Ensuite, la guide et spécialiste du patrimoine a travaillé à L'hospice d'Ille-sur-Têt dédié à l'art sacré, pendant douze ans. 

 

A présent, appelée par la nouvelle municipalité, elle revient à Collioure pour des visites, pour communiquer autour du Chemin du Fauvisme et surtout pour re-dynamiser le projet initial. Grâce à de nouveaux moyens financiers : un local nouveau pour l'association, des études préparant la réfection des panneaux, des moyens numériques (diffuser en plusieurs langues) elle va repenser l'itinéraire, organiser des visites guidées plus amples et plus diversifiées; de même, un parcours individuel sera ainsi possible, permettant une promenade au rythme de chaque visiteur. Enfin, une visite virtuelle est envisagée. Des initiatives suggestives à suivre…

 

J'ai suivi le groupe du 24 juillet afin de découvrir l'itinéraire du barque dans l'église Notre-Dame des Anges.

 

Le discours de F. Casanova fut passionnant, à la fois historique, artistique, religieux…

 

Le retable de Collioure, oeuvre de Joseph Sunyer, originalre de Manresa, en Catalogne, est un modèle de la naissance et du développement de l'art baroque. L'église est insolite car "flottante" : c'est en 1672 que l'église paroissiale d'origine fut rasée sur ordre de Vauban, afin d'aménager les glacis du château. Après bien des péripéties, Louis XIV  offrit un emplacement près du phare et une somme d'argent pour la construction de la nouvelle église : elle sera bénite, cet édifice méridional à nef unique et quatre chapelle latérales, le 6 avril 1691…Consacré, ce lieu sacré, bâti sur le modèle de la cathédrale Saint-Jean de Perpignan, avec son vaisseau et les  chapelles qui la ceignent. 

 

A la fin du 17° siècle, l'architecture est simple, avec ces chapelles qui constituent des niches où s'insèrent les signes du baroque : à comparer avec l'église des Jésuites de Rome.  C'est l'époque, alors, du grand schisme religieux : la réforme  et l'église catholique de la contre-Réforme…

Le baroque va illustrer la contre-Réforme. 

 

Avec ce courant artistique original, le thème de l'extase se développe, pensons aux "orgasmes" spirituels de Sainte Thérèse d'Avila, entre autres… L'iconographie se transforme : le saint devient un "séducteur" qui attire les fidèles (pensons aussi à la représentation de Saint Sébastien qui, du martyr réaliste, évolue vers l'image de la beauté). 

 

C'est Ignace de Loyola qui, retiré dans le premier couvent jésuite d'Europe, va réfléchir à l'impact de l'image dans la liturgie : le relation à dieu se fait en fermant les yeux et en imaginer Jérusalem. Il s'agit de créer un théâtre intérieur. 

 

En 1698, Sunyer reçoit une commande : il s'engage à exécuter le travail en quatre ans. Il réalise d'abord la sculpture, puis les dorures : il obtiendra environ 15 000 euros pour le retable de Collioure; on lui octroyait aussi chaque matin une ration de thon…Il réalisa en outre les barques reliquaires…

 

Le triptyque de J. Sunyer s'ouvre comme un grand livre, avec la victoire de la Vierge sur les forces du mal. Au-dessus, Saint-Pierre, incarnation de tout le pouvoir du Vatican et enfin, tout en haut de l'oeuvre d'art, Dieu.

Sur les côtés, les saints entourés d'angelots, de végétaux, de poissons avec, en bas, le symbole de Collioure : les trois tours, une barque catalane). Voici la puissance de l'émotion, grâce à l'image !

 

Le premier retable du maître-autel, composé par Sunyer, est d'abord installé à Prades, puis c'est la consécration : 25 retables sont installés dans les églises du Roussillon. 

 

 Baroque : ce mot à l'étymologie portugaise, était à l'origine un terme de joaillerie; puis le mot est chargé d'un sens péjoratif, exprimant l'ostentatoire, la lourdeur, la brillance excessive. Il retrouvera ses lettres de noblesse à partir de 1960 grâce à Eugenio d'Ors, penseur catalan né à Barcelone, à la fin di 19° siècle; il va côtoyer Dali et l'architecte Josep Puig i Cadafach. D'ors écrit que c'est un art éternel, art récurrent quand la société est en crise; il parle de Baroque pour l'art romain décadent et pour le gothique de la cathédrale de Milan…

 

Le baroque va s'exprimer pleinement à travers les volutes et architectures osées de Gaudi ainsi qu'avec les métamorphoses que Picasso fait subir au corps humain…

 

Tant à dire sur ce sujet ! Il faut se rendre aux itinéraires fauves, baroques et historiques de Florence Casanova-Delaunay (contacter l'office de Tourisme de Collioure)…

 

 

 

J.P.Bonnel (visite du 24.7.2015)

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7 juillet 2015 2 07 /07 /juillet /2015 08:48
Joseph Maureso & Claude Massé à Prats - Pedro Soler, Gaspard Claus & Madeleine Claus à Cerbère - Rui Gomes à Céret -  MARIE ROSE TOURNÉ à Elne
Joseph Maureso & Claude Massé à Prats - Pedro Soler, Gaspard Claus & Madeleine Claus à Cerbère - Rui Gomes à Céret -  MARIE ROSE TOURNÉ à Elne
Joseph Maureso & Claude Massé à Prats - Pedro Soler, Gaspard Claus & Madeleine Claus à Cerbère - Rui Gomes à Céret -  MARIE ROSE TOURNÉ à Elne

* 7 juillet : Exposition Maureso- Claude Massé

Lettre de J.Maureso :

Bonjour,

nos pratiques sont autonomes, chacune se développant dans son histoire, elles n'ont à priori aucune partie liée, et les pensées en art qui s'y développent n'ont pas les mêmes objectifs ni les mêmes processus...

Toutefois nous avons décidé, Claude et moi même de les présenter dans une intrication, car nous avons dans l'idée qu'elles peuvent produire sans nous une interface fertile...

Venez nous rejoindre le mardi 7 juillet pour le vernissage de cette exposition , vous nous direz ...

à 17h 30 à l'Office de Tourisme de Prats de Mollo pour covoiturage jusqu'au Fort...

Joseph Maureso

- - -

Céret :

*La Galerie d'Art "Miliou.Cat" vous annonce l'exposition de peintures de l'artiste Rui GOMES, qui aura lieu du 7 mai au 25 juillet 2015.

mercredi 8 juillet à 19:00 h.

VERNISSAGE

dimecres 8 de juliol a les 19:00 h.

La Galeria d'Art "Miliu.Cat" us anuncia l'exposició de pintures de l'artista Rui GOMES que tindrà lloc del 7 al 25 de juliol del 2015.

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ELNE :

*Mercredi 8 juillet à 18 h 30

salle Roger Grau

impasse Rovira

Ville Haute

Elne

MARIE ROSE TOURNÉ

Le Président MACIA

Et les Faits de Prats de Mollo

« Cette conférence concerne la vie du Président MACIA, de sa naissance à sa mort, en passant par sa vie militaire, abandonnée afin de pouvoir s'investir dans la politique, et être élu député, sa tentative de pénétrer en Catalogne avec son armée clandestine afin de soulever le peuple contre la Dictature de Primo de Ribera (ce qu'on a appelé les Faits de Prats de Mollo). Le procès, l'extradition ses voyages en Russie, Amérique du Sud, Cuba, New-YorK...Son élection, son oeuvre en tant que Président jusqu'à sa mort. »

EndFragment

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Mercredi 8 juillet 2015

Entrée libre

avec Pedro Soler, Madeleine Claus et Carlos Murias Vila

20h, au Belvédère du Rayon vert, Cerbère-

Soirée d’ouverture “Rencontres au Belvédère”

Insolite et imposant, le Belvédère du rayon Vert semble surgir d’un autre temps. Avec la

nouvelle ligne de TGV et l’ouverture des frontières, les trains à Cerbère se font rares et

l’odeur d’orange des transbordeuses n’est plus qu’un vague souvenir. La gare s'éteint peu à

peu mais Cerbère reste un lieu de passage par excellence. Bercé par les murmures des

vagues et du passage des trains, Le Belvédère est le témoin silencieux de cette atmosphère

particulière,

Cette soirée au Belvédère est l’occasion de croiser des histoires, d’évoquer des souvenirs et

réveiller les âmes en transit pour s’immerger durant une semaine au rythme du compas.

Une rencontre à l’honneur du patrimoine matériel et immatérie

l.

Projection: “Cerbère” création vidéo d’Olivier Moulaï
(Durée 18’)
“À Cerbère, à cause de la différence d'écartement des voies françaises et espagnoles, les trains s'arrêtent pour changer d'essieux. Durant ces attentes, les lieux parlent au voyageur d'un passé pas si lointain...”
Suivi d’une présentation du “Belvédère du Rayon vert” par Jean-Charles Sin, son propriétaire.

Madeleine Claus présente le livre de Werner Thalheim : “Une communauté d’antifascistes allemands dans les Pyrénées-Orientales 1934 - 1937” - La Coûme-Mosset.

Petit mas au dessus de Mosset, la Coûme est abandonnée lorsque Pitt et Yvès Krüger, fuyant l’allemagne Nazi, y attérissent en 1933. Comment sont-ils arrivés là? C’est ce que Madeleine Claus nous transmet grâce à ce témoignage écrit par Werner Thalheim et découvert par sa fille Barbara après sa mort.

http://vendangeslitteraires.overblog.com/2015/05/les-pionniers-de-la- coume.html

Carlos Murias “Le son millénaire des castagnettes”
La présentation est illustrée par 4 pièces jouées en direct.

Journaliste, metteur en scène, soliste de castagnette et ancien élève de la Côume, Carlos Murias viendra spécialement de Barcelone pour une présentation de l’histoire des castagnettes de la préhistoire à nos jours dans la musique traditionnelle espagnole.

Pedro Soler présentera trois titres inédits de son prochain album à paraître, enregistré à Barcelone avec la cantaora Inés Bacán et Gaspar Claus.
«Une rencontre inéluctable qui cristallise le flamenco précis, presque archaïque de Pedro Soler, la virtuosité du violoncelle expérimental de Gaspar Claus pour soutenir le chant profond, “jamais contaminé” de la grande Inés Bacan. Un album au souffle puissant qui transporte vers les prémisses du “Cante jondo”.»

Renseignements et Réservations (FR) 06 25 81 55 34

(ES) 617 12 76 16

contact.rayonvert@gmail.com

http://flamencoenfamille.wix.com/francais https://www.facebook.com/flamencoenfamille

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9 mai 2015 6 09 /05 /mai /2015 10:41
La baigneuse drapée de Saint-Cyprien © photo JPBonnel
La baigneuse drapée de Saint-Cyprien © photo JPBonnel

Le voyage de Maillol en Grèce (en 1908) est évoqué dans une exposition originale à Barcelone

Le sculpteur s'est rendu en Grèce avec le poète Hoffmenstall se ressourcer aux origines de la statuaire antique…

Ce périple est donné à voir et à comprendrefrâce à une exposition inédite : jusqu'en janvier 2016 au Musée Frederic Marès de Barcelone.

Le Musée Frederic Marès aborde cette séquence cruciale de la quête créative de l'artiste de Banyuls-sur-mer, alors âgé de 47 ans. Son périple hellénique, effectué en avril et mai 1908, a « réaffirmé son idéal esthétique », selon Àlex Susanna, commissaire de l'exposition "Maillol et la Grèce", visible jusqu'au 31 janvier 2016.

On y retrouve la statue Méditerranée, accomplie en 1905, première réalisation monumentale, à la fois fois populaire et romantique, signée Maillol. Le parcours est jalonné de 23 oeuvres illustrant l'évolution du sculpteur, signalée par les terres cuites « Têtes votives de femmes et d’hommes », d'inspiration étrusque, commise en 1896, et « Dina », représentant sa muse Dina Vierny en 1937.

« L'Etna est comme le Canigou »

Le voyage en Grèce de Maillol est également traité au travers du journal intime de l'artiste, quittant le port de Marseille pour rejoindre Athènes, puis le sanctuaire de Delphes et la ville d'Éleusis. Auparavant, une étape à Naples et Pompéi, puis en Sicile, fait dire à Maillol :

« L'Etna est comme le Canigou ». Un ensemble de 43 photographies, dont seulement sept étaient connues à ce jour, accompagne cette démarche. Les sculptures présentées sont issues de la Fondation parisienne Dina Vierny-Musée Maillol et de collections privées.

** Maillol, le vrai du faux

Le 9 juin, Perpignan, son maire, ses députés se sont rassemblés pour inaugurer «leur» grande exposition Maillol, hommage au sculpteur, dessinateur et peintre des formes féminines, né, en 1861, et mort, en 1944, dans le département des Pyrénées-Orientales. Cette rétrospective n'aurait pu avoir lieu sans Dina Vierny. Dernière muse de l'artiste puis fondatrice, en 1995, du musée Maillol à Paris, elle est détentrice des droits moraux de la succession. Ses déclarations publiées dans la presse ont transformé la célébration du «grand artiste» en un hommage à Maillol, ami de la résistance, quasi-résistant lui-même. Une version de l'histoire qui en hérisse plus d'un.

Mais revenons aux origines. Quatrième enfant d'un drapier de Banyuls, Aristide Maillol apprend le dessin et la sculpture à Perpignan. En 1882, il monte à Paris. Quelques années d'études, et il expose des paysages méditerranéens, des portraits de jeunes filles, réalise des peintures murales pour des théâtres et des cartons de tapisserie qui plaisent à Gauguin. Il vit pauvrement.

Célébrité outre-Rhin. Au tournant du siècle, Maillol se tourne vers la sculpture, rencontre sa première protectrice, la princesse Bibesco, et le marchand Ambroise Vollard. Il sculpte la Femme à la colombe, Jeunesse, Méditerranée, le Désir, le Cycliste…, devient l'ami de l'écrivain Octave Mirbeau et d'Auguste Rodin, dont il «admire surtout les dessins qu'il préfère à sa sculpture, érotisation plus directe, plus libre (1)». Il est remarqué par le comte Harry Kessler, dont le père était banquier allemand à Paris, avant d'être anobli en 1879, et dont la mère, une Irlandaise, a été la maîtresse du Kaiser Guillaume Ier. Le jeune Harry décide de consacrer sa fortune à la constitution d'une grande collection d'art, passe des commandes à Maillol, lui fait visiter Londres et l'emmène, en 1908, découvrir cette Grèce qui fascine les deux hommes. Il lui ouvre surtout les portes de l'Allemagne, où, avec ses statues inspirées par la Grèce antique, le Catalan devient une vedette des beaux-arts. Kessler financera aussi la fabrique à Montval d'un beau papier qui devait permettre au sculpteur d'imprimer l'oeuvre de Virgile.

Pendant la Première Guerre mondiale, son amitié avec des Allemands, sa notoriété outre-Rhin, valent déjà des ennuis à Maillol. Des journaux l'accusent d'être un espion à la solde de l'ennemi, de faire «de l'art boche». La papeterie de Montval est incendiée en 1915. Tout s'apaise en 1918.

En 1920, alors que le surréalisme défraie la chronique en crachant sur l'art officiel, Maillol est fait chevalier de la Légion d'honneur et reçoit des commandes d'Etat.

S'il passe le plus clair de son temps entre Marly-le-Roi et Banyuls, où il possède une maison, il expose également aux Etats-Unis, en Angleterre. Mais c'est encore en Allemagne qu'il est le plus célèbre. Derrière ce succès, il y a toujours Kessler. Libéral en politique et antinazi, Kessler est porté en art vers le néoclassicisme, il admire la sculpture monumentale hellénique. Il a projeté de faire construire un temple et un stade. Dans cet ensemble devait se trouver une grande statue d'éphèbe qui aurait été confiée à Maillol. Comme le souligne Pierre Vaisse (2), voilà qui «ne laisse pas de faire penser à certaines réalisations comparables du IIIe Reich».

Quand Hitler prend le pouvoir à Berlin, le comte quitte le pays. Il mourra quatre ans plus tard en exil. Maillol reste admiré en Allemagne. D'autant que les esthètes du Reich, Arno Brecker et Albert Speer, par exemple, lui sont acquis.

Quel fut l'avis du patriarche barbu sur le régime nazi? Et son attitude à l'égard de Vichy, des occupants? On a raconté tout et son contraire. Dans ses nombreuses interviews, Dina Vierny a fait de Maillol une sorte de résistant moral. Il lui aurait indiqué les chemins de montagne qui lui permirent de faire passer des antinazis de l'autre côté de la frontière, en Espagne (3). Elle a même parlé d'un réseau Maillol. Toutes ces histoires provoquent le sourire d'historiens et d'anciens résistants de la Côte vermeille (autour de Banyuls), quand elles ne leur restent pas en travers de la gorge.

Traître? A la Libération, à Banyuls, son village natal, où il passa le plus clair de son temps de 1940 à 1944, on pensait plutôt que Maillol était un traître. «Il a commis l'imprudence de laisser trop souvent les soldats allemands passer boire un verre chez lui, de trop les fréquenter en général», dit Fernand Jude, qui a été résistant vers Céret (puis déporté), mais a connu le vieil homme et ne lui en veut pas trop.

En 1942, Maillol monte à Paris assister à l'exposition d'Arno Brecker, l'artiste préféré d'Adolf Hitler. Cela n'arrange pas sa réputation. Sans compter que son fils, Lucien, a adhéré à une organisation pétainiste (le SOL, service d'ordre de la Légion), mais sans y militer.

Pour mieux cerner ce que Maillol pensait à la fin de sa vie, il existe un livre témoignage: Conversations avec Maillol par Henri Frère (4). Frère a fréquenté le vieil artiste de 1931 à début septembre 1944. Il nous fait saisir la sensualité du sculpteur, son paganisme, son amour pour ses modèles et pour la vallée de Banyuls, sa passion pour la sardane mais aussi pour Mozart, Bach, Haydn, pour la littérature, pour le Don Quichotte de Cervantès, les Lettres à un jeune poète de Rainer-Maria Rilke. On l'entend égrener ses souvenirs sur Renoir, Rodin ou Cézanne, distribuer ses avis sévères sur Matisse, «c'est facile de faire des jambes de femmes comme des macaronis»...

Germanophile. On y découvre aussi sa germanophilie galopante. En juillet 1943, Maillol explique à son ami qui le visite dans son atelier: «Vous avez dû rencontrer les Allemands… Hier, ils étaient ici… Ce sont des hommes magnifiques. Ils sont très différents de nous autres. Ils sont toujours souriants, même quand ils sont fatigués… L'autre jour, il en est arrivé trente, une troupe sur le coup de midi. Ils étaient en manoeuvre… Ils étaient éreintés. Eh bien, quand ils se sont arrêtés, ils riaient comme des enfants.»

Le 2 septembre 1944, toujours à propos des soldats vert-de-gris qui viennent de quitter la place: «Ils n'étaient pas embêtants, ils sont doux…» En 1943, son amitié avec le nazi Arno Brecker va lui permettre de faire libérer Dina Vierny, arrêtée à Paris dans des circonstances qui demeurent obscures (5).

Tout cela n'en fait pas un collaborateur. Il n'a d'ailleurs pas été inquiété à la libération de Banyuls, en août 1944. Mais cela n'en fait pas non plus un résistant. En revanche, cette proximité avec l'occupant a suffisamment énervé pour qu'il n'y ait pas plus d'une dizaine de personnes derrière le corbillard du sculpteur, après sa mort le 27 septembre 1944, à presque 83 ans.

- -

(1) Les Déesses de Maillol de Philippe Sollers, texte refusé par Dina Vierny pour un catalogue.

(2) Dans Maillol, coédité par Flammarion et le musée des Beaux-Arts de Lausanne.

(3) Voir ci-dessous.

(4) Qu'attend-on pour rééditer ce livre paru, en 1956, aux éd. Pierre Cailler à Genève?

(5) Dina Vierny déclare qu'elle a été raflée dans un appartement de résistants à Paris. Dans le Prince foudroyé, la vie de Nicolas Staël, Laurent Greilsamer semble suivre son point de vue, mais il cite une conversation entre Brecker et le sculpteur Belmondo où est évoqué un trafic d'or et d'oeuvres d'art.

merci à : EDOUARD WAINTROP (15 JUIN 2000) ©Libération

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19 janvier 2015 1 19 /01 /janvier /2015 12:58
plafonds peints médiévaux
plafonds peints médiévaux

Ce reportage sur Alain Géli prend fin avec ce troisième volet consacré à la richesse préhistorique qui dort sous la maison natale du compositeur François de Fossa. J'ai parlé du projet de résurrection du musicien : Alain fait tout pour le vulgariser, il restaure la Casa de Fossa...

J'ai dressé le portrait de l'artiste, ancien élève des Beaux-arts de Perpignan, qui veut donner à la ville un rayonnement culturel international : Perpignan ne peut faire la sourde oreille ! Pas d'argent ? Voyons avec les institutions, le mécénat, les banques, les étrangers… On peut lancer une souscription…

En tout cas A. Géli y croit : il est un peu mystique, il croit à un esprit, à un créateur...

Ce chamans qui vient d'ailleurs a trouvé la maison de fossienne : sept copropriétaires y vivaient; le frère et la soeur ont acheté peu à peu : la maison a été quasiment reconstituée… C'est grâce à Jacques Quéralt, journaliste, poète, philosophe et prof d'art plastique, que Géli a su que ce lieu appartenait au compositeur perpignanais. Avec Henri Carbonneil, ancien délégué municipal, décédé il y a peu, il a lancé le projet; ils sont allés voir J.Paul Alduy; six maisons autour de la place du figuier ont été classées…

Mais les politiciens font peu pour les artistes et les créateurs doivent quémander des miettes… S'ils continuent à fuir et à penser à conserver leur pouvoir, leur petite place de conseiller ou d'élu, pour un peu d'argent et de gloriole, nous les abandonnerons, nous prendrons en charge notre destin… Ils sont déjà abandonnés par les citoyens, ils ne sont pas à la hauteur des enjeux actuels : toujours les mêmes têtes sans projet, sans idées, qui se présentent aux élections depuis des décennies !!!

Alors revenons à l'éternel, cette possibilité de trésor humain qui nicherait dans la boue millénaire, dans les terres alluviales, dans la préhistoire de ce quartier de Perpignan. Alain Géli a ainsi découvert "par intuition mystique, des pièces préhistoriques, datant de milliers d'années, dénichées dans une agouille ruisselant dans les sous-sols, qu'il ne peut exploiter plus profondément aujourd'hui, faute de droit." (**)

On ouvre des yeux d'enfants (mais je suis incapable de juger du bien-fondé de ces découvertes !) quand Alain nous montre ces sculptures naturelles au coeur des os, ou cet os qui se minéralise, datant de 25000 ans avant J.C. (paléo supérieur équivalent à la grotte Chauvet), ou encore cette tête de bison en ombre portée …

Faut-il faire connaître ceci et donner la maison au peuple catalan, du haut (fondation de Fossa, musée Géli) en bas (la mémoire des hommes et des bêtes) : en tout cas le geste est généreux et participe du désir de "donner à la ville un rayonnement culturel international" !!

Des scientifiques sont venus rue Na Pincarda, alertés par notre hôte. Jean-Paul Cross, archéologue de Béziers, venu reconnaître le matériel… Olivier Poisson a conseillé à A. Géli de s'adresser à la Drac de Montpellier (M. Marchesi); à Paris le service archéologique ne croit pas à la richesse de ce terrain…M. Abelanet est venu ici plusieurs fois : il a affirmé qu'il était trop âgé pour s'en occuper… M. Martzluff a reconnu les pierres taillées, en disant que c'était de l'art et a identifié les choppers…

A. Géli a donné à la mairie le droit de photographier; simplement il garde le droit à l'image, de la même manière qu'il veut garder l'usufruit de la maison.

Enfin, pour la partie plus récente, Olivier Bru, de la ville, a décrit le bâtiment du n° 9 de la rue Foy (***) : "connu des amateurs du patrimoine comme ayant conservé des dispositifs architectoniques de style médiéval; son plan est celui d'un hôtel particulier médiéval avec une cour-patio autour de laquelle un escalier principal et des galeries ajourées distribuent les pièces des étages…Lors de petits travaux de mise en propreté d'un local à vocation commerciale situé en rez-de-chaussée, Monsieur Alain Gélis a contacté la Direction du patrimoine et de l'archéologie pour l'informer de la découverte d'un "beau plafond" (photo JP.Bonnel)…

La particularité remarquable de ce plafond est son décor peint à la main sur papier encollé sur la totalité de a surface des menuiseries (solives, cloisons, merrains). Le décor, sur fond rouge carmin, reprend les formes végétales en gris rehaussé de blanc, qui en vieillissant prend des teintes couleur or… Ce décor pourrait stylistiquement être daté de la fin du XVI °-début XVII ° siècle…

J.Pierre Bonnel

(**) article de Julien Monfray, dans l'Indépendant du 22.8.2014.

(***) M. Bru a dressé l'inventaire des plafonds peints médiévaux (voir le site de la ville).

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18 janvier 2015 7 18 /01 /janvier /2015 07:51
(la Casa de Geli de Na Pincarda, quartier de la Révolution française, à Perpignan)
(la Casa de Geli de Na Pincarda, quartier de la Révolution française, à Perpignan)

Si ce dimanche, vous renoncez à hanter les hypermarchés ou nos zones "artisanales" qui défigurent nos banlieues, si la beauté vous importe plus que la consommation d'objets manufacturés, alors, vous pouvez déambuler dans le Perpignan historique : il vous faudrait un guide érudit pour apprécier l'ampleur de la richesse artistique et patrimoniale. Vous aurez peut-être la chance, au cours de votre balade, de rencontrer Alain Géli…

C'est l'homme le plus charmant du monde; il m'a fait visiter trois fois sa maison, "la Casa de Fossa" et il me reste encore tant à comprendre !

Alain, l'homme qui sillonne d'un pas rapide les rues, entrant dans une librairie ou chez un disquaire, s'informant de la culture en cours, "in progress", vous le connaissez !

Vous n'avez pas osé l'aborder, ce personnage atypique, arborant une éternelle casquette ne donnant à voir que de discrètes gerbes de cheveux blonds, marchant au rythme d'une canne énergique, muni, pour se protéger, de raban opaques. On dirait un acteur de théâtre courant vers son rôle, le visage doux et lisse saupoudré d'une incroyable jeunesse…

Qui va s'intéresser, parmi les responsables locaux, à ce fils d'officier de marine, fonçant dans de multiples projets, tous réunis en un même lieu : restauration de la maison du musicien, création d'un musée, exploration du terrain qui cache des vertiges préhistoriques..?

Quand va-t-on s'intéresser à Alain Géli..? On doit le trouver trop original, trop fantaisiste, pas sérieux : "J'ai contacté M. Pinell, il ne bronche pas !"

Alain possède aussi une petite salle, qu'il a restaurée, d'une beauté antique, près de l'abreuvoir, pour des réunions intimes, pour une vingtaine de personnes (avec réservation) : il est prévu d'y faire des lectures, des conférences, des mini-concerts, dans le cadre de Perpignan, ville d'art et d'histoire. Ce quartier, muni de galeries d'art, est encore méconnu; il peut s'animer pour des rencontres conviviales et culturelles !

Ce second local, situé 9 rue Foy, est le "Centre de Recherche de Mondial Art : cette création a été inscrite au Journal officiel du 19 novembre 2012. On y reviendra…

Je demeure avec l'artiste qui, s'appuyant sur les grands maîtres (Cézanne, Seurat, Ingres, Manet), invente une suite à l'art décadent et au symbolisme, représenté fin XIX° par Verlaine, Rimbaud… Alain a la création dans la main; il s'intéresse aussi à l'art contemporain dont il se gausse beaucoup, à l'instar de Jean Clair, le polémiste : "L'art est à ressusciter !"

Alain est poète, dessinateur, plasticien, créateur aux talents multiples. Ses oeuvres, il les donnera au musée Rigaud, sa maison sera une annexe du musée HR; Alain gardera l'usufruit.

La mairie va-t-elle bouger ? Bien sûr, elle a déjà frémi ! Bien sûr, la rénovation coûtera cher… Mais M.le Maire, qu'allez-vous laisser de votre passage..? JP. Alduy, c'est l'Archipel, la Passerelle… Vous, ça ne peut pas être le rien, le repli frileux, les suppressions de lieux et événements culturels !!

Dans la pénombre de la maison labyrinthique, j'ai pu voir au coeur d'une sorte de grotte préhistorique, les illuminations de la musique (France musique est diffusée jour et nuit, et dans toutes les pièces !), par les éclairs rimbaldiens de tableaux à la symbolique inépuisable. J'ai vu des grands formats lumineux à l'alphabet personnel, des dessins préparatoires, au crayon : "C'est la création, à partir de là, j'organise des variantes à l'infini;.." La peinture, comme l'a dit L. DE Vinci est une "cosa mentale", mais il faut d'abord maîtriser le dessin !

Je m'appesantis sur un grand tableau jaune et orangé, composé telle une tapisserie; je vois ce bleu, masse centrale, faite de tourbillons : Alain peint l'univers comme il le perçoit, lui le chaman qui a la chance de parler avec les âmes errantes… La toile est rythme, mouvement des atomes, fulgurances colorées : le spectateur rentre en plein dans le symbolique.

Alain sait que l'on ne part pas de rien, que des références sont toujours à rouvre dans la peinture; mais ici, vous voici dépaysé !

Pour aller au-delà de l'élément terrestre, pour viser au spirituel, Alain Géli a créé son mouvement pictural et culturel, il a eu besoin d'une appellation pour situer et faire connaître son travail : l'infinisme…

A suivre, car nous n'en avons pas fini de dialoguer avec Alain Géli…

Contact : 04 68 35 43 63

* Sur la photo Guillaume Lagnel et Francisco Ortiz, maîtres d'oeuvres de ce projet de réhabilitation du compositeur perpignanais.

J'ai le plaisir de participer à cette aventure avec une foule de personnalités (je vais en oublier !) : Jacques Quéralt, Pierre Coureux, Georgio Moenegoni, Nathalie Serre, Marie Susplugas, Loïc Robinot, Daniel Tosi, Hervé eymond, Nicolle et Michel Peus, Odette Traby, Paul Macé, Armand Gombert, Bertille de Swarte, Paul Goze, François Ragot, Marie-Ange Falquès, le regretté Jean Bigorre, J.Perez (Casa de la Generalitat)…Avec l'aide des Archives départementales et de MMe J. Cabanas et Guizard, spécialistes du patrimoine.

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17 janvier 2015 6 17 /01 /janvier /2015 10:34
Alain Géli
Alain Géli

Perpignan se sauvera grâce à la culture !

Dans vingt ans, on ne se souviendra plus des caméras postées au coin des rues, mais resteront les oeuvres des artistes qui sont passés par la magnifique cité catalane !

Picasso à l'hôtel Delazerme, Dufy à la place Arago et rue Jeanne d'Arc, Hartung rue de la cloche d'or, hantée par l'écrivain Claude Simon, Maillol…

Perpignan n'est pas connue, comme Montauban, Rodez…par un seul peintre (Ingres, Soulages, Toulouse-Lautrec), mais cette ville de passage réunit une foule de maîtres qui, bien mis en scène dans le futur musée des Beaux-Arts Hyacinthe Rigaud (un nom, bien sûr, qui doit être au centre du pôle plastique et muséal de Perpignan, où l'immense portraitiste du siècle de Louis XIV est né !!)

Si les salles du futur musée sont consacrées à tous les artistes venues dans notre ville tant aimée (Céret l'a bien fait !), en montrant leurs correspondances, l'influence du lieu (la Catalogne, la corrida, la sardane…) sur les créations, si des parcours culturels et artistiques sont conçus de façon ludique, inventive, inédite, alors Perpignan peut montrer sa différence…

Depuis l'année dernière, un groupe d'amis se réunit et s'active, autour de l'association "Les amitiés internationales André Malraux" (AIAM) pour faire connaître un Maître de la musique, né à Perpignan, le compositeur et guitariste François Paule de Fossa (ce blog en a déjà parlé).

Pour 2015, des concerts, des lectures, des mises en scènes, un colloque universitaire…sont programmés afin de faire sortir De FOSSA de l'anonymat : il est enregistré par des musiciens norvégiens, japonais ! Ici, c'est le talentueux Francisco Ortiz qui l'a découvert et diffusé, depuis plus de dix ans, dans une indifférence quasi unanime.

Cependant la mairie de Perpignan a compris les enjeux (voir le site municipal et mon compte-rendu du 31 août, avec la présence du délégué à la culture). Le conseil municipal a compris, mais les priorités sont autres : la sécurité, la propreté, la dette…

Mais on vous le répète, la ville s'en sortira grâce à la culture, réunira ses communautés par le respect de tous les arts, par la pédagogie, par l'éducation (et nous pensons que l'abandon de l'Ecole des Beaux-Arts n'est pas qu'une erreur : c'est une faute !)…

Revenons à ce qui nous assemble et qui est positif. Découvrons cet artiste original, mais méconnu lui aussi, qui vit dans la maison natale de François De Fossa : Alain Géli, avec sa soeur Marie-Claire, est en effet propriétaire de ce lieu unique, au coeur du quartier de la Révolution française, près de la place du figuier et de la maison du responsable du patrimoine départemental au XIX° siècle, ami du romancier Prosper Mérimée "La Vénus d'ille…sur Têt), de François Arago…

Dans ce petit périmètre, entre la casa Xanxo, l'ancien ghetto juif et l'actuel quartier gitan, une vie littéraire, intellectuel est à ressusciter, une scénographie est à inventer, une animation, un livre, un film…tout reste à faire ! C'est à Perpignan de se bouger, de créer : Perpi ville ouverte, forte de son passé artiste pour affronter l'avenir !!!

Alain et Marie-Claire ont donné un supplément d'âme à la journée consacrée (le 31.8.2014) à F. de Fossa. Ils veulent à présent offrir aux Catalans, donner à la ville la maison natale du musicien ! Plus, on créera ici un musée, pour un artiste qui a eu la démesure de lancer un nouveau mouvement artistique : un musée Géli, oui !!!

(à suivre) JPBonnel

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12 décembre 2014 5 12 /12 /décembre /2014 18:08
à Pézénas (photo Jean-Pierre Bonnel)
à Pézénas (photo Jean-Pierre Bonnel)

**leblogabonnel, journal quotidien personnalisé, de plus en plus collectif (aujourd'hui 2 participations amicales ) : blogue qui se veut un accélérateur d'alertes, de prises de conscience.

Lors d'une séance théâtrale

à l'Institut Français de Kaboul

un kamikaze shooté jusqu'aux yeux

s'est fait exploser, tuant un spectateur et faisant plusieurs blessés...

Décidément l'art et la culture font mal au tripes

des ''fous de dieu'' du pseudo état islamique

et ils savent nettoyer avec une efficacité radicale

tous les "infidèles" ou assimilés,

au nom de leur moyen-âge cérébral !

Si demain on joue "La Tempête" de Shakespeare à Kaboul,

ils feront pareil (ou pire)

car aucune actrice ne voudra de

Caliban dans sa troupe (contrepèterie de la nuit ...noire !)

Guy*più - (G.Jacquet)

** Patrimoine mondial : Indiens du Brésil :

Indiens du Brésil - Simplisme Pataxos

2000 hectares de la MATA ATLANTICA (Sud de Salvador-Brésil) viennent encore d'être arrachés en quelques mois, aux peuples des Pataxos, sans aucune concertation.

Cette forêt, où vivent depuis des milliers d'années ces tribus pacifiques, a diminué de 85 % depuis les années 1950, au profit des commerces du bois et de la canne, chassant les êtres vivants, hommes et animaux, qui y vivaient en symbiose. Les Pataxos, entièrement démunis de toute forme de survit, s'exilent dans les grands villes(Bahia, Recife...) et se clochardisent progressivement, perdant sous l'alcool de Cachaça pourrie, leur dignité et leur identité ancestrale.

Ils n'en sont même plus se demander si on a le droit de vivre libre et chez soi.

On en est à lancer des pierres au ciel en tentant de savoir si le simple droit de vivre, est un acquis définitif... quand les usufruitiers de la richesse, que ce soit les grands propriétaires du Brésil ou d'autres pays ''émergents '' (quel mot à la con !!) et les multinationales, tirant les fils des gouvernements-marionnettes, pensent que le monde est un bien vacant à privatiser.

Le sort des Indiens du Brésil, comme celui des 'sans voix' de l'Inde, d’Afrique ou de partout d’ailleurs, ILS le tiennent dans une main de fer qui, inexorablement, écrase l’homme naturel, l’homme dépouillé d’agressivité et de technologie guerrière.

L’homme naturel dans ses prairies, dans ses steppes, dans ses forêts,,dans ses îles, n’a pas de parole... C'est un masque sans bouche ! La richesse, mariée à la puissance des armes des puissances foncières, se donne le droit de spolier et polluer sans aucune considération des modes de vie culturelle, et des formes ancestrales sacrées.

Des puissances financières achètent des armées privées. Milices autonomes !

L’émergence d'une philosophie "monsantiste" , affirme, avec une incroyable arrogance, que l’on peut privatiser la vie et parquer les peuples ''ce qui n’est pas encore à moi je vais le prendre'', est l’article premier de la bible du libéralisme !

Et, pendant ce temps, la foule des "panurgiens", les hypnotiques du 20 h, les illuminés de la téléréalité, les décérébrés hooligans du stade, chantent leur vacuité misérable en cuvant leur bière et l’avenir de leurs enfants.

Mais putain, l’amour et la fraternité, c’est quand ? Quand comprendra–t-on que chacun de ces Indiens est mon frère ? Que chaque homme qui souffre s’inscrit dans une douleur collective ?

Quand comprendra–t-on que les hommes ne sont qu’une seule famille et que ceux qui pillent la terre détroussent l’humanité ?

Quelle philosophie non frelatée leur apprendra qu’aucune richesse vraie ne se bâtit sur la douleur, la spoliation ou l’exploitation de l’autre ?

Qui leur dira que les hommes, tous les hommes, les animaux tous les animaux et la terre, toute la terre, ont un droit de vie digne et à un respect total de cette Et que ceci n'est pas négociable

Guy Jacquet ( Les Rencontres de EthnoSavhana – Le Cannet des Maures)

La légende de l’attrape-rêves

Il y a bien longtemps, lorsque le monde était encore récent, un ancien guide spirituel Pataxo eut une vision alors qu’il était sur une montagne au dessus de la forêt,

Dans sa vision, Iktomi, l’esprit farceur et grand sage, apparut sous la forme d’une araignée. Iktomi, alors, lui parla dans une langue sacrée.

Alors qu’il parlait, Iktomi prit le cerceau de saule de l’ancien, fait de plumes, de crins de chevaux, de perles et d’offrandes, et commença à tisser une toile.

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Il parla à l’ancien des cycles de la vie; comment nous commençons notre vie de bébés, pour puis l’enfance et l’âge adulte. Finalement, nous atteignons la vieillesse, âge auquel les autres doivent s’occuper de nous comme des enfants, complétant ainsi le cycle de la vie.

« Mais, » dit Iktomi alors qu’il continuait de tisser sa toile, « chaque étape de la vie connaît ses propres forces; des bonnes et des mauvaises. Si tu écoutes les bonnes, elles te guideront vers les bonnes terres. Mais si tu écoutes les mauvaises, elles te guideront dans la mauvais cailloux et risqueront de te faire du mal. Donc ces forces peuvent aider, ou interférer avec l’harmonie de la Nature. »

Alors que l’araignée parlait, elle continuait à tisser sa toile.
Après avoir fini de parler, Iktomi donna la toile à l’ancien et lui dit,

« La toile est un cercle parfait avec un trou au centre. Utilise la toile pour aider ton peuple à atteindre ses buts, en faisant bon usage de ses idées, ses rêves et ses visions. Si tu crois au grand esprit, la toile attrapera tés rêves et tes bonnes visions et les mauvaises passeront au travers du trou. »

L’ancien fit part de sa vision au peuple et désormais,l es Indiens Pataxos accrochent un attrape-rêves au-dessus de leur couche pour filtrer leurs rêves et leurs visions.

Les bons sont capturés dans la toile de la vie et portés par le peuple, mais le mal présent dans leurs rêves tombe dans le trou au centre de la toile et disparaît de leur vie.

Le Pataxos savent que l’attrape-rêves détient le destin du futur.

Mais vous êtes pas obligés d'y croire…

Guy Jacquet

G.più

*** Acentmètresducentredumonde - galerie :

Pour commémorer sa première décennie de présence sur la scène culturelle de Perpignan, l’exposition « 10 ans » se fixe pour objectif d’offrir au public un résumé foisonnant et multiforme des tendances, expériences et productions des artistes ayant investi le Centre d’Art Contemporain àcentmètresducentredumonde depuis sa création en juin 2004.

Elle vient de lancer, pour la troisième année une action dont le projet est d’établir un dialogue entre le patrimoine et l’art contemporain. In situ couvre le territoire du Languedoc-Roussillon. Dans notre département trois sites ont été choisis : le prieuré de Marcevol avec le sculpteur Arnaud Vasseux ; l’abbaye de Saint-Michel de Cuxa où Bertrand Gadenne expose « La Bougie », une œuvre de 2006 ; le prieuré de Serrabona où intervient le peintre Claude Viallat, avec une peinture digigraphique sur plexiglas imaginant des vitraux prenant place dans les ouvertures du prieuré.

Le sculpteur s’est inspiré de l’histoire mouvementée du Prieuré. Le monument avait subi un tremblement de terre en 1428. Reconstruit à l’époque il a subi ensuite les dégradations du temps. Vers 1970 une fondation l’a remis en l’état, tel qu’on le visite aujourd’hui.« Arnaud Vasseux porte toute son attention aux propriétés physiques des matériaux qu’il utilise - résistance, tensions, souplesse, fluidité, etc. - leurs possibilités comme leurs limites techniques, à partir desquelles sont élaborées des procédures et des manipulations inhabituelles pour réaliser le projet initial. Au caractère expérimental de la production de la forme s’ajoute l’échelle des œuvres qui souvent dialoguent avec celle du lieu. Chaque intervention offre ainsi au visiteur les conditions d’une expérience où le lieu et l’œuvre s’informent, se nourrissent et s’enrichissent mutuellement », lit-on sur le site web de l’artiste.

Celui-ci intervient dans les absides latérales de l’église, il s’est inspiré de la technique du béton romain : il utilise un mélange de béton et d’argile pour réaliser son installation; celle-ci, grâce à ses tons ocre rosé, s’harmonise subtilement avec les tons de sable et de marbre observés in situ.

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27 septembre 2014 6 27 /09 /septembre /2014 08:45
Walter Benjamin
Walter Benjamin
  • Mume Museu Memorial de l'Exili
  • Col·loqui Walter Benjamin 2014:
    La Gran Guerra i les seves conseqüències a la llum de Walter Benjamin
    Portbou, 26-28 de setembre de 2014
  • L’eix del col•loqui té present la commemoració del centenari de la Gran Guerra. Des de la centralitat de Walter Benjamin, es proposa una visió interdisciplinària sobre el nou escenari que va sorgir després de la conflagració mundial. La cultura, les arts, la filosofia, la història, les escriptures i la memòria seran objecte d’anàlisi per part dels ponents.
  • Una vegada acabades les conferències, els assistents al col•loqui participaran en l’homenatge institucional que es ret cada any al cementiri de Portbou a la figura del filòsof judeoalemany mort el 26 de setembre de 1940 quan intentava fugir del nazisme. En aquest acte, que tindrà lloc el dia 27 de setembre, a les 18h, hi participaran l’alcalde de Portbou (Josep Lluís Salas), la regidora de Cultura de Portbou (Elisabet Cortada), la directora dels Serveis Territorials del Departament de Governació i Relacions Institucionals (M. Assumpció Rodriguez) en representació de la Generalitat de Catalunya i els directors del MUME (Jordi Font ) i de la Càtedra Walter Benjamin, Memòria i Exili (Jörg Zimmer). Després dels parlaments i l’ofrena floral, hi haurà una lectura de poemes de Walter Benjamin seleccionats per la portbuenca Caridad Oriol.
  • Així mateix, el darrer dia del col•loqui es farà la Ruta a peu de Banyuls a Portbou que emula el camí que Walter Benjamin i molts altres refugiats van emprendre fugint del nazisme. Aquesta activitat és organitzada per la Nau Côclea i comptarà amb la instal•lació en moviment “Escrito con objetos” de l’artista Patricia Fernández.
  • Tant al programa de conferències com a la ruta a peu cal inscriure’s prèviament. Al programa adjunt i a la nota de premsa hi trobareu les indicacions pertinents.
  • El Col•loqui Walter Benjamin és una activitat organitzada per la Càtedra Walter Benjamin de la Universitat de Girona, que està integrada pel Consorci del MUME i l’Ajuntament de Portbou. A més, el col•loqui compta amb el patrocini de la Diputació de Girona i la col•laboració de la Nau Côclea.

  • http://museuexili.cat/index.php?option=com_content&view=article&id=38%3Adestacat-2&catid=34%3Adestacat2&lang=ca

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* Visite du théâtre-musée Dali et du château de Quermanço avec les Amis du Centre du Monde

Le dimanche 5 octobre 2014, l’association LES AMIS DU CENTRE DU MONDE organise une sortie à FIGUERES avec une visite guidée par Lluis COLET au Théâtre-Musée DALI, suivie d’un repas de « germanor » avec les « AMIS DE QUERMANÇÓ ».

L’après midi sera consacrée à la visite du château de Quermançó qui se trouve près du village de Vilajuiga et domine la route allant de Figuères à LLançà.

Ancienne possession des Comtes d’Empuries depuis le Xème siècle, il sera aussi occupé par les troupes napoléoniennes. Une des légendes des « Dames de Quermançó » veut que l’une d’elles aurait enterré une chèvre d’or dans les fondations. Salvador DALI voulait acheter Quermançó et l’offrir à GALA, mais il avait aussi imaginé utiliser l’énergie de la tramontane très puissante sur le site et créer une orgue qui pourrait ainsi fonctionner par son seul souffle. « L’Orgue de la Tramontane » ne verra pas le jour car les propriétaires s’étaient montrés très exigeants.

L’actuel propriétaire, Josep Maria MARTORELL, admirateur de DALI et membre d’honneur des « AMIS DU CENTRE DU MONDE » veut réaliser le rêve fou du génie catalan, il nous servira de guide pour cette visite.

Cette sortie culturelle est ouverte à tous, vous serez les bienvenus pour cette journée qui s’avère inoubliable !

Départ : Dimanche 5 octobre à 9 h Boulevard Wilson, côté fleurs.

Information et réservations : téléphone 06 72 07 62 58 ou e-mail : infocontact@cyberbodega.com

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  • professeur de lettres, écrivain, j'ai publié plusieurs livres dans la région Languedoc-Roussillon, sur la Catalogne, Matisse, Machado, Walter Benjamin (éditions Balzac, Cap Béar, Presses littéraires, Presses du Languedoc...
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