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11 janvier 2014 6 11 /01 /janvier /2014 09:44

 

 

 

 

 

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Samedi 11 janvier 2014 à 18h30

Cinéma  Jaurès  - 66 Argelès sur  Mer     

MARENDA’STORY <

Un court métrage 100% argelésien !

Réalisé par Alexandre Munos et toute une équipe d’argelésiens (2013 – 30’)

S’en suivra un apéro offert, durant lequel on pourra échanger avec l’équipe du film !

Gratuit et ouvert à tous !

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Samedi 11 janvier 2014 à 19h30

Cinéma Vautier - 66  Elne

! CINEMAGINAIRE FETE SES 30 ANS ! <

30 ans ! Allo maman bobo ? Soirée protocole ? Discours empesés de circonstance ? Non ! Cinémaginaire offre tout simplement ce soir là des cadeaux à son fidèle public : l’avant première toniturante du nouveau film de Christian Philibert en sa présence (premier court métragiste invité par Cinémaginaire en … il y a presque 30 ans !), la vente flash exceptionnelle d’une carte donnant droit à 10 séances au prix unitaire de 4 €, des films et animations surprises, un buffet et de la musique, et 30 bougies à souffler tous ensemble …

19h30 : en présence des invités, apéro musical, vente flash (uniquement ce jour-là !) de la CARTE 30 ANS (10 films=40€), court-métrage, surprises … 

21h : projection  du film AFRIK'AIOLI & échanges invités / public 

AFRIK’AIOLI

Film de Christian Philibert (France 2014 – 1h35’) en avant première en présence du réalisateur !

Le petit village d’Espigoule tourne une page de son histoire. Jean-Marc, jeune retraité, a vendu son bistrot. Après bien des hésitations, il finit par accepter de partir en vacances au Sénégal avec son ami Momo. Loin de leurs frontières varoises, ils feront la rencontre de Modou, un Sénégalais plutôt filou chargé de leur faire découvrir le pays. Malgré les débuts difficiles des pigeons occidentaux, des galères en tout genre, des jérémiades de Jean-Marc pas habitué à si peu de confort, une véritable amitié va se nouer.

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Dimanche 12 janvier à 15h30

Salle des fêtes – Laroque des Albères

LE CINÉ DES ENFANTS <

ROSE ET VIOLETTE

3 films d’animation (Belgique 2013 – 50’) à partir de 6 ans

Tarif : film + jeu + goûter : 2,50 euros pour tous

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Mardi 14 janvier à 14h30

Cinéma Vautier - 66  Elne

LE CINÉ DES AINÉS <

présenté par les Amis du Vautier

chaque deuxième mardi du mois

Formule du Ciné des Aînés : séance ouverte à tous, jeunes et moins jeunes, clôturée par un goûter offert par la ville d’Elne 

LES GARÇONS ET GUILLAUME A TABLE

Film de Guillaume Gallienne (France 2013 - 1h25) 

Le premier souvenir que j’ai de ma mère c’est quand j’avais quatre ou cinq ans. Elle nous appelle, mes deux frères et moi, pour le dîner en disant : "Les garçons et Guillaume, à table !" et la dernière fois que je lui ai parlé au téléphone, elle raccroche en me disant : "Je t’embrasse ma chérie" ; eh bien disons qu’entre ces deux phrases, il y a quelques malentendus.

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Mardi 14 janvier 2014 à 18h30

Cinéma Foyer Rural – St Paul de Fenouillet

FILM ET REPAS PARTAGÉ <

Court-métrage et repas partagé, suivis à 20h30 de la projection du film

LE DEMANTELEMENT

Film de Sébastien Pilote (France 2013 – 1h52)

Tarif : 5 euros pour tous

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Mercredi 15 janvier 2014 à 15h30

Cinéma  Jaurès  - 66 Argelès sur  Mer

LE CINÉ DES ENFANTS <

ROSE ET VIOLETTE

3 films d’animation (Belgique 2013 – 50’) à partir de 6 ans

Tarif : film + jeu + goûter : 2,50 euros pour tous

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Du 17 janvier au 2 février 2014

PYRÉNÉES ORIENTALES : Argelès sur Mer, Banyuls sur Mer, Cabestany, Elne, Perpignan, Prades, St Paul de Fenouillet

AUDE : Gruissan, Lézignan, Limoux,  Quillan   

17e FESTIVAL MAGHREB SI LOIN SI PROCHE <

1983, marche pour l’égalité des droits et contre le racisme

Films inédits en présence de nombreux invités, débats, musique, buffets, rencontres …

Toutes les infos sur le site : <http://cinemaginaire.org>

Télécharger le programme complet : <http://cinemaginaire.org/www/images/contenu/cataloguemag2014.pdf>

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Samedi 18 janvier 2014 à 14h30

Cinéma  Jaurès  - 66 Argelès sur  Mer 

CONNAISSANCE DU MONDE <

La rencontre du public avec l'explorateur venu commenter son film, constitue le coeur du concept des Ciné-Conférences.

La route 66

Tarif :  6  euros

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Mercredi 22 janvier 2014 à 15h30

Cinéma Vautier - 66  Elne

LE CINÉ DES ENFANTS <

ROSE ET VIOLETTE

3 films d’animation (Belgique 2013 – 50’) à partir de 6 ans

Tarif : film + jeu + goûter : 2,50 euros pour tous

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Jeudi 23 janvier 2014 à 21h

Cinéma Vautier - 66  Elne

FILM-DÉBAT <

En partenariat avec les associations Terres Vivantes et Terre de Liens autour de la projection du film

LE DEMANTELEMENT

Film de Sébastien Pilote (France 2013 – 1h52)

Projection suivie du pot de l’amitié

Tarif : 5 euros pour tous

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Mardi 28 janvier 2014 à 20 h 30

Cinéma  Jaurès  - 66 Argelès sur  Mer    

LES FILMS DU GNCR <

Imagopublica présente un film soutenu par le GNCR (Groupement National des Cinémas de Recherche) dont Cinémaginaire est membre

Cette proposition régulière prend place au Cinéma Jaurès chaque dernier ou avant-dernier mardi du mois. 

La projection du film est suivie d’un “bonus” filmé de 10’ environ donnant la parole au réalisateur du film …

MES SÉANCES DE LUTTE

Film de Jacques Doillon (France 2013 - 1h39 VO) 

Une jeune femme prétexte l’enterrement de son père pour retrouver un voisin plutôt charmant, et tenter de comprendre pouquoi elle a interrompu le rapport amoureux amorcé avec lui quelques mois plus tôt …

Tarif : 5   euros

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Mardi  28 janvier 2014 à 14 h 30

Cinéma Vautier - 66  Elne

LES AMIS DU VAUTIER <

présentent 

Mandela un long chemin vers la liberté

Film de Justin Chadwick (GB Afrique du sud 2013 - 2h19)

Né et élevé à la campagne, dans la famille royale des Thembus, Nelson Mandela gagne Johannesburg où il va ouvrir le premier cabinet d’avocats noirs et devenir un des leaders de l’ANC.

Tarif : 5   euros

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15 décembre 2013 7 15 /12 /décembre /2013 20:28

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 Blog del "Punt-Avui" - Joan Iglesis


La nova veu de Catalunya-Nord

Nova veu de la cançó catalana, Joan-Llorenç Solé acaba de presentar el seu nou àlbum, titulat “Tot somniant “… El 24 de novembre, al teatre Lavigne de Peyrestortes, el jove artista va donar un concert molt remarcat, envoltat dels onze músics de l’orquestra AMOGA. El nou CD « Tot somniant » comprèn 15 cançons, atractives i eclèctiques, enfortides de ritmes eixits de melodies pop, de balls populars, de melodies greus, d’influències country i d’havaneres … Inscrit resoludament en el marc de la nostra identitat, el nou CD de Joan-Llorenç Solé presenta composicions melòdiques tals com « Tira Endavant » , « Llibertat », « Festa Major » i « Tot Somniant », títol genèric del disc. « Parla-me diguis-me coses » de Joan Pau Giné, «Tan com me quedarà », de Joan Cayrol i de Jordi Barre,« Si Pot ser» (duet virtual amb Jordi Barre, « el mestre » desaparegut fa tres anys) donen a l’àlbum la seva força perenne, tot homenatjant els qui van lluitar – a Catalunya-Nord – per una nova cançó lliure, necessària, constructiva i revendicativa.
Pròxim concert de Joan-Llorenc Solé el diumenge 2 de febrer del 2014 a Elna
Joan-Llorenç Solé, acompanyat de l’Orquestra AMOGA, oferirà el eu proper concert el diumenge 2 de febrer del 2014 a les 15:30 a la sala de festes d’Elna. Aquesta manifestació, proposada pet Comitè d’Animació de la vila, obre una sèrie de recitals que Joan-Llorenç donarà a través l’espai infinit dels Països Catalans… I això amb la seva veu jove i alta, prometedora i imprescindible avui a Catalunya-Nord

 
Joan-Llorenç Solé, benjamí dels cantants de Catalunya-Nord presenta el seu 4t CD : « Tot Somniant »
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8 novembre 2013 5 08 /11 /novembre /2013 10:32

paco.jpgChanteur engagé et symbole de la résistance culturelle, Paco Ibáñez est un artiste hanté par l’idée supérieure de la liberté.

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PACO IBÁÑEZ – canta a los poetas latinoamericanos

Date : Sam. 09 nov. | 20h30

Lieu : Théâtre de lArchipel le grenat

Tarif A : de 19 à 30 / moins de 26 ans : 10

Style : Chanson

Durée : 1h30 avec entracte

Saison espagnole

Chanteur engagé et symbole de la résistance culturelle, Paco Ibáñez est un artiste hanté par lidée supérieure de la liberté.

 

 

RESERVATION : par téléphone

Du mardi au samedi inclus de 12h à 18h30.
04 68 62 62 00 par carte bancaire.

en billetterie : du mardi au samedi inclus de 12h à 18h30
Théâtre de l'Archipel
Av. du Général Leclerc
04 68 62 62 00
Les jours de spectacles, une heure avant la représentation, uniquement pour le spectacle du jour.

du mardi au vendredi inclus de 12h à 18h30 et les samedis de concert.
Elmediator
Av. du Général Leclerc
04 68 62 62 00
Les jours de concerts, une heure avant la représentation, uniquement pour le concert du jour.

par courrier : En adressant un bulletin d'abonnement par personne, accompagné du règlement par chèque libellé à l'ordre du "Trésor Public" :
Théâtre de l'Archipel - Caisse de Réservations
BP
90327 - 66003 Perpignan

 

 

8-nov.jpg P.M.Bernardet

 

** L'association culturelle Les Rendez-Vous de Saint Estève, en partenariat avec le Théâtre de l’Étang, vous propose le

 Vendredi 8 novembre, à 18h30, au Théâtre de l'Étang, à Saint Estève,  

le troisième C.E.P.S. (Cours d’Éducation Populaire Stéphanois) : Les champignons, conférence donnée par Pierre-Marie BERNADET.

 

Un champignon, qu’est-ce que c’est ? À quoi ça sert ? Au pied des Pyrénées catalanes, les pluies d’automne déclenchent une fièvre particulière : cèpes, rovellons, corrioletes, et autres coulemelles attirent des files de voitures le long  des pistes forestières. Mais il y a des années sans champignon ou presque. Pourquoi ? Et pourquoi les « rosés » dans les prés, et le rovello sous  les pins ? Mais au fait, c’est quoi un champignon ? Animal ? Végétal ? Comestible ou mortel ? Apprenons à les connaître, à les classer, à les comparer.

Partons à leur recherche, même là où l’on ne s’attend pas à en trouver. Pas obligatoirement pour la casserole. Ils ont un rôle incontournable dans notre environnement, et méritent mieux que les coups de pieds dédaigneux qu’ils subissent, notamment dans notre forêt de Saint Estève.

 

Pierre-Marie Bernadet est ingénieur horticole de formation, ancien Directeur des jardins de Perpignan, Président de l’Association Charles Flahault (Etude et défense de l’Environnement des Pyrénées Orientales) dont le siège est au Centre Régional d’Initiation et d’Education à l’Environnement à Toulouges.

Entrée libre dans la mesure des places disponibles. Attention, le nombre de places est limité.

 

Les 3 prochains C.E.P.S. :

Lundi 16 décembre : Homère et la civilisation mycénienne par Georges Gensane

Vendredi 17 janvier : Les fondamentalistes, la face sombre de la mondialisation par Bertrand Lemartinel

Vendredi 14 février : La compagnie Catalane en Orient par Robert Vinas.

 

*** Joan BARBARA : EXPOSITION DE GRAVURES DE L'ARTISTE JOAN BARBARA

DU 8 NOVEMBRE AU 23 NOVEMBRE A LA LIBRAIRIE TORCATIS

 

"MEDITERRANEE"

Vernissage de l'exposition Vendredi  8 Novembre à 17h30

 

LE LIVRE :Conférence de Marie Christine Ginibre Samedi 9 Novembre à 17h00

Entre dans un autre univers, vibrer aux émotions des héros, apprendre le monde dans son

immensité et sa multiplicité, tels sont les buts des amoureux des livres, mais est-ce là tout ?

 

Baltasar Porcel a écrit:

"En la disciplina del gravat, Joan Barbarà, ha donat una obra pròpia d’una

gran eficàcia tècnica i d’una subtilesa en veritat de mestre. És caracteritza per

la seva gran qualitat sigui en qualsevol inflexió de matís, sigui en la seva realització,

mentre molta part de l’activitat de l’art en mig d’improvisacions que a vegades són

molt creadores ha optat per una fonamentació absoluta en la saviesa històrica conduïda

per la seva extraordinaria sensibiltat."

 

Joan Barbara est né en 1927 à Barcelone. En 1944 il s'installe dans l'atelier de peinture Rue Argentine qui est toujours atelier de gravures. En 1957, il va travailler à Paris. En 1966, il dirige les éditions La Cometa et collabore avec Picasso, Tapies, Miro, Hamilton...

En 1988, il expose à la galerie Maeght de Barcelone. Un catalogue d'expo. sera édité avec un texte de Maria Lluisa Borras. En 1996, nouvelle exposition à la galerie Maegh "Le noir est une couleur". En 2004, il intègre la Réal académie Catalane des beaux arts de Sant Jordi et expose au "Centre du monde" à Perpignan. En 2010, parait un livre d'artiste au centre Pompidou de Paris. Il expose à nouveau à Perpignan en 2013 ainsi qu'à Barcelone au Musée de Montserrat " Mediterrani".

 

Plus de renseignements sur www.librairietorcatis.com

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24 octobre 2013 4 24 /10 /octobre /2013 08:57

24-oct-pedro.jpg  Ce jeudi 24 octobre, concert du père et du fils au théâtre municipal de Perpignan, à 20h29 très pécises !!!

 

* Discographie, entretien (C) la logothèque.

 

 

 

 

Entretien

Pedro Soler et Gaspar Claus

Le 12 April 2012 — ParAlexandre François

On avait décidé qu’on prendrait notre temps parce que leur album était important, parce qu’on voulait échapper à la cacophonie des semaines de promotion, parce qu’on voulait tout simplement prendre le temps d’écouter « Barlande » avant de les entendre, et lui donner la place singulière qu’il mérite.

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Pedro Soler, guitariste au flamenco rugueux et rigoureux, et Gaspar Claus, violoncelliste en figures libres, signaient avec Barlande, l’un de ces disques, beaux et denses, qui construisent à la croisée des chemins une intersection généreuse, un point d’utopie, où se rejouent les identités et les relations au temps et à l’espace, sans volontarisme théorique castrateur, sans geste forcé : une musique née d’un lieu, d’histoires et de rencontres, qui se re-déploie au fil de jeux et d’expériences humaines et esthétiques. Un disque étrange et familier qui déplace en douceur les épicentres.

C’est de l’hier et du demain, de l’ici et de l’ailleurs que Barlande est fait ; que Pedro et Gaspar le jouent sur le mode de la fantaisie, de la facétie, de l’esquisse rêveuse et mélancolique, ou sur celui de la tendresse, de la déchirure ou qu’ils aillent même le chercher dans la morsure. Mais n’allez pas croire que ces oppositions correspondent à une quelconque répartition des rôles au sein de ce duo également composé d’un père et de son fils. Chacun d’eux porte en lui ces paradoxes, semble les avoir fait siens depuis longtemps, et accepte équilibres et déséquilibres, silences et effusions, avec la même joie.

 

“ Barlande, c’est un point d’équilibre entre un passé qui laisse des traces et un avenir qui nous tend ”

On n’entre pas n’importe comment dans Barlande.  Il y a un archet qui donne des coups sur les cordes, comme on frappe au théâtre avant la levée du rideau puis un long mouvement autour d’une simple note, toujours creusée plus avant, qui fait émerger petit à petit une perspective, un univers vibrant, tant sonore que visuel et qui découvre un territoire, rêvé et concret en même temps. Cela s’appelle “Insomnia Mineral”. On avait filmé ce titre à la Gaîté Lyrique, il y a un an. On pourra ensuite laisser Pedro Soler et Gaspar Claus nous parler des terres par eux conquises dans ce dialogue à deux voix.

 

 

 

Qu’est-ce que Barlande précisément ? Cela ressemble au nom d’un lieu, à celui d’un territoire.

Pedro Soler : C’est un nom de lieu : une bergerie à Banyuls-sur-Mer que j’ai achetée il y a plus de 40 ans. C’est un nom choisi au hasard, on peut y voir, a posteriori une symbolique d’héritage.

Gaspar Claus : En fait, « Barlande » est un territoire que se partagent deux histoires. Un terrain que mon père travaillait déjà lorsqu’il avait mon âge et sur lequel nous travaillons ensemble aujourd’hui. C’est un point d’équilibre entre un passé qui laisse des traces et un avenir qui nous tend. C’est une maison, une source, une vigne, un vieux chêne et un chantier.

Gaspar, vous avez toujours entendu votre père jouer. Qu’est ce que cela représentait pour vous ? Qu’est ce que les sonorités et les humeurs du flamenco évoquaient pour l’enfant que vous étiez ? Est-ce que ça avait quelque chose de mystérieux ou au contraire, était-ce quelque chose de très familier ?

Gaspar Claus : Oh tu sais ce que sont les souvenirs d’enfants. Pour la plupart, ils ne sont plus des souvenirs mais deviennent des histoires, celles que l’on vous a racontées, celles qu’on s’est souvent racontées soi-même. Les histoires remplacent souvent les souvenirs.

“ C’est peut-être la familiarité qui permet d’être suffisamment libre à l’intérieur d’un style pour arriver à lui faire chanter le mystère ”

Je dirais que celui-ci est un souvenir familier. Il n’y avait pas de mystère. Mon père était concertiste, je le savais. Il travaille beaucoup sa guitare. Il se levait très tôt le matin bien avant nous et travaillait dans sa petite pièce à musique. Beaucoup de gammes et son travail sur les styles. Il n’y a pas tant de différents styles que ça dans le flamenco. On a vite fait le tour. Alors la familiarité s’installe vite. C’est peut-être cette familiarité qui permet ensuite d’être suffisamment libre à l’intérieur d’un style pour arriver à lui faire chanter le mystère.

Mais je ne suis pas un « enfant du flamenco » non plus. J’en ai rencontré des enfants du flamenco, quand mon père m’a emmené à Lebrija pour travailler avec Ines Bacan et Concha Vargas. Ce sont de tous petits bonshommes qui vivent flamenco, toute la journée. Quoi qu’ils fassent, leur être est imprégné de flamenco. Leur connaissance de cette culture se situe au niveau de leurs cellules. J’ai grandi dans une maison où passaient des musiciens d’horizons très variés mais aussi bien des gens issus d’autres mondes que celui de la musique : agriculteurs, enseignants, ouvriers amateurs de musique, baroudeurs, des grands, des petits, des jeunes, des vieux, des amis venant d’un peu tous les coins du monde. Dans cette maison, nous étions loin de vivre selon une culture déterminée et forte. Il y avait un brassage de cultures tel que je ne pourrais pas dire que le flamenco avait une force particulière comme tel. Il était peut-être plus constamment là. Mais je savais qu’il venait d’ailleurs, qu’il avait adopté mon père mais n’appartenait pas à ses origines.

Pedro, lorsqu’on habite Toulouse, qu’on est un adolescent dans les années 50, comment décide-t-on  de jouer du flamenco ? La musique était-elle déjà une affaire de famille ?

Pedro Soler : Toulouse était la capitale de l’Espagne républicaine. C’est là que j’ai rencontré des réfugiés andalous du quartier et que j’ai éprouvé ma fascination pour le flamenco. Nous avons même monté une petite troupe dont j’étais le guitariste. La musique n’était pas de tout une affaire de famille.  Ma famille avait quitté l’Espagne depuis trois générations. Mon père est né au Mexique. Aucun atavisme musical. Une découverte et un coup de foudre pur et simple. J’ai étudié l’architecture parce que mon père était architecte. Je n’aurais jamais cru devenir musicien.

Vous reprenez le thème de la “Folia” dans le morceau qui s’appelle « Caminos » (Chemins), une pièce qui a un destin incroyable dans la musique européenne. Elle semble naître aux alentours du XVème siècle, en Espagne.  Nous étions à l’instant dans la bergerie mais je crois que c’est une chanson de berger qui devient très rapidement une danse populaire. Il semble qu’elle ait été dans cette version primitive très rapide et bruyante, d’où son nom de “Folie”. Deux siècles plus tard, on la retrouve sous une autre forme populaire en Italie, proche du madrigal, puis dans les musiques des grandes cours européennes :  française d’abord, avec Lully et plus tard, Marin Marais, allemande avec Liszt et vénitienne avec Vivaldi. Ce morceau et son histoire vous semblent-t-ils emblématiques de votre démarche ?

Pedro Soler : J’aime beaucoup la folia dans ses diverses versions. Un jour, sans m’en rendre compte, j’ai intégré cette suite d’accords dans un “Tientos” (en passant du rythme ternaire au rythme binaire) et parfois je le reprends. C’est peut-être emblématique de la façon dont nous intégrons ce que nous aimons dans nos impros : pour moi c’est plutôt Bach que la bossa nova et le rock.

Gaspar Claus : La Folia d’Espagne est le premier thème sur lequel nous avons improvisé ensemble, Pedro et moi, quand j’étais encore un petit garçon. Mes professeurs du conservatoire m’ont donné la partition de Marin Marais à jouer pour une audition, accompagné au piano.

J’étais obsédé par ce thème. Dans la partition, il est d’abord présenté au plus simple puis varié sur des tempos, des techniques de jeu très différentes, voire opposées. Danser avec ces contrastes tout en sentant la prédominance tenace de cet air simple m’a peut-être initié à la liberté que rend possible une tradition musicale. J’ai peut-être appris là qu’une forme peut prendre des apparences, des visages extrêmement variés sans pour autant être dénaturée. Au contraire, elle en ressort regonflée, nourrie.

Comme le dit Pedro, il connaîssait bien la Folia. Il y avait déjà repéré la coïncidence, la compatibilité avec un style flamenco dit « Tientos ». Et nous avons abordé notre travail commun sur le flamenco en passant par cette Folia comme on passe un pont qui relie deux territoires, s’arrêtant dans un espace partagé par deux mondes. Un espace dans lequel les habitants de ces deux univers peuvent se retrouver et s’étonner de leurs ressemblances et de leurs différences et s’amuser d’elles, de ce qu’elles apportent à chacun, de la dynamique qui peut naître de leur rencontre, des sacrifices que suppose cette rencontre, en même temps que la force qu’elle nécessite pour affirmer et préserver son identité.

Mais jouer, comme vous le faites, un morceau comme la “Folia”, c’est aussi d’une certaine manière remettre en cause des frontières : celles qui existent entre culture populaire et culture savante, entre musique écrite et improvisation, entre musique classique et contemporaine. La grande affaire de bien des musiciens du début du XXème siècle – je pense à De Falla en Espagne ou à Bartók en Hongrie – est de rendre des expressions musicales folkloriques, qui semblaient être condamnées à une réception locale, à une forme d’universalité. Est-ce qu’il y a de cela dans votre travail sur Barlande ?

Pedro Soler : Il n’y a aucune intention dans notre travail. Dubuffet, je crois que c’est lui, a dit «plus une chose est locale plus elle est universelle». Je ne crois pas que le « classique » soit plus universel que d’autres bonnes musiques. Le flamenco a nourri certaines musiques classiques et il s’en est lui-même nourri parfois.

Gaspar Claus : Pour moi le mot « savante » est très mal venu pour s’opposer à « populaire » en ce qui concerne la musique. Je pense que la musique qui n’est pas populaire est académique. Elle est perpétuée dans des institutions dans lesquelles il faut avoir étudié (et validé ses études) pour prétendre ne pas appartenir à la culture populaire. Cela n’a rien à voir avec le savoir. Des types comme Franck Zappa ont composé des œuvres qui dépassent en terme de richesse d’écriture bien des rabâchages académiques. John Zorn, Glenn Branca et Bryce Dessner naviguent entre la pop et les musiques dites savantes. Philip Glass, Terry Riley, LaMonte Young et Steve Reich sont reconnus au sein de l’académie (surtout Steve Reich) et ont pourtant puisé dans les musiques extra-européennes, puis ont totalement inspiré un certain rock par la suite. Les membres fondateurs de Can sont d’anciens élèves de Stockhausen. Quand ça circule, quand les frontières sont faites de mouvements alors l’identité devient forte et vive. De l’autre côté, il y a les morbides conflits de chapelles, où plus personne n’écoute mais tout le monde critique ou plutôt se chamaille.

Peut-être une différence marquante et plus technique réside dans le fait que la musique « populaire » est jouée par celui qui la compose (ou l’improvise, c’est pareil pour moi). La musique « savante » sépare le compositeur et l’interprète. C’est peut être cela qui lui donne ce nom un peu triste et prétentieux. Un monde où le musicien est celui qui transmet un savoir qui le dépasse. En même temps pourquoi pas ? Je n’ai rien contre, au contraire ce peut être un système magnifique, ce doit l’être parfois. Le problème n’est jamais le système. C’est ce que les hommes en font qui pose toujours problème.

 

On a le sentiment que le sens de ce disque – parce qu’il existe une relation de filiation entre vous deux mais aussi parce que vous évoluez dans des mondes musicaux en apparence très différents et qui envisagent la tradition de manière différente -  serait une question de transmission, de ré-interprétation d’une tradition, de son appropriation. De ce point de vue, pourrait-on dire que Pedro apporte le cadre, ce que vous appelez “palos”, et qui serait comme l’espace de jeu dans lequel tous deux vous vous glissez pour en faire autre chose. Est-ce ainsi que vous voyez les choses ?

Pedro Soler : A vrai dire, je ne pense pas que Gaspar se positionne par rapport à une tradition. Quant à moi, je tiens à rester dans les arcanes du flamenco qui sont très riches, ces “palos” ou styles différents ; et qui correspondraient un peu à ce que seraient ailleurs la valse, le tango, la rumba, avec leur propre structure mais aussi leur mode et parfois aussi leur lieu d’origine comme pour les “Malaguenas”, les “Granadinas”. Notre rencontre musicale m’amène à en explorer les frontières, ou peut-être plutôt le foyer, le coeur, le centre de gravité où nous nous retrouvons par des chemins différents.

Gaspar Claus : Dans la mesure où ce cadre est un cadre flamenco et que c’est Pedro qui en est le représentant, oui, on peut dire cela comme tu le dis. Ce que j’aime, c’est que tu ne dis pas que Pedro apporte le cadre dans lequel je me glisse, mais bien que nous nous y glissons tous deux. Et que nous en faisons autre chose. A mon avis c’est ce cadre même, pourtant respecté (et Pedro y tient plus que tout !) que nous modifions finalement. Mais bien posé au départ il reste solide et ne rompt pas sous les pressions que nous exerçons sur lui.

Pedro joue de la guitare flamenca et reste très fidèle à ce style qui fonctionne selon des règles précises et immuables. À l’intérieur de ce carcan rigide, se trouve la possibilité d’une immense liberté. Des philosophes ont développé la notion de liberté négative comme seule liberté possible : il faut construire des frontières, un territoire pour pouvoir jouir d’une liberté à l’intérieur de cet espace fermé. À l’opposé, celui qui n’a pas de limites ne peut jouir de sa liberté puisqu’il ne peut lui donner de forme. C’est le danger auquel je suis exposé avec mon approche de la musique qui ne répond à aucun genre ou style défini.

“ Il n’y a pas de frontière précise entre l’écriture, l’interprétation et l’improvisation ”

En réalité, je n’appartiens pas à un style musical, ni à aucun milieu spécifique mais je m’efforce de développer mon propre territoire musical. Il est inspiré des nombreux voyages sonores que j’ai pu faire et d’une certaine idée de ce que je veux proposer à l’auditoire. Ces sonorités dites expérimentales ou modernes que j’utilise ont bien souvent été accaparées par les initiés, présentées de manières suffisamment hermétiques pour que seul un public averti puisse en profiter. Alors que je trouve ces sons simplement beaux et touchants, et qu’en y mettant les formes, en y ajoutant une musicalité et de la générosité, on peut surprendre une audience non avertie, la toucher dans une sensibilité inconnue pour elle. De cela aussi je fais un système à l’intérieur duquel je développe ma liberté. Il n’y a pas de frontière précise entre l’écriture, l’interprétation et l’improvisation comme beaucoup se l’imaginent.

Pedro Soler : On a parlé de “composition improvisée” ou d’”improvisation composée” à propos du flamenco. L’improvisation est plus présente avec le chant ou la danse, dans le dialogue qui s’installe. Donc, dans ce disque avec Gaspar, la démarche est plutôt proche d’une démarche orientale. Je veux dire par là que l’improvisation est en réaction à la proposition de l’autre, en dialogue, en réponse, au moins au début.

Pedro, vous avez, dès le début, travaillé avec des danseurs mais aussi avec des chanteurs comme Jacinto Almaden ou plus récemment Beñat Achiary, Juan Venta ou Inés Bacán. La voix semble quelque chose de fondamental dans votre approche du flamenco. Est-ce que lorsque vous avez travaillé tous les deux, vous avez envisagé le violoncelle comme une voix ? Dans « Caballitos de Mar », on jurerait par exemple d’entendre une voix humaine, avec sa raucité, comme sortant d’un vieil électrophone.

Pedro Soler : L’histoire du flamenco est l’histoire du “Cante”, le chant flamenco. Dans notre dialogue avec Gaspar, nous n’avons pas défini de rôles et de plus Gaspar n’aimerait pas avoir à reproduire, à imiter. Ce n’est pas le propos. Le chant reste fondateur, irremplaçable. Nous voyageons dans le monde musical flamenco guidés par l’envie d’y découvrir la musique enfouie au plus profond, parfois avec évocation du chant peut-être, mais dans sa vibration interne. D’où sans doute la raucité que vous décelez.

 

 

 

 

 

 

Vous parlez d’ailleurs volontiers de retour à « l’origine » ou d’un son « archaïque » pour qualifier votre jeu. Qu’entendez-vous par là, Pedro ? Vous voyez-vous comme une sorte d’archéologue ?

Pedro Soler : Archéologue non. Je suis un musicien, pas un musicologue. J’ai commencé la guitare flamenca à l’époque où Ramon Montoya venait de mourir et j’ai rapidement senti et compris que ce qui me fascinait dans cette musique se trouvait en amont, dans cet “âge d’or” bien plus que dans les évolutions qu’elle subissait déjà : plus savante, plus complexe mais à mon goût moins riche, moins dense. Je ne suis pas particulièrement axé sur la recherche du nouveau dans ma démarche musicale. Le nombre de “palos” est limité et je ne me permets d’enregistrer à nouveau que lorsque une évolution notable a eu lieu dans ma musique : à peu près tous les dix ans ! Un disque n’est pas pour moi une chose nouvelle; c’est une nouvelle étape dans mon travail.

 

Même si je ne m’y connais très peu en flamenco, Pedro, vous semblez avoir un jeu plus rugueux que bien des musiciens d’aujourd’hui parmi vos pairs, et qui sont comme vous, des virtuoses. Je pense notamment à quelqu’un comme Paco de Lucia, qui semble rechercher un son où justement le corps tendrait à disparaître (au moins depuis les années 80), se faire oublier. Je n’entends pas d’ongles chez Paco de Lucia, juste une note. Chez vous, il est là. Et du coup, ce n’est pas qu’un ongle, c’est tout un corps qui apparait dans sa matérialité et qui semble affronter la matière sonore, la mettre en forme. Je crois que c’est une des choses qui m’émeuvent profondément dans votre album, Luna Negra, cette espèce de sot dans le vide, que vous peuplez alors de vos lignes et arabesques. Est-ce dans cette forme d’épure que vous cherchez à retrouver ce coeur qui fait l’instant flamenco ? 

Pedro Soler : Je perçois ma musique presque autant avec le bout des doigts qu’avec mes oreilles. Par exemple, je n’ai jamais compris un de mes amis, un excellent guitariste flamenco, qui vendait sa guitare a la fin de chaque tournée pour faire des sous. Pour moi, une nouvelle guitare est longue à apprivoiser, à comprendre, pour trouver ce qu’elle peut me permettre, ses limites donc les nôtres, et bien d’autres choses…  Je pense que la phrase musicale, la note elle-même, ne sont que des contenants dans lesquels on met ou non de la musique, dans lesquels on s’investit, on s’exprime. Une énorme technique peut présenter le danger de la facilité. Je suis ému que vous ayez ressenti ça. L’épure, oui, l’instant flamenco, j’espère.

“ Nous jouons avec les fantômes qui habitent nos instruments, avec toutes ces histoires que nous ne connaissons pas mais qui ont façonné le son propre de l’instrument. ”

Gaspar Claus : Je me permets ici de faire remarquer que cette épure à laquelle Pedro tient lui confère selon moi un jeu très moderne, minimal et sonore. Au conservatoire, on m’a appris à jouer sur une portion de mon violoncelle qui ne mesure pas 10 centimètres. C’est là que le son est plein, beau, rond. Plus tard, j’ai découvert que quand on s’éloigne de ces frontières apparaissent tous ces sons ingrats, grinçants, impurs. Et il m’a semblé que leur spectre est plus complexe, plus profond. Et j’ai réalisé que ce territoire où grouillent tous ces sons est extrêmement vaste, et que pour faire monter ces sons à la surface de l’instrument, il faut aller les chercher avec tout le corps. Alors voilà, je me trouve aussi dans ce rapport physique à l’instrument.

Nous jouons tous deux sur des instruments anciens. Ils ont été joués par d ‘autres avant nous. Il reste des traces de ces passages qu’ils ont fait entre d’autres mains. Nous jouons avec les fantômes qui habitent nos instruments, avec toutes ces histoires que nous ne connaissons pas mais qui ont façonné le son propre de l’instrument. C’est forcément physique.

J’espère un jour atteindre la douceur du rapport qu’entretient Pedro avec sa guitare. C’est un rapport sage. Je suis encore jeune et un peu fougueux avec ce violoncelle que j’essaye de dompter…

Vous semblez tous les deux attacher une importance particulière au son. Et même si cela peut sembler paradoxal au silence.

Pedro Soler : En fait, le silence est pour pour moi le point de départ et le point d’arrivée du son.

Gaspar cite volontiers John Cage, pour lequel le concept de silence était un enjeu crucial dans sa définition de la musique. Elle  lui permettait de déconstruire l’opposition musique/bruit puisqu’il définissait le silence, non pas comme le vide laissé entre deux notes, mais comme toute matière sonore non-organisée. En un sens, un morceau comme “4.33.” – pour lequel il réunit tout un orchestre sans lui faire exécuter la moindre note – était une sorte de gageure, une preuve par l’absurde, que le silence n’existe pas : l’auditeur devient comme sensible à la respiration, éventuellement la gêne de son voisin, les fauteuils, les pupitres qui grincent, les toussotements -, mais aussi que l’œuvre réside toute entière  dans la manière de découper un cadre, de cerner et d’organiser dans le temps ce qu’il advient dans le présent.

Gaspar Claus : Je crois que la première représentation de “4.33.” eut lieu avec David Tudor au piano, et non pas avec un orchestre. Je pense que John Cage a ouvert les portes du temple. Toute la Musique du Monde, celle que nous avons oublié d’écouter parce qu’on pensait que c’était juste du bruit a alors pu s’y engouffrer. Je pense que Cage a fondamentalement changé la structure de nos oreilles : le pavillon et tout ce qui travaille avec lui. Pascal Quignard dit des oreilles qu’elles n’ont pas de paupières, que ce qu’on ne veut pas voir, on peut le cacher de l’autre coté de la paupière, tandis qu’avec les sons, on ne peut pas. Tous les sons entrent dans l’oreille, depuis avant la naissance. Si nous écoutions effectivement tous ces sons, nous serions submergés, débordés d’informations. Alors je pense que l’oreille s’est inventé des paupières. De l’autre coté, vers l’intérieur, le cerveau filtre et désapprend a écouter certains sons, jugés parasites. Celui qui dort entend tous les sons mais n’en écoute aucun.

 

Cage a ouvert la voie vers tous ces sons perdus en transformant le bruit en silence, et non pas en musique. C’est pour moi ce que raconte “4.33.” La musique rompt le silence, c’est son rôle. Mais quel silence ? Celui de ce bruit que nous avons transformé en silence pour que peut-être la musique puisse venir le rompre. Puisque nous avons réalisé qu’il n’y a pas de lieux silencieux, nous avons transformé le bruit. Une fois identifié, maîtrisé, accepté, il est devenu le silence. Le silence est une création de l’homme. Il a été créé par John Cage. Et sur ce nouveau silence, les musiciens sont de retour et peuvent travailler à le rompre comme ils l’ont toujours fait. Sauf que ce silence est devenu un réel possible. Écouter le silence, jouer avec lui est fondamental. Et beaucoup de gens se font encore une idée très archaïque du silence. Par exemple, ils confondent le silence et le silencieux. Dingue, non? Alors qu’ils sont eux-même perpétuellement plongés dans ce silence, qu’ils ne rompent que rarement finalement.

 

Pedro Soler : Par rapport au “4.33.” de John Cage dont je découvre l’existence, j’ai eu une expérience assez déterminante pour moi quand j’accompagnais Pepe de la Matrona.

“ je cherche à ce que ma musique soit le moins anecdotique possible ”

Le rôle du guitariste flamenco est de créer le champ musical dans lequel le chanteur va pouvoir exprimer sa “copla”, son cante, et lorsqu’il chante, de donner le strict minimum de sons dont il a besoin pour appuyer son chant rythmiquement et harmoniquement. Ce soir-là, Pepe chantait une “Seguiryia” et à un moment donné d’une intensité inouïe, au détour d’une phrase ascendante, le filet de voix s’est interrompu une ou deux secondes. Le public était saisi, moi en attente de la chute pour donner ma note, Pepe tendu comme un arc. Et là, j’ai senti que, dans cet instant d’une densité maximale, un magnétophone aurait enregistré un silence absolu. De plus, je cherche à ce que ma musique soit le moins anecdotique possible.

Cage cherche en même temps à déconstruire la référencialité de la musique, au sens où il ne veut pas que la musique représente quelque chose ; qu’elle ne soit ni la représentation d’un sentiment ou d’une image. On vous semble tous deux assez éloignés de cette dernière idée. Les pièces que vous présentez tous deux dans Barlande semblent entretenir davantage un certain rapport avec la forme musicale du Nocturne – par son inspiration : il est question de songes, d’insomnie, – son rythme, sa temporalité, son caractère élégiaque si on excepte « Caballitos de Mar », – mais aussi par la manière dont vous semblez vous concentrer sur le son et moins sur la mélodie. La nuit, c’est aussi le moment où l’ouïe peut prendre le pas sur la vision, et où d’une manière plus générale les formes disparaissent ou, en tous les cas, s’estompent.

Pedro Soler : Nocturne, peut-être. En fait, le noir pour moi correspond un peu au silence.

Gaspar Claus : Je regrette beaucoup mes insomnies d’adolescent. Elles foisonnaient d’images, de pensées, de sons. On m’a soigné. Maintenant, je dors la nuit si je suis seul. C’est tout un monde qui est parti avec le retour du sommeil. Mais il est vrai que je ferme souvent les yeux quand je joue. Le mot « acousmatique » vient de Pythagore qui avait décidé de dispenser son enseignement en se cachant derrière un rideau. Il affirmait que la vue empêchait l’imagination de se déployer. Pierre Schaeffer a repris ce terme au compte de la musique jouée par les électro-acousticiens, qui se passe de présence humaine sur scène et travaille le son pur, dans sa matière. Il traduisait ce terme par « cinéma pour les oreilles ».

Mon rapport a la musique est très physique, je le disais tout à l’heure. Bien des musiciens disent mettre des sentiments dans leur musique. Leurs histoires personnelles, dans leurs joies et leurs tristesses servent leur interprétation. A force, je sais que ce n’est pas comme cela que je fonctionne. Ce que tu appelles « nuit », je lui donne le nom d’”au-delà”. Pas celui que les religions ont exagérément défini. Plutôt celui de ce qui se trouve au-delà de moi, le monde qui m’est encore inconnu, qui existe déjà mais n’a pas encore été mis en lumière. C’est cet endroit là que j’ai l’impression de toucher quand je touche à ma musique. C’est cette nuit là qui me tend vers la musique et qui fait que tous ces sons parlent d’une voix réelle.

Les gens qui m’ont écouté viennent souvent me parler de couleurs, de mouvements, d’images plutôt que de leurs histoires personnelles pour me dire ce qu’ils ont ressenti quand j’ai joué.

Accueillir l’irrégularité semble aussi  une de vos préoccupations, notamment celle du mouvement. Dans le titre « Barlande », le morceau semble refuser de se développer, d’offrir sa mélodie. Il semble déraper, comme un cheval qui refuserait d’avancer, une sorte de surplace qui ne serait pas rien. Quelque chose qui serait plus de l’ordre de la danse par opposition à la marche (où ce qui compte au final c’est toujours d’aller quelque part). La mélodie ressemble toujours à la résolution d’un problème, en ce sens elle serait plutôt du côté de la marche. En tous les cas, j’entends une musique des pas dans votre musique.


Gaspar Claus : Les machines sont régulières, nous, non. En fait, Pedro et moi, on ne l’est particulièrement pas. Du coup, on est souvent un peu carrément à côté, que ce soit en terme de rythmes, ou même de justesse. On n’est ni l’un ni l’autre des monstres de technique instrumentale. Et je suis fasciné de voir à quel point le public est sensible à cette fragilité, ce presque inconfort dans lequel nous évoluons parce que nos morceaux ne sont pas bétons. Je me suis toujours demandé s’il s’agît d’une réelle sensibilité à la fragilité du jeu, que pour ma part je trouve belle, ou si ce n’est pas plutôt une espèce de compassion, de « souffrir avec » qui fait que quand on est arrivé au bout du morceau, survivant à toutes les embûches le public est aussi soulagé que nous et applaudit très fort dans ce relâchement ultime. Je ne sais pas.

 

Si tu sens le pas, alors on est juste. Quand on se met à courir avec Pedro, c’est mauvais signe, c’est qu’on se court après ! Il y a ce morceau « Suenos Indecisos » sur le disque. Il est joué selon le style « tientos » (évoqué plus tôt quand nous parlions des Folies d’Espagne). “Tientos” se traduit par « à tâtons », comme quand on marche, dans le noir, pas à pas. Dans ce cas-là on n’a pas besoin de mélodie pour ressentir des choses, non ?

 

En 2006, vous aviez enregistré tous les deux un disque consacré au poète, Frederico Garcia Lorca, “Il y a eu un crime dans Grenade”. Vous aviez notamment travaillé avec Eve Griliquez qui disait les poèmes de l’auteur des “Complaintes Gitanes” et des “Romanceros”. Etait-ce très différent de travailler sur “Barlande”, après ce premier disque ? Et y avait-il des mots derrière la musique de “Barlande” ?


Pedro Soler : Lorsque nous avons commencé le travail sur Lorca, le projet qui a amené à Barlande était déja bien avancé. De toutes façons, le travail sur Lorca était différent d’intention.

Gaspar Claus : Oui, c’était forcément très différent puisque pour Il y a eu crime dans Grenade nous jouons pour un texte. La musique dans ce cas doit porter les mots, leur aménager un espace, les couvrir parfois s’il le faut mais surtout toujours jouer avec ces mots. Nous avons régulièrement eu l’occasion avec Pedro de jouer avec du texte : Lorca avec Eve Griliquez ou avec Tachia Rossof, Machado avec Anne Alvaro, Gimenez avec Claude Affaure etc… Nous avons même beaucoup développé notre style grâce à ces collaborations. La musique que nous jouons en duo est encore imprégnée de cet état d’accompagnement du texte.

Pedro Soler : Mais, il n’y a pas de mots sous la musique de Barlande, si ce n’est pour moi de vagues trainées de “letras”, les paroles des styles correspondants.

“ Il y a énormément de mots derrière la musique de Barlande. Il y a tous les mots qui ont été dits entre mon père et moi et qui ont façonné cette musique ”

Gaspar Claus : Et en même temps, lorsque nous créons un nouveau morceau sur un style que je n’ai pas encore abordé, Pedro commence par me raconter d’où vient la musique, qui la chantait et pourquoi. Il me parle du bruit du vent dans les champs ou alors de celui de chevaux aux portes de la ville à envahir ou bien encore de la vie souterraine des mineurs. Certains styles ont même parfois des histoires bien précises en arrière plan. La Petenera, par exemple, est l’histoire de cette fille magnifique qui, blessée, se met par vengeance à semer folie et destruction entre les hommes de sa région en couchant avec eux. Une histoire comme celle-là par exemple évoque tout de suite un certain son pour moi. De la beauté, de la violence. En fait, oui, il y a énormément de mots derrière la musique de Barlande. Il y a tous les mots qui ont été dits entre mon père et moi et qui ont façonné cette musique.

 

 

 

 

Et y a les mots difficiles à dire. Tous ceux qu’on ne sait comment dire dans le maladroit face à face de tous les jours…

Pedro, on ne compte plus vos collaborations : avec Pépé de la Matrona, Bernard Lubat, Ravi Prasad, Nonato Luiz ou Maria Bethania. Des gens qui viennent d’horizons et de traditions musicales très différentes (France, Inde du sud, Brésil). Gaspar, vous avez cette même fièvre du nomadisme et de rencontres musicales. Vous venez je crois de terminer un projet qui vous a amené à travailler avec des musiciens japonais. Votre musique à l’un et à l’autre semble être en quête d’altérité et de dialogue, notamment avec l’Orient.

Pedro Soler : Honnêtement,  je ne me revendique de nulle part. Si vous connaissez le petit paradis qu’est Banyuls-sur-Mer, vous comprendrez que j’aime vivre . Le flamenco est andalou, « gitano-andalou ». Ma première femme était brésilienne, ma femme est allemande… Je ne sais plus qui a dit « ma patrie c’est la musique » et ça me plait assez. Les rencontres dont vous parlez ne sont pas fortuites ni anecdotiques ; elles me permettent de m’aventurer dans certains domaines inexplorés de mon propre monde musical. Je ne fais jamais de “fusion”. Pour moi la fusion n’est pas enrichissante mais est une gymnastique de facilité dont le but inavoué est de “faire du nouveau” et qui mènerait a une uniformisation et un appauvrissement.

Gaspar Claus : On m’a proposé une carte blanche au Japon. Trois semaines de studio à Tokyo. Les musiciens de mon choix. L’idée originale était une sorte de disque de duos improvisés, mais j’avais accès a la crème de la crème de la musique traditionnelle et de la musique actuelle, et l’idée de duos improvisés me paraissait un peu bancale. Je lisais une énième fois La Haine de la musique, un bouquin de Pascal Quignard (par ses textes Pascal Quignard est peut-être mon professeur de musique le plus influent). Je suis tombé sur deux lignes qui évoquaient une forme de composition japonaise ancestrale. Jo Ha Kyú. Trois mouvements qui peuvent se traduire par « pénétration, déchirure, accélération sans fin ». Je tenais mon disque. C’est tout à fait le type d’architecture simple et assez solide pour que puisse s’appuyer dessus tout un travail de composition, quels que soient les ingrédients qu’on y apporte. Jo Ha Kyú c’est ce genre de mode d’écriture et de lecture du monde à caractère universel, qui comprend à la fois l’infiniment petit et l‘infiniment grand. Bref, un truc dans lequel tu t’engouffres à vie ! Et puisqu’il comprend tout, tu peux y poser les turntables d’Otomo Yoshihide, la sorcellerie de Keiji Haino, les insectes de Sachiko M, les harmonies de Ryuishi Sakamoto, les immenses tambours de Leonard Eto, la voix du fond des âges de Kakushn Nishihara, la fureur de Kazuki Tomokawa, et les faire jouer ensemble. Une tradition, ça vit, ca résiste à toutes les collisions. Ce terme de fusion m’est aussi insupportable, les choses entrent en collision et se déplacent et s’affirment et s’affutent et jouent ensemble et sont actuelles. La fusion est un processus mou et annihilant. La fusion existe dans un pseudo présent sans passé ni avenir.

Le Japon a cette chance d’exister au présent. Il est un pays sans cesse tourné vers le passé, son histoire ancienne qu’il continue de se raconter et de faire exister, tout en étant fasciné par l’avenir et ses délires technologiques ou scientifiques. Et en cela il est totalement présent à son temps. J’ai l’impression que peu de pays ont cette chance. Beaucoup sont engoncés dans le souvenir de leur tradition et oublient de la faire exister. Ils ne jouent pas, ils rejouent.

 

“ Le flamenco a fait un long chemin entre sa préhistoire aux Indes, son passage par les mondes arabes et son ancrage en Andalousie ”

Je pense que ce n’est pas la forme qui fait la solidité d’une tradition mais sa qualité de son. Si cette qualité est préservée alors la forme devient souple, suffisamment flexible pour pouvoir être étirée, malaxée sans risquer d’en détruire le chant, la tradition. Le pire qui puisse arriver à une tradition vivante est sa mise en boite formelle, sa mise sous verre, son entrée dans les musées. C’est dans les musées que meurt une tradition. C’est là que les choses sont rejouées alors que c’est en les jouant qu’on leur permet de vivre. Si une tradition préserve son identité par un ancrage solide en son terroir, il faut veiller à ce que la chaîne qui la relie à son ancre soit longue et souple. Le flamenco, pour ce que j’en sais, a fait un long chemin entre sa préhistoire aux Indes, son passage par les mondes arabes et son ancrage en Andalousie.

Votre voyage en Inde, Pedro, a donc fonctionné comme une sorte de retour aux sources du flamenco ?

Pedro Soler : En Inde, j’ai retrouvé des sources, des racines du flamenco et avant tout une attitude vis à vis du temps, du déroulement du discours musical qui est très différente de l’attitude occidentale. Les indiens prennent facilement une demi-heure pour accorder leurs instruments et s’accorder eux-mêmes. Un raga peut s’étendre sur une heure. On y rentre progressivement. Ce n’est plus le cas avec le flamenco, ni sur scène, ni en session privée, même s’il en reste quelques traces. Ce que j’ai retrouvé de cette attitude orientale est finalement ce qui m’a toujours fasciné dans le flamenco.

Pouvez vous nous parler un peu de votre rencontre  avec Bryce Dessner [guitariste de The National et de Clogs], et de Sufjan Stevens qui sont deux musiciens que l’on retrouve sur « Encuentro en Brooklyn », ce morceau qui clôt l’album ? J’imagine que la culture rock ou pop n’a pas eu la même incidence sur vous deux, et vos parcours.

Pedro Soler : Ce morceau n’était absolument pas prévu, ni prévisible. J’ai toujours regardé vers l’orient (le flamenco y a ses sources) plutôt que vers l’occident. Pourtant, j’ai joué énormément en Amérique latine, au Brésil notamment où j’ai beaucoup d’amis musiciens comme Caetano Veloso, Maria Bathania ou Baden Powell, mais la bossa nova que j’adore ne s’est jamais infiltrée dans ma musique par exemple. Mon intérêt pour le rock, réel parfois, est rare, mais Gaspar m’initie à belles choses. Comme il est dit dans la pochette du disque, Sufjan, venu nous saluer, s’est mis au clavier, Bryce a branché sa guitare électrique dans la cabine de prise de son où il était, et on a fait ça en une seule prise, bien sûr. On a décidé de l’intégrer au disque.

Pedro Soler, Gaspar Claus, Sufjan Stevens & Bryce Dessner - Encuentro En Brooklyn (Minera)

Gaspar Claus : Bryce fait partie de la famille. Il est un de ces amis de confiance et qui apporte beaucoup. Sa générosité est immense dans son rapport à la musique. C’est fascinant de voir travailler son esprit critique à toujours chercher ce qui peut devenir quelque chose dans ce qu’il entend. Alors que souvent on commence par dire pourquoi on n’aime pas quelque chose. Il crée des liens entre les gens, les univers, il décloisonne et prend parfois de vrais risques. Il n’est pas un sanguinaire punk qui voudrait foutre tout le système en l’air, il travaille de l’intérieur et fait bouger plein de choses. Enregistrer ce disque juste Pedro et moi, en nous dirigeant nous-mêmes, aurait été de la folie. Il nous fallait quelqu’un pour nous guider, de l’extérieur.

Nous avons tous deux une grande confiance en Bryce, en son écoute et en sa compréhension réelle de notre travail. Il n’y avait personne d’autre, ce n’est pas un projet qu’il est facile de cerner, il suffit de voir comment la presse est un peu hésitante, personne ne sait trop bien si nous devons jouer dans des salles de musique du monde, classique, rock, improvisée. Les gens, côté communication, ont besoin de ces cadres définis pour travailler. Nous, on s’en fout, on est du côté de la création et on a des amis comme Bryce qui ne définissent rien mais créent et n’ont pas peur des mélanges. Et Bryce nous a effectivement été d’une grande aide. Son écoute, sa patience ont fait ce disque.

 

Sufjan est un voisin de Bryce, ils se voient beaucoup, par amitié et parce qu’ils travaillent ensemble. Sufjan est un être singulier. Je suis terriblement impressionné par son travail de musicien. Et j’aime beaucoup le personnage. Il est sans concessions, il s’offre le temps qu’il faut pour questionner le monde et sa vie là où souvent personne ne le fait. Il y a beaucoup à dire sur Sufjan. Nous, on a simplement eu la chance de le voir débouler un jour au studio. Il venait voir comment ça se passait. Puis, on a décidé de faire une improvisation ensemble. Bryce a pris sa guitare, il y avait un harmonium auquel Sufjan s’est assis et on a joué. Ce moment, enregistré, clôt le disque.

C’est juste un moment.

C’est plutôt difficile en studio de préserver quelque chose d’un “moment”, à cause de l’environnement immédiat, de l’absence de public.

Gaspar Claus : Pour moi le travail de studio est un travail de composition. Il est très différent de celui de la scène et je ne suis pas très à l’aise face aux puristes de l’analogique, ceux qui ne jurent que par le one take et refusent tout compromis de montage. Le morceau qu’on pose sur disque est figé. Je conçois ce travail plus comme celui d’un sculpteur. Alors que la scène relève vraiment de la performance, presque du sport ou des jeux antiques.

Pedro Soler : L’enregistrement, à la différence de Gaspar, n’est vraiment pour moi qu’une façon de fixer une étape dans mon travail. La création est en amont et éprouvée en public. L’enregistrement n’a rien a voir dans la création. La technique d’enregistrement permet de ciseler un peu plus, mais le souffle n’est pas le même. J’aimerais être assez sûr de ma technique pour pouvoir enregistrer en live. A part Barlande que j’écoute avec plaisir, je n’aime pas écouter mes disques… ou seulement très longtemps après. De toutes façons, quand j’enregistre une étape, je suis déjà en train de travailler pour la prochaine. Je sauve ce qui me semble pouvoir être sauvé. Un peu comme l’ordinateur enregistre un  brouillon pour le sauver. Je parle ici surtout pour les disques en solo qui représentent pour moi le réceptacle de tout mon travail .

Tom Cora, qui a je crois été important pour vous, Gaspar, est aussi un artiste étonnant dans la mesure où il a peu enregistré mais il a posé sa marque durablement sur bien des artistes [1]  .Une sorte d’artiste sans œuvre, au sens où on l’entend depuis l’industrialisation de la musique et les mutations que celle-ci a générées (les contrats, les dispositifs de production et d’enregistrement). Y-a-t’il dans votre démarche, Gaspar, cette idée de contourner ces modes de production et d’enregistrement ?

Gaspar Claus : Il y a toujours eu des personnes comme Tom Cora qui ont préféré diluer leur son de manière tentaculaire plutôt que d’en faire un gros paquet bien costaud et lourd et marquant. On sait combien d’albums ont sorti dans leur carrière Mickael Jackson ou Madonna. On attend toujours le prochain, à sa date annoncée et boom on reçoit un territoire tout dessiné, bien délimité. Si tu te mets à chercher des disques de Tom Cora, alors tu commences un fascinant et interminable voyage à travers une multitude d’univers toujours plus inattendus. La cartographie de son territoire est farcie de nœuds, de trous et de ponts, et d’espaces non identifiés. On y navigue presque à l’aveugle, toujours en danger de tomber sur une nouvelle sirène qui nous dévierait de notre quête. Ce que je veux dire, c’est qu’il n’y a pas de label chez un type comme Cora. Il y a une vie de rencontres, un désir de jouer. Le disque vient ensuite. Et ces disques là survivront à toutes les crises. Ils ne sont pas bien lourds mais sont faits de ce désir de jouer.

 

Je pense que l’industrie du disque mérite ce qui lui arrive aujourd’hui. Je suis désolé pour tous les mecs qui ont perdu leur boulot ou du fric à cause du changement de paradigme, mais la machine pour laquelle ils bossaient a été tellement arrogante, irrespectueuse tant envers les musiciens qu’envers les consommateurs, en infantilisant les premiers pour vendre de la mauvaise came aux seconds, que ca ne pouvait que finir sinistrement. Et ces jours-ci la bête blessée donne ses derniers coups de crocs, mais je ne crois pas qu’elle est partie pour se relever.

Ce que je crois, c’est que nous revenons aujourd’hui doucement à un rapport sain à l’achat du disque. De plus en plus souvent, cela se fait directement entre le musicien et son auditeur, qui ne se laisse plus envahir par une industrie oppressante mais se déplace lui-même vers la musique qu’il cherche. L’auditeur redevient actif. Aujourd’hui, quand quelqu’un achète un disque, il le fait pour soutenir, pour s’engager auprès de l’artiste. Cette multiplicité d’engagements a une grande valeur, qui pourrait diriger le monde demain. On peut tout avoir gratuitement mais on paye quand même parce qu’on aime participer. Ceci est très important !

Quand on lit Le Danseur des Solitudes de Georges Didi-Huberman, consacré au danseur Israel Galvàn, on a l’impression que l’univers du flamenco a su se protéger de cela, que le disque n’est pas si important que cela, que l’essentiel réside dans une sorte d’intensité de l’expérience, expérience toujours unique et renouvelée dans celle de l’exécution.

Pedro Soler : Le flamenco n’a pas échappé à cette évolution. Mais il vit de deux manières. Les professionnels vivent sous les contraintes dont vous parlez. Les non-professionnels peuvent y échapper. J’ai choisi de ne pas me soumettre à cette contrainte, avec tous les risques que ça comporte, professionnellement.

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Pedro Soler & Gaspar Claus, Barlande (InFine).

Pedro Soler, Luna Negra (Al Sur).

Gaspar Claus, Jo Hà Kyù, (Important Records). A paraître à l’automne 2012.

Photos : Marion Lefèbvre et Vincent Moon.

Notes

1.

Violoncelliste new-yorkais qui à l’instar d’Arthur Russell a fait beaucoup pour sortir le violoncelle de la sphère de la musique classique pour lui donner une place de premier choix dans le monde des musiques improvisées. Sa carrière est aussi bien associée à l’univers de la Knitting Factory, lieu dans lequel il collabore avec toute l’avant-garde new-yorkaise (John Zorn, Eugène Chadbourne, Fred Frith Marc Ribot ou Zeena Parkins), qu’au groupe punk néerlandais, The Ex, avec lequel il a enregistré deux albums et tourné. Il intègre également d’autres formations telles que Curlew ou Skeleton Crew. Enfin, il est aussi parti faire un voyage en Europe centrale, au début des années 90 durant lequel il a enregistré et joué un peu hasard des rencontres, avec notamment la chanteuse et violoniste tchèque Biva Bittova avec laquelle il reprend des chants folkloriques. Il est mort en 1998.

"On en revient au fond toujours au silence"

Leur album Barlande l'a prouvé : les dialogues entre le guitariste PEDRO SOLER et son violoncelliste de fils GASPAR CLAUS vont au-delà d'une simple histoire de famille. Chez eux priment les liens du son, filés dans les fibres du jeu juste, de l'écoute profonde, de l'expérience et du doute. Avec en trame de fond le silence, géniteur et enfant d'une musique qui sait transcrire ce que vivre veut dire : au bout de tout compte, il ne s'agira jamais que de"retomber en poussière, mais en poussière amoureuse". Entretien.

 

Pedro Soler : Hier, je me suis rendu compte que je suis à la fin de ma vie et que je n'arrive pas encore à jouer de la guitare. Enfin, on va dire : certains trucs de guitare… C'est quand même terrible…

Doit-on vraiment envisager les choses sous cet angle ? On ne peut pas affirmer non plus que tu ne sais pas jouer

Pedro Soler : Disons qu'il y a des choses que je poursuis depuis longtemps, et auxquelles je n'aboutis pas. Gaspar me dit : "Dans ce cas-là, ne les fais pas !". Mais je ne peux pas m'en empêcher, ça me fascine et ça aiguise mon envie : ça fait partie de mon boulot d'essayer, d'échouer, de continuer à travailler sur ce qui me résiste. C'est ce qui me maintient INCLUDEPICTURE "http://www.loreilleabsolue.com/space/images/edition%2046/solerclaus/PedroGasparJuanVareaIsabelSoler.jpg" \* MERGEFORMATINET complètement en alerte.
Gaspar Claus : A 110 ans, il prétendra encore qu'il ne sait pas jouer une note !
Pedro Soler : Non mais hier, par exemple, il y a eu cette buleria que nous avons jouée… Elle passait très bien en répétition, et puis sur scène, je ne sais pas ce que j'ai fait, si je suis allé trop vite ou quoi ; mais objectivement, je me suis planté. Je me dis que c'est encore dans la tête que ça se joue… En concert, on peut dire que ça va, que j'ai gagné ma liberté. Je ne me bats plus avec ma guitare, avec le public : j'y vais pour prendre du plaisir. Et ça, c'est récent dans mon histoire, ça date d'il y a dix ou quinze ans seulement. Pour le citer à nouveau, Atahualpa me disait : "Pedro, joue pour toi !". Je lui répondais : "Mais enfin, Atahualpa, vous vous moquez de moi ? J'ai devant moi 800 personnes, ce qui donne 1600 oreilles, et il faudrait que ne joue que pour moi ? C'est une pure utopie, une folie !" Aujourd'hui, je comprends, j'arrive à me mettre dans cet état de solitude. Il faut dire aussi que la guitare, cet instrument terrible, cette garce, était alors mon ennemie. Désormais, je sais l'écouter, me lancer sans craindre qu'elle se retourne contre moi. Ce n'est pas que je n'ai plus rien à prouver – surtout quand je vois comment j'ai joué hier ! Mais un déclic, en tout cas, s'est opéré, qui fait que j'ai au moins appris ça, à jouer pour me faire plaisir.

Quand on te voit et t'entend aujourd'hui, on a peine à croire que ça a pu ne pas être le cas par le passé.

Pedro Soler : Et pourtant ! Jadis, quand je me cassais la figure sur scène, je me démolissais chaque fois un peu plus. Je me souviens notamment d'un concert au  HYPERLINK "http://www.moz.ac.at/de/" \t "_blank" Mozarteum de Salzbourg, où je me produisais alors tous les deux ou trois ans : je n'en touchais pas une. Je me suis toujours dit que, si j'avais eu l'enregistrement de cette soirée, j'aurais compris un peu mieux ce qui s'était passé. La salle était bourrée à craquer, j'étais tellement crispé ou je ne sais quoi qu'à un  INCLUDEPICTURE "http://www.loreilleabsolue.com/space/images/edition%2046/solerclaus/PedroGasparNonatoLuiz.jpg" \* MERGEFORMATINET moment donné, j'ai pensé jeter l'éponge et dire à l'assistance : "Bon, on arrête les frais, gardez vos billets, je redonnerai un concert." Par la suite, mon imprésario m'a dit : "Heureusement que tu ne l'as pas fait, ça t'aurait coûté très, très cher !" Finalement, j'ai tenu bon, j'ai continué mon truc. Le comble, c'est que le concert marchait, que le public applaudissait, était heureux comme tout ; moi, j'étais catastrophé, y compris physiquement. Je me suis dit que j'allais me faire éreinter par la critique : le lendemain, j'en ai trouvé une dans le journal, et elle était excellente. Là, je n'ai plus rien compris. Je me suis dit que, finalement, les gens n'étaient pas venus pour la musique, mais pour voir souffrir un mec sur scène : c'était les jeux du cirque… C'était réellement ce que je pensais, c'était ma façon à moi de me débattre avec ça. Ça rejoint peut-être ce que tu disais, Gaspar, sur cette idée maîtresse de fragilité et d'insécurité sur scène ; et sur ce petit quelque chose qui manque à un concert lorsque tout est trop confort, trop cool. Mais là, quand même, c'était un cas de figure assez extrême.

Quand on parle régulièrement avec des musiciens, on constate qu'il y a bien souvent des distorsions entre ce qu'ils perçoivent sur scène, entre l'évaluation qu'ils font de leur propre performance, et ce que le public ou la critique leur renvoie par la suite. Il semblerait là qu'un certain mystère du jeu et de l'écoute se perpétue sans cesse.

Gaspar Claus : C'est très étrange, oui. Sur scène, comme le dit Pedro, tu joues pour toi ; mais tu joues aussi vers les autres, quand même. Ce qui peut te faire penser que l'expérience a été bonne, c'est lorsque tu sens que tu as été en communion avec ton public ; or, bien souvent, tu t'aperçois que tu as en vérité été le seul à ressentir cette communion !
Pedro Soler : Il y a un autre sentiment que tu as dû éprouver. Sur scène, après un, deux, trois morceaux ou plus, arrive parfois ce moment où tu as l'impression que les gens te comprennent, que tu peux faire ce que tu veux. Je ne sais pas ce qui se passe, c'est INCLUDEPICTURE "http://www.loreilleabsolue.com/space/images/edition%2046/solerclaus/PedroGasparLookLeft.jpg" \* MERGEFORMATINET certainement une attitude mentale.
Gaspar Claus : J'ai fini par avoir une espèce de théorie là-dessus : il y a tout simplement des jours avec et des jours sans. Des jours où l'instrument sonne, et où, quoi que tu fasses, même sans y réfléchir, tu es juste, tu tombes juste. Deux minutes avant, tu étais en train de discuter avec quelqu'un ou de lire un bouquin ; et là, la guitare à peine saisie et grattée, la musique jaillit, comme neuve. Et il y a des jours où c'est une véritable lutte, où rien ne sort. A un moment, je me suis fait un tableau, où je notais tous les paramètres susceptibles d'influer sur ces choses-là : est-ce que j'avais bien ou mal mangé, est-ce que j'étais amoureux ou pas, est-ce que j'avais bien dormi ou pas, est-ce que j'avais bu beaucoup d'alcool, est-ce que j'avais travaillé le vloloncelle… Je n'ai trouvé aucune logique à tout ça, au-cu-ne. J'ai un rapport spécial à mon instrument : je n'en joue que si j'ai des répétitions ou des concerts en vue. Il y a donc des périodes pendant lesquelles je pratique beaucoup, et d'autres pendant lesquelles je ne vais pas toucher une seule fois le violoncelle pendant deux ou trois semaines. En général, après ces longues pauses, je retrouve dans sa boîte un instrument qui est heureux de sonner à nouveau.
Pedro Soler : Ou l'inverse !
Gaspar Claus : Quand j'ai arrêté pendant longtemps, non. En général, le moment de la reprise est un moment de justesse.
Pedro Soler : Tu as de la chance… Car de mon côté, quand je dis que la guitare ressemble à une femme, ce n'est pas pour la forme physique, mais pour la vie qu'elle me mène : si je la laisse tomber deux jours, elle me le fait sentir… Parfois, ça se passe simplement, sereinement ; mais  INCLUDEPICTURE "http://www.loreilleabsolue.com/space/images/edition%2046/solerclaus/SolerClausCafe.jpg" \* MERGEFORMATINET le plus souvent, ces séparations, je les paie. C'est  HYPERLINK "http://www.paucasals.org/fr/PAU-CASALS-biografia/" \t "_blank" Pau Casals qui disait : "Si je ne joue pas de mon violoncelle pendant un jour, je m'en rends compte ; au bout de deux jours, ce sera ma famille qui s'en rendra compte ; au bout de trois, ce seront mes amis ; et au bout de quatre, ce sera le public." Je suis plongé jusqu'au cou dans cette problématique et cette thématique-là. Ceci dit, le travail ne te garantit en rien un bon concert.
Gaspar Claus : Oui, parce que je pense que l'instrument a réellement une joie de revenir. Je ne vais pas dire qu'il a une "âme", parce que ce n'est pas le bon mot. Mais c'est lui qui accepte ou refuse de sonner, et tu n'y peux rien. Tout le boulot que tu abats, c'est simplement un garde-fou pour ces jours où l'instrument ne veut pas, pour ne pas sombrer totalement du mauvais côté, pour sauver les meubles et ne pas se rétamer la gueule. J'imagine que, chez un photographe par exemple, il y a le même phénomène. Il y a des jours pendant lesquels il ne parviendra pas à capturer quoi que ce soit de bon, alors qu'il y mettra tous les efforts du monde ; et puis, un beau matin, il va se lever sans rien préméditer, saisir le premier appareil qui lui tombe sous la main et, en un clic, réaliser la photo de l'année.
Pedro Soler : Ce travail, c'est aussi ce qui, dans la durée, te permet finalement de faire monter ton niveau de base, ton niveau plancher. Je pense qu'un de mes mauvais concerts d'aujourd'hui doit valoir l'un de mes bons concerts d'il y a vingt ans. C'est là, dans le minimum, que ça se passe.

"La musique est tellement abstraite qu'elle fait entrer
en moi des choses que j'ignorais de moi. Elle me remue
dans ma matière et me met en adéquation avec le monde."
[Pedro Soler]

 

 

Gaspar, tu décrivais plus tôt ton violoncelle comme "un beau meuble bourré de fantômes". Par votre jeu, vos approches et vos échanges, il me semble que Pedro et toi soulignez cette dimension importante du métier de musicien, qui consiste à faire parler des fantômes, à dialoguer avec eux, à être traversé par eux : fantômes de ceux qui ont joué de votre instrument avant vous, fantômes de l'Histoire de la musique, fantômes de la musique elle-même.

Gaspar Claus : Pour moi, cette notion de "fantômes" est très concrète. J'aime les cultures où, du Japon jusque dans la forêt amazonienne, les esprits existent réellement, tout simplement parce que les sociétés en question les font exister, n'ont jamais cessé de les nourrir, depuis des  INCLUDEPICTURE "http://www.loreilleabsolue.com/space/images/edition%2046/solerclaus/PedroGasparBW.jpg" \* MERGEFORMATINET siècles et des siècles. Dans notre société, c'est très différent : au moment de la grande mode du spiritisme, dans la seconde moitié du XIXe siècle, on a atteint une sorte de sommet, dont on est ensuite redescendu. On a commencé à prendre des clichés de fantômes, tout le monde était à fond, jusqu'à ce qu'on se rende compte qu'on pouvait truquer ces images. De là, les fantômes sont devenus des trucages de cinéma, et je pense que c'est comme ça qu'on les a tués. Il n'empêche que chaque chose ou chaque être qui passe dans ce monde laisse des traces. Ces traces ne relèvent peut-être pas du monde des fantômes et des esprits, mais elles transforment en tout cas de manière très concrète la façon de vibrer d'un instrument, et du musicien qui en joue et qui est agi par lui.

Où l'on revient à la "poussière amoureuse" évoquée par Pedro à travers le vers de Francisco de Quevedo…

Pedro Soler : Il y a des moments, et ils ont été très rares dans une carrière comme la mienne, où tu as vraiment l'impression que quelque chose ou quelqu'un joue à travers toi : tu deviens toi-même un instrument, un conducteur.
Gaspar Claus : A cela, il faut ajouter que les notions d'harmonie, qui sont fondamentales dans la musique, glissent facilement vers celles de fréquence ; et qu'à partir de là, il me paraît évident qu'on aborde des questions d'ordre cosmologique, qu'on se met en connexion avec des choses  INCLUDEPICTURE "http://www.loreilleabsolue.com/space/images/edition%2046/solerclaus/PedroGasparGhost.jpg" \* MERGEFORMATINET et des plans plus grands que le seul exercice d'un art. Dans les sociétés urbaines dans lesquelles on vit, il est très difficile d'être encore relié avec le monde, la nature, l'univers, le temps. La musique est un biais possible pour se ménager des ouvertures, des passages vers ces réalités et ces puissances qui se dérobent à nous. Quand je joue, j'ai l'impression de jouer avec quelque chose qui est au-delà de tout ce que je connais, de tout ce que je comprends, de tout ce que je peux définir avec des mots. Je suis comme au-delà de mon propre univers en expansion… Disant cela, je pense à ces tribus amazoniennes qui utilisent le yagé, cet hallucinogène très puissant qui est le mélange de deux plantes, pour notamment entrer en communication avec les esprits. Mon ami  HYPERLINK "http://www.vincentmoon.com/" \t "_blank" Vincent Moon, qui y a goûté en Colombie, insiste pour que je me rende avec lui dans l'une de ces tribus ; j'avoue ne pas trop savoir, en tant qu'occidental je me sens un peu étrange dans ce contexte… Ce qu'il y a en tout cas de fascinant, c'est que de leurs séances de transe, ces Indiens ramènent des visions qu'ils transcrivent sous forme de motifs dessinés sur des tissus, qui sont eux-même ensuite traduits en musique et en chants. Selon eux, ces chants-là rééquilibrent la composition atomique des différents corps que comporte un corps humain. Ce n'est donc pas l'action de prendre des drogues et d'entrer en connexion avec les esprits qui te soigne : c'est le fait d'aller chercher une information dans le cosmos, si l'on veut, de la ramener et de la chanter.
Pedro Soler : Ils ont des codes pour penser le dessin en musique ?
Gaspar Claus : Pour le coup, je me rendrais bien là-bas pour pouvoir répondre à cette question…

Cette recherche et collecte d'informations, ce rééquilibrage du corps, de l'esprit et du monde, ces relations secrètes et complexes avec le visible et l'invisible : n'est-ce pas au  INCLUDEPICTURE "http://www.loreilleabsolue.com/space/images/edition%2046/solerclaus/PedroGasparNY.jpg" \* MERGEFORMATINET fond ce que vous réalisez vous-mêmes ?

Gaspar Claus : Oui, sans passer par l'Amazonie…


Pedro Soler : On touche là, je crois, l'une des propriétés et beautés fondamentales de la musique, qui est son immatéralité – puisque, comme le rappelait Gaspar, elle est composée de vibrations et de fréquences, et non de structures solides ou encore de mots. Et cette immatérialité a un impact sur les êtres que nous sommes, c'est évident. Que je la joue ou que l'écoute, la musique est tellement abstraite qu'elle fait entrer en moi des choses que j'ignorais de moi. Qu'elle soit violente, apaisante, inquiétante ou tout ce qu'on veut, elle me remue dans ma matière et me met en communication, en adéquation avec le monde. Soudain, par cette trituration pour le coup presque physique des vibrations sonores, je me sens en prise avec tout ce qui m'entoure. Je crois que, pour Gaspar comme pour moi, c'est pour ce genre d'expérience que nous aimons vivre en musique. 

Richard ROBERT

 

. Inutile de crier sur tous les toits et tons que l'album Barlande est sorti sur le label InFiné et qu'on peut en apprendre plus 

 "http://www.infine-music.com/artist/23/pedro-soler-gaspar-claus" 

Gaspar Claus & Pedro Soler | Alegria | Live at La Gaité Lyrique

from La Blogotheque  PRO

Gaspar Claus & Pedro Soler | Petenera | Live at La Gaité Lyrique

from La Blogotheque  PRO

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19 octobre 2013 6 19 /10 /octobre /2013 11:32

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CAC WB = compte-rendus des médias locaux - voir aussi le "blogabonnel" du 13 octobre 2013 ...

 

 

   Le CAC de Perpignan = revue de presse   ( Radio France - Indépendant - Cap Catalogne - Semaine du Roussillon - CGM)

Le centre d'art contemporain ouvre ce dimanche  © Radio France


Art contem
porain : désigne l'ensemble des œuvres produites de 1945 à nos jours.

Jusquà présent, le département des Pyrénées-Orientales ne possédait aucun lieu public destiné à exposer les créations dart contemporain.

 P
erpignan a donc décidé dinvestir 800.000 euros pour transformer le grand bâtiment qui longe la Dalle Arago, prés du Palais de Justice. Construit au début du XXe siècle par le même architecte que le Rayon Vert (le fameux hôtel en forme de paquebot à Cerbère), limmeuble ouvre ses portes au public dimanche 13 octobre (Exposition « Métamorphoses »).

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800.000 euros pour rénover le bâtiment  © Radio France

"Oui, c'est un lieu élististe"

Le rez-de-chaussée accueille une salle de projection, les 2 étages sont transformés en lieu dexposition. Il ne s’agit pas dun musée : la ville ne va pas engager de dépense pour acquérir des œuvres dart. Toutes les expositions (3 par an) seront temporaires.

A ceux qui, nombreux, restent hermétiques à lart contemporain, le maire Jean-Marc Pujol répond « oui, cest un lieu élitiste. Il faut être capable daccepter lélitisme. Cest une manière damener plus loin la société »
Conseillère municipale dopposition (centriste), Chlotilde Ripoull sinsurge contre cette nouvelle dépense. Elle a voté contre. «  On ne connait ni le projet culturel, ni le budget de fonctionnement, ni les moyens humains affectés. Cest le flou le plus total. Les seuls effets immédiats sont de créer une nouvelle dépense non financée et davoir une inauguration électorale, une de plus ! »

***Perpignan : Centre d'Art Contemporain

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Après l’abandon du projet de Centre d’Art Contemporain de Saint Cyprien, il manquait un haut lieu institutionnel qui vienne compléter l’action du château de Jau, des galeries privées, du Centre « Acentmètresducentredumonde » et du Musée Rigaud. C’est désormais chose faite avec le Centre d’Art Contemporain de Perpignan, qui sera situé dans l’ancienne Ecole d’Art, place du Pont d’en Vestit. Côté rayonnement, ce centre accueillera en 2014 la première biennale d’art contemporain de Perpignan qui entend jouer d’entrée dans la cour des grands et peser sur la scène internationale. (C) Cap-Catalogne.

 

* Texte du site CGM : Perpignan : La Ville se dote dun Centre dArt Contemporain

Posté par CGM le 1 juillet 2013 à 15:27 | 0 commentaire

Centre-dArt-Contemporain-de-Perpignan-630x420.jpg

Perpignan :
La Ville se dote dun Centre dArt
Contemporain

Adossé à lÉtablissement Public de Coopération Culturelle (EPCC) de la Haute École dArt (HEART), le Centre dArt Contemporain de Perpignan bénéficiera, par cette proximité géographique et intellectuelle, des ressources humaines, culturelles et artistiques de lécole.

Cest le savoir-faire de quinze professeurs et dune centaine détudiants qui sera ainsi consacré à la création dun centre dart dun nouveau type, largement ouvert à tous les publics.

Tous les espaces intérieurs sont modulables ; ce principe dorganisation intègrera sans séparation les espaces de travail, de convivialité, de réflexion, de documentation favorisant ainsi la médiation et laccompagnement culturel.

Pour la municipalité de Perpignan, maître d’œuvre de lopération, « le Centre a pour ambition devenir le premier Centre dArt/ école régional en Languedoc-Roussillon, et servir ainsi à la reconfiguration de lespace du centre-ville par le maillage du patrimonial, du muséal et du contemporain. Il a aussi pour objectif de faire connaître aux publics diversifiés de Perpignan les nouvelles formes dexpression artistiques relevant des arts plastiques, visuels et multimédia. Une attention toute particulière sera également accordée aux jeunes publics. Il sagit bien de proposer un parcours artistique et culturel (…) ».

Jean-Marc Pujol, maire UMP de Perpignan, insiste encore sur « la configuration du futur Centre dArt Contemporain qui va permettre denrichir loffre culturelle de la ville, car il répond à de nombreux enjeux : innovation en termes dingénierie culturelle, denseignement supérieur, de formation des formateurs, daccès à la culture, à la recherche, à la création et à lurbanisme. Un tel projet, jen suis convaincu, va redynamiser le cœur historique et identitaire de Perpignan en encourageant lexcellence et la création. Il sagit de prouver que Perpignan peut encourager et promouvoir de nouvelles formes dexpression sans opposer tradition et progrès ».

Voilà qui est joliment dit !

Sur un plan pratique, les expositions qui investiront le site seront conçues en partenariat avec des organismes comme les FRAC (Fonds Régional dArt Contemporain), le CNAP (Centre National des Arts Plastiques), le FNAC (Fonds National dArt Contemporain), mais également des galeries spécialisées dans lart contemporain et avec les organismes muséaux, les centres dart et les galeries de Catalogne espagnole (des contacts ont déjà été pris via lantenne de lAgglo Perpignan-Méditerranée Communauté dAgglomération, à Gérone).

Au-delà de sa spécificité régionale, le futur Centre dArt Contemporain de Perpignan vise donc une dimension transfrontalière, à mi-chemin sur laxe culturel Barcelone/ Montpellier.

Au plan technique, le projet englobe la création dun pôle accueil, de deux réserves, dune petite salle de projection au rez-de-chaussée, dune salle dexposition au premier et deuxième étages, avec la mise en place dun ascenseur pour y accéder.

 

****Perpignan : inauguration du centre d’art contemporain

Par Philippe Becker - le 16 octobre 2013 à 14 h 13

 

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© P. Becker

Samedi 12 octobre. C’est fait, Perpignan est doté de son centre d’art contemporain, à côté de l’école d’art, au niveau de la dalle Arago. Le centre Walter Benjamin est inauguré en même temps que l’exposition « Entropia 1, Métamorphose(s) », près de 300 œuvres jusqu’au 20 décembre. L’entrée est libre tous les jours de 10h30 à 18h sauf le lundi.

 

**** JAZZ - Connaissez – vous Maurey Richards ? Non ? alors découvrez le en utilisant le lien suivant :

 

http://www.youtube.com/watch?v=WRBjX3j-LKw

 

Si vous avez envie de partager un grand moment de jazz, il sera présent au Théâtre Jean Piat (rue Joseph Lafon, secteur-village) le :

 

Download.html.jpg

Billetterie du lundi au samedi de 15h à 18h à la Galerie des Hospices ou au 04 68 86 72 60

Fnac, Carrefour, Géant, Système U, Intermarché
www.fnac.com - www.carrefour.fr  - www.francebillet.com  
0 892 68 36 22 (0,34 € ttc/min)

 

cordialement

Virginia FERNANDEZ

Service Culturel

Mairie de Canet-en-Roussillon

Hôtel de Ville - Place Saint Jacques

66140 Canet-en-Roussillon

Tel: 04 68 86 72 63 / Fax: 04 68 86 72 52

Site: www.mairie-canet-en-roussillon.fr

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** Cinéma Foyer Rural - 66  Saint Paul de Fenouillet

Réouverture du cinéma de St paul de Fenouillet !

Après plusieurs mois de fermeture pour travaux,

grâce à l’action de la Ville de St Paul et au soutien du Ministère de la Culture,

le cinéma réouvre ses portes !

Venez découvrir la projection numérique haute définition la nouvelle qualité de l’image et du son,

le nouvel écran et désormais 5 séances de cinéma par semaine !

 

A partir du 10 octobre, des séances seront programmés chaque semaine par Cinémaginaire,

les mardi 20h30, jeufi 20h30, vendredi 20h30 et samedi 17h et 20h30.

Au programme : l'actualité cinématographique, les coups de cœur, les films pour enfants, les évènements, …

 

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Repas exclusivement réalisé avec des produits frais et du terroir

réservations obligatoires (places limitées) au 04 68 08 22 16 (du lundi au vendredi de 10h à 16h30)

 

infos : http://www.cinemaginaire.org/www/php/news_det.php?id=218

 

Cinémaginaire

réseau cinéma de proximité en Pyrénées Orientales

contact@cinemaginaire.org

infos : http://www.cinemaginaire.org

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8 octobre 2013 2 08 /10 /octobre /2013 14:12

 

images-copie-31.jpeg G.Didi-UBERMAN -

 

 

Je viens de lire le livre du philosophe français sur le danseur Israël Galvàn. On ne peut pas dire que cette réflexion soit facile, l'auteur mêlant culture philosophique (Nietzsche et les arts dionysiaques, Jean Baudrillard et les  simulacres...), culture tauromachique (J.Durand, J.Bergamin), la psychanalyse (Freud) et la littérature (Bataille, Leiris, Blanchot...)...

 

Ddi...Veut montrer la solitude, physique et spirituelle, du torero et son travail dans le silence absolu, sorte de musique tue (ou "musica callada) alors qu'il est dans le cirque, l'arène remplis des cris de la foule désirant davantage d'art, d'adresse et de mort artistique. 

Le lutteur se trouve dans une "solitude sonore", comme l'écrivit Bergamin, substance même, substance musicale de l'art tauromachique. 

 

Comparaisons entre danse et tauromachie structurent le texte; la définition de la danse est à trouver à la page 49 : "la danse est un savoir de l'inconscient en ce sens qu'elle "engendre ce qui est sans volonté par la volonté et de façon instinctive", façon pour Nietzsche de se situer dans la perspective de Schopenhauer..."

 

Fusion absolue entre danse, chant et tauromachie; moi qui déteste la "corrida", je suis servi, mais j'aime les auteurs qui "magnifient" ce combat prosaïque en mythe solaire éternel et tragique; écoutons Bergamin, encore : "La danse et le chant andalous semblent s'unir dans la figure lumineuse et obscure du torero et du taureau, pour, en définitive, jouer le tout à pile ou face, le tout pour le tout..."(p.61)

 

JPB

 

v_2707319589.jpg


Il ne s'agit, dans ce livre, que de regarder et de décrire philosophiquement, autant que faire se peut, un grand danseur de baile jondo, Israel Galván. Il s'agit de reconnaître dans son art contemporain un art de " naissance de la tragédie ". Il s'agit d'écouter son rythme et de reconnaître dans ses mots - au moins trois d'entre eux : la jondura ou " profondeur ", le rematar ou l'art de " mettre fin " et le templar, intraduisible - de grands concepts esthétiques que notre esthétique ignore encore.

Georges Didi-Huberman 

Le Danseur des solitudes 2006  15,20 €

 

   " J'ai vu, un jour, dans les Alpujarras, un oiseau immobile dans le ciel. C'était un petit rapace. Son corps, à mieux y regarder, esquissait bien quelques gestes infimes : juste ce qu'il fallait pour demeurer dans le ciel en un point aussi précis qu'intangible. Sans doute était-ce le sitio convenable pour bien guetter sa proie. Mais il lui avait fallu, pour cela même, renoncer à voler vers un but, ne surtout pas " fendre l'air ", tout annuler pour un temps indéfini. C'est parce qu'il s'était placé contre le vent - parce que le milieu, l'air, était lui-même en mouvement - que le corps de l'oiseau pouvait ainsi jouer à suspendre l'ordre normal des choses et à déployer cette immobilité de funambule, cette immobilité virtuose. Voilà exactement, me suis-je dit alors, ce que c'est que danser : faire de son corps une forme déduite, fût-elle immobile, de forces multiples. "

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7 octobre 2013 1 07 /10 /octobre /2013 06:44

images-copie-30.jpeg D'une mère gitane, originaire de Séville, I. Galvàn est un des rares artistes à défendre la situation des Roms, nomades, gens du voyage, venus souvent de Roumanie, exposés à la haine et au racisme des Européens intégrés et des Français.

 

Certains spectateurs de Perpignan, minoritaires bien sûr, qui sont racistes sans être obligatoirement d'extrême droite, mais appartenant au "petit peuple" bourgeois individualiste, ne savent pas qu'ils vont assister au spectacle incroyable d'un chorégraphe qui prend parti pour ces Roms, honnis, chassé de tous les territoires car ce sont souvent des chapardeurs...pas des criminels !

 

 Demain, un compte-rendu du livre du philosophe Didi-Huberman, sur I. GALVAN... (J.P.B.)

 

      (au théâtre de L'Archipel, mardi 8 octobre 2013)

 

 

   * Israel Galván, aps avoir suivi son père dans les tablaos, intègre la Compañía Andaluza de Danza. Commence alors une trajectoire peu commune qui, en une dizaine dannées, est couronnée par lobtention des prix les plus importants de la danse flamenca. En 1998, son premier spectacle Mira ! Los zapatos rojos fait leffet dune révolution dans le monde du flamenco. Aujourdhui, Israel Galván est considéré comme le grand rénovateur de la danse flamenca.

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Israel Galván aime à dire que sa forme de communication c'est le corps plus que le langage. "Je cherche une identité par le geste". Difficile dès lors de ne pas avoir à l'esprit ces propos en assistant à une représentation de sa dernière création Le Réel. Un choc. Israel Galván a voulu rendre hommage à la mémoire des milliers de gitans exterminés par le régime nazi. C'est également une histoire personnelle, sa mère étant gitane : il raconte à sa manière ce drame du XXè siècle.


La danse, sa danse, sera ce témoin même si à ses yeux il faut "dépasser la mort sans la montrer". En une série de séquences imaginées avec ses complices Pedro G. Romero et Txiki Berraondo, Galván incarne cet homme face à l'horreur et au silence. "Se confronter à ce qui ne peut se danser est une invitation à la danse". Surtout Israel Galván convoque sur scène deux danseuses remarquables Isabel Bayón et Belén Maya, fille de Mario Maya avec lequel Israel fit ses débuts de solistes flamenco. Ces deux interprètes féminines apportent une autre force à cette création : danse en sabots, flamenco épuré, dialogue avec les instruments ou la voix, ici tout fait sens.


La partition chorégraphique se joue des extrêmes, lenteur et virtuosité, fureur et silence. Comme un "double rythme" qui deux heures durant transporte chacun. Sur le plateau, qu'Israel Galván a voulu dépouillé, un piano qui finit "démembré" les cordes étirées, le bois frappé. Le flamenco furioso de Galván s'affranchit une fois de plus des codes en vigueur pour plonger dans l'histoire. Et si Le Réel évoque la mort, il est aussi et surtout un formidable cri de résistance. La vie sur cette scène comme ailleurs est la plus forte.

 

** Le danseur est né sous une bonne étoile : fils d'une gitane et d'un autre danseur de légende, José Galvan, il est l'homme sans qui "le flamenco serait différent". (1) Israel était donc de taille à s'attaquer à du grand, du lourd : son dernier spectacle s'inspire de l'Apocalypse selon saint Jean. Pour mieux contrecarrer le sort, il danse et danse encore, osant le mouvement et l'innovation contre la mort et l'habitude.

Vous avez découvert le flamenco enfant avec vos parents. Pourquoi avoir persévéré dans cette voie ?

 

Au début, la danse en elle-même ne m'attirait pas. Je me souviens que j'aimais jouer dans les loges, j'aimais ramasser l'argent qu'on me jetait sur scène quand il m'arrivait de danser. J'observais les adultes et à leur contact je me sentais grand comme eux. Aujourd'hui, maintenant que la danse est devenue mon métier, elle me sert à mieux me connaître. Je danse souvent seul, mais en m'entourant de musiciens et d'accessoires, je recrée mon propre univers, influencé par Vincente Escudero, Carmen Amaya...

Votre danse réinvente le flamenco. Le spectateur qui vient voir vos spectacles n'assiste pas à une démonstration conventionnelle.

Je ne suis ni un esprit rebelle, ni un génie, et je ne suis pas encore désabusé. Je suis seulement un danseur de flamenco libre. Cette danse n'a pas, que je sache, de règles établies. Il n'existe pas une loi qui édicte ce qui doit ou ne doit pas être fait : chaque artiste est libre de décider et le public reste seul juge. C'est lui qui décide si oui ou non il a vécu une expérience de flamenco en regardant un spectacle.

Pour votre dernière création, 'El Final de este estado de cosas, Redux', vous vous appuyez sur des passages de l'Apocalypse. Pourquoi ce choix ?

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El Final de este estado de cosas, Redux, d'Israel Galvan

 

La Bible et le flamenco ont toujours été, pour moi, intimement mêlés. C'est d'ailleurs pour cette raison que je parle de "mise en (s)cène". Quand j'étais petit, nous dormions mes parents et moi dans des cabarets andalous. Chaque matin, nous lisions un passage de la Bible. Je me souviens notamment des versets de saint Jean dans l'Apocalypse : les lamentations de ses prophéties sonnaient à mes oreilles d'enfant comme les cris des chanteurs de flamenco qui, la veille au soir, avaient chanté la seguiriya. Je vois dans l'Apocalypse toutes les peurs et toutes les fêtes présentes dans le flamenco, et je me laisse porter par ce souvenir, sans vouloir suivre le texte à la lettre.

Est-ce un spectacle liturgique ?

C'est un spectacle de flamenco. Nous, les artistes du flamenco, vivons aussi dans ce siècle, et notre danse, comme tous les arts, peut exprimer les émotions de la société actuelle : la solitude, la destruction de la famille, les catastrophes écologiques, la nature... Ce spectacle est porteur d'un message, mais le spectateur reste libre de l'interpréter.

Propos recueillis par Mathieu Laviolette-Slanka

 

***DANSE avec les ROMS :

 

Au milieu d'un campement de Roms à Ris-Orangis, la nouvelle étoile du flamenco Israel Galvan frappe des talons avec passion. 

Les Roms du campement, véritable bidonville à 20 kilomètres au sud-est de Paris, ont terminé la construction de la scène vendredi matin afin d'accueillir le danseur, actuellement à l'affiche du Théâtre de la Ville à Paris.

En début de soirée, la silhouette longiligne d'Israel Galvan, pantalon orange et doudoune marron, apparaît dans le camp, attendue par environ 70 personnes, habitants du bidonville et membres d'associations de soutien. Les enfants, tout juste sortis de l'école ou du gymnase où certains sont scolarisés, s'impatientent au milieu de la boue et des cabanes, construites en bordure de la N7.

Torse bombé, accompagné de deux cantaores (chanteurs de flamenco), il exécute quelques pas de danse pendant quelques minutes, frappant le sol de façon rude et virile, à la manière d'un torero athlétique.

Mais il est surtout heureux d'inviter les Roms à danser au milieu de la petite scène, faite de planches de bois et entourée de guirlandes qui donnent à l'endroit des airs de fête foraine.

Une femme, dont la jupe noire frôle le plancher, hésite, puis finalement se lance dans le cercle sous le regard bienveillant d'Israel Galvan.

En soirée, les Roms sortent leurs propres instruments: violons, accordéons et tambours frappés à l'aide de bouteilles en plastique.

"C'est bien pour les enfants, pour nous, pour la musique", dit Jorge, qui habite le campement depuis huit mois. "Ca amène de la joie!"

"Autre type d'énergie"

Fils d'une gitane, Israel Galvan ressent ici une familiarité avec ce qu'il connaît.

"Quand je regarde les gens, je vois certains visages qui pourraient être celui de ma grand-mère", dit-il, souriant, à l'AFP.

"Ce qui me frappe c'est que malgré les difficultés de ces populations, il ressort une grande joie dans leur façon de vivre", ajoute-t-il.

Dans son spectacle, baptisé "Le réel", il évoque sans concession le sort tragique --et largement occulté-- réservé aux Tziganes pendant la Seconde Guerre mondiale, persécutés et exterminés par les Nazis.

Les danseuses y sont habillées en Roms, comme en signe de solidarité avec la stigmatisation dont ils sont victimes aujourd'hui.

"Pour créer mon spectacle, je me suis inspiré de livres et de photos anciennes de tziganes. Mais venir ici, c'est la situation la plus réelle à laquelle je me suis confronté", explique celui qui au fil des ans s'est taillé une réputation de danseur profondément avant-gardiste et novateur.

"Je n'ai jamais dansé dans ce genre d'endroits avant mais c'est important pour un danseur de venir respirer un autre type d'énergie que celle des théâtres", estime-t-il.

La rencontre, à l'initiative de la revue culturelle "Mouvement" et de l'association "Perou" qui vient en aide aux Roms, ne s'arrête pas là. Pendant quatre soirs, Israel Galvan invite douze habitants du bidonville à venir assister à son spectacle au Théâtre de la Ville, qui court jusqu'au 20 février.

"C'est important qu'ils viennent voir le spectacle, car il parle de leur histoire", dit-il.

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6 octobre 2013 7 06 /10 /octobre /2013 09:45

oeuvre-originale-de-M.Delaris.jpg Couverture du recueil : un oeuvre originale du peintre Marcel Delaris.

 

 

Jean IGLESIS                                                                    

Tel : 04 68 55 94 42  jean.iglesis@wanadoo.fr

 

J'ai plaisir à vous annoncer la parution  en e-book de mon recueil de poèmes

 

«Le Vers aux lèvres»

 

70 textes s'y trouvent consignés.... Des poèmes qui séduisent, intriguent ou interrogent...Comme des traces de pas sur le chemin parcouru...ils témoignent dans le jeu des mots, des images et des rimes...

 

Dans ce recueil : A Bausil - A Brel - A Lorca - A Pablo Casals –  A un anti fumeurs - – André - Audrey n'avait qu'un an – Aurélie –  Chant d'exil – Christine - Complainte du Bourdigou – Emmanuelle -Grand-père - Hommage à Charles Chaplin - Hommage à Georges Brassens  - Il était Dracula – Je suis... - Je t'aime pour tes yeux - Joëlle - La liberté – La mort de Lorca - La petite fille aux yeux verts –  La porte   – La vieille dame -Lac - L'adieu  - L'amour que tu n'as pas connu  - L'araignée – L'atoll -Le chêne  - Le clown blanc – Le condamné à mort - Le jour où tes mots m'ont brisé – Le lamparo -Le nain –  Le navire - Le nouvel amour – Le premier crime de l humanité, à Tautavel - Le repos de Brel – Le retour du Christ – Le rêve – Le sot -Le temps d'aimer – Les chants – Les cloches de la vie – Les farceurs – Les oies sauvages -  Les parts de bonheur - Les yeux de Joëlle – L'éveil  - Longwy - Ma femme –Ma muse - Maison  –Marie – Mathieu – Mère – Mon ange -Mon pays  - Pandore -Petite fille - Si le malheur... - Sur la façade de mon cœur – Tes yeux – Toussaint - Un soir - Vallespir -Verdun – Vision marine – Yeux – 

 

   De plus amples informations sur la page Facebook de Jean Iglesis.

 

 

 

** LA  4ème édition   de lAutomne Musical en Vallespir - Carrefour des Arts - 06 99 88 90 43  - www.amuvall.org  -

 

 

* Dimanche 6 Octobreà  VIVES   Sallepolyvalenteà17h30

Solo - Duo et Quatuor de Saxophones "minima distancia"           enpsence de Frédéric Lodéon

Mi bailaora de David Salleras (solo saxophone) - Rodeando de David Salleras (quatuor de saxophone) - Soñando una nana de David Salleras (quatuor de saxophone) - Suite Hel·lenique de Pedro Iturralde (quatuor de saxophone) - Tango pour une princesse desespérée de David Salleras (quatuor saxophone) - Il momento perduto de David Salleras (quatuor de saxophone) - Danse de Daniel Lopez (quatuor de saxophone) - Retandote de David salleras (solo saxophone) - MIlonga en Re de Astor Piazzolla (quatuor de saxophone) - Escualo de Astor Piazzolla (quatuor de saxophone) - Lltimo suspiro de David Salleras (quatuor de saxophone)

 

 

* Samedi 12 Octobreà  MAUREILLAS   Eglise Saint Etienne  à20h30

Solistes de lOrchestre National de Montpellier Languedoc-Roussillon en Quintette

Michel Raynié, flûte - Daniel Thiery, hautbois - Magalie Cazal, basson - Paul Apélian, clarinette - Cyrille Tricoire,violoncelle

Mozart, sonate pour basson et violoncelle K. 292 -  Martinu, quatre madrigaux pour hautbois, clarinette et basson - Villa-Lobos, duo pour violoncelle et flûte "Assobio et Játo" - Connesson,Toccata-Nocturne pour violoncelle et flûte - Malipiero : sonata a quattro pour Flûte, basson, clarinette et hautbois - CPE Bach : quintette en La M pour violoncelle, flûte, hautbois, clarinette et basson

Vendredi 25 Octobreà  CERET   Eglise Saint Pierre  à20h30

Ensemble Tutti Bassi (7 violoncelles et contrebasse) et soprano

F. Ragot, Daniel Oliu, Eva Curto, Domenech Surroca, Adgar Casellas, Shani Megret, Melody Giot et Claude Delmas, contrebasse + Soprano Ulrike van Cotthem

Œuvres de E. Morera, A. Stradella, V. Bellini, A. Piazzola, H. Villa-Lobos, J.S. Bach, J. Garcia, M. Bruch et R. Strauss (Vier letzte Lieder)

 

Samedi 26 Octobreà  REYNES  –  Eglise Saint Vincens  à20h30

Quintette à vent "KAFKA" de Girone

Théresa Noguerón, clarinette - Pau Roca, hautbois - Laura Serra, basson - Elia Casals, flûte - Anna Ferriol, Cor

Ouverture de La Flûte enchantée W.A. Mozart (arrangmt J. Linckelmann) - Quintet Pastoral de J.CornudellaPastorale, variations sur le thème, Valse -  « Trois Pièces Brèves » de J. Ibert allegro, andante, assez lent, allegro scherzando Vent de Folie de Didier Favre - Trois Humeurs pour Quintet à Vent de A. Rubstov, Dénuement, Tristesse et Frivolité - Childrens Corner de Claude Debussy -Dr. Gradus ad Parnassum, The little shepherd, Golliwoggs Cakewalk - Libertango de A. Piazzola

Dimanche 27 Octobreà  LE BOULOU  –  Eglise Sainte Marie  à17h30   CONCERT DE CLÔTURE

Lorchestre du « Carrefour des Arts » et le Choeur " AMuVall 2013 » (« Tutti Cant» et « Serenata »)avec les Solistes de la GiOrquestra de Girona

Concerto pour piano de W. Mozart (op144 en La Majeur) - Massenet - Saint-Saëns - Messe Brève N° 7 des Chapelles de Charles GOUNOD Kyrie, Gloria, Sanctus, O Salutaris, Agnus Dei

RESERVATIONS : 06 99 88 90 43aupsLes Formations de Chambre des Pays Catalans (organisateurs)

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5 octobre 2013 6 05 /10 /octobre /2013 09:25

photo_1380782346616-1-0-215x144.jpg  La 12e édition de la Nuit Blanche aura lieu dans la nuit de samedi à dimanche dans la cité catalane !

 

   Avec des violonistes à bord d'hélicoptères, des feux d'artifice sur la Têt, une aire de jeu monumentale pour enfants dans le quartier du Vernet, ou encore une sculpture de brume place de la République, elle revendiquera un aspect spectaculaire.

L'événement dévolu à l'art contemporain sous toutes ses formes, parfois avec son, image voire les deux, se déploiera sur quatre parcours : Berges de la Basse, Gare TGV-Centre du Monde, Révolution-République, Place Cassanyes-Jardins Saint-Jacques....

 

Le maire de Perpignan, J.Paul Pujol, vivra cette édition comme  peut-être sa dernière en tant que maire, n'étant pas assuré d'être réélu (en fait, il n'a jamais été élu) en mars prochain. Il en donnera le départ à 19H00 avec une oeuvre participative et festive du compositeur Diego Tosi, formé à l'Ircam de Pierre Boulez à Paris...

 

  Autre oeuvre spectaculaire, à mi-chemin de la performance et du concert: le musée Puig, telle la Monnaie de Paris au Pont-Neuf,  présentera au niveau du Pont de la voie rapide vers Narbonne, l'aéroport,  l'une des oeuvres les plus excentriques et sardanistes du compositeur catalan Galdric  Vicens !

 

 Et pour cause, elle prévoit le vol pendant 20 minutes dans le ciel parisien de quatre hélicoptères hébergeant chacun un violoniste. Le concert d'une durée de deux heures au total, prévu à 18h00, sera ensuite rediffusé toute la nuit sur grand écran. 

 

Place de la République, une "sculpture de brume" de l'artiste catalan Jaume Plensa enveloppera les promeneurs d'un nuage évanescent créé avec des brumisateurs d'eau. Des textes de Walter Benjamin seront lus à cet endroit par des conteurs confirmés, dans une scénographie étonnante de Guillaume Lagnel...

 

A minuit, la rivière sera, au niveau du Quai Vauban, le théâtre d'une oeuvre pyrotechnique du célèbre l'artiste majorquin, qui présente en ce moment, au musée de Céret, son "mur" d'argile et ses originales poteries ...

 

Au total, ce sont plusieurs dizaines d'événements qui s'offriront au regard des promeneurs, dans des lieux emblématiques de la capitale roussillonnaise (de la place de La Loge à celle du Castillet, du Musée des Beaux-Arts au couvent des Minimes, de la fontaine d'amour à l'église Saint-Jacques) comme dans l'espace public.

La nuit catalane va permettre à une population bigarrée et en malaise (sécurité, affaire des disparues...) de se défouler dans cet espace  urbain dépourvu souvent d'urbanité.

 

Il permettra en outre aux 3-12 ans de s'ébattre et se laisser tomber dans

des bassins de blocs de mousse instalés sur la promenade Maillol et devant l'immense clafoutis de L'Archipel...jusqu'à dimanche 13h00, très précises, les services municipaux ne désirant pas travailler au-delà de cet horaire, l'édile en chef ayant refusé de les payer double...

 

Bonne fête, bonne nuit blanche ! C'est cela, la culture à Perpi ! (ou ce qui aurait pu être, si nos responsables avaient un peu plus d'imagination...)

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19 septembre 2013 4 19 /09 /septembre /2013 10:18
images-copie-25.jpeg   François Dumont


 

   Le jeune pianiste nous a fait l'honneur de venir à Elne, en juillet dernier, pour participer au festival de piano "Fortissimo" : un beau succès ! Puis F. Dumont est venu partager un verre après le spectacle : gentillesse et naturel de la part de ce virtuose qui a l'avenir devant lui ! 

 

Il vient d'enregistrer, avec le perfectionnisme qui le caractérise, l'opus complet pour piano de Ravel. Il s'explique lui-même : Ravel et l'interprétation...

 

Il apllique l'exigence du maître à la lettre "jouer, sans interpréter !"; on a pu reprocher à F. Dumont de se montrer trop respectueux (lire l'article dans Télérama du 28.08.2013, page 52 : "manque encore un zeste d'insolence.")... Le talent et le travail sont là; plus tard, bientôt sans doute, le recul, l'ironie, l'insolence ... (JPB)


 

François Dumont joue Ravel chez Piano Classics
François Dumont présente l'intégrale de la musique pour piano de Maurice Ravel, chez Piano Classics ! Un répertoire emblématique interprété de main de maître par l'un des meilleurs pianistes français actuels.


Ravel fascine par sa capacité peu commune à manier avec aisance différents idiomes musicaux, différents langages, différentes formes, tout en gardant pour chacun d'eux une signature sonore bien à lui.

Ainsi, dans « Le Tombeau de Couperin», la concentration de l'écriture pianistique sur une tessiture réduite du clavier, l'utilisation intensive d'ornements, l'économie de la forme et la référence explicite aux danses anciennes de la Suite Française sont autant d’éléments qui, réunis, distillent la saveur particulière de ce magnifique hommage aux grands clavecinistes français des XVIIe et XVIIIe siècles.

Il est par ailleurs difficile de croire qu'il s'agit du même compositeur qui écrit «Gaspard de la nuit ». De par sa virtuosité et sa volonté de repousser toujours plus loin les limites de la technique pianistique, ce cycle est directement influencé par l'écriture lisztienne. De fait, cette influence de Liszt se poursuit dans des pièces comme « Ondine », « Jeux d'eau » ou « Une barque sur l'océan », où Ravel développe le style inventé par Liszt dans « Les jeux d'eau de la villa d'Este», dans lequel les sonorités du piano semblent se métamorphoser en substance aquatique, avec ses incessants miroitements et ses infinis changements de couleurs.

Dans les « Miroirs », Ravel offre une utilisation des résonances (notamment dans les mouvements lents, « Oiseaux tristes »et « La vallée des cloches ») - comparable à la palette d'un peintre impressionniste. Ceci contraste fortement au sein du même recueil, avec les sonorités sèches de guitare et de castagnettes utilisées dans l'Alborada del Gracioso, une pièce authentiquement espagnole, avec ses imitations folkloriques et le « Cante jondo » de la partie centrale...

De même, les « Valses nobles et sentimentales», dont le titre est une allusion directe aux « Valses nobles» et « Valses sentimentales »de Schubert, illustrent la richesse de l’œuvre de Ravel de par leur écriture dans un style « de Salon »- mais ô combien raffiné est cet hommage ironique de Ravel à Vienne!

Ce qui fascine chez Ravel est la parfaite adéquation entre l'essence (ce qui est dit) et les moyens d’écriture utilisés pour le dire. En effet, Ravel brille aussi bien dans l'art d'écrire des Valses viennoises que des Suites Françaises, des fantasmagories lisztiennes, des rythmes folkloriques espagnols, des aquarelles aquatiques, des pantomimes de salon, des prières hébraïques, des fantaisies orientales ou du Jazz.

Quelle maîtrise de la composition, quelle richesse d'imagination! Aucun autre compositeur n'a été capable de parler autant de langues de manière si convaincante.

Pourtant, la vraie nature de Ravel semble se situer ailleurs. Son lyrisme secret nous touche d'une manière unique. Le fait que tant de personnes écoutent encore le « Boléro» dans le monde entier dénote une forte puissance d'attraction, un magnétisme inconnu, un étrange pouvoir de séduction intrinsèques à sa musique.
Au delà du masque de ces harmonies somptueuses, on devine la voix personnelle de Ravel, que je trouve bouleversante en son émouvante simplicité. Ses confessions les plus intimes sont dissimulées derrière une éblouissante profusion de détails, une incroyable richesse d'invention, un art hautement sophistiqué.

L'énigme de Ravel est loin d'être résolue. Ses contradictions sont multiples : il était lui-même un pianiste relativement limité, mais aucun autre compositeur n'a réussi à faire sonner l'instrument de manière aussi colorée et variée, avec son insolente virtuosité et son pianisme raffiné à l'extrême.
Il avait une aversion pour la froideur et la sécheresse des techniciens parfaits, des virtuoses vides de sens. Néanmoins, il déclara ne pas vouloir être « interprété » mais seulement « joué », souhaitant éviter tous les excès des « interprètes ». Cependant, si les tempi très rapides de Marguerite Long dans son Concerto en sol ne le perturbaient pas, car « avec [elle] on était sûr d'entendre toutes les notes » , de nombreuses biographies relatent pourtant ce fameux incident avec Toscanini, qui avait osé diriger le Boléro dans un tempo trop rapide.

La musique de Ravel peut être qualifiée sans aucun doute de « musique française », figurant probablement parmi les œuvres artistiques les plus originales, les plus typiques et les plus représentatives que la France ait produites. 
La structure chez Ravel est toujours clairement dessinée, concise et précise et utilise souvent de nombreuses formes anciennes (Sonatine, Menuet, Fugue, Prélude etc). Cependant, l'audace des harmonies, certaines textures étonnantes, son imagination fantastique sont tout sauf «classiques». 

Il fut un moderniste, un innovateur, revêtu d'un habit classique des plus élégants.

Au regard de ces contradictions, Ravel semble atteindre un délicat équilibre, un savant dosage entre cœur et raison. Sa musique parle aux sens aussi bien qu'à l'esprit, à l'intelligence tout autant qu'à l'intuition. Cela explique en partie pourquoi ses œuvres ne semblent jamais vieillir : elles gardent cette éternelle jeunesse, cette fraîcheur qui a le pouvoir de toujours nous surprendre et nous emmener dans des régions inconnues et féeriques.
La complexité de Ravel ne saurait être qualifiée de purement intellectuelle, sèche ou prétentieuse. Il s'agit plutôt d'une élégance de l'âme, une noblesse de sentiments, une secrète sensibilité que Ravel distille dans l'alchimie de ses harmonies. Sa musique respire l'innocence de l'enfance, elle contient une part indescriptible de magie. La constante référence à un passé révolu (dans le « Tombeau de Couperin » bien sûr, mais aussi dans de nombreuses autres pièces dont le nom est une danse ancienne) dénote une certaine nostalgie, un sentiment de douce amertume qui au détour d'une phrase vous saisit le cœur, par surprise. Ravel nous conte la faille de l'humain, la fragilité et l'innocence du paradis perdu de l'enfance. A ce titre, « L’enfant et les sortilèges » (son unique contribution à l'opéra) semble être une clef pour comprendre son œuvre toute entière. Chez Ravel, pas de débordement d’émotions : c'est souvent ce qui n'est pas dit mais seulement suggéré, implicite, qui est le plus fort et parfois le plus troublant.

La vie de Ravel s'est terminée en tragédie et je ressens ce sentiment tragique dans sa musique. Il ne s'agit nullement d'une tragédie grecque ou beethovénienne, mais plutôt du sentiment de la solitude humaine, son désespoir et son impuissance face à l'inexorable destin.
A mes yeux, même ses œuvres les plus brillantes et les plus populaires (je pense au Boléro ou à l'Alborada del Gracioso) comportent une facette tragique, ans parler du sombre « Concerto pour la main gauche » ou de « La Valse », œuvre quasi autodestructrice.

Un orchestrateur de génie, un esthète aux milles couleurs, tel était Ravel.
Il a transcrit pour orchestre un grand nombre de ses œuvres pour piano de manière souvent spectaculaire, même si, à mon sens, la version originale reste plus convaincante et personnelle.

La beauté de son message, les subtils parfums de l'essence ravélienne stimulent notre imaginaire.
Le rêve de sa musique inspire l'auditeur vers toujours plus de curiosité, de culture et de sensibilité.

(c) François Dumont
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