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22 février 2019 5 22 /02 /février /2019 10:55
Otto DIX - ANDRE SCOBELTZINE  - Expo à Canet-village - Retirada à Banyuls
Otto DIX - ANDRE SCOBELTZINE  - Expo à Canet-village - Retirada à Banyuls
Otto DIX - ANDRE SCOBELTZINE  - Expo à Canet-village - Retirada à Banyuls

Otto DIX - ANDRE SCOBELTZINE  - Expo à Canet-village - Retirada à Banyuls

 

Vendredi 22 février à Banyuls :

Café littéraire organisé par l'association Walter Benjamin Sans Frontières « La guerre 39/45, vue par les écrivains allemands, Jünger – Walter Benjamin …»

présenté par André Roger, 18h30, Les 9 caves. 1er étage, entrée libre.

 

Théories du fascisme allemand

 

"La grande tuerie"de la guerre de 14-18 ,avec ses 10 millions de morts,laisse l Europe exsangue, et,

en proie à une crise économique,démographique et politique sans précédents..L Allemagne vaincue va subir de surcroît les diktats insensés du traité de Versailles.Le gouvernement de la république de Weimar, incapable de sortir d'une crise effroyable est confrontée à une effervescence révolutionnaire,qui voit s affronter deux grands courants politiques extrêmes et violents; les tenants d une orientation communiste face à une extrême droite ultra nationaliste :le parti national socialiste allemand du travail(N.S.D.A.P.)qui va progressivement prendre le dessus et imposer un régime totalitaire à partir de 1933.

 

Orages d'acier, "le plus beau livre de guerre que j'ai lu", dira André Gide, est publié en 1921 par Ernst Junger, un jeune "rebelle" autodidacte.

Orages d'acier, " d'une beauté macabre...dans des visions d'horreur, décrites dans un réalisme effrayant", consacre ce soldat héroïque "fasciné par l'horreur, dans une mystique du sacrifice et une indifférence à la mort".

 

En 1921, La critique de la violence de Walter Benjamin s'interroge ainsi: "La question restera toujours ouverte de savoir si la violence est morale en tant que principe, fût-ce comme moyen des fins justes".

 

Jusqu'en 1930,Ernst Junger collabore activement, en tant que journaliste, à des publications d'extrême droite, nationalistes, militaristes, anti-démocratiques; soit près de 140 articles favorables au parti nazi.

 

En 1923,un agitateur nationaliste et antisémite ,tente un coup d état en Bavière;emprisonné,il écrit Mein Kampf,mon combat...

En 1930,à la suite de la parution d un ouvrage collectif dirigé par Ernst Jünger, une apologie de la "guerre éternelle et totale", Krieg und Krieger (guerre et guerrier), Walter Benjamin réplique dans une implacable critique: Théories du fascisme allemand; il s'en prend justement à l'auteur d'Orage d acier qui avait bien mérité cette volée de bois vert", écrit Jean-Michel Palmier.

 

- - -BANYULS :

 

VENDREDI 22 FÉVRIER 2019
La Retirada : 80 ans - Une journée pour se souvenir
Programme :

-15h30 : Rendez-vous à la forêt de chênes du Mas Cornette (après le stand de tir). Navette assurée pour monter au Col de Banyuls.
- 16h00 : Marche symbolique du Col de Banyuls à la chêneraie du Mas Cornette
- 18h00 : Vernissage de l'exposition "L'exil" prêtée par FFREEE - hall de la mairie.

 

-18h30 : 

Vendredi 22 février : Café littéraire organisé par l'association Walter Benjamin Sans Frontières « La guerre 39/45, vus par les écrivains allemands, Jünger – Walter Benjamin …» présenté par André Roger, 18h30, Les 9 caves. 1er étage, entrée libre.


- 21h00 : Spectacle "Les chœurs de l'exil et de l'espoir" - 21h00 - Salle Bartissol - Entrée 10€ (voir ci-dessous).

Dans le cadre de la commémoration des 80 ans de la Retirada, la Fédération des Cors de Clavé de Catalunya Nord crée un spectacle mêlant, chant choral, poésie, témoignages, vidéo, son et lumières.
Imaginez... dans la pénombre... des voix s’élèvent… des cris retentissent ! La lumière monte doucement sur une silhouette. C’est un homme qui regarde, tel un journaliste, ce qui se passe autour de lui et il décrit : l’espoir, la joie. La seconde république espagnole est votée. Le peuple est en liesse, tous les espoirs sont permis. Nous sommes en avril 1931. Une image apparaît de la Rambla de Barcelona… puis c’est un piano et une contrebasse qu’on entend au loin… la lumière augmente à nouveau, et là… deux cents choristes font résonner L’Himno del Riego. Le spectacle commence.
Les chœurs de l’exil et de l’espoir évoqueront successivement, les espoirs de tout un peuple, puis l’arrivée du Général Franco et les atrocités de la guerre et enfin l’exil et l’horreur des camps. Un hommage à tous ceux qui ont subi, ce que certains historiens considèrent comme une répétition générale de la seconde Guerre Mondiale.
Soirée organisée en collaboration avec le Comité des fêtes de Banyuls-sur-Mer.
Billetterie en vente à l’Office de tourisme de Banyuls-sur-Mer ou sur place le soir même.

Lien vers l’événement :

https://www.banyuls-sur-mer.com/fr/80-ans-de-la-retirada

 

Samedi 23 Février  à 15h00

Médiathèque temporaire, place du Pont d'en Vestit

 

ANDRE SCOBELTZINE 

présentera son ouvrage

Voyage dessiné à travers l'art d'Occident

éd. de l'Espérou

 

Ce "Voyage dessiné à travers l'art d'Occident" a pour ambition de stimuler la curiosité des promeneurs qui s'intéressent aux richesses artistiques de nos villes et aux façons de penser et de sentir de ceux qui les ont édifiées au fil des siècles.

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20 février 2019 3 20 /02 /février /2019 10:17
Château de Valmy, Argelès

Château de Valmy, Argelès

CAMINOS, CHEMINS, CAMINOS DE LA RETIRADA 

Jeudi 21 février 2019

ARGELÈS-SUR-MER

 

SALON DU LIVRE

ESPACE JULES PAMS (Valmy)

10h à 18h l SALON DU LIVRE sur la guerre d'Espagne et les exils.

 

14h30 l CONFÉRENCE par Nicolas Lebourg, historien spécialiste de l'extrême droite : Des années 30 à aujourd'hui, l'extrême droite en France et en Europe.

 

Jeudi 21 février 2019 à LA JONQUERA : GRAND SPECTACLE

Museu memorial de l’exili

(43-47 Carrer Major - La Jonquera) 

20h I Remise aux archives du drapeau de Lister. 

21h I RÉCITAL de Joan Isaac : Cançons de les revoltes del 68.

Entrée : 10 euros. Réservations au (+34) 972 55 65 33

 

- - -

Vendredi 22 février : Café littéraire organisé par l'association Walter Benjamin Sans Frontières « La guerre 39/45, vus par les écrivains allemands, Jünger – Walter Benjamin …» présenté par André Roger, 18h30, Les 9 caves. 1er étage, entrée libre.

 

Théories du fascisme allemand

 

"La grande tuerie"de la guerre de 14-18 ,avec ses 10 millions de morts,laisse l Europe exsangue, et,

en proie à une crise économique,démographique et politique sans précédents..L Allemagne vaincue va subir de surcroît les diktats insensés du traité de Versailles.Le gouvernement de la république de Weimar, incapable de sortir d'une crise effroyable est confrontée à une effervescence révolutionnaire,qui voit s affronter deux grands courants politiques extrêmes et violents; les tenants d une orientation communiste face à une extrême droite ultra nationaliste :le parti national socialiste allemand du travail(N.S.D.A.P.)qui va progressivement prendre le dessus et imposer un régime totalitaire à partir de 1933.

 

Orages d'acier, "le plus beau livre de guerre que j'ai lu", dira André Gide, est publié en 1921 par Ernst Junger, un jeune "rebelle" autodidacte.

Orages d'acier, " d'une beauté macabre...dans des visions d'horreur, décrites dans un réalisme effrayant", consacre ce soldat héroïque "fasciné par l'horreur, dans une mystique du sacrifice et une indifférence à la mort".

 

En 1921, La critique de la violence de Walter Benjamin s'interroge ainsi: "La question restera toujours ouverte de savoir si la violence est morale en tant que principe, fût-ce comme moyen des fins justes".

 

Jusqu'en 1930,Ernst Junger collabore activement, en tant que journaliste, à des publications d'extrême droite, nationalistes, militaristes, anti-démocratiques; soit près de 140 articles favorables au parti nazi.

 

En 1923,un agitateur nationaliste et antisémite ,tente un coup d état en Bavière;emprisonné,il écrit Mein Kampf,mon combat...

En 1930,à la suite de la parution d un ouvrage collectif dirigé par Ernst Jünger, une apologie de la "guerre éternelle et totale", Krieg und Krieger (guerre et guerrier), Walter Benjamin réplique dans une implacable critique: Théories du fascisme allemand; il s'en prend justement à l'auteur d'Orage d acier qui avait bien mérité cette volée de bois vert", écrit Jean-Michel Palmier.

« Le Livre d’ami » du poète Joan Vinyoli, publié en édition bilingue par l’Université de Perpignan

 

Les presses universitaires de Perpignan saluent le nouvel an avec un volume de poésie de l’un des meilleurs poètes catalans du XXe siècle, Joan Vinyoli, peu traduit en français.

 

Les quinze poèmes -en version bilingue assurée par Lourdes Godoy- dessinent un itinéraire initiatique vers un inaccessible absolu qui prend la figure de la femme et de la nature comme d'intermédiaires. L’œuvre est publiée avec une étude du philosophe libanais Jad Hatem, qui a consacré déjà plusieurs travaux à la littérature catalane et à Vinyoli en particulier et qui livre ici un essai qui tient compte de l'apport de diverses disciplines et pratiques, dont la philosophie, la théologie mystique, la psychologie, l'approche alchimique et la critique symbolique.

Joan Vinyoli (Barcelone, 1914-1984) a vécu intensément toutes les facettes de la vie : l'expérience amoureuse, celle de la mort, celle de la nature, celle de la création, celle du rêve, celle du souvenir... A partir de sa devise : "Je dois faire quelque chose de ma pauvreté", il a transféré cette expérience de vie extraordinaire dans une expérience lyrique, c'est-à-dire dans la poésie, créant une œuvre émouvante qui impressionne par son authenticité, sa capacité de communication et sa force créatrice. Ses plus de 500 poèmes, répartis en 16 livres, auxquels on peut ajouter les traductions de Rilke et de Nietzsche, sont le résultat d’une aventure artistique singulière dont la grandeur réside dans la confluence d’une attitude interrogative sur les profondeurs de l’être humain livré au conflit vital et de l’assomption de la poésie comme un médium essentiellement magique qui devra permettre de transcender et d’atteindre ce que le poète a appelé "les lueurs d’une permanence heureuse". Il atteint des sommets indispensables pour la littérature dans des recueils tels que El Callat, Tot és ara i res,Vent d’aram, El griu, Cants d’Abelone, Domini màgic ou Promenade d'anniversaire, le dernier étant jusqu’à présent le seul traduit en français, par Patrick Gifreu, aux éditions de la Différence

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16 février 2019 6 16 /02 /février /2019 11:18
Francisco Ortiz et Carmen (photo J.P.Bonnel) - Jean-François Mourages lit ...
Francisco Ortiz et Carmen (photo J.P.Bonnel) - Jean-François Mourages lit ...

Francisco Ortiz et Carmen (photo J.P.Bonnel) - Jean-François Mourages lit ...

SEVILLA

 

Vaig néixer a Sevilla una nit del juliol de 1875 al famós palau de Las Dueñas situat al carrer del mateix nom.

 

És veritat, el 26 de juliol, vaig néixer, disculpeu-me, en un palau. El Palau de Las Dueñas, que data del segle XVI, habitatge noble dins la tradició dels palaus andalusos de l'Edat Mitjana.

Propietat de la casa d'Alba, es va dividir en habitatge de lloguer. Va ser en aquest paradís que el meu pare treballava: d'aquest palau de felicitat, ell era l'administrador. Palau-Paradis.

 

Així, la meva pobra vida sovint serà acollida dins llocs luxosos, però conquerits  pel poble  i retornats al poble.

L'hotel Palau de València, per exemple, confiscat per convertir-se en la Casa de la Cultura, la pancarta  blanca s'estenia entre els seus balcons testimoniant aquesta metamorfosi. Per no parlar del senyoriu de Rocafort ...

 

O l'Hotel Majestic, més tard  a Barcelona. I el palau del Passeig Sant Gervasi, a la part alta de la capital catalana:  tants de refugis per a la meva família esgotada, en cap cas estatges per vans honors…

Així és que el meu pare, famós folklorista, em va donar aquest lloc de naixement i em va donar el seu nom també. Ell va estudiar de manera científica la literatura popular. Va fundar revistes i va signar articles amb el pseudònim "L'home del poble".

 

Aquest personatge "flamenco", en colors vius, convidava,  en aquest palau  musulman, artistes i poetes que practicaven la tertúlia, l'art de l'argument, el diàleg i el lliure intercanvi d'opinions.

 

 

 

És la meva mare Ana Ruiz qui, pel seu cognom, m’apropa a un amic andalús, nascut a prop del mar, a Màlaga: aquest Pablo encara està al limbe  d'una obra desconeguda, d’una pintura inimaginable.

 

 

He d’explicar especialment el naixement mític dels meus pares!

Els dofins que havien comès un error es van veure forçats per la marea per entrar al Guadalquivir. Van pujar al riu fins a Sevilla. Millor dic, van ser impulsats pels corrents de l'Atlàntic. Es van encallar a l'alçada del pont de Triana!

 

Llavors els habitants van córrer des de tota la ciutat per assistir a aquest esdeveniment inusual, meravellós, inoblidable! Les ribes del riu eren negres amb belles noies i homes joves vigorosos. En aquesta multitud encantada pels salts i cançons dels dofins, els meus futurs pares.  Es van veure l’un  a l’altra per primera vegada, es van agradar. L'amor va néixer una tarda de sol i poesia ...

 

Quant al meu propi retrat, no en  sabreu gaire. Sóc alt i robust. Tinc una mirada provincial, bastant banal, que no crida l'atenció. A més, no vull distingir-me. Vull ser jo mateix, ser anònim entre la gent.

 

 

Tornem al període de la meva joventut!

 

Tinc un record meravellós de Sevilla. País de la meva infància, l'alegria de viure. Aquest va ser l'escenari dels meus primers anys.

 

Perfums de la infantesa, de taronja i gessamí, que neixen de boires lleugeres i vapors fluvials del Guadalquivir.

 

El matí es despertava en els jocs dels carrers frescals i el refugi dels patis dels jardins orientals. Moros i andalusos. Llum del naixement del dia ... El riure de la font.

 

L’aigua cantava

La seva cobla plebea

En els catúfols

Des de la sínia lenta

 

 

Embriaguesa de jardins de llimoners florits,
al negre xiprer, a les aigües cantores, l'arc de Sant Martí artista…

Oh tu, fresc taronger, del pati florit!

 

Aquesta llum prové d'un palau de Sevilla. Vaig néixer amb la seva font sonora ...

 

El meu somni infantil, entre les veus clares, de sobte, Es va sentir la veu escridassada de l'avi ... Als jardins del llimoner...

El meu oncle Agustí m'ha transmès el gust per la poesia popular, pels romanços i pels coples. Romances, especialment, poemes eterns, expressions de l'home, no de l'heroi. La veu suprema de l'home elemental!

 

 

Sí, la meva infantesa, són els records d'un pati de Sevilla i un hort lluminós on madura el llimoner.

 

En aquesta decoració barroca, vaig freqüentar la música i la poesia:

 

La clara cantilena de plata

Des del pati àrab. I la serenata

Qui porta l'aroma d'oracions florides

 

En aquesta arquitectura sevillana, veig al meu pare cantant dins el seu despatx. I, fent retrocedir l'horitzó dels records, així com les fronteres del passat i la genealogia, recordo a un altre Antonio. El meu avi patern, republicà, batlle de Sevilla, metge, rector de la université, botànic, geòleg. Què sé encara ...?

 

Pel que fa a les dones, no estaven a les ombres: la meva àvia Cipriana, va escriure i va pintar, a més, molt bé... És aquesta estimada dona que em va iniciar a la lectura a través del Romancero General compilada pel seu cosi Augustin Durán.

 

Sevilla de la infantesa! Joventut daurada!

Poesia de records! Recordo ...

 

M'agradaven els rituals amb el meu pare. Em lligava els cordons de les sabates. Després, m’instal·lava a la prestatgeria baixa que estava plena de llibres.

Jo no escric, al principi de la meva poesia, en l'aprenentatge dels meus esborranys escolars, que la trista i somiadora tarda d'estiu. Només parlo a la font amb la llengua encantada. Demano a la font musical la història de la meva alegre llegenda oblidada ...

 

Busco el misteri dels meus primers moments a la font de la vida.

Però la font es congela

La font del seu aire monòton diu la seva tristesa

 

La meva joventut és doble: felicitat i tristesa. Ho vaig escriure als poemes Galerias:

Davall de l'ametller florit

Tot carregat de flors, me'n recordo, vaig maleir

La meva joventut sense amor

Avui, a la meitat de la vida,

Em vaig aturar per meditar

Ah! La joventut mai viscuda,

Què puc encara somniar-te?

 

 

I el reixat  del parc es tanca al passeig dels meus somnis
Al Laberint de la infantesa ...

 

 

He d’anar endavant, impulsat per la incertesa de la família i el destí. El camí està davant, obscur i rebel: encara no sé res de la seva complexitat i carrerons sense sortida. De moment només estic perseguint una vella i càndida il·lusió...

Endebades, em quedo sense resposta. Sóc com  en Villon, assedegat al peu de la fontana. Font  neta, font de pedra. Ritmes i cançons de l'aigua als carrers de Sevilla!

 

La infantesa balla dins de l'alegria de ciutat!

Les aigües modestes engronsen  els meus somnis de felicitat.

 

 

No imagino, en aquest moment, no puc imaginar les grans aigües del temps que submergeixen la vida i la canvien al destí.

No puc creure que la mort vindrà. Em vindrà pel mar.
M'arribarà a prop del mar ... Tot just he nascut ...De la mar?

Ah! La meva ciutat de Sevilla amb el clima més dolç del món. La calor està atenuada per l'alè del mar proper.

Vull quedar aquí per tota l'eternitat, a prop de la Torre del Oro, que no em suggereix els camins on un es perd.

 

El nou món és vell. Només és jove i continua l'ample riu!
El riu-emperador...

 

 

Sevilla, el meu amor, penso en Murillo mentre observo el suau cel de la meva ciutat, del qual va pintar l'ànima embriagadora, el zel, la cordialitat, el riure dels nens que corren al sol ... i els braços florits de les noies morenes ...

 

M'encanta Murillo, el pintor de la gent, dels infeliços, de les figures del dolor, a les voreres d'una ciutat que només hauria de ser bellesa! Quina felicitat!

Tot i que els petits cossos àvids estirats cap a una mà, Murillo sembla pintar anyells immobilitzats en el sacrifici i amb una claredat que convida a l'alegria ...

 

Ah! La meva estimada joventut!

Aquests dies d'atzur, aquest sol d'infantesa.

 

Texte de J.P.Bonnel (Machado, De Séville à Collioure, éditions Cap Béar), traduction en Catalan de Maria LLADO POL (Baléares)

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6 février 2019 3 06 /02 /février /2019 11:03
La Lidia à Cadaquès, couverture, cimetière d'Agullana (Catalogne)
La Lidia à Cadaquès, couverture, cimetière d'Agullana (Catalogne)
La Lidia à Cadaquès, couverture, cimetière d'Agullana (Catalogne)
La Lidia à Cadaquès, couverture, cimetière d'Agullana (Catalogne)

La Lidia à Cadaquès, couverture, cimetière d'Agullana (Catalogne)

Cadaqués (extraits)

 

 

Il ne prend pas le temps, avant de plonger dans l'entonnoir de la ville d'albâtre -car il fait dévaler sa belle voiture neuve dans les lacets étroits- de jeter un œil sur le paysage, le touriste... Il est vrai que les possibilités d'arrêt pour des perspectives sur la mer, sont très rares... Il verrait un paysage riche en pierres et couleurs, "fort du point de vue tectonique et chromatique", comme l'écrit Carlos Barral : vert sinope des oliviers, gris des ardoises qui scintillent dans le soleil et vous aveuglent...

 

La balade à Cadaqués, si on veut se comporter en touriste, en étranger à toute l'Histoire du village, à toutes les histoires, réelles ou légendaires, on ira…Dans un port qui se croyait isolé au creux des collines, entre montagne sauvage et Méditerranée. Un territoire de vignes, puis, après le désastre du phylloxera, un pays d'oliviers. Les paysans étaient tranquilles, loin de la civilisation, de la ville, Figueres, et de la baie immense et napolitaine de Roses où les pêcheurs, eux aussi, peut-être, se croyaient uniques… C'était sans compter sur la marche de l'Histoire, la naissance du tourisme, la mode des bains de mer, puis sur l'essor industriel de l'exploitation de la Costa Brava…

 

Ce fut un port abrité, indifférent aux vents dominants, beau car vierge, à proximité des dentelles rocheuses du Cap de Creus, oublieux de la grande plaine voisine de l'Ampurdan : Cadaqués, dans la comarque de l'Alt Empordà !

 

Dans la ville blanche aux ruelles fleuries, voici les bars bondés, les restaurants bruyants, près des plages aux torses nus; voici les centaines de bateaux venus mouiller pour le plaisir : pour un théâtre côté mer, pour une illusion d'être seul dans sa barque quand la foule bat le pavé et le sable…

 

Tout en haut du promontoire des maisons blanchies à la chaux, se découvre le style gothique de l'église Santa Maria, reconstruite au XVI ° siècle, sur les ruines de l'ancien édifice mis à bas par le pirate turc Barbe Rouge. Ces croyants de pêcheurs ont financé le lieu saint grâce à leur dur labeur,  grâce à l'argent gagné durant les jours fériés…

 

J.P.Bonnel (Lidia de Cadaquès, janvier 2019, 13 euros)

jean-pierre.bonnel@orange.fr

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3 février 2019 7 03 /02 /février /2019 10:11
Alex Barbier - BD - Village de Fillols, communautés d'artistes, par Aline
Alex Barbier - BD - Village de Fillols, communautés d'artistes, par Aline
Alex Barbier - BD - Village de Fillols, communautés d'artistes, par Aline

Alex Barbier - BD - Village de Fillols, communautés d'artistes, par Aline

Alex Barbier, peintre et figure avant-gardiste de la bande dessinée est mort le 29 janvier à l'âge de 68 ans, ont annoncé les éditions Fremok.

 

Les éditions Fremok ont annoncé la disparition d'Alex Barbier "figure tutélaire" de la maison. "Il était et restera notre Pape pour toujours", précise le communiqué. Né en 1950 à Saint-Claude dans le Jura, Alex Barbier a commence comme professeur de dessin. Renvoyé pour "attitude subversive", il commence à publier des bandes dessinées dans Charlie Mensuel en 1974.

 

Couleurs vives, sexe, dès ses premières publications dans Charlie mensuel puis Hara-Kiri, au début des années 80, Alex Barbier dérange. Avec "Lycaons" (1979) et "Le Dieu du 12" (Albin Michel 1982) il s'impose comme une figure d'avant-garde. Il chamboule les codes narratifs en supprimant les bulles et les espaces entre les cases, et il est le premier à introduire la couleur en direct. "Il y a dans le travail de Barbier un flou, une abstraction qui amènent une tension narrative puissante", estime Thierry Van Hasselt, éditeur de Barbier aux éditions Fremok depuis le début des années 2000.

 

"Artiste damné et hors normes"

Entre 1982 et 1994, il se consacre à la peinture, puis revient dans les années 90 à la bande dessinée avec "Les Paysages de la nuit" et "Comme un poulet sans tête" (Delcourt, 1994).C'est à cette même époque qu'Alex Barbier rencontre les jeunes éditeurs de Fréon, qui deviendra Fremok. Fréon publie quelques pages en couleur dans sa revue Frigobox, puis compile ses peintures érotiques dans un recueil intitulé "De la chose", puis ses nouveaux livres : "Lettres au maire de V.", en 1998, "Autoportrait du vampire d’en face", en 2000, et "Pornographie d’une ville", en 2006 (Frémok) ), et réédite ses classiques épuisés ("Lycaons", "Le Dieu du 12").

 

En 2014, Alex Barbier avait fait ses adieux à la bande dessinée avec "Dernière bande" (Fremok) et une grande exposition rétrospective lui avait été consacrée en janvier 2015 au Festival d'Angoulême "retraçant l'itinéraire tumultueux d'un artiste damné et hors normes, en marge car transgressant sans cesse tous les codes narratifs et picturaux de la bande dessinée aussi bien que l'ordre établi, politique ou sexuel".

 

Alex Barbier a continué à peindre jusqu'à la fin de sa vie.

En hommage à Alex Barbier, décédé vendredi 1er février 2019, je publie cet entretien avec son épouse, Aline, extrait de mon livre (avec Paul Gérard) sur les Communautés libertaires dans le 66, de l'après-mai 68 à l'an 2000 (Trabucaire éditeur, Perpignan), 15 euros.  (pour tout renseignement : jean-pierre.bonnel@orange.fr)

 

  Communautés artistiques  - Témoignage d’Aline Barbier -

 

Communauté d'artistes de Fillols 

 

Aline me reçoit dans le "bistro du pays", sur la place de Fillols, propice à un théâtre permanent; autour de l'arbre central, des dizaines de jouets sont rangés et disponibles pour le plaisir partagé des enfants. Déjà un premier symbole pour un village qui se veut une communauté vivante et créatrice. De jeunes artistes sont attablés face à un menu familial et convivial; partout des livres, des revues et, sur les murs, des dessins (de Vincent) et des tableaux d'Aline, dévoilant de franches et originales anatomies masculines...

 

Aline Barbier, épouse du dessinateur de bandes dessinés Alex Barbier (mais peintre et auteur de textes publiés en revues), définit le village : un passé de Résistants pendant la seconde guerre mondiale, un village classé à gauche, qui s'est battu contre la fermeture des mines, au pied du Canigou, dans les années 1953/55. 

 

L'après-guerre donne naissance à un état d'esprit euphorique, c'est l'espoir d'une société nouvelle, plus juste, moins violente... Le parti communiste est fort dans la région et les maires communistes sont élus aisément.

 

Dans les années soixante, une association privée, autonome se crée et construit une salle des fêtes pour  favoriser un lieu d'échanges et de culture; les gens qui ont adhéré vont donner de l’argent ou des jours de travail : il existait une dynamique, avec cet esprit de combat et de changement…

 

Dans les années soixante-dix, arrivent les "marginaux" : les mines avaient fermé et l'exode agricole avait suivi... Aline et ses proches, famille et amis, et surtout son père, devenu maire (décédé en 1977), estiment qu'il faut accueillir cet esprit nouveau : l'aventure est lancée ! Il fallait avant tout que la communauté villageoise perdure, même s'il est vrai, que, au début, les habitants ont éprouvé des "peurs" irrationnelle face aux nouveaux "envahisseurs"...

 

L'intégration s'est finalement bien passée, puisque le maire de Fillols avait donné son accord à l'accueil de ces fameux "marginaux".

 

Cependant, avec l'élection du nouveau maire, M. Boher (de 1977 à 1993), le village s'est divisé pendant douze ans. Malgré tout, la communauté de jeunes gens est restée très dynamique; cette communauté a évolué, s'est peu à peu structurée. Le bistrot de la place est devenu le lieu où étaient accueillies les personnes qui ne se sentaient pas bien dans le Conflent, ils avaient un esprit alternatif, libertaire, mais pas de projet politique précis...

 

Grâce au bistro, des rencontres et des projets sont nés : existait aussi l'idée de prendre le pouvoir pour s'opposer au pouvoir autoritaire, stalinien du maire en place; mais celui-ci a réussir à rassembler autour de lui les paysans du canton... 

 

La communauté 'est construite sur le privilège accordé à la relation humaine, dans le but de construire ensemble : il s'agissait de donner sa place à chacun, de le considérer avec tout ce qu'il représentait,  en le respectant, même dans ses aspects négatifs. "On n'impose pas des critères de perfection, explique Aline, on vit les conflits." 

 

S'est ainsi imposée une communauté de tolérance et de liberté, qui mettait en avant l'affectif. Alors, le groupe arrivait à digérer les mesquineries individuelles.

 

Le maire est décédé à la suite d'un accident au cours de son troisième mandat; son beau-frère l'a remplacé; le nouveau maire a offert un local et a favorisé la vie communautaire.. Le festival de bande dessinée a été lancé a cette époque, en 1997; trois ans auparavant avait été créé le festival "BD-marionnettes". La communauté villageoise s'appuie sur le groupe pour pallier les manques de moyens; c'est ainsi que, par exemple, toutes les mères gardent les enfants du village : ils sont reconnus comme des personnes à part entière.

 

En 2009, est instauré un autre événement : "Qué bazar", réunissant des auteurs, des ateliers graphiques, des créations dans tous les domaines... Comme le dit si bien Aline : "Se créer soi-même, c'est créer la communauté." En effet, elle explique que "créer c'est vivre ensemble, c'est se réunir et partager avec le public et les créateurs extérieurs." 

 

Depuis 2009, il se passe quelque chose durant tous les week-ends de l'été : orchestre de jazz, défilé insolite, avec la possibilité pour chacun de créer quelque chose sur lui-même, tout cela articulé sur un concert, sur un bal, sur une représentation théâtrale : soirée cabaret, où tout le village participe, et où les acteurs sont des amateurs. Et puis, l'été, c'est la fête : pendant cinq jours, le troisième week-end du mois d'août, du samedi au jeudi, avec un arrêt, le mercredi !

 

En fait, toutes ces manifestations ne sont que des prétextes pour que les gens partagent et prennent conscience qu'ils font partie d'un groupe. "Il faut se confronter à l'autre, explique Aline, s'oublier un peu, partager avec autrui; il n'y a pas d'autre ambition..."

 

Aline s'occupe de l'atelier théâtre; le but est de faire vivre les dix-sept enfants du village : dans un premier temps, ils acceptent le jeu, puis il s'agit de les révéler à eux-mêmes et aux autres.

 

En outre, le collectif a créé une revue "La chipotera (la commère), en 1973, qui poursuit ses publications jusqu'à aujourd'hui, après quelques interruptions. L'association "Foyer laïque" se réunit chaque mois et fonctionne comme un comité des fêtes, avec des gens impliqués, ayant l'esprit vraiment communautaire pour le bonheur de tous et surtout pour faire vivre le village dans une ambiance amicale.

En outre, une boutique, gérée par l'association, expose les oeuvres des adhérents qui doivent respecter ces deux critères pour montrer leurs tableaux, bijoux, sculptures et objets divers : création filloloise !!!

 

L'esprit festif, créatif, libertaire et convivial est toujours bien vivant dans la communauté villageoise de Fillols !  

 

                                                J.P.BONNEL, Fillols, 21/2/2013

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2 février 2019 6 02 /02 /février /2019 12:00
J.Nël Pancrazi et M.Cauquil à l'hôtel Pams, 1/2/2019 - JNP dédicace- JNP avec Paul Gérard -
J.Nël Pancrazi et M.Cauquil à l'hôtel Pams, 1/2/2019 - JNP dédicace- JNP avec Paul Gérard -
J.Nël Pancrazi et M.Cauquil à l'hôtel Pams, 1/2/2019 - JNP dédicace- JNP avec Paul Gérard -
J.Nël Pancrazi et M.Cauquil à l'hôtel Pams, 1/2/2019 - JNP dédicace- JNP avec Paul Gérard -

J.Nël Pancrazi et M.Cauquil à l'hôtel Pams, 1/2/2019 - JNP dédicace- JNP avec Paul Gérard -

J.N.Pancrazi et M. Cauquil

 

Cette rencontre organisée par le CML et André Bonet, sous les lustres et les enluminures de l'hôtel Pams, m'a permis de retrouver mon admirable prof de Lettres classiques du Lycée Arago.

 

Des lustres, oui, et même plus, que je ne l'avais revu, étant parti faire mon tour de France pédagogique et le laissant, lui, à Perpignan, où il enseigna, dans le même lycée napoléonien, de 1962 à 1996...

 

C'est en classe de première que notre petit groupe d'élèves motivés par la littérature - Jacques Gautrand, Henri Melchior, Xetxu, Bourdon, etc- a eu la chance d'être vraiment initié aux Lettres et au théâtre par ce prof hors-norme, pour lequel j'avais naguère écrit un texte d'adulation (à retrouver dans un de mes recueils : Catalognarts, Méditerriennes..?)...

 

André avait eu la bonne idée de susciter ces retrouvailles avec les anciens du lycée : J.Noël Pancrazi avait lui aussi, après la naissance et l'enfance en Algérie, de s'établir à Perpignan et de connaître M.Cauquil, après que celui-ci eut échappé au service militaire pendant la guerre d'Algérie, poursuivant ses études, obtenant l'agrégation, mais subissant tout de même dix-huit mois de service…sans les sévices du conflit cruel...

 

Pancrazi parla de l'enfance et de la mémoire, des thèmes qui lui sont chers et de son désir de ne plus revenir en Algérie : son dernier livre raconte sa déception en touchant ce sol qui renferme des lieux affectifs tels que Sétif et Anaba...

 

"Je ne voulais pas retourner an Algérie pour ne pas perdre mon imaginaire", a-t-il déclaré de façon très juste... 

J'ai encore noté une autre réflexion admirable : "C'est le travail sur le style qui permet d'atteindre la vérité." La justesse mène à la justice."

 

C'était un hommage au style, sans lequel la littérature n'existe pas, ou alors de façon commerciale et vénale...

 

M. Cauquil s'empara de l'aphorisme au bond en nous révélant que l'élève Pancrazi avait rédigé une belle dissertation sur Flaubert et que le club de littérature du lycée, sous la houlette de la mythique documentaliste, Madame Guttirez, avait ronéoté ce texte qui doit se trouver dans les archives...

 

Voici un inédit, une belle célébration du style, pour la future publication des oeuvres totales et pancraziennes dans la collection de la Pléiade !!!

 

J.P.Bonnel (texte et photos)

 

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2 janvier 2019 3 02 /01 /janvier /2019 12:34
Y a du neuf dans 2019 ! - Laurent Ayçaguer : MERCI ! -
Y a du neuf dans 2019 ! - Laurent Ayçaguer : MERCI ! -

Y a du neuf dans 2019 ! C'est presque une année érotique...

Sera-ce une année dramatique..?

 

2018 : on a déjà presque tout oublié. L'irruption du mouvement libre et libertaire, horizontal et collectif, venu du fond du ventre du pays, a balayé l'actualité de l'an passé...

 

La Syrie et les populations civiles, innocentes bombardées, massacrées...Pourquoi , Un territoire, du pétrole ? Non : le terrorisme ! Et nous vendons des armes à ces pays qui nous font ensuite la guerre et nous détruisons leurs armes pour leur en vendre d'autres...Cycle infernal qui ne finira pas..?

 

Guerre au Mali : on fait quoi ici ? On préserve les populations, on marque notre présence dans le désert, on fait pipi sur le Mali pour des diamants...for ever..?

 

Les migrants : on veut les chasser alors qu'on a besoin d'une main-d'oeuvre docile et bon marché : l'Allemagne a intégré des millions de Turcs depuis des décennies et un million d'étrangers grâce à Merkel... Mon maçon ne trouve pas d'ouvrier : il va prendre un immigré. Mon ramoneur me dit que son fils ne veut pas se salir les mains et ne prendra pas la suite...Qui, alors , Un bon Français qui voudra se salir et gagner beaucoup d'argent..?

 

Avec ces Gilets jaunes, on oublie tout : le reste est secondaire...

 

On oublie même ce maire délinquant, qui a été condamné* a créé un village de Noël où tout le monde va, la présidente de Région même, car il arrose tout le monde : le journal local publie une page sur lui chaque jour... C'est l'amnésie ! L'intérêt, un peu, aussi...

 

*Février 1999 : abus de biens sociaux (3 ans d'inéligibilité). Juin 1999 : prise illégale d'intérêts (5 ans d'inéligibilité).

JPB

JEAN PIERRE

 

 

Bon an... Chanté !

Dans de joyeux refrains emplis d'humanité,

Bon an... Ticorps !

À tous ceux qui souffrent dans leur âme et leur corps,

 

Bon an... Roué !

De coups de bonheur, de coups de félicité,

Bon an... Clos !

Sur les rancœurs passées, sources de tant de maux,

 

Bon an... Corné !

À la page de vos rêves les plus cinglés,

Bon an... Vers !

Et contre tous pour que la rime persévère,

 

Bon an... Tonné !

Sous la foudre des gardiens de la liberté

Bon an... Belli !

Par la fin des conflits et des casus belli,

 

Bon an... Castré !

Pour les promoteurs de murs et de barbelés

Bon an... Droit !

Pour les ondoyants adeptes des passe-droits,

 

Bon an... Fariné !

Par les moulins des réseaux sociaux indiscrets

Bon an... Saignant !

Sur des bancs laïques sans foi ni faux semblants,

 

Bon an... Censé !

Par des critiques et des médias pondérés,

Bon an... Caustique !

À tous les cireurs de pompes machiavéliques,

 

Bon an... Foiré !

Pour les instigateurs de la précarité

Bon an... semble !

Sous une vague de mots qui, enfin, rassemblent,

 

Bon an... Collé !

Aux basques de vos espoirs les plus insensés,

Bon an... Neuf !

Pour vous tous, en cette année 2019 !

 

Bon an... Chanté !

Dans de joyeux refrains emplis d'humanité,

Bon an... Ticorps !

À tous ceux qui souffrent dans leur âme et leur corps,

 

Bon an... Roué !

De coups de bonheur, de coups de félicité,

Bon an... Clos !

Sur les rancœurs passées, sources de tant de maux,

 

Bon an... Corné !

À la page de vos rêves les plus cinglés,

Bon an... Vers !

Et contre tous pour que la rime persévère,

 

Bon an... Tonné !

Sous la foudre des gardiens de la liberté

Bon an... Belli !

Par la fin des conflits et des casus belli,

 

Bon an... Castré !

Pour les promoteurs de murs et de barbelés

Bon an... Droit !

Pour les ondoyants adeptes des passe-droits,

 

Bon an... Fariné !

Par les moulins des réseaux sociaux indiscrets

Bon an... Saignant !

Sur des bancs laïques sans foi ni faux semblants,

 

Bon an... Censé !

Par des critiques et des médias pondérés,

Bon an... Caustique !

À tous les cireurs de pompes machiavéliques,

 

Bon an... Foiré !

Pour les instigateurs de la précarité

Bon an... semble !

Sous une vague de mots qui, enfin, rassemblent,

 

Bon an... Collé !

Aux basques de vos espoirs les plus insensés,

Bon an... Neuf !

Pour vous tous, en cette année 2019 !

 

Meilleurs vœux de bonne santé et d’élèves studieux pour la nouvelle année…

 

 

Laurent Ayçaguer

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29 décembre 2018 6 29 /12 /décembre /2018 12:08
C.Delmas avec l'écrivain Henri Lhéritier, disparu aussi récemment - CD photographié - Avec Catherine, son épouse - avec Antoine Cayrol (photos JPBonnel)
C.Delmas avec l'écrivain Henri Lhéritier, disparu aussi récemment - CD photographié - Avec Catherine, son épouse - avec Antoine Cayrol (photos JPBonnel)
C.Delmas avec l'écrivain Henri Lhéritier, disparu aussi récemment - CD photographié - Avec Catherine, son épouse - avec Antoine Cayrol (photos JPBonnel)
C.Delmas avec l'écrivain Henri Lhéritier, disparu aussi récemment - CD photographié - Avec Catherine, son épouse - avec Antoine Cayrol (photos JPBonnel)

C.Delmas avec l'écrivain Henri Lhéritier, disparu aussi récemment - CD photographié - Avec Catherine, son épouse - avec Antoine Cayrol (photos JPBonnel)

  • Claude Delmas est un écrivain catalan de langue française né le 20 mai 19321 à Rivesaltes (Pyrénées-Orientales) et mort le 20 septembre 20162. Il a aussi publié sous le pseudonyme de Dieudonné Jourda.
  • Docteur en droit, Claude Delmas a été directeur général d'Air France en Espagne.
  • Il a écrit une douzaine de romans qui ont été publiés chez Julliard, Flammarion, P.O.L, aux Éditions Trabucaire et Mare Nostrum.
  • Il était aussi à l'origine, avec Claude Vauchez, d'un collectif pour sauver les vestiges du camp de Rivesaltes, qui devaient initialement être rasés.
  • Il résidait à Vingrau, dans les Pyrénées-Orientales
  •  
  •  
  • OEUVRES :  Le bain maure, éditions Julliard, 1964.
  • Le pont du chemin de fer est un chant triste dans l'air, éditions Flammarion, 1965.
  • Les extrêmes climats, Flammarion, 1967.
  • Célébration de l'épingle à nourrice, éditions Robert Morel, 1969.
  • Le Schooner, Flammarion, 1970.
  • Le jeune homme immobile, Flammarion, 1972.
  • Grande neige, grand soleil, Flammarion, 1975.
  • Yamilée (théâtre), Flammarion,1978.
  • Des reines sont mortes belles et jeunes, Flammarion, 1978.
  • Chronique des guerres occitanes, éditions POL, 1983.
  • La lune est l'assassin, Flammarion, 1995.
  • Madrid et ses Castilles (essai), éditions Mare Nostrum, 1997.
  • Les Catalans sont des patots (avec des collages de Claude Massé), éditions Trabucaire, 1999.
  • L'emmurée de Tolède, éditions Balzac, 2001.
  • Histoire de Billy et la mienne, Perpignan, éditions Trabucaire, 2001 (originellement paru sous le pseudonyme de Dieudonné Jourda, Hachette/POL, 1980).
  • La vie va vite en août, Mare Nostrum, 2005.
  • L'Absolue Sécheresse du cœur, Perpignan, éditions Trabucaire, 2005 — Prix Méditerranée Roussillon 2006.
  • Toromania (avec des collages de Claude Massé), Perpignan, Trabucaire, 2008.
  • Pères pales inviolés (poésie), Voix éditions, 2012.
  • A jamais ton nom sur ma langue, Trabucaire, 2014.
  • Disparition du département des Pyrénées Orientales, éditions Libre d'Arts, Prix O. Coste des Vendanges Littéraires 2016.

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Claude DELMAS, écrivain de la frontière


« Dans un village, celui qui dépasse la frontière crée le récit. »


     C’est un doux, un tendre, un timide. De l’énigme et de la retenue qui l’habitent naît ainsi une grande séduction. En effet, cet homme est un séducteur : il vous charme naturellement, en raison de sa modestie et de sa douceur mêmes.

Il sait se tenir à l’écart des spectacles du monde, mais un beau jour de tramontane et de salubrité publique, il n’hésitera pas à faire entendre une colère qu’on ne soupçonnait pas chez lui…A l’occasion, par exemple, d’un article de journal inconséquent ou du devenir du Camp de Rivesaltes, dont il fut un temps, le temps de croire à la raison et au cœur des hommes, l’âme et le moteur. Jaillit alors l’intifada des mots !

En effet, ce natif des Corbières roule dans sa bouche les pierres frontalières de la Catalogne et de l’Occitanie, avec un accent –comme on dit pour caricaturer- « parisien », lui, l’enfant du Sud, fils d’un instituteur de Vingrau !Il a l’inflexion des gens qui ont voyagé, lu et vécu au-delà des frontières de la proximité. Il a aussi la taille d’un homme du Nord, et la chevelure d’un Indien de ce grand Nord, où la neige ose même vous blanchir les ondulations du crâne. Ainsi, il pourrait, de prime abord, vous impressionner par sa hauteur de corps, par sa hauteur de vue. Par une force spirituelle, née de la croyance en des valeurs inaliénables : l’enfance passée en une géographie précise, irremplaçable, ou l’enracinement dans un ultralocal cerné de frontières sociales, politiques, psychologiques, historiques…et le plus souvent mesquines.

Ainsi de la rivalité cloche-merlesque entre Tautavel et Vingrau, en filigrane de plusieurs de ses romans, et qu’il faudra bien expliciter un jour, avec la plume habituelle de la poésie et de l’ironie, formule susceptible de définir le style de Claude Delmas. Mais sa « hauteur de vue », c’est-à-dire son aptitude au bonheur, le recours au recul apaisant et à la distance pourvoyeuse de vérité, il la doit à une existence riche et longtemps déroulée par-delà des montagnettes qui voudraient inscrire des limites entre deux peuples proches. De par son métier, en tant que haut responsable à « Air France », C.Delmas a parcouru le village du monde et a connu les autoroutes de la terre et des airs. Pourtant, on a l’impression qu’il n’est jamais parti, qu’il n’a jamais quitté la caune de son village ou le nid fœtal de sa préhistoire ! Qu’il est là, droit, dur, debout, débutant de la vie, dans le corps de la pierre, dans la maison commune des Corbières, les deux pieds dans ses racines qui, depuis le Rivesaltais, plongent jusqu’à la Catalogne d’en deçà des Pyrénées et jusqu’au cœur de cette Espagne, sue sur le bout des yeux, et omniprésente dans son œuvre. D’ailleurs, un dossier récent du « Monde des livres » rappelait le beau texte de Claude Delmas sur Madrid et ses Castilles.

Avec discrétion, il a l’Espagne au cœur, et Vingrau, ses deux plus chères Républiques. Et l’amitié ! En effet, il saura se taire longtemps, notre ami, et puis, soudain, nous donner par un acte tangible ou par des paroles encourageantes, un témoignage d’affection virile. De celle-ci, il en donne les preuves physiques, telle l’embrassade ou la main sur votre épaule : il s’y appuie longuement et les petits nouveaux, les passants pressés ou les étranges étrangers croient que c’est pour trouver quelque appui ou reposer son interminable taille d’éternel jeune homme…

Ses récits racontent tout cela, ces moments d’amitié, d’amour, dans un retour inlassable vers la mémoire, le premier geste de compagnonnage, le plaisir originel avec la femme, dont il découvre, tout étonné, l’anatomie intime…Ses romans sont l’exploration fébrile de l’Autre et du monde : ils sont parcourus d’aventures amoureuses et décrivent l’odyssée des voyageurs des autoroutes. Cependant, Claude Delmas n’est en aucun cas l’Ulysse du cheminement moderne ; il est à l’opposé d’un Julio Cortazar, qui, dans Les Autonautes de la cosmoroute parle des menus événements susceptibles d’arriver sur les multiples voies bitumées ou sur les aires de repos. La poésie de l’autoroute qui intéresse Claude Delmas, c’est cette ligne droite sécurisante, permettant d’aller rapidement d’un point à un autre. Dans cette zone neutre, hors du monde, il oublie les tracas du métier et le travail d’écrivain. Cette frontière, qui sépare la réalité et la fiction, lui promet que rien d’inquiétant ne surviendra. L’autoroute est grosse de « possibles impossibles », formule fulgurante destinée à définir le virtuel et la fiction ; la vie et la confrontation avec le réel ont lieu dès qu’on quitte le poste de péage. De même, le village natal, c’est l’autoroute, la paix, la régression vers la naissance ; passez le « pas » de Vingrau, et il vous faut vous coltiner avec ce qu’on appelle la vie, c’est-à-dire, le cheminement vers la mort. L’existence de C.Delmas peut se résumer ainsi : l’éternité autoroutière, où l’on songe au prochain livre et la retraite au hameau, où l’on écrit le dernier livre ; entre ces deux somnolences, il faudra bien s’activer un peu pour mettre de le l’encre dans le moteur et du super dans le plumier !

A l’occasion des rencontres de Leucate, entre écrivains catalans et occitans, en juillet 2001, qui s’interrogeaient sur l’utilité des frontières, Claude Delmas a fait cette remarque essentielle : « S’il n’y a pas de frontières, il n’y a pas d’antagonismes. La frontière provoque le récit. Dans un village, celui qui dépasse la frontière, la limite entre deux cantons, crée le récit. » On pense alors que la frontière, pour l’inspiration affective, psychologique de l’adulte marqué par l’époque de son enfance villageoise, la vraie frontière, ce n’est pas la limite politique entre la France et l’Espagne, la barrière géographique des Pyrénées, la frontière économique entre les classes sociales ou les pays riches et pauvres, c’est la présence du Verdouble, qui sépare Tautavel et Vingrau…

C’est la frontière mentale entre l’en deçà, qui est le bonheur de l’enfance, le cocon familial, et l’au-delà qui est tumulte, angoisse et combat pour la vie : « Dans un village, celui qui dépasse la frontière crée le récit. » Claude Delmas a dû enjamber la frontière, franchir l’entre-deux d’une rivière pour aller gagner sa vie, mais non pas perdre son temps : le monde alimente en lui le romanesque. Le temps passé loin des racines n’est pas vécu comme une situation d’exil ; C. Delmas n’en conserve ni amertume ni dépit ; il estime que la vraie frontière est en nous, témoin la valse-hésitation entre deux femmes dans son dernier recueil L’emmurée de Tolède, ou ces aspirations permanentes entre deux pays, celui, ancien, du père, ou celui, présent, de la famille et des amis. Cependant, cette limite, ce déchirement du bilinguisme, de la culture partagée en deux, est plus un enrichissement qu’une mutilation. Le va-et-vient entre les frontières est pour C. Delmas une nécessité : il se frotte au monde et se nourrit des bonheurs ou des difficultés que les peuples étrangers ont pu lui procurer : il se déclare « négateur de frontières » (1)

 

Il aurait pu demeurer au pays et se consacrer à la célébration du Canigou ou à l’évocation passéiste d’une enfance vécue dans un univers agricole idéalisé : « Enfant, dans l’autarcie mentale de mon village du bout du monde, environné de garrigues, je croyais que la Scandinavie commençait à la frontière belge… » (2)Il aurait pu écrire pour tenter de reconquérir les frontières d’une Catalogne réunifiée. Il a peut-être l’intuition que, si le territoire catalan est partagée par l’Albère et la chaîne des Pyrénées, c’est afin de pouvoir ainsi apprécier deux fois son indicible beauté…

Claude Delmas est revenu au pays, au village, mais quand il se rend à la féria de Nîmes ou, au-delà des « frontières mauves ou bleues de l’Espagne » (3), à Tolède, il est encore chez lui. Même si les frontières sont abolies par l’internet, la rapidité des déplacements, la construction européenne ou la mondialisation, il se déplace avec, en tête, les anciennes limites, symboles de repli sur soi, d’interdit, d’Histoire :

« Intranquillité des gens qui, comme moi, hésitent entre le Sud et le Nord, ignorant que les frontières n’existent plus, ce qui n’empêchent pas qu’on reste pour l’éternité le sudiste ou le nordiste de quelqu’un et que, frontière ou pas, on est toujours celui dont on se débarrasse. » Grand voyageur, longtemps par nécessité, l’écrivain regrette une vie calme et sédentaire, qu’il aurait pu passer dans le terroir qui l’a vu naître. Le temps de son existence semble avoir été gaspillé dans la vitesse, le dépaysant mouvement des allers et retours entre le village natal et le village global : « Je reproche à mes parents de m’avoir autrefois déboussolé avec leurs déplacements incessants entre les montagnes et la plaine maritime qui m’ont fait perdre mon goût de l’immobilité et mon sens de l’orientation. » Cette citation de L’emmurée… fait écho à une phrase exprimant elle aussi un sentiment de regret, à l’heure du bilan d’une vie, « cette longue locomotive », pourtant bien remplie : « Je n’aurais jamais dû quitter mon village, planté sur cette terre rouge, porteuse de ceps. » (4)

 

Désormais, Claude Delmas tente sans doute de retrouver « le temps perdu », en réinvestissant une maison familiale rénovée, au cœur du village des Corbières. Se retrouver, vieil enfant, dans la coquille-fœtus, et retrouver la paix ; et l’éternité, cette absence de mouvement. Dans les frontières géographiques de Vingrau, dans les frontières psychologiques de la famille et de la mémoire, réintégrer le temps de l’enfance : « Entre le désert et la glace, je voudrais trouver un centre, me fixer et qu’on me foute définitivement la paix pour qu’enfin je puisse goûter, même si tardivement, à l’amour partagé et aux plaisirs multiples de la vie. » Cependant, il nous semble que cet apaisement intérieur, ce repos dans une sorte de retraite protestante au « désert », est impossible pour quelqu’un qui a nourri son œuvre de la transgression des frontières et du mouvement des aventures humaines. Cette paix des braves, Claude Delmas pourrait la trouver dans l’arrêt de l’écriture et le renoncement romanesque. Il nous fera l’amitié de ne pas opter pour cette solution suicidaire ! Pour notre bonheur ! Et d’abord pour le sien, qui réside dans le cheminement des phrases : l’écriture est le geste de la vie et l’expression de l’énergie. La seule frontière que nous désirons lui voir franchir, pour de nombreux livres à venir, c’est celle qui marque la séparation entre la fébrilité prosaïque du quotidien et l’investigation poétique de l’imaginaire. L’œuvre littéraire de Claude Delmas vit dans cet entre-deux, dans cette dialectique intranquille qui fait jaillir le neuf à partir des vieilles frontières.


Jean-Pierre Bonnel


(1) L’emmurée de Tolède, page 14 – Balzac éditeur – Montréal-Paris, 2000 –
(2) Idem, p.8 –
(3) Histoire de Billy et la mienne – Hachette – POL – Paris – 1980 – réédition à Libres del Trabucaïre – 2001 –
(4) La lune est l’assassin – page 19 - Flammarion – Paris – 1995 -

 

- - -  CLAUDE DELMAS N'EST PLUS, par Jaume Quéralt

... septembre, il avait 84 ans. Claude Delmas était écrivain, même s... ne s'était jamais distendu, Claude Delmas -qu'avaient remarqué un... ou des plus jeunes, de Claude Massé (en particulier: Les Catalans... et voisin du "nouveau-roman" (ClaudeSimon)  garder fidélité à Bernard...
metbarran.canalblog.com

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Pyrénées-Orientales : Claude Delmas s’en est allé, par Antoine Gasquez 21 septembre 2016 

 

  • La Semaine a perdu un ami. L’écrivain Claude Delmas s’en est allé hier. Le natif de Rivesaltes (1932), ancien directeur général d’Air France en Espagne, a publié une vingtaine de romans dont une grande partie chez de grands éditeurs comme Flammarion ou Juliard. Revenu à sa retraite à Vingrau, Claude Delmas, s’était engagé localement dans quelques combats dont, dans les années 90, la défense du camps de Rivesaltes qui devait alors être rasé. Claude Delmas avec Claude Vauchez était à initiative d’un collectif pour la mémoire vivante du camp de Rivesaltes qui recueillit très rapidement 1000 adhésions. Un combat que La Semaine du Roussillon a soutenu depuis l’origine avant qu’il soit saisit dans des buts politiques et qu’il se transforme dans le projet pharaonique et coûteux en place aujourd’hui. Avec Claude Delmas, c’est une intelligence, une belle âme, une finesse d’esprit et une générosité rares que perdent le département.

 

 - - 22 Septembre 2016 - Publié par Bernard Revel

  • Disparition de Claude Delmas
  •  
  • Claude Delmas et Henri Lhéritier : une grande amitié.
  • Claude Delmas est mort le mardi 20 septembre à Vingrau, six mois jour pour jour après le décès de son ami Henri Lhéritier. Nous lui avions décerné le prix Odette Coste pour son dernier livre "Disparition des Pyrénées-Orientales" qu'il devait présenter le 2 octobre sous le platane de Rivesaltes.
  • Créé en 2015 en hommage à celle qui fut pendant plusieurs décennies l’animatrice de la librairie Torcatis aux côtés de son mari Jean-Louis, le prix Odette Coste qui récompense un livre publié par un éditeur du pays catalan, ne distinguait pas seulement les qualités littéraires de ce récit autobiographique. Le jury a voulu aussi mettre l'accent sur les profonds liens d’amitié qui liaient l’auteur au couple de libraires depuis la publication de ses premiers livres dans les années 60. Liens que concrétise ce livre attachant édité par Roger Coste qui a succédé à ses parents à la tête de la librairie Torcatis.
  • Le décès de Claude Delmas transforme la présentation de son livre en une évocation de l'homme et de l’écrivain par ses amis Jean-Louis Coste et Jacques Quéralt qui répondront aux questions du jury, le 2 octobre prochain.
  • Ainsi, aux temps forts que promettent d’être les rencontres sous le platane avec David Foenkinos, Didier Goupil et Yan Gauchard, succèdera un hommage à Claude Delmas et Henri Lhéritier. Un grand moment d’émotion au cours duquel le jury tentera de recréer l’esprit hédoniste de ces deux hommes de cœur et de talent qui furent à l'origine de la création des Vendanges littéraires en 2003.
  •  
  • Claude Delmas en compagnie d'Odette et Jean-Louis Coste aux Vendanges littéraires 2013.
  • Mais qui es-tu donc, Delmasito ?
  • Par Bernard Revel
  • Je ne l’ai pas connu enfant ni jeune homme. Quand je l’observe, traînant péniblement sa longue carcasse qui fait grimacer les sillons labourant un visage dont le regard clair semble éternellement rêver sous une épaisse frange blanche, je lui trouve pourtant, malgré « l’horrible fardeau du temps » dont se plaignait Baudelaire, des airs juvéniles. Lui-même, du reste, au fil des pages de son dernier livre étrangement intitulé « Disparition du département des Pyrénées Orientales », s’en étonne : « J’ai traversé le XX° siècle à toute allure et sans avoir le sentiment de vieillir… A force de cultiver l’immaturité, on se retrouve du jour au lendemain dans la peau d’un vieillard ».
  • Elle fut pourtant fertile en événements, la « traversée » de Claude Delmas, né à Rivesaltes, fils d’instituteurs, enfant sous l’occupation allemande, témoin de la Retirada, soldat en Algérie, ambassadeur d’Air France à travers le monde, romancier à succès dans les années 70-80. Une vie dont ce livre est le patchwork, selon le mot de l’auteur qui met bout à bout pêle-mêle, sans chronologie, des souvenirs que seul le hasard semble faire remonter à la surface. Et peu importe si l’écriture se relâche parfois, si tout n’est pas d’un égal intérêt, l’essentiel, ce qui rend si captivante et touchante la lecture, est ailleurs. Cet être qui doute, qui a toujours « laissé courir », qui a connu très jeune la peur, la honte et qui, avec les filles, dans son travail, ses rencontres, ne s’est jamais senti vraiment à sa place, trichant, jouant, simulant pour que la vie ressemble un peu au cinéma qu’il aime tant, comme on le comprend et comme elles nous parlent ses faiblesses. « J’ai été un garçon maladroit et gaffeur et sans doute le suis-je resté ».
  • Un seul absent cependant : l’écrivain. Claude Delmas évoque à peine cet aspect si important de sa vie. On aurait aimé en savoir plus sur son aventure littéraire, la genèse de ses romans, sa condition d’homme public, le regard qu’il porte sur une œuvre forte d’une vingtaine de titres dont la plupart, jamais réédités, sont tombés dans l’oubli. Un silence qui cache peut-être une blessure profonde. Pourtant, le jeune homme immobile, le soldat qui rêve dans « Le pont du chemin de fer est un chant triste dans l’air », tous ses personnages de fiction apparaissent dans ces pages. Cela n’a rien d’étonnant : ils sont nés de son propre vécu qui a toujours été sa principale source d’inspiration.
  •  
  • Il l’a appris très tôt, Claude Delmas : la réalité, cela ne vaudrait rien sans le rêve. Cela ne serait que du sordide, du sale, de l’insignifiant, des ragots par exemple comme il en a souffert pendant la guerre parce qu’un officier allemand était logé chez eux. Le seul refuge dans ces cas-là, c’est l’imagination. Elle l’accompagne toujours. De l’enfant qui a « longtemps imaginé ce qu’il y a sous les robes » et du jeune homme qui va tous les jours au cinéma, il a gardé, en dépit des multiples péripéties de sa vie, son goût pour les aventures intérieures. « Je suis un sédentaire », « voyager, c’est mentir », confie ce globe-trotter qui a passé une bonne partie de sa vie dans des avions. Claude Delmas est un homme de paradoxe. Un insomniaque qui rêve. Un seul mot le définit selon son père : « Bizarre, mon fils, tu es bizarre, c’est tout, et je n’arrive pas tout à fait à te comprendre ». Lui même d’ailleurs n’est guère plus avancé : « A plus de quatre-vingts ans, quand vient l’aube après une nuit blanche, j’en suis toujours à me demander : mais qui es-tu donc, Delmasito ? » Et s’il a entrepris l’écriture de ce patchwork c’est « pour essayer d’y comprendre quelque chose ».

 

  • Déçu de la politique, du monde comme il va, « désenchanté », préférant cultiver des souvenirs qui le bouleversent plus aujourd’hui qu’au moment où il les a vécus, Claude ne jette pas sur son passé un regard désespéré. Depuis qu’à l’âge de trente ans, après bien des errances, il a demandé au pied d’un minaret yougoslave à la jolie brunette qui l’accompagnait d’être sa femme, il a trouvé son unité : « Sans elle cette vie serait un fourre-tout ». Elle l’a stabilisé et ensemble désormais, l’hiver à Paris, l’été à Vingrau, ils ont continué le voyage. Son amitié avec Henri Lhéritier l’a fait renouer avec le Rivesaltes de son enfance. Il va le voir chaque semaine dans sa Maison du Muscat. « Nous téléphonons à Michel Fourquet que nous appelons le peintre fou (peintre talentueux et pas fou du tout quoique rivesaltais) et nous nous retrouvons dans un bistrot qui fait face à la statue équestre du maréchal Joffre que nous couvrons de nos sarcasmes… Je suis vieux maintenant, je m’appuie sur l’épaule d’Henri et de Michel pour marcher à leur allure et je me dis que si le spectacle des filles continue de m’intéresser c’est que je ne suis peut-être pas devenu gâteux ». Mais Henri n’est plus là, emporté par une vague aussi violente que celle qui tôt ou tard, recouvrira tout, comme elle fait disparaître dans l’imaginaire de Claude le département des Pyrénées Orientales.
  •  
  • Claude Delmas. « Disparition du département des Pyrénées Orientales »
  • Editions Libre d’Arts, créées par Roger Coste, patron de la librairie Torcatis. Préface d’Henri Lhéritier, postface de Jean-Louis Coste.
  • Né en 1932 à Rivesaltes, Claude Delmas a été, de 1962 à 1994, directeur de cabinet à la direction générale d’Air France, responsable du Proche-Orient, directeur d’Air France Espagne, sous-directeur aux Affaires internationales à Paris. Son premier roman, « Le bain maure » a été publié chez Julliard en 1964.

 

 

- - - 24 SEPTEMBRE 2014

  • CLAUDE DELMAS, ULYSSE DES AIRS 
  • Claude Delmas
  • (photo JPB)
  •  
  • Je viens de lire ce roman au titre admirable.
  • Claude m'avait dit qu'il écrivait un livre qui finirait à la mort de son auteur…Or, celui-ci publie un "petit" grand livre avec un début et une fin, bien clôturé, qui est un retour sur le passé du narrateur : ce temps espagnol, basque et andalou, madrilène et surtout tolédan, Tolède étant le centre exact de l'Espagne, est évoqué par le "héros", anti-héros plutôt en prison, s'échappant de sa geôle grâce au souvenir et au récit.
  • Ce personnage est une sorte d'Ulysse du XX° siècle, rêvant au retour dans sa patrie, comme C. Delmas, désirant revoir son pays après bien des escales, bien des femmes, bien des livres…
  • Delmas est cet Ulysse des airs, ce directeur d'Air France, qui, après avoir bien bourlingué de par le monde revient à Vingrau, tout contre la frontière des Corbières…Lui qui, page 30, se dit "négateur des frontières", revient dans sa famille (p.121), dans sa Catalogne, pour laquelle il souhaite un futur de frontières, une utopie d'indépendance…
  • Comme si notre ami le romancier, si obsédé par le temps, la mort, la vieillesse et la beauté des femmes, voulait se trouver un nid sécurisant, un village natal de pierres protectrices, afin d'empêcher la mort d'approcher et de le prendre...
  • Il y aura encore bien des livres de C. Delmas pour nous protéger, lui et nous, de la mort, pour gagner du temps sur une éternité que nous ne voulons pas envisager. Et Claude de vivre pour toujours avec ses amours, l'Espagne et ses Castilles, et pour son amour, son épouse, lisible à chaque tournant de phrase, aimée à chaque mot apparu sur la langue : érotisme du mot à envisager surtout d'un point de vue linguistique...
  • Car Claude Delmas, s'il a passé sa vie à aimer sa femme, l'a passé aussi à aimer sa langue, la française !

 

 

 

  • A JAMAIS TON NOM SUR MA LANGUE
  •  
  • La littérature, c'est ce qui nous étonne et nous bouscule. Avec "A jamais ton nom sur ma langue", dès la première ligne, c'est fait et notre ahurissement ne cessera de croître jusqu'à la dernière page, au long d'un récit brûlant, plein d'ombres et de lumières, à l'écriture fluide et sensuelle, attisant la violence et les tourments des personnages. La littérature c'est aussi ce qui nous élevant au-dessus des opinions communes, nous transforme. Refermant le livre, essoufflés, comment pourrions-nous conserver, après notre lecture, un regard inchangé sur les passions amoureuses, la trahison, l'injustice, l'enfermement, l'amitié et aussi sur cette Espagne, que l'auteur connaît si bien, dont il sait dire à la fois les splendeurs et les ténébreuses pulsions.

- - -

 

  • Claude Delmas signe ce vendredi.il y a 1540 jours par Jaume | Inclassable

    ... en tel ou tel endroit. Claude Delmas, auquel les lecteurs redevables... d'écrire des livres. Singulier Claude Delmas! Le fils de Rivesaltes... le deuxième Claude, à la suite de son aîné: Claude Simon (le voisin... et par-dessus tout...Trabucaire? ClaudeDelmas a une chronologie éditoriale...
    metbarran.canalblog.com
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28 décembre 2018 5 28 /12 /décembre /2018 10:01

 André VICK-Mengus et Jean Milan - Livre de l'expo V-Mengus/Milan - Tableau de L.Bausil dans le séjour de la maison (photo J.P.Bonnel) -
 André VICK-Mengus et Jean Milan - Livre de l'expo V-Mengus/Milan - Tableau de L.Bausil dans le séjour de la maison (photo J.P.Bonnel) -
 André VICK-Mengus et Jean Milan - Livre de l'expo V-Mengus/Milan - Tableau de L.Bausil dans le séjour de la maison (photo J.P.Bonnel) -

André VICK-Mengus et Jean Milan - Livre de l'expo V-Mengus/Milan - Tableau de L.Bausil dans le séjour de la maison (photo J.P.Bonnel) -

Perpignan-littérature : 12 rue de la Cloche d'Or (3) - André VICK en Roussillon

 

Je lis les notes, le journal d'André Vick "en Roussillon"(édition du Castillet, Perpignan) : lire Vick et regarder les clichés de Mengus, c'est s'alimenter aux deux sources de Janus et comprendre mieux l'oeuvre du prix Nobel de littérature, qui habita ici, entre André et Louis *

Je lis donc, comme à saute-moutons, les aphorismes et impressions du vieux Mengus : je l'ai toujours connu vieux, errant, tel un mendiant au long manteau et aux cheveux longs, dans le quartier Saint-Jean...Je ressens dans ces écrits comme une écriture de vieux, passéiste, contemplative, occupée à des mesquineries de voisinage...

 

En la visitant -merci, encore, Florence !- je l'imagine dans cette maison, je le vois en cet asile. C'est son retrait, son "désert" en cette lourde bâtisse enserrée dans des mémoires familiales, entourée de murs de briques et de galets roués.

Son ouverture, fermée cependant, -et c'est là peut-être le rythme de l'écriture de Simon, cette vie en Espagne, dans les Flandres, dans la nécessité de la guerre, en un destin inchoisi, et ces retours, estompés, gommant les patronymes, au pays, à Perpignan...- l'oxygène de Vick, c'est sans doute ce jardin intérieur -on pense au Roman de la Rose, même si, ici, l'acacia règne...-, c'est ce paradis,insoupçonné, non dit aux passants, dans la ville, repliée en ses veines, venelles...

 

Ce n'est pas la cour d'entrée et les hautes portes, signes des diligences des siècles antérieurs, ce n'est pas ce patio sans nature, qui sont aptes à supporter la vie urbaine, recluse, loin des pêchers de la peinture bausilienne et des poncifs de la montagne sacrée des Catalans...

C'est la galerie de la salle de réception, ce sont les multiples dépendances de cette demeure à présent amputée de son unité, après le passage du temps des héritages et des amputations... Demeurent l'escalier reconstruit et des pièces modestes. L'essentiel est dans l'esprit et les empreintes littéraires et artistiques, même si les présences militaires abondent...

C'st le jardin, l'éden, l'acacia...L'arbre qui relie ces trois écrivains : chacun a parlé de son ancrage, de son tronc épais, de ses branches qui se décorent de neige au printemps des fleurs nouvelles. Cet arbre est l'enracinement de leurs vies, de leurs oeuvres.

Pour André Vick, l'acacia est symbole de la solitude pour celui qui mourut dans l'isolement de cette maison enterrée en des murs inégaux, et dans un long dialogue avec l'arbre...

 

JPB

 

*Louis Codet, député en 1909 non réélu, meurt de ses blessures à la guerre en décembre 1914. Il est sans descendant et laisse, à sa mort, sa veuve, Maguerite et son beau-fils, André Vick-Mengus, fils d'un premier mariage de Marguerite. Photographe de talent, André influencera Claude Simon…

(Lire JYves Laurichesse, le site et livres des Amis de C.Simon...Les carnets de notes de Louis Codet (Revue Tramontane, Les Amis de L.Codet, sept 1967, imprimerie Sinthe à Perpignan)

 

- - -

PERPIGNAN : Deux regards sur la Sanch

PHOTOGRAPHIES

En cette semaine sainte, il y a deux expositions à voir sur le sujet. Les photographies, d'André Vick-Mengus, personnalité locale, cousin de Claude Simon habitant l'hôtel particulier de la Cloche d'Or, qui a promené son objectif dans les années 40 et 50 sur la procession de la Sanch. Une série au caractère historique faite par un esthète amateur. (avril 2012)

 

- - -VICK/CODET, par Jacques Quéralt

 

Met Barran > Messages novembre 2014 > Centenaire Louis Codet....Vous avez dit...

VENDREDI 7 NOVEMBRE 2014

Centenaire Louis Codet....Vous avez dit...

On ignore si le département des Pyrénées-Orientales ou Perpignan, sa ville natale, envisagent ou pas de marquer par quelque cérémonie particulière, mais de façon littéraire et brillante, le Centenaire de la mort d'un de ses fils: Louis Codet. 

Né, à Perpignan en 1876, mais décédé au Havre en 1914. Très exactement le 27 décembre. Des suites de  blessures de guerre. L'un des premiers écrivains tués de la Grande Guerre. Codet, l'ami d'Apollinaire -autre tué- et de Marie Laurencin, Codet, peintre et délicieux poète romancier. Mais, hélas fauché à l'âge de 38 ans, alors qu'il n'avait pas encore beaucoup publié. Il eut des proches et des admirateurs, tel Eugène Montfort, ami du Roussillon, mais point de large audience. Après sa mort ses "Poèmes et chansons" publiés en 1926 lui ouvrent les portes d'une assez bienveillante postérité, reconnaissance confortée par d'autres livres comme "La petite Chiquette", "César Capéran" ou "la Fortune Bécot", titresloués pour le sens vif du récit et les couleurs de ses paysages naturels, psychologiques et sociaux. Codet, qui ne résida pas toujours en Roussillon, est comme le miroir de son âme et de son esprit, à cheval sur le XIX° et XX° siècle, sans en être un quelconque coryphée régional exalté.

 S'il fut l'un des premiers à chanter le "port catalan" (Collioure?) -avant Albert Bausil et Charles Trenet, il fut également au sommaire du premier numéro de la Nouvelle Revue Française, la future prestigieuse N.R.F.-Gallimard. Mais les guerres se moquent des promesses qui cherchent à s'épanouir et à irradier, et Louis Codet tomba, pour le salut de sa Patrie. Certes, Louis Codet n'est pas tombé dans l'oubli -il a, à Perpignan sa place, depuis 1924, et sa rue, depuis 1926-  mais cultive-t-on son souvenir comme le mériterait l'auteur de Louis l'Indulgent -pour citer son premier roman imprimé de son vivant? Lui qui  résida dans la célèbre rue de la Cloche d'or, qui va de la rue de l'Ange à la place de la loge? Si vous passez par-là, allez à la rencontre de l'hôtel particulier où est gravée sans clinquant une plaque en son nom. Lieu de mémoire littéraire que cet hôtel - à la façade bien discrète- qu'évoque Claude Simon, dans certains de ses romans comme L'Acacia.

 

 Le Prix Nobel de Littérature de 1985 l'a bien connu et y a séjourné. Un lien de parenté l'explique. Simon était du côté de sa mère cousin avec Codet. Mémoire à laquelle est attaché aussi le nom d'André Mengus Vick, le collectionneur, penseur et photographe, beau-fils de Codet. Pour celles et ceux de notre génération, née la première année de la deuxième déflagration mondiale, la première rencontre avec ce charmant auteur au destin tragique se fit à travers des dictées et des récitations, taillées sur mesure pour nous habiter longtemps.

 

 

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27 décembre 2018 4 27 /12 /décembre /2018 11:06
  12 rue de la Cloche d'OR (jardin, acacia, objets Mengus, escalier) - Florence Lacour et Hélène Ribère (photos JPB, novembre 2018)
  12 rue de la Cloche d'OR (jardin, acacia, objets Mengus, escalier) - Florence Lacour et Hélène Ribère (photos JPB, novembre 2018)
  12 rue de la Cloche d'OR (jardin, acacia, objets Mengus, escalier) - Florence Lacour et Hélène Ribère (photos JPB, novembre 2018)
  12 rue de la Cloche d'OR (jardin, acacia, objets Mengus, escalier) - Florence Lacour et Hélène Ribère (photos JPB, novembre 2018)
  12 rue de la Cloche d'OR (jardin, acacia, objets Mengus, escalier) - Florence Lacour et Hélène Ribère (photos JPB, novembre 2018)
  12 rue de la Cloche d'OR (jardin, acacia, objets Mengus, escalier) - Florence Lacour et Hélène Ribère (photos JPB, novembre 2018)
  12 rue de la Cloche d'OR (jardin, acacia, objets Mengus, escalier) - Florence Lacour et Hélène Ribère (photos JPB, novembre 2018)
  12 rue de la Cloche d'OR (jardin, acacia, objets Mengus, escalier) - Florence Lacour et Hélène Ribère (photos JPB, novembre 2018)

12 rue de la Cloche d'OR (jardin, acacia, objets Mengus, escalier) - Florence Lacour et Hélène Ribère (photos JPB, novembre 2018)

Une vieille demeure 12 de la Cloche d'Or, à Perpignan :

l'hôtel d'Aubermesnil, de Henri de la Houillère à Louis Codet, Claude Simon, et Mengus…

 

Une demeure autour d'un acacia…

 

 

Florence Lacour-Bourgouin-Codet vous accueille avec naturel et sympathie dans la grande bâtisse du 12 rue de la Cloche d'Or.

 Elle vous monte tout, de la cour au couloir, de l'appartement au jardin intérieur, de la cuisine ancienne aux archives derrière une porte dérobée… Bibliothèques, documents, photos et objets de Mengus, partout de la cave au salon, muni d'un poêle inactif en céramique et d'un autre, à bois, qui vous fait oublier la morsure de décembre..

 

Psychanalyste, psychologue clinicienne, elle est porteuse d'une longue lignée, mémoire d'une maison qui a vu des générations de militaires et d'écrivains : de Henri de la Houillère, commandant de la forteresse de Salses à André Mengus, beau-fils de l'écrivain Louis Codet, publié chez Gallimard…Du Capitaine Lacombe Saint-Michel à Claude Simon, prix Nobel de littérature, qui passa son enfance et une partie de l'âge adulte, ici, avant de s'installer à Salses, l'autre maison familiale…

 

De Romain, fils aîné d'Eugène L. St-Michel, qui eut deux filles : l'aînée Thérèse épousera Jean Codet : Louis sera leur fils…et la cadette, Louise se mariera avec Felisie Rousseau : Claude sera leur petit-fils…à ce trio d'artistes et de romanciers, de poètes et de photographes, qui se sont croisés ou ont mis leurs pas dans les traces des autres…C'est complexe, mais la généalogie peut se résumer à des textes décrivant la demeure du coeur de ville, et à cet arbre, au coeur de cette maison, où les souvenirs sont enclos, protégés, intimes, même si de livres et des revues abondent sur ces itinéraires…

 

Oui, résumons l'aventure de ces vies insolites  passées sous le signe de l'acacia, qui poussait le long d'un haut mur, et de celui, désormais, vivace et ferme, devant lequel on médite, maintenant, avec des descriptions de romans dans la tête… 

 

L'acacia, racine de ce microcosme, mémoire des promenades et écritures de ces hommes devenus des fantômes éternels vivant en des albums d'images d'un autre temps, en des romans qu'on a voulu qualifier de "nouveaux", dans les modes littéraires du XX° siècle et qui sont tout simplement actuels, pour longtemps…

 

C'est Codet, 1876, 1914, dans ses livres, Luis l'indulgent et La fortune de Bécot, qui le décrit et donnera sans doute des idées à Claude Simon, plus tard :

"Un ciel acacia, que chaque printemps chargerait de grappes blanches, frôlait de ses rameaux les gouttières vernissées, aux tuiles d'émeraude comme on en voit le long des maisons roussillonnaises…" "Que de fois, comme u prisonnier, il avait levé ses regards vers le jardin du Général…."

 

En écho, dans une autre langue, dans des phrases proustiennes, Claude Simon, dans le livre de 1989, publié aux Editions de minuit (page 380) : le cavalier, mobilisé en 1939, parle d'une armée qui va être mise en déroute, dans l'Est, où le narrateur échappe à la mort, mais est fait prisonnier. Après d'être évadé, il rejoint le Midi, retrouve les Pyrénées et la vieille demeure familiale, mélangeant toutes les guerres (1919, 1940, 1910/14…) tout en évoquant un temps, 1880/1941, où il n'était pas encore né… 

 

A la page ultime, donc, de L'Acacia, il revient à l'acacia :

"Un soir, il s'assit à sa table devant une feuille de papier blanc. C'était le printemps maintenant. La fenêtre de la chambre était ouverte sur la nuit tiède. L'un des branches du grand acacia qui poussait dans le jardin poussait dans le jardin touchait presque le mur, et il pouvait voir, avec leurs feuilles semblables à des plumes palpitant faiblement sur le fond des ténèbres, les foliotes ovales teintées d'un vert cru par la lumière électrique remuant par moments comme des aigrettes, comme animées soudain d'un mouvement propre, comme si l'arbre tout entier se réveillait, s'ébrouait, se secouait, après quoi tout s'apaisait et elles reprenaient leur immobilité."

 

L'hôtel d'Aubermesnil a connu des avatars, des métamorphoses, avec des partages, des ventes, des locations : "Vieil hôtel familial, ce mausolée des gloires passées…Comme si, au coeur de la vieille ville…la maison constituait comme un îlot, une sorte de lieu épargné, préservé dans l'espace et le temps…"

 

On récite à ses pieds des pages de L'Acacia, du Tramway, du Jardin des plantes, de tous ces romans du temps perdu et retrouvé qui parlent de Perpignan… 

 

Et les Pensées d'André, qui s'y installe à l'âge de soixante ans, en 1964, avant de laisser la place à d'autres généreux occupants, en 1999 : "…la Cloche d'Or…il est un espace où l'on peut se croire n'importe où sauf au coeur de la ville…", écrit-il dans la revue Conflent, livraison n° 107…

 

André Vick, dans son recueil En Roussillon, note ses impressions, le temps qui passe et la présence de l'arbre devenu personnage de fiction et être mythologique pour tous les occupants de la maison labyrinthique de la Cloche d'Or : 

"Le ciel acacia du jardin de la Cloche d'Or, au gros tronc où pourraient nicher de hiboux, noir, penché, amputé de la plupart de ses branches, ne porte lus à jaque printemps que quelques courts bouquets sur son faîte…"

 L'ayant connu souple et chargé de fleurs, Louis Codet écrivait dans un carnet : Cérémonies du vent dans les arbres

 

"Dans l'arbre parfumé, les mains jeunes et robustes du vent, essayant ses forces…

Dans l'acacia, les oiseaux se perchaient et chantaient au lieu des Alhambras aériens que faisaient sans doute les grappes de feuilles vertes et les grappes de fleurs blanches, aux doux verre; et le vent les balançait.

Le vieil acacia du jardin, le vieillard tutélaire que je vois, me paraît ne pas avoir oublié le sourire de l'arbre en ses jeunes années, que voyait Louis Codet."

 

Plus loin, Mengus-Vick, poursuit : 

"Sur le grand mur gris qui fait face à mes fenêtres, et qui dans l'ombre paraît mauve, le vieil acacia, dès que que le soleil éclaire son feuillage tout neuf, devient un énorme et vivant bijou ciselé, de bronze noir et d'or vert."

Grâce à l'arbre, les trois écrivains dialoguent, poursuivent une généalogie intimiste, enracinent leur vie et leur oeuvre dans la permanence de cette nature urbaine…

 

Face à l'éternité de l'acacia -même si le premier dépérit- l'homme (toujours l'auteur de En Roussillon) éprouve l'irréalité de la durée : 

 

"Entre l'arbre de la Cloche d'Or, qui révèle là ses dessous, et le pied du mur de lierre, près d'une vieille porte en bois toujours close, il est un espace où l'on peut se croire n'importe où, sauf au coeur de la ville, et que je ne peux traverser sans médire : Si j'avais six ans…"

 

 

J.P.Bonnel

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