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28 novembre 2015 6 28 /11 /novembre /2015 11:23
Tresserre - Avion de Kadhafi à Perpignan © Paris-Match & AFP (R.Roig)
Tresserre - Avion de Kadhafi à Perpignan © Paris-Match & AFP (R.Roig)
Tresserre - Avion de Kadhafi à Perpignan © Paris-Match & AFP (R.Roig)

Tresserre - Avion de Kadhafi à Perpignan © Paris-Match & AFP (R.Roig)

    Je suis PERPI…Je suis PARIS !

 

Je suis Paris. 

Bien sûr, qui oserait dire le contraire face à la violence brute et nihiliste qui s'est abattue..? J'aime Paris… La France aussi, et sa langue, le français, et, de plus, étant prof de français… Cependant, j'ai pas mis le drapeau BBR (bleu-blanc-rouge aux couleurs de Paris, de la Royauté et de la République)… Pas patriote, sans doute… 

Pourtant, quand J.P.Chevènement avait installé le linge national sur le fronton des écoles, j'étais d'accord… 

 

A présent, je deviens libertaire… Brassens, Ferré, je mets le drapeau dans ma poche…

Puis suis plutôt internationaliste… Le drapeau, c'est le nartionalisme, encore la guerre ! Faut-il répondre à la guerre par la guerre..??

 

 

Aussi, je suis Perpi car j'y suis né. Perpi, je la vis.

J'aime cette cité et la Catalogne, que je ressens comme une nation; pourtant je ne parle pas le catalan; je le comprends, s'il n'est pas trop littéraire… 

Je n'ai pas arboré, non plus, le drapeau catalan…Qu'ont fait les indépendantistes de "Catalogne-Nord" (j'aime pas cette appellation) : un peu pris en étau, entre compassion pour les Français et sentiment que cela, les malheurs de la France, ne les concerne pas..

Dommage : ils auraient pu mettre les deux… La solution, c'est de n'en mettre aucun ! 

 

Perpi, on l'aime quand on en parle dans la presse nationale. Dans le magazine M (du Monde) de ce 27 nov. 2015, par exemple :

 

**L'Airbus A340 immatriculé 5A-One atterrit discrètement sur l'aéroport de Perpignan-La Llabanère (nom de la petite rivière qui longe l'aéroport).

 

    L'avion de KADHAFI dort à Perpignan depuis plus de 3 ans (24.8.2012)…

 

Cet avion s'était posé à Orly en 2007 quand le dictateur lybien a rendu visite à Sarkozy. Il intéresse désormais les créanciers de la Lybie…

 

 

EAS est une PME locale spécialisée dans la maintenance aéronautique. Son patron est Romain Grau. Avocat d’affaires et premier-adjoint au maire de Perpignan en charge des Finances,.

 

Romain Grau a été l’avocat d’EAS lors de la dernière tempête essuyée par l’entreprise. 40 salariés ont été licenciés après la reprise de la société, à la barre du tribunal de commerce, par Philippe Chabalier, l’effectif passant de 270 à 230 employés. 

 

Une demande “d’omission” a été formulée par Romain Grau auprès du barreau de Perpignan, une profession commerciale étant incompatible avec la robe. 

Quant à sa fonction de premier adjoint, il assure qu’elle ne prête à «aucun conflit d’intérêts».

 

** Une agence gouvernementale libyenne a fait valoir ses droits lundi devant le tribunal d'instance de Perpignan sur l'ancien avion personnel du dictateur libyen Mouammar Kadhafi stationné à proximité, qu'un créancier koweïtien souhaite vendre aux enchères. Le tribunal rendra sa décision le 30 novembre. Si la saisie engagée est validée,une nouvelle audience est prévue fin janvier afin de fixer les conditions de la mise en vente de l'avion…

 

*Enfin, quand on parle d'un champion catalan sympathique, on aime (cf Le Monde de ce samedi : reportage sur Martin FOURCADE, qui participe à la première épreuve de coupe du monde de ski de fond…)

 

JPBonnel

 

 - - -
 
* Ce samedi à 15h30 rencontre avec J.PBarou, pour son livre : La guerre d'Espagne ne fait que commencer (Seuil), au Centre Joe Bousquet de Carcassonne, entrée libre - 04 68 72 50 83
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16 novembre 2015 1 16 /11 /novembre /2015 10:50
Emotion spéciale - Contre la haine : Minute de silence et hymne à la poésie (Jean Iglésis)

Emotion spéciale : 

 

face à l'événement les journaux lancent des "éditions spéciales".

 

Concurrence de l'information, occasion de relancer les ventes : Commerce et cynisme…

 

Dans les réseaux sociaux, encore l'émotion, première réaction compréhensible, mais obscénité des sentiments : après "Je suis Charlie", voici "Je suis Paris"... 

 

 

Tous ces beaux sentiments collectifs contrastent avec la barbarie d'une minorité, mais  hélas ne servent à rien : on l'a vu, on va le voir. La catastrophe est annoncée depuis des mois...

 

 

Minute de silence

 

Je ne voudrais pas être à la place de les collègues enseignants (surtout dans les quartiers sensibles), qui devront expliquer la situation et instaurer une minute de silence. La grande majorité des enfants acceptera la chose, mais une minorité d'ados d'origine maghrébine montrera des réticences. 

 

 

Il faut que le prof soit conscient de l'Histoire que le jeune Français d'origine africaine ou moyenne-orientale porte en lui.

L'hérédité d'une famille -harkie immigrée - qui a vécu les effrois de la guerre (en Algérie surtout), la torture d'un côté (l'armée française) et l'égorgement de l'autre (le FLN)…

Une famille en exil venue en France et souvent vivant dans des quartiers pauvres, méprisés, des ghettos, dans une France où les injustices et les inégalités sont criantes…

 

 

L'histoire des pays occidentaux (France, Belgique, Angleterre, USA…) est celles de pouvoirs qui ont, depuis des siècles, semé la terreur dans le monde : guerres de religion (catholiques/protestants), conquête de l'Amérique et destruction de civilisations indiennes (génocides), colonisations (pouvoir d'une minorité) et guerres de décolonisation (Vietnam, Afrique du Nord…) avec son cortège d'horreurs. 

 

Osons dire que nous fûmes (nos ancêtres "blancs") des BARBARES. Sans oublier les millions de morts engendrés par les idéologies occidentales, nazies et staliniennes...

 

 

Osons dire que nos gouvernements occidentaux protègent les marchands de canons et sont eux-mêmes (la France, l'Allemagne, les USA…) des marchands d'armes. Ils ont installé des dictateurs dans les pays aux richesses naturelles énormes : des Khadafi, Saddam, Hassad, Ben Ali…qui constituaient un rempart contre l'islamisme radical naissant. Même contre le parti religieux musulman qui gagne les élections libres en Algérie…

 

 

Osons dire que nous avons vendu nos armes, nos Rafale à ces pays (Syrie, Irak…) et qu'ensuite nous détruisons ces armes en leur faisant la guerre…Et le commerce continue…

 

L'attitude de nos gouvernements bellicistes ne doit pas excuser l'attitude des nouveaux "barbares" (Talibans, Etat islamique):  l'étude du passé peut faire comprendre la folie meurtrière de quelques fanatiques qui n'ont pas peur de la mort.

 

 

L'enfant de nos collèges n'a pas en tête toute cette mémoire, mais il sent (drapeaux algériens lors d'un match contre la France, propagande des Imams…) qu'une colère rentrée, qu'une amertume tenace ont été transmise, au coeur des familles, par les anciens…

 

 

L'ado ne comprend pas que l'on lance des bombes sur ses frères d'Irak ou de Syrie…Il ne comprend pas le racisme qui peut hanter les villes depuis des décennies…

 

 

L'enfant voudrait la paix, pas la haine, mais que l'on respecte d'abord ses frères proches ou lointains…

 

 

 

J.P.Bonnel

 

- - - - -

 

* A l'attention de tous ceux qui - n'ayant pour principal  objectif que  d'occire la liberté des autres - ne font, au bout du compte, qu'assassiner inconsciemment leur propre liberté…

 

 

Dans le lit de la haine

 

Dans le lit de la haine,

Ne sommeillent ni les nounours,

Ni les espoirs de meilleurs jours.
Les enfants dans la nuit d’ébène,
Cernés par les croquemitaines,
Rêvent de gloires incertaines.
Bercés par le chant des sirènes,
Poings serrés et mains déjà pleines,
Ils dorment tandis que reviennent
Les vieux démons qui les ramènent
Aux horreurs de l’histoire ancienne,
Dans le lit de la haine.

Dans le lit de la haine,

Il fait si noir que dans un four.

Les comptines ont tourné court.

Les enfants sous le ciel amène,

Repus de joies un rien obscènes,

Rêvent d’une vie mise en scène

Et de conquêtes aériennes.

Ils dorment sans qu’ils se souviennent

Des libertés perdant haleine,

Des droits que l’on bafoue sans gêne,

Des leçons de l’histoire ancienne,

Dans le lit de la haine.

Dans le lit de la haine,

Les craintes ont exclu l’amour.

Le doute bat sous l’abat-jour.

Les enfants sous la lune pleine,

Croulant dessous le joug des chaînes,

Rêvent de guerres inhumaines,

Remportées sans aucune peine.

Ils dorment tandis que reviennent

Les navires sans capitaine,

Les chefs de l’armée mexicaine,

Les relents de l’histoire ancienne,

Dans le lit de la haine.

 

Jean Iglesis

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12 novembre 2015 4 12 /11 /novembre /2015 11:17
Avec Sartre.

Avec Sartre.

 

"Il faut toujours l'ouvrir. Protester, c'est efficace. "

André Glucksmann - 

 

l'intellectuel engagé, le blogueur et le lanceur d'alerte

 

Au moment où les "intellos médiatiques" font la couverture des hebdos, un ancien "nouveau philosophe" tire sa révérence.

 

Au moment où les anciens gauchistes virent à droite, la voix du philosophe Glucksmann s'éteint et avec elle, ses combats, sur le terrain (Tchéchénie, Serbie, Russie), ses errements (de l'Union des étudiants communistes au maoïsme, puis au Sarkozysme)...

 

Avec B.H.Lévy il avait montré les horreurs du stalinisme, puis le cynisme russe de Poutine. C'était un intellectuel "engagé", un "intello universel", selon la formule de Sartre, devenu ensuite un "intello spécifique", selon la classification de Michel Foucaullt, se limitant aux thèmes de la guerre, du nucléaire, de la réflexion autour de Clauzewitz… 

 

Sa voix, rauque et ferme, a traversé les décennies de la fin du XX° siècle et les émissions de Bernard Pivot… Nous ne l'oublierons pas : il avait raison de se révolter !

 

Comme le font les blogueurs actuels, les lanceurs d'alerte, pourchassés en Chine, fouettés, emprisonnées en Arabie ou en Orient, inquiétés en Europe et aux USA et partout, les Snowden, les Assange, les Irène Frachon (le médiator), ceux qui en Allemagne ont provoqué des révélations et réactions à propos de l'affaire Volkswagen, ceux qui révèlent les scandales des paradis fiscaux *

 

Le rôle du lanceur d'alerte est essentiel, c'est un "délateur poistif", oserai-je écrire, qui prône la transparence, la désobéissance du peuple face au pouvoir injuste, qui affirme le rôle de la conscience dans une société dominée par le mensonge politique, le mensonge d'Etat (Bush et l'Irak) et la crise de la représentativité démocratique…

 

J.P.Bonnel

 

 

*ainsi LuxLeaks, révélation par la presse d'accords fiscaux, les "tax rulings", prouvant l'existence d'un système d'optimisation fiscale agressive mis en place à grande échelle au Luxembourg, au profit de centaines de multinationales, avec la complicité des grands cabinets comptables internationaux… Antoine Deltour est un lanceur d'alerte à l'origine de cette révélation. Poursuivi, il risque 5 ans de prison et un million, 250 000 euro d'amende…

 

- voir : plate-forme (Attac, Amis de la Terre, CFDT, CGT, Secours catho, syndicat magistrature…) contre les paradis fiscaux : www.stopparadisfiscaux.fr

 

site de soutien : https://support-antoine.org

 

- - -

Lire : L'art de la révolte : G. de Lagasnerie, Fayard, 17 euros-

-On a toujours raison de se révolter - Sartre -

-L'Homme révolté - Camus -

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5 novembre 2015 4 05 /11 /novembre /2015 11:39
Louis Aliot

Louis Aliot

    Louis Aliot, le frontiste bi-frons

 

 

 

Je devrais l'apprécier, cet Ariégeois, ce passionné de ski ! Or, je suis plutôt de l'avis de Fabrice Thomas (*)

 

C'est vrai : il a des atouts, sociaux et identitaires :  d'origine populaire, père et grand-père plâtriers, grand-mère pied-noir communiste... désirant changer le visage du FN en éliminant les fascistes...s'inspirant du souverainisme d'un J.-Pierre Chevénement…adepte du recentrage du FN… 

 

Le récent portrait, assez complaisant, publié par Le Monde (daté du 4 nov. 2015) nous montre un Aliot modéré, indulgent avec J.Marie Le Pen, dont il fut le directeur de cabinet et, désormais, le beau-fils virtuel…

 

 

Ce Louis, peu monarchique, se qualifiant sans cesse de "républicain" hésite entre séduction, bons mots, ton calme, mesuré et accent polémique, méchancetés du discours. (texte de F.Thomas). D'où son ambiguité de Janus, la difficulté à l'analyser...

 

 

A la mairie de Perpignan, il est très indulgent avec J.Marc Pujol, pour, sans doute, faire apparaître le nostalgérique plus à droite que lui. D'ailleurs L.Aliot est souvent absent au conseil municipal (comme au conseil régional, d'ailleurs, en queue du peloton ), et ses collègues frontistes sont peu agressifs et guère médiatiques. Il n'y a que sur le problèmes des Harkis que l'élu européen peut s'emporter : c'est dans l'identitaire et le communautarisme qu'il excelle : rencontres avec les gitans lors des municipales, déguisé en pénitents lors de la procession de la Sanch…

 

 

Cet homme bi-frons (main de velours et main de fer, modération apparente et violence rentrée) croit que sa stratégie est la bonne : il n(y a qu'à attendre, les gens sont de plus en plus mécontents du maire, la mairie peut être prise dans 5 ans et demi, et, comme pour les Régionales de décembre, l'abstention va être le moteur, passif, essentiel. Perpignan est à portée du front, le maire peut démissionner, le réflexe républicain ne jouera plus, les intellos ne lanceront plus de pétition (cf. celle que j'ai lancée avec T.Rebull et B.Stora - Aliot en a d'ailleurs parlé lors de son débat avec JMPujol à la radio et à L'Indépendant), les citoyens se disent de plus en plus : on a donné à droite et à gauche…Essayons à présent le FN…Chiche !!

 

 

L. Aliot semble avoir raison, l'événement est inéluctable, car la crise se prolonge et l'arrivée des migrants ne peut que conforter le réflexe raciste, nationaliste, souverainiste, identitaire...

 

Personnage en retrait, en apparence, loin du front, laissant la parole à un Philippot idéologue et conseiller de la princesse, L. Aliot est aussi proche du fondateur du FN et intime de Marine : son influence sur le parti et la candidate est énorme !

 

JPB

 

 

 

  1. (*) Le vrai visage de Louis Aliot  Publié le 2 novembre 2013J’aurais gardé les épines pour Louis Aliot que je tiens à féliciter pour sa clairvoyance. Il a en effet compris que je ne serai jamais un relais complaisant du Front National.
  2. Je fais mon travail d’information en étant avant tout fidèle aux faits. Mon rôle n’est ni d’aider, ni de combattre le Front National. Mais il est aussi de dire que le FN ne se comporte pas comme un parti démocratique. Il est systématiquement et violemment allergique à la critique. J’en sais quelque chose. Ce n’est pas la première fois que je subis les foudres de Louis Aliot. En 2011, il m’avait désigné à la vindicte de la salle lors de son discours au salon du savoir faire pied-noir. Il l’avait fait en sachant très bien que des excités pouvaient prendre ça pour un encouragement à m’agresser.
  3. Il est dans la nature des idéologies totalitaires d’utiliser tous les moyens pour faire taire et pour discréditer ceux qu’elles considèrent comme des ennemis.
  4. « Je n’ai pas à répondre à ce genre d’argumentation qui relève de la Gestapo. » Voilà ce qu’a répondu Louis Aliot à un journaliste de Médiapart qui l’interrogeait sur sa relation salariale avec Marine LePen.
  5. Voici quelques extraits de ce qu’il a écrit après la publication de l’enquête : « Médiapart a pondu son œuf ! Un œuf pourri puant la haine et la vindicte… » « Xavier Bertrand avait parlé de “ méthode fasciste “. Je me demande s’il n’avait pas un petit peu raison »… « De ce point de vue là, Médiapart s’inscrit dans une longue tradition de journaux de délation… »
  6. Louis Aliot n’avait pas accepté que Médiapart révèle qu’il était l’attaché parlementaire européen le mieux payé : 5 000 euros pour 17 heures par semaine pour être, en violation du règlement de cette assemblés, l’employé de sa compagne. Une information sur laquelle la presse locale a honteusement fait le silence. J’y ai consacré deux articles. 5 000 euros pour 17 heures par semaine qui s’ajoutent à ses honoraires d’avocat et à ses indemnités de conseiller régional. Par comparaison, l’attaché parlementaire de Maïté Sanchez-Schmid, gagne 3 000 euros pour un travail à plein temps et il n’est pas parmi les plus mal payés.
  7. Louis Aliot me salit avant même d’avoir obtenu une réponse du maire de Perpignan sur le travail sur les incivilités que j’ai fait en 2012. Il va même jusqu’à violer la loi sur la présomption d’innocence en brandissant une condamnation qui n’est pas définitive. Je lui répondrai sur les deux sujets.
  8. De plus, si les incivilités sont une problématique qui l’intéresse, il pourra dans quelques mois se rendre dans une librairie acheter : « Incivilités : Il est urgent de réagir à la dégradation du vivre ensemble ».
  9. Nous aurons l’occasion de revenir sur les méthodes d’intimidation auxquelles Louis Aliot a recours. Car il va loin. Très loin. Trop loin.
  10. Il est où le sympathique Louis Aliot ? C’est une façade. Comme la dédiabolisation. Quand on est d’extrême-droite, on n’est pas gentil. Nous n’avons pas le droit d’oublier que ces gens-là ne sont pas des humanistes. (C) Fabrice Thomas
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1 novembre 2015 7 01 /11 /novembre /2015 09:46
Intellos et engagement : la parole vaine de l'écrivain (Erri De Luca)

Il semble évident que la parole de l'intellectuel (ou de l'écrivain) est désormais vaine en Europe, du moins, au contraire des pays émergents où des romanciers et blogueurs sont emprisonnés, fouettés, certains recourant à l'autocensure ou abandonnant l'écriture...

 

 

    En France, les écrits du '"Comité invisible", autour de Coupat, teintés de rhétorique poétique situationniste et de formules révolutionnaires abruptes, n'ont pas été inquiétés ou interdits. Ils contiennent pourtant  des incitations au "sabotage" sur les lignes de chemins de fer ou sur les centrales électriques  :

 

"…C'est ce qu'ont compris les rebelles thaïlandais qui font sauter les relais électriques…" (L'insurrection qui revient, la fabrique éditions, 2007, page 47) .

 

"Saboter la machine sociale" (p. 101) : le bréviaire révolutionnaire se poursuit dans le livre récent "A nos amis" (même éditeur, 2014), qui veut en finir avec le capitalisme en crise et la "mondialisation du nihilisme".

 

En France, Coupat et ses amis ont été inquiétés, mais les preuves de destruction de caténaires ont manqué à la justice sarkozienne. On emprisonne l'auteur d'un sabotage, mais on ne censure pas le livre qui pousse à ce délit  : le mot, le livre, l'oeuvre semblent protégés. Depuis Sartre, "On n'emprisonne pas Voltaire", affirma De Gaule, mais avec cette immunité, l'écrivain paraît vain !

 

L'engagement verbal, l'impôt du livre semblent inutiles… L'intellectuel doit-il prendre les armes (Orwell, Koestler, Malraux en Espagne) pour être crédule et entendu..?

 

 

En Italie, c''est un peu l'inverse :  intellectuel de renom, Erri De Luca était récemment poursuivi par la justice italienne et comparaissait depuis janvier 2015 devant le tribunal de Turin. La société LTF (Lyon Turin Ferroviaire) l’accusait d’incitation au crime pour avoir estimé dans les médias que « la ligne ferroviaire Lyon-Turin doit être sabotée ».

 

 

L'écrivain n'a pas agi lui-même, son renom et sa parole "suggestive" ont sans doute poussé quelques militants radicaux à des attaques nocturnes, mais De Luca a été relaxé par la justice italienne, alors que 8 mois de prison avaient été requis.

 

On en déduit que l'intellectuel peut s'engager dans ses écrits, que la liberté d'expression existe, que la parole de l'écrivain est libre, mais que paradoxalement elle ne sert à rien : ne pas condamner l'écrivain, c'est l'oublier, le rendre inutile, être indifférent à son discours. Di Luca pourra parler encore de sabotage (mot positif, qui fait penser à l'action des Résistants face à l'occupant nazi), et continuer d'affirmer :

 

« Saboter est un verbe noble, utilisé par Gandhi et Mandela…« la ligne ferroviaire Lyon-Turin doit être sabotée »...

 « Et moi, je continuerai à dire qu’il faut saboter le projet, car je suis convaincu qu’il faut empêcher ce chantier. Pour réaliser cette ligne Lyon-Turin, il faudrait percer des montagnes bourrées d’amiante et de pechblende. Lutter contre, c’est une défense légitime contre l’agression physique, politique, chimique…

 

Lors du procès, le mot subversif, "sabotage", a perdu de sa violence et de son impact puisque l'avocat de l'écrivain avança l'argument du sens pluriel du vocable : interprétation figurée signifiant "taire en sorte qu'une initiative ne puisse arriver à son terme." (Le Monde du 23 septembre 2015.)

 

 

Ne pas minimiser la force et le message de l'écrivain, ne pas lui éviter la prison, cela aurait donné sens au mot "engagement" et à la crédibilité de ceux, romanciers et penseurs, qui sont souvent accusés de rester dans leur monde virtuel, leur tour d'ivoire, leur confort intellectuel sécuritaire…

 

JPB

 
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31 octobre 2015 6 31 /10 /octobre /2015 09:45
Les montres molles de Dali : Persistance de la mémoire ? Ou mémoire courte des hommes ..?

Les montres molles de Dali : Persistance de la mémoire ? Ou mémoire courte des hommes ..?

Les intellectuels et le FN, parti "normal", "républicain"..?

Même pas peur de ce parti qui tente de récupérer certains intellos de renom..? Certes, Zemmour a des positions qui frisent le racisme. Mais Régis Debray ? Son discours sur le déclin de la France, la décadence de l'école de la République, le refus, de la part, de certains immigrés, de s'intégrer (comme Finfielkraut), la perte des valeurs républicaines, n'est-il pas juste ?

Le FN pose des questions qu'il faut débattre au lieu de dire que ce sont les intellos qui "font le jeu" de l'extrémisme : Debray n'a jamais appelé à voter pour le FN, ni A. Finkielkraut, d'ailleurs, qui regrette que son ami, le romancier Renaud Camus, ait, lui appelé à voter Le Pen…

Les intellos expriment la déception et la colère des Français face à la trahison d'une "gauche" au pouvoir; ils alertent et montrent le danger si tout n'est pas fait pour obliger certaines communautés à s'intégrer, au moins, car l'assimilation est difficile et la diversité des cultures (ce qui ne veut pas dire prosélytisme religieux) doit être protégée.

Bien sûr, leur discours, comme celui des souverainistes "de gauche" (le MRC, "debout la France") peut paraître souvent ambigu… Une alliance de tous les souverainistes avec le FN est inimaginable : les sirènes frontistes doivent cesser : nous ne nous mettrons pas de la cire dans les oreilles, nous n'écouterons pas, lâches Ulysse, les chants trompeurs de la brise marine !!!

Qui fait le jeu du..?

Nous sommes tous responsables de la montée des extrémismes en Europe : crise, continent libéral, pouvoir de l'argent, guerres exportées au Moyen-Orient, sans voir les conséquences (exils, exode des migrants…), irresponsabilité des gouvernements…Abstention des citoyens, recul du militantisme, tentation individualiste…

Pas peur du ..?

Voici un philosophe qui, lui, ne redoute pas la venue du F? au pouvoir…Comme un pourcentage de plus en plus grand de citoyens : après avoir essayé la gauche et la droite, "on va essayer le FN", disent-ils… Face à l'absence de perspective, à une crise généralisée qui se poursuit, face au refus d'un gouvernement d'union nationale, les Français sont prêts à tenter l'Aventure !

Le danger n'est-il pas proche..?

JPB

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*Entretien de Jacques Rancière, par ÉRIC AESCHIMANN :

Pour le philosophe Jacques Rancière, certains intellectuels dits “ républicains ” ont fait depuis quelques années le lit du Front national. Il montre comment les valeurs universalistes ont été dévoyées au profit d’un discours xénophobe.Né en 1940, JACQUES RANCIÈRE a été l’élève d’Althusser avant de rompre avec le marxisme traditionnel au début des années 1970. Très influent à l’étranger, notamment aux Etats-Unis, il plaide pour l’égalité des individus et n’a cessé de dénoncer l’idée qu’une élite détiendrait un savoir supérieur à celui du « peuple». Ses ouvrages les plus marquants sont: « le Maître ignorant » (1987), « le Partage du sensible » (2000) « la Haine de la démocratie » (2005) et « le Spectateur émancipé » (2008).

Il y a trois mois, la France défilait au nom de la liberté d’expression et du vivre-ensemble. Les dernières élections départementales ont été marquées par une nouvelle poussée du Front national. Comment analysez-vous la succession rapide de ces deux événements, qui paraissent contradictoires ?

Il n’est pas sûr qu’il y ait contradiction. Tout le monde, bien sûr, est d’accord pour condamner les attentats de janvier et se féliciter de la réaction populaire qui a suivi. Mais l’unanimité demandée autour de la « liberté d’expression » a entretenu une confusion. En effet, la liberté d’expression est un principe qui régit les rapports entre les individus et l’Etat en interdisant à ce dernier d’empêcher l’expression des opinions qui lui sont contraires. Or, ce qui a été bafoué le 7 janvier à « Charlie », c’est un tout autre principe: le principe qu’on ne tire pas sur quelqu’un parce qu’on n’aime pas ce qu’il dit, le principe qui règle la manière dont individus et groupes vivent ensemble et apprennent à se respecter mutuellement.

Mais on ne s’est pas intéressé à cette dimension et on a choisi de se polariser sur le principe de la liberté d’expression. Ce faisant, on a ajouté un nouveau chapitre à la campagne qui, depuis des années, utilise les grandes valeurs universelles pour mieux disqualifier une partie de la population, en opposant les « bons Français », partisans de la République, de la laïcité ou de la liberté d’expression, aux immigrés, forcément communautaristes, islamistes, intolérants, sexistes et arriérés. On invoque souvent l’universalisme comme principe de vie en commun. Mais justement l’universalisme a été confisqué et manipulé. Transformé en signe distinctif d’un groupe, il sert à mettre en accusation une communauté précise, notamment à travers les campagnes frénétiques contre le voile. C’est ce dévoiement que le 11 janvier n’a pas pu mettre à distance. Les défilés ont réuni sans distinction ceux qui défendaient les principes d’une vie en commun et ceux qui exprimaient leurs sentiments xénophobes.

Voulez-vous dire que ceux qui défendent le modèle républicain laïque contribuent, malgré eux, à dégager le terrain au Front national ?

On nous dit que le Front national s’est « dédiabolisé». Qu’est-ce que cela veut dire ? Qu’il a mis de côté les gens trop ouvertement racistes ? Oui. Mais surtout que la différence même entre les idées du FN et les idées considérées comme respectables et appartenant à l’héritage républicain s’est évaporée. Depuis une vingtaine d’années, c’est de certains intellectuels, de la gauche dite « républicaine », que sont venus les arguments au service de la xénophobie ou du racisme. Le Front national n’a plus besoin de dire que les immigrés nous volent notre travail ou que ce sont des petits voyous. Il lui suffit de proclamer qu’ils ne sont pas laïques, qu’ils ne partagent pas nos valeurs, qu’ils sont communautaristes …

Les grandes valeurs universalistes – laïcité, règles communes pour tout le monde, égalité homme-femme – sont devenues l’instrument d’une distinction entre « nous », qui adhérons à ces valeurs, et « eux », qui n’y adhèrent pas. Le FN peut économiser ses arguments xénophobes: ils lui sont fournis par les « républicains » sous les apparences les plus honorables.

Si l’on vous suit, c’est le sens même de la laïcité qui aurait été perverti. Qu’est-ce que la laïcité représente pour vous ?

Au XIX e, la laïcité a été pour les républicains l’outil politique permettant de libérer l’école de l’emprise que l’Eglise catholique faisait peser sur elle, en particulier depuis la loi Falloux, adoptée en 1850. La notion de laïcité désigne ainsi l’ensemble des mesures spécifiques prises pour détruire cette emprise. Or, à partir des années 1980, on a choisi d’en faire un grand principe universel. La laïcité avait été conçue pour régler les relations de l’Etat avec l’Eglise catholique.

La grande manipulation a été de la transformer en une règle à laquelle tous les particuliers doivent obéir. Ce n’est plus à l’Etat d’être laïque, c’est aux individus. Et comment va-t-on repérer qu’une personne déroge au principe de laïcité ? A ce qu’elle porte sur la tête … Quand j’étais enfant, le jour des communions solennelles, nous allions à l’école retrouver nos copains qui n’étaient pas catholiques, en portant nos brassards de communiants et en leur distribuant des images. Personne ne pensait que cela mettait en danger la laïcité. L’enjeu de la laïcité, alors, c’était le financement: à école publique, fonds publics; à école privée, fonds privés. Cette laïcité centrée sur les rapports entre école publique et école privée a été enterrée au profit d’une laïcité qui prétend régenter le comportement des individus et qui est utilisée pour stigmatiser une partie de la population à travers l’apparence physique de ses membres. Certains ont poussé le délire jusqu’à réclamer une loi interdisant le port du voile en présence d’un enfant.

Mais d’où viendrait cette volonté de stigmatiser ?

Il y a des causes diverses, certaines liées à la question palestinienne et aux formes d’intolérance réciproque qu’elle nourrit ici. Mais il y a aussi le « grand ressentiment de gauche », né des grands espoirs des années 1960-1970 puis de la liquidation de ces espoirs par le parti dit « socialiste » lorsqu’il est arrivé au pouvoir. Tous les idéaux républicains, socialistes, révolutionnaires, progressistes ont été retournés contre eux-mêmes. Ils sont devenus le contraire de ce qu’ils étaient censés être : non plus des armes de combat pour l’égalité, mais des armes de discrimination, de méfiance et de mépris à l’égard d’un peuple posé comme abruti ou arriéré. Faute de pouvoir combattre l’accroissement des inégalités, on les légitime en disqualifiant ceux qui en subissent les effets.

Pensons à la façon dont la critique marxiste a été retournée pour alimenter une dénonciation de l’individu démocratique et du consommateur despotique – une dénonciation qui vise ceux qui ont le moins à consommer … Le retournement de l’universalisme républicain en une pensée réactionnaire, stigmatisant les plus pauvres, relève de la même logique.

N’est-il pas légitime de combattre le port du voile, dans lequel il n’est pas évident de voir un geste d’émancipation féminine ?

La question est de savoir si l’école publique a pour mission d’émanciper les femmes. Dans ce cas, ne devrait-elle pas également émanciper les travailleurs et tous les dominés de la société française ? Il existe toutes sortes de sujétions – sociale, sexuelle, raciale. Le principe d’une idéologie réactive, c’est de cibler une forme particulière de soumission pour mieux confirmer les autres. Les mêmes qui dénonçaient le féminisme comme « communautaire » se sont ensuite découverts féministes pour justifier les lois anti-voile. Le statut des femmes dans le monde musulman est sûrement problématique, mais c’est d’abord aux intéressées de dégager ce qui est pour elles oppressif. Et, en général, c’est aux gens qui subissent l’oppression de lutter contre la soumission. On ne libère pas les gens par substitution.

Revenons au Front national. Vous avez souvent critiqué l’idée que le « peuple » serait raciste par nature. Pour vous, les immigrés sont moins victimes d’un racisme « d’en bas » que d’un racisme « d’en haut »: les contrôles au faciès de la police, la relégation dans des quartiers périphériques, la difficulté à trouver un logement ou un emploi lorsqu’on porte un nom d’origine étrangère. Mais, quand 25 % des électeurs donnent leur suffrage à un parti qui veut geler la construction des mosquées, n’est-ce pas le signe que, malgré tout, des pulsions xénophobes travaillent la population française ?

D’abord, ces poussées xénophobes dépassent largement l’électorat de l’extrême droite.

Où est la différence entre un maire FN qui débaptise la rue du 19-Mars-1962 [Robert Ménard, à Béziers, NDLR], des élus UMP qui demandent qu’on enseigne les aspects positifs de la colonisation, Nicolas Sarkozy qui s’oppose aux menus sans porc dans les cantines scolaires ou des intellectuels dits « républicains » qui veulent exclure les jeunes filles voilées de l’université ? Par ailleurs, il est trop simple de réduire le vote FN à l’expression d’idées racistes ou xénophobes. Avant d’être un moyen d’expression de sentiments populaires, le Front national est un effet structurel de la vie politique française telle qu’elle a été organisée par la constitution de la V e République. En permettant à une petite minorité de gouverner au nom de la population, ce régime ouvre mécaniquement un espace au groupe politique capable de déclarer: « Nous, nous sommes en dehors de ce jeu-là. » Le Front national s’est installé à cette place après la décomposition du communisme et du gauchisme. Quant aux « sentiments profonds » des masses, qui les mesure ? Je note seulement qu’il n’y a pas en France l’équivalent de Pegida, le mouvement allemand xénophobe. Et je ne crois pas au rapprochement, souvent fait, avec les années 1930. Je ne vois rien de comparable dans la France actuelle aux grandes milices d’extrême droite de l’entre-deux-guerres.

A vous écouter, il n’y aurait nul besoin de lutter contre le Front national …

Il faut lutter contre le système qui produit le Front national et donc aussi contre la tactique qui utilise la dénonciation du FN pour masquer la droitisation galopante des élites gouvernementales et de la classe intellectuelle.

L’hypothèse de son arrivée au pouvoir ne vous inquiète-t-elle pas ?

Dès lors que j’analyse le Front national comme le fruit du déséquilibre propre de notre logique institutionnelle, mon hypothèse est plutôt celle d’une intégration au sein du système. Il existe déjà beaucoup de similitudes entre le FN et les forces présentes dans le système.

Si le FN venait au pouvoir, cela aurait des effets très concrets pour les plus faibles de la société française, c’est-à-dire les immigrés …

Oui, probablement. Mais je vois mal le FN organiser de grands départs massifs, de centaines de milliers ou de millions de personnes, pour les renvoyer « chez elles». Le Front national, ce n’est pas les petits Blancs contre les immigrés. Son électorat s’étend dans tous les secteurs de la société, y compris chez les immigrés. Alors, bien sûr, il pourrait y avoir des actions symboliques, mais je ne crois pas qu’un gouvernement UMP-FN serait très différent d’un gouvernement UMP.

A l’approche du premier tour, Manuel Valls a reproché aux intellectuels français leur « endormissement » : « Où sont les intellectuels, où sont les grandes consciences de ce pays, les hommes et les femmes de culture qui doivent, eux aussi, monter au créneau, où est la gauche ? » a-t-il lancé. Vous êtes-vous senti concerné ?

« Où est la gauche ? » demandent les socialistes. La réponse est simple: elle est là où ils l’ont conduite, c’est-à-dire au néant. Le rôle historique du Parti socialiste a été de tuer la gauche. Mission accomplie. Manuel Valls se demande ce que font les intellectuels … Franchement, je ne vois pas très bien ce que des gens comme lui peuvent avoir à leur reprocher. On dénonce leur silence, mais la vérité, c’est que, depuis des décennies, certains intellectuels ont énormément parlé. Ils ont été starisés, sacralisés. Ils ont largement contribué aux campagnes haineuses sur le voile et la laïcité. Ils n’ont été que trop bavards. J’ajouterai que faire appel aux intellectuels, c’est faire appel à des gens assez crétins pour jouer le rôle de porte-parole de l’intelligence. Car on ne peut accepter un tel rôle, bien sûr, qu’en s’opposant à un peuple présenté comme composé d’abrutis et d’arriérés. Ce qui revient à perpétuer l’opposition entre ceux « qui savent » et ceux « qui ne savent pas », qu’il faudrait précisément briser si l’on veut lutter contre la société du mépris dont le Front national n’est qu’une expression particulière.

Il existe pourtant des intellectuels – dont vous-même – qui combattent cette droitisation de la pensée française. Vous ne croyez pas à la force de la parole de l’intellectuel ?

Il ne faut pas attendre de quelques individualités qu’elles débloquent la situation. Le déblocage ne pourra venir que de mouvements démocratiques de masse, qui ne soient pas légitimés par la possession d’un privilège intellectuel…

4 avril 2015

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30 octobre 2015 5 30 /10 /octobre /2015 09:38
Laurent Perbos (exposition au CAC W.Benjamin de Perpignan, samedi 31 octobre 2015, à 11 h.

Laurent Perbos (exposition au CAC W.Benjamin de Perpignan, samedi 31 octobre 2015, à 11 h.

Les intellos de gauche virent-ils à droite ..? (2)

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suite, note 6 :

(6) Manuel Valls, les intellectuels et le Front national :

Le Premier ministre vient de dénoncer le silence des « grandes consciences » face à l’extrême droite. L’universitaire Maryse Souchard lui réplique dans une lettre ouverte.

C’est la lecture de l’article « Valls dénonce ‘l’endormissement face au FN’ », publié dans le journal Le Monde du 7 mars 2015 (p. 6) qui m’amène à vous écrire. Vos propos, tels qui y sont rapportés, sont tellement incroyables, tellement inacceptables, qu’ils exigent une réponse. Vous déclarez :

« Où sont les intellectuels ? Où sont les grandes consciences de ce pays, les hommes, les femmes de culture, qui doivent monter, eux aussi, au créneau ? Où est la gauche ? »

Comment osez-vous dire des choses pareilles ? Comment osez-vous reporter sur d’autres la responsabilité qui vous incombe ? Comment osez-vous ne pas assumer l’isolement dans lequel le pouvoir que vous représentez et auquel vous participez s’est enfermé depuis si longtemps ?

Je ne dirai rien de la gauche, elle est en train de mourir de ses erreurs. Et s’il reste un « peuple de gauche », il ne votera sans doute pas pour vous, il ne sait d’ailleurs pas pour qui il votera, il y a même de grands risques qu’il ne vote pas. Vous croyez vraiment pouvoir encore le convaincre de s’engager dans un front républicain ? Pour vous laisser ce pouvoir qui semble tant vous séduire et dont vous ne faites pas grand-chose ?

« Les intellectuels » : voici une position bien parisienne, qui confond « intellectuels » et « universitaires » ou « chercheurs », qui fait fi de toutes celles et tous ceux qui travaillent sur l’extrême-droite, ses dangers, sa montée inexorable, ses discours, etc., depuis si longtemps. Les « intellectuels » sont bien souvent des « spécialistes en tout », parfois même des courtisans, rarement de bons conseillers. Les universitaires et les chercheurs (et certains vous ont déjà répondu, Michel Wieviorka ou Gaël Brustier par exemple) ont depuis longtemps bien des informations à vous donner mais vous n’avez jamais montré la moindre velléité de les entendre.

Il faut dire que vous préférez écouter ceux qui vous rassurent, comme Pascal Perrineau (« Le FN est isolé, il reste une puissance de premier tour », Le Monde, 22-23 fév. 2015, p. 7), ou Stéphane Fouks et ses équipes qui ont offert dans le temps Vitrolles à Bruno Mégret (pour ne citer que quelques-uns de ceux qui vous conseillent). Ceux-là ne viennent jamais vous contredire, ils ne vous donnent jamais tort, ils mettent en scène vos analyses erronées avec une infinie complaisance.

Pourtant, il y a des années que des universitaires et des chercheurs écrivent, publient, s’engagent, participent à des échanges publics, travaillent avec des associations de citoyens pour contribuer à contrer la montée de l’extrême-droite. Mais jamais avec le Parti socialiste !!! En 1997 déjà, nous écrivions :

« Le Front national (...) pourra toujours donner une explication idéologique à ses propres échecs, jusqu’à la prise du pouvoir suprême, c’est-à-dire la présidence de la République. Peu à peu, il sera alors en confrontation directe avec la gauche. Le combat sera non pas gauche contre droite mais, comme à Vitrolles, démocrates contre non-démocrates. On doit prendre au sérieux le danger que représente Jean-Marie Le Pen pour la démocratie. Car ce que Jean-Marie Le Pen et le Front National mettent en cause, c’est notre liberté. » [1]

Nous avons encore beaucoup écrit depuis, mais vous ne nous avez jamais écoutés.

Les Jeunes socialistes de Vendée, qui m’avaient demandé de venir travailler avec eux sur le Front national à la veille des dernières élections municipales, ont annulé la rencontre parce que, disaient-ils, leurs instances nationales pensaient que le sujet n’était pas d’actualité. Plus récemment, lors d’une manifestation nantaise, Tissé-Métisse, les organisateurs n’ont, semble-t-il, pas aimé mon discours parce que j’y ai trop parlé de l’extrême droite alors qu’ils auraient voulu que je stigmatise davantage « le racisme qui sommeille en chacun de nous ». Il est vrai qu’ils sont proches du Parti socialiste. J’ai aussi publié une tribune dans Politis le 28 mai 2014 qui vous met en garde contre l’analyse complètement décalée que vous proposez. Et je pourrais, de la sorte, multiplier les exemples et les publications.

Je suis très en colère, Monsieur le Premier ministre. Nous allons vers la catastrophe, pire qu’en 2002 (là encore, nous avions essayé de vous alerter, vous et vos amis). Et il est strictement impossible de vous approcher, de vous expliquer ce qu’il serait indispensable de dire et de faire pour peut-être éviter ce qui est en train de se produire : un prochain gouvernement où l’extrême-droite aura toute sa place si elle n’en a pas l’entière responsabilité.

Je peux bien vous dire que je suis à votre disposition pour essayer d’éviter ce scénario. Je suis tranquille, je sais que vous ne vous manifesterez pas, que vos conseillers vous en dissuaderont si vous en aviez l’intention (ils ont bien trop peur de perdre les avantages d’un pouvoir qu’ils voient leur échapper), que vous continuerez à faire des déclarations alarmistes sans rien engager de concret. Je suis très en colère et je suis très triste parce qu’il va être trop tard. Parce qu’il est sans doute déjà trop tard. Et que vous n’avez rien compris.

*Maryse Souchard : Maître de conférences HC en sciences de l’information et de la communication – Université de Nantes/IUT de La Roche-sur-Yon –, elle est membre du Comité national de vigilance contre le racisme et l’anti-sémitisme. Universitaire et chercheur engagée, elle travaille sur l’extrême droite depuis plus de 20 ans.

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*Lire : Orwell : Dans le ventre de la baleine - Hamon & Rotman : Les intellocrates - Daniel Roche : Les Républicains des Lettres (Fayard)...

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Michel Onfray répond à l'Obs :

L'Obs. Etes-vous vraiment pour une alliance entre les souverainistes de tous bords, du parti de Marine Le Pen à celui de Jean-Luc Mélenchon ?

Michel Onfray. J’ai moins le souci de ces deux-là que des électeurs souverainistes qu’on trouve disséminés à droite et à gauche. Je connais des gens de la France d’en bas qui votaient jadis à l’extrême gauche et qui soutiennent maintenant Marine Le Pen. D’anciens communistes, d’anciens cégétistes aussi.

C’est fini, l’époque où l’on passait sa vie avec le même parti. On était marié avec la droite, marié avec la gauche, on votait gaulliste, on mangeait communiste… L’électorat est devenu volatil. Il faudrait qu’en dehors des partis les souverainistes se retrouvent autour d’une figure issue de la société civile.

Existe-t-il un souverainisme de gauche ?

Les souverainistes veulent recouvrer leur liberté d’agir. Qu’est-ce qu’un être souverain ? Quelqu’un qui n’est pas un esclave. Comment dès lors en est-on arrivé à ce retournement sémantique qui fait que «souverainiste» est aujourd’hui devenu une épithète infamante? Désormais, quand on parle du peuple, on est populiste ; quand on parle de démocratie, on est démagogue ; quand on parle de souverainisme, on est un vichyste.

Que s’est-il passé après 25 ans de droite et de gauche libérale au pouvoir pour qu’on en arrive au point qu’on préfère la servitude libérale à la liberté libertaire? Oui, il existe un souverainisme de gauche qui, hors parti, veut que la France recouvre sa liberté d’agir pour vouloir une politique en faveur des plus modestes.

* Quant à son action contre le FN :

Comment luttez-vous contre le Front national ?

Depuis 2002, je lutte contre les idées qu’il véhicule. J’ai créé les universités populaires comme une machine de guerre contre les idées du Front national. Ainsi, je fais mon boulot de philosophe. De même quand je dis que c’est en bombardant des pays musulmans depuis 1991 qu’on a créé le terrorisme et que ce n’est pas en continuant qu’on le supprimera.

Selon l’Organisation mondiale de la Santé, les dix ans d’embargo en Irak ont fait 50.000 morts parmi les enfants de moins de cinq ans. Des morts qu’on ne voit pas à la télévision, mais qui existent tout de même. Quand la France et ses alliés rasent un village de 500 personnes pour tuer deux djihadistes, il est compréhensible que l’Occident suscite une haine contre lui chez les musulmans de la planète.

Il nous faut établir des liens de causalité là où l’émotion et la propagande d’Etat font la loi. Notre politique étrangère vis-à-vis des pays musulmans est belliqueuse : il serait facile de renoncer à cette politique pour assécher ce qui nourrit le terrorisme en France.

Propos recueillis par Elsa Vigoureux


- - - - - -

** Débat : le silence des intellectuels de gauche : en 1983

(*)

(extrait) ...

Nach der Auseinandersetzung der Intellektuellen mit der Regierung wegen der Polen-Frage folgte im Sommer 1983 eine neue Debatte über das ‘Schweigen der Intellektuellen’, die durch einen Artikel des Regierungssprechers Max Gallo in Le Monde vom 26. Juli 1983 ausgelöst wurde. Diese Debatte war äußerst intensiv und dauerte bis in den September hinein; sie wurde ab der ersten Replik von Philippe Boggio am 27. August unter dem Globaltitel „Le silence des intellectuels de gauche” in den Spalten von Le Monde ausgetragen.

Hier die Liste der Beiträge zur Debatte:
*Max Gallo, Les intellectuels, la politique et la modernité”, Le Monde, 26.07.1983, S. 7. S Philippe Boggio, „Le silence des intellectuels de gauche. I.. Victoire à contretemps”, Le Monde, 27.07.1983, S. 1,6.
*Philippe Boggio, Le silence des intellectuels de gauche. II. Les chemins de traverse”, Le Monde, 28.07.1983, S. 6.
*Marc Riglet, Du silence des idées”, Le Monde, 29.07.1983, S. 1,8.

In seinem posthum veröffentlichten soziologischen Selbstversuch kam Pierre Bourdieu noch einmal auf das Polen-Engagement zurück, das ihn mit Foucault verband; er erwähnt die „große Nähe, die bei unserem gemeinsamen Aufruf zur Unterstützung der polnischen Werftarbeiter ganz offensichtlich wurde” sowie „die Solidarität, die uns seit Anfang der achtziger Jahre im öffentlichen wie im universitären Leben verband”: „Niemandem war es also besser gelungen, jene Versöhnung von scolarship und commitment zu verwirklichen, die ihren Beitrag zu der ungeheuren Anziehungskraft seines Lebens und Werks vor allem in Ländern wie Deutschland oder Amerika geleistet hat, Ländern, in denen man diese beiden entscheidenden Voraussetzungen für einen jeden Intellektuellen, der dieses Namens würdig ist, sehr zu Unrecht, wie ich meine, oft als unvereinbar wahrnimmt.” Bourdieu unterstrich aber auch das, was ihn von Foucault trennte: sein Bruch mit der Philosophie und die Hinwendung zu den Sozialwissenschaften sowie die kollektive Form der Forschungsarbeit (Bourdieu: 2002b, 91- 92). Zu Bourdieu und Foucault siehe auch die einschlägigen Beiträge in Joseph Jurt (Hg.), Zeitgenössische französische Denker: eine Bilanz. Freiburg 1998.

285

-A.R. La gauche et ses intellectuels”, Le Monde, 30.07.1983, S. 6.


-Jean-Pierre Bonnel, Ils ne se taisent pas: ils sont au pouvoir”, Le Monde, 02.08.1983, S.

-Jean Chesneaux, Un fétichisme de la modernité”, Le Monde, 02.08.1983, S. 2.
-Guy Sorman, Le nouveau libéralisme est arrivé”, Le Monde, 02.08.1983, S. 2.


-Jacques Cellard, Une certaine mauvaise conscience”, Le Monde, 04.08.1983, S. 1,6.

-Alfred Grosser, „Il n’y a pas lieu de mobiliser”, Le Monde, 05.08.1983, S. 1,7.
-Henri Guillemin, Oui sans commentaire”, Le Monde, 05.08.1983, S. 7.


-Henri Lefèbvre, „La crise des avant-gardes”, Le Monde, 05.08.1983, S. 6.
S Jean-Pierre Faye, „Musique de la pensée”, Le Monde, 05.08.1983, S. 6.
S Vercors, Pas déçus, patients”, Le Monde, 05.08.1983, S. 6.


S Claude J. Allègre, „La scène ou le parterre”, Le Monde, 09.08.1983, S. 1,7.
S Christian Peyre, „Que de bruit...”, Le Monde, 09.08.1983, S. 7.
S Jean Gattegno, „Les pétitionnaires et les autres”, Le Monde, 10.08.1983, S. 6.
S Chaterine Clément, „Choisir sa propre distance”, Le Monde, 10.08.1983, S. 6.
S Jean Duvignaud, Pouvons-nous redevenir des citoyens”, Le Monde, 10.08.1983, S. 6. S Jean-Edern Hallier, „L’avènement du tiers état culturel”, Le Monde, 10.08.1983, S. 6.
S Léon Schwartzenberg, „La difficulté de dire ‘non’”, Le Monde, 11.08.1983, S. 1,6.
S Paul Sérant, „Les introuvables”, Le Monde, 11.08.1983, S. 6.
S Madelaine Rebérioux, „Nous n’avons plus le dos au mur”, Le Monde, 11.08.1983, S. 6. S Raoul Bretan, „Confiance perdue”, Le Monde, 11.08.1983, S. 6.
- Julio Contázar, Le grand absent”, Le Monde, 13.08.1983, S.1.
- Hélène Chapier, Les lois du spectacle”, Le Monde, 13.08.1983, S. 2.
- Jean-Claude Barreau, Redéfinir l’héritage”, Le Monde, 13.08.1983, S.2.
- Gilbert Comte, Les bruits du porte-parole”, Le Monde, 16.08.1983, S. 1,5.
- Lionel Stoleru, Les mots d’un ‘manuel’ de droite”, Le Monde, 16.08.1983, S. 1,5.
- Felix Guattari, Autant on emporte la crise”, Le Monde, 18.08.1983, S. 1,5.
- Christian Descamps, Contre la pensée-tract”, Le Monde, 18.08.1983, S. 1,5.
-Thomas Ferenczi, Responsabilité partagée”, Le Monde, 19.08.1983, S. 1.
- Christian Zimmer, Pourquoi parlent-ils?”, Le Monde, 20.08.1983, S. 1.
- Jean-Marie Benoist, Généalogie d’une rupture”, Le Monde, 23.08.1983, - Philippe Boggio, Le trouble”, Le Monde, 02.09.1983, S. 2.
-André Mandouze, „Droit au travail et devoir d’impertinence”, Le Monde, 02.09.1983.

2.
Max Gallo verdankte man mehrere historische Werke über Italien und Spanien im 20. Jahrhundert. Seit dem Beginn der siebziger Jahre trat er auch als Romancier hervor und arbeitete beim Magazin L’Express mit. 1981 wurde er als Abgeordneter der Sozialistischen Partei ins Parlament gewählt, wo er als Mitglied der außenpolitischen Kommission tätig war, um dann im April 1983 zum Staatssekretär und Regierungssprecher von Pierre Mauroy ernannt zu werden. In dieser Funktion veröffentlichte er in

* site : “Le silence des intellectuels”? Zu einer Debatte im ... - FreiDok

https://www.freidok.uni-freiburg.de/dnb/.../1156 (Sonderdrucke aus der Albert-Ludwigs-Universität Freiburg

JOSEPH JURT - “Le silence des intellectuels”? Zu einer Debatte im Frankreich Mitterands

Originalbeitrag erschienen in:


Hanspeter Plocher, Bernadette Malinowski (Hrsg.): Esprit civique und Engagement. Festschrift für Henning Krauß zum 60. Geburtstag.
Tübingen: Stauffenburg, 2003, S. 277-293.

- - - - -

** Marie M-Ndiaye et l'engagement de l'écrivain

Ecrivain engagé dans ses écrits, dans ses récits sur les souffrances contemporaines, le nouveau prix Goncourt a profité de sa notoriété pour stigmatiser "la monstruosité de N. Sarkozy"; elle visait, avec ce vocable, l'action du gouvernement en ce qui concerne l'immigration. Il ne s'agit pas ici de montrer combien cette politique à l'égard des exclus, des sans-papiers, des étrangers pauvres et faibles (on accepte bien sûr les étrangers riches!) est peu humaniste.

Il s'agit de savoir si un écrivain est bien inspiré en utilisant son nom pour parler des choses publiques (la res publica). Un intellectuel a plus la vocation de l'engagement : Derrida, Bourdieu, B.H Lévy... Souvent, l'intellectuel est aussi un grand écrivain et Voltaire, Sartre ou Camus se sont intéressés aux problèmes politiques et sociaux de leur temps.

Je pense qu'un écrivain a le droit de tout dire et qu'un prix littéraire ne doit pas l'aliéner ou lui faire perdre un peu de sa liberté d'expression. Peut-être les "écrivains" de l'Académie française se sentent-ils un peu fonctionnaires et moins enclins à l'engagement (cependant Eric Orsenna a eu des paroles dignes et fortes); de même Sartre a-t-il peut-être refusé le Nobel car il pensait que cette distinction, paradoxalement, le bâllonnerait...)

Je pense surtout que l'écrivain s'engage dans son écriture : c'est le "langage qui l'engage". Le style doit être rupture, innovation, force qui va de l'avant.

Ainsi, il peut arriver que des écrivains conventionnels dans leur oeuvre, tels J.Romains, A.Koestler, E. Hemingway ou Bernanos, se soient pleinement immergés dans leur temps (lors de la guerre civile espagnole, par exemple). A l'opposé, des écrivains conservateurs, ou réactionnaires (Proust) ou fascistes, antisémites (Céline) à l'engagement physique et social très limité, ont été des auteurs révolutionnaires en créant un style nouveau et une oeuvre unique, originale, novatrice, au XXème siècle.

L'écrivain doit d'abord écrire, et bien, si possible, et de façon puissante, submergeante. C'est ce que fait Marie M-Ndiaye et c'est déjà beaucoup. Elle peut aussi s'exprimer publiquement...tout en sachant que la parole de l'écrivain n'a jamais pu changer le monde ni remettre en cause la décision et le pouvoir des politiques...

JPB

Mitterrand : « Marie NDiaye a le droit de dire ce qu'elle veut, mais...»

Eric Raoult rappelle Marie NDiaye à son « devoir de réserve »

Bernard Pivot répond à Eric Raoult : «le lauréat du Goncourt n'est pas la voix de la France

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29 octobre 2015 4 29 /10 /octobre /2015 09:53
Vous êtes intello ? De gauche ? Pour "l'appel de Calais"..?

   Face au "silence des intellectuels de gauche" et à l'omniprésence de quelques intellectuels en vue dans les médias, un appel de 800 artistes..."L'appel de Calais" semble vouloir enfin réagir et occuper le terrain médiatique et idéologique...

 

 L'intellectuel et le romancier - L'engagement de l'écrivain - L'intellectuel de gauche en 2015 -

 

 

La figure de l'intellectuel apparaît au début du 19° siècle: par ses articles de presse et ses conseils au pouvoir en place, (il est alors conseiller du prince), il tente de peser sur le contexte de son temps…(1)

 

Il participe déjà au gouvernement de l'opinion (de nos jours, grâce aux médias, aux réseaux sociaux…) Il sait, avec Machiavel que "Gouverner, c'est faire croire."

 

C'est surtout à partir de Voltaire et l'affaire Calas (dans la lignée du siècle des Lumières), et surtout de Zola et l'affaire Dreyfus, puis avec Sartre, au XX° siècle (il lance, au lendemain de la guerre, la thèse de l'engagement littéraire - cf. "Situations II"), que l'intello affirme sa place dans la société. On connaît aussi le rôle de Césaire pour la décolonisation et d'Aragon ou de Malraux et des compagnons de route du PCF. 

 

 

Parfois, prenant conscience de leurs erreurs (Gide et son "Retour d'URSS", Bernanos et "Les grands cimetières sous la lune", Camus, surtout, délaissant vite le communisme…qu'ils vont s'engager dans d'autres voies : trotskisme d'A. Breton, maoïsme de Sartre, avec Pierre Victor, gaullisme de Malraux, de Mauriac, et l'esprit libertaire de Camus (2).

 

Celui-ci, le célèbre auteur de L'Etranger s'adressant, dans Discours de Suède au Jury Nobel :

 

" Il existe un engagement moral authentique qui pousse l'écrivain à s'attacher aux grandes questions fondamentales de la vie."

 

 

*Le romancier est plus isolé mais il écrit de temps en temps dans un journal (C. Simon, écrivain peu engagé, a pu écrire dans Le Monde pour parler du "massacre dans les Corbières", à propos de l'autoroute A9; depuis, ce débat paraît surréaliste tant la nécessité de cette voie européenne est nécessaire…

 

L'écrivain engagé "pur", au-delà des partis, va prendre parti sans parti-pris ((à l'opposé de Sartre, Brasillach, Eluard…).

 

 

Son but est de délivrer un message dans son oeuvre, faire prendre conscience d'un problème contemporain (l'antisémitisme, l'inutilité de la guerre, l'exploitation du Tiers-Monde…), influer sur son lectorat, son époque, en montrant les travers, montrer le bon chemin de la justice, de l'humanisme, montrer la voie, à l'instar de Hugo, le "mage", au 19° siècle.

 

 

Cependant, le véritable engagement de l'écrivain ne se situe-t-il pas dans son écriture même; l'école du "Nouveau Roman" refusait l'engagement social et politique : B.H.Lévy, dans "Les aventures de la liberté" écrit que 

 

"Le devoir impérieux de l'écrivain est de faire la meilleure littérature possible."

 

Claude Simon, qui s'est pourtant "engagé" (guerre en 40, Résistance, guerre civile à Barcelone, Algérie…) minimise, dans le livre de BHL, ses actions et rabaisse son acte au niveau d'un geste né du hasard, d'une rencontre, de la nécessité du contexte : il en viendra à montrer l'inutilité de l'engagement :"La prétention d'un écrivain à jouer le rôle de gourou me paraît le signe d'une suffisance assez déplacée."(3)

 

 

Il écrit surtout : "Ecrire est déjà en soi un engagement."

 

 

BHL, qui pourtant s'est "engagé virtuellement et de façon people" s'oppose à Sartre, devenu un moraliste et donnant des romans ("Les chemins de la liberté") qui constituent la figuration d'une idée, d'une abstraction, avant de s'engager de façon plus précise, en vendant dans la rue le journal "La cause du peuple"…

 

BHL, très contesté (richissime écrivain se montrant en chemise blanche sur les fronts guerriers en mettant en scène sa présence en Bosnie…) voulant être le Malraux fin de siècle, homme d'action, va sur les pas troubles (autobiographie réécrite) du futur ministre du Général, pourtant impliqué un temps avec son escadrille en Espagne, en tant que mitrailleur plus ou moins convaincant…

 

 

- - - Et en 2015..?

 

"Les intellectuels, comme toujours, ont été les premiers  pour acclamer celui qui leur dressait l'échafaud."  W.Benjamin

 

 (lettre à Max Horkheimer, Paris, le 23 mars 1940 - reprise dans Dernières lettres, Rivages poche, 2014).

 

 

 

Qu'en est-il de l'écrivain engagé, toujours "de gauche" (ce n'est pas vrai : Bernanos, Mauriac, R.Aron…) aujourd'hui ?

 

Le pouvoir (le premier ministre M. Valls) lui reproche de rester "silencieux", plus de 30 ans après l'accession de Mitterrand à la présidence, le quotidien Le Monde lançant alors, en 1982/83, sa fameuse enquête sur "Le silence des intellectuels".(4)

 

L'écrivain devenu un leader d'opinion, un journaliste, de lanceur d'alertes, s'est métamorphosé en  "intellectuel médiatique", sorte de bateleur moderne, se montrant sur les estrades et dans l'étrange lucarne...

 

Pourquoi..?

 

Fin des idéologies ? Des utopies ? Déception face aux trahisons de la gauche au pouvoir..? La modernité n'a plus d'intelligentsia : les grands penseurs auraient-ils disparu..? Ils se sont, en fait, bien trompés, les Sartre (niant les camps staliniens pour "ne pas désespérer Billancourt"…les intellos de Tel Quel se rendant en Chine croyant en la pureté du maoïsme…Maoïste, aussi, BHL, Badiou…

 Seuls Derrida, et Bourdieu, se tournant vers les pauvres, les classes populaires et entamant une large critique des médias… (dossier du Monde diplomatique de février 2004).

 

Les intellectuels de gauche, selon les dossiers et débats du Monde (5) ne seraient pas morts… Simplement ils sont discrets, ils travaillent, ils publient, ils n'ont pas déserté, depuis 1981, le terrain idéologique : les sciences sociales sont toujours là…

 

Alors pourquoi si peu d'intellos marxistes (après Althusser, Bourdieu, Balibar…Badiou ?)…Si peu d'intellos militants et tant de savants silencieux..? D'où le reproche du premier ministre demandant aux intellectuels de s'engager (6).

 

 

Pourquoi ce tonnerre médiatique autour de M.Onfray, Alain Finkielkraut, voire Régis Debray…et les "petits" intellos, du style de Zemmour..?

Pourquoi cette tentation de jumeler les "souverainistes" de tous bords : ceux venant du MRC de J.P.Chevènement (plusieurs, dont Philippot ont rallié le FN) et de l'extrême droite ou du mouvement libertaire (Onfray…) ?

 

 

JPBonnel (octobre 2015)

 

- - -

 

(1) Lire les ouvrages de Régis Debray : Le scribe, Le pouvoir intellectuel en France…

(2) cf. L'essai de M. Onfray : L'ordre libertaire.

(3) BHL : Les aventures de la liberté. (livre de poche)

(4) J.P.Bonnel "Ils ne se taisent pas car ils sont au pouvoir" - Le Monde du 2.8.1983 - repris sur le site allemande cité plus bas (extraits).

et Force de la littérature", article repris dans le recueil Catalognarts (Presses littéraires, 2006, page 119.)

(5) "Y a-t-il encore des intellectuels de gauche ?" - Le Monde du 16 octobre 2015.

 

(6) à suivre ...

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23 octobre 2015 5 23 /10 /octobre /2015 10:23
Rémi Fraisse, in memoriam - Mémorial de Sivens, un an déjà

**Un an après la mort de Rémi Fraisse, des témoignages contredisent la version officielle

- Il s'agit là d'un de ces événements qui font perdre au gouvernement en place sa crédibilité.

Le pouvoir devrait tenir compte de la parole du peuple même s'il considère qu'il a été élu et qu'il peut donc faire selon son idée, même s'il considère que les gens en colère ne constituent qu'un petit groupe de marginaux irresponsables...

La "gauche" au pouvoir a eu, encore une fois, tort…Encore une fois, la trahison du peuple...

JPB.

- - -

Rémi Fraisse a été tué dans la nuit du 25 au 26 octobre 2014 sur la ZAD de Sivens par une grenade lancée par un gendarme mobile. La première phase de l’enquête, menée par les gendarmes eux-mêmes, semble dédouaner le militaire. Reporterre a recueilli des informations et des témoignages qui contredisent le rapport des forces de l’ordre.

Toulouse, correspondance

« Circulez, il n’y a rien à voir. » C’est, en résumé, l’idée générale qui se dégage de la première phase de l’enquête sur la mort de Rémi Fraisse, le 26 octobre dernier. Dans le cadre d’une information judiciaire contre X pour « violences par personne dépositaire de l’autorité publique ayant entrainé la mort sans intention de la donner », ouverte le 29 octobre 2014, les deux juges toulousaines en charge du dossier, Anissa Oumohand et Élodie Billot, ont délégué leurs pouvoirs d’instruction à la section de recherches de la gendarmerie nationale de Toulouse par le biais d’une commission rogatoire. À l’époque, ce procédé avait fait bondir : « Faire appel à des gendarmes pour enquêter sur d’autres gendarmes, ce n’est clairement pas objectif », expliquait Claire Dujardin, l’avocate toulousaine qui défend la famille de Rémi Fraisse aux côtés des avocats Arié Alimi et Éric Dupont-Moretti.

Depuis que la commission rogatoire a été retournée aux juges d’instruction par les enquêteurs cet été, tout laisse à penser que cette procédure est aussi inquiétante sur le fond que sur la forme. Car, selon les informations recueillies par Reporterre, les premiers éléments de l’enquête judiciaire sont à décharge pour le gendarme qui a lancé la grenade fatale cette nuit du 25 au 26 octobre 2014, sur la ZAD de Sivens.

Le mémorial sur la ZAD de Sivens là où Rémi Fraisse est mort.

Premier point : les auditions des gendarmes et celles des proches de Rémi Fraisse ne se sont pas déroulées dans les mêmes conditions. Les militaires interrogés par leurs confrères n’ont pas subi de pression et ont eu le temps de répondre et de préciser leurs pensées. Les proches de la victime n’ont pas bénéficié de la même bienveillance. Selon un témoignage recueilli par Reporterre, un des amis de Rémi Fraisse a eu la surprise d’être accueilli par un gradé très soupçonneux : « On sait tout. Attention à ce que vous allez dire ! » l’a prévenu l’enquêteur. Un autre camarade de la victime, rencontré par Reporterre, a, lui, été convoqué pour une audition qu’il considère comme tendancieuse : « Les gendarmes n’arrêtaient pas de me demander si Rémi fumait du shit », raconte ce jeune Toulousain. Pourtant, selon nos informations, aucune trace de stupéfiants n’a été décelée dans les analyses pratiquées lors de l’autopsie de Rémi. Pourquoi alors cette obsession des militaires ? « Tout l’entretien était mené comme s’ils voulaient prouver que Rémi était un vilain garçon », réagit ce proche, qui décrit Rémi comme « un jeune homme sensible, un peu grande gueule mais d’un tempérament profondément pacifiste ».

Témoignages quasi-exclusifs des gendarmes

Cette enquête de personnalité a été complétée au printemps dernier par une expertise de l’ordinateur portable de Rémi Fraisse pour déterminer s’il contenait des documents sur Sivens. Comme le révélait Médiapart en juillet dernier, rien de compromettant n’a été signalé. Une fois les conclusions rendues par l’expert, la famille de Rémi a pourtant mis plusieurs mois à récupérer cet ordinateur.

Dans la lignée de l’enquête administrative remise au ministre de l’Intérieur par l’Inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN), le 2 décembre 2014, (télécharger ici :)

Rapport de l’IGGN sur la mort de Rémi Fraisse, décembre 2014.

la première phase de l’enquête judiciaire se fonde quasi-exclusivement sur les témoignages des gendarmes déployés sur la ZAD de Sivens. De quoi alimenter une version officielle qui ne diffère peu ou pas depuis des mois : les gendarmes mobiles, retranchés dans une enceinte grillagée à l’emplacement de la future digue du barrage, ont dû faire usage de grenades offensives pour éviter d’être attaqués par une horde de manifestants hostiles et bien équipés.

Or, selon les informations recueillies par Reporterre, les récits des gendarmes qui valident cette version sont émaillés de zones d’ombres et de contradictions. Des incohérences à peine relevées par les enquêteurs et qui concernent au premier chef le maréchal des logis J., le lanceur de la grenade mortelle. Arrivé vers minuit sur la ZAD de Sivens, ce gradé est à la tête d’un petit groupe de gendarmes baptisé « Charlie 1 ». Le groupe est positionné sur le flanc sud-sud-est de la « zone de vie », une base de chantier de 30 mètres de côté entourée de grillages à mouton et cernée par des douves profondes. Face à eux, des manifestants dispersés sur une dalle d’argile et sur les hauteurs allument des feux de camps.

La mission des forces de l’ordre en cette nuit du 25 au 26 octobre 2014 est de tenir cette « zone de vie ». C’est en tout cas la ligne de défense adoptée par le maréchal des logis J., qui décrit des manifestants hostiles sur le flanc nord-est de la base, avant d’être victime, selon ses dires, de jets de grosses pierres, au sud de la « zone de vie », soit à proximité de la position de son groupe. Il affirme alors reculer de quelques mètres pour récupérer auprès du véhicule de Charlie 1 des jumelles de vision nocturne. De retour à sa position initiale et muni de ces jumelles appelées IL, pour « intensificateurs de lumière », il dit repérer un groupe de cinq ou six personnes avançant vers la « zone de vie ». Après avoir rapporté les jumelles, le gradé dégoupille une grenade offensive de type OF1, comme il en a l’autorisation. Il affirme l’avoir lancée en cloche par-dessus le grillage et dans une zone sombre dépourvue, selon lui, de manifestants. Quelques secondes après, plusieurs gendarmes aperçoivent une silhouette au sol. Il s’agit de Rémi Fraisse, tué sur le coup.

Pourtant, selon les informations recueillies par Reporterre, plusieurs témoignages de gendarmes présents sur la « zone de vie » contredisent l’utilisation des jumelles à vision nocturne par le maréchal des logis J. avant qu’il ne lance la grenade fatale. L’un de ses confrères affirme même que J. aurait disparu un moment entre son retour et le lancer.

Autre élément troublant, le maréchal des logis J. affirme avoir tiré sa grenade à 10 - 15 mètres de distance, sur la dalle d’argile, alors que Rémi Fraisse serait tombé à une distance allant de 25 à 30 mètres de l’endroit où le gendarme dit s’être posté. Ceci laisse planer de sérieux doutes sur la position véritable du maréchal des logis J. au moment des faits.

Ce dernier se défend à plusieurs reprises d’avoir exécuté un « bond offensif », c’est-à-dire une charge sur les manifestants. Plusieurs militaires affirment que leurs deux seules sorties de la « zone de vie » ont été pour secourir des manifestants blessés, dont Rémi Fraisse.

« Ils l’ont visé, en tir tendu »

Or, selon des témoignages d’opposants au barrage contactés par Reporterre et présents sur le lieu des affrontements cette nuit-là, les manifestants ont essuyé plusieurs assauts des gendarmes mobiles notamment sur le flanc nord-est de la « zone de vie ». Christian Decoster est formel : des charges ont aussi été effectuées sur le flanc sud de la base de chantier. Le zadiste, que Reporterre a interviewé à plusieurs reprises, est l’un des rares manifestants à avoir assisté de près à la scène et formule le désir de témoigner devant la justice pour attester de ce qu’il a vu cette nuit-là. Il faisait partie d’un petit groupe, au sud-est de la « zone de vie », que Rémi Fraisse a rejoint quelques instants avant son décès. Ce groupe a assisté à un assaut avant le lancer de la grenade. « J’ai vu les gendarmes arriver en face de nous, légèrement sur notre gauche. Ils étaient sept ou huit et ne se trouvaient pas dans l’enclos. Ils étaient cachés derrière une souche d’arbre située sur la dalle d’argile », raconte-t-il.

« Dès qu’on a vu les gendarmes, on s’est enfui dans la direction opposée. Il y a eu plusieurs explosions », poursuit M. Decoster, qui décrit ce moment comme une scène de guerre : « Rémi était le plus proche d’eux. Ils l’ont visé, en tir tendu. Ils voulaient juste l’immobiliser pour l’attraper et l’interpeller. »

Ce témoignage contredit la version donnée par les gendarmes et met l’usage de la grenade offensive en question. Car, malgré son appellation, elle ne peut être utilisée qu’en cas de défense, et pas en cas de « bond offensif », selon le jargon des forces de l’ordre. Christian Decoster atteste la poursuite des attaques après cet assaut : « Quand je me suis retourné, j’ai aperçu quelqu’un à terre. On ne pouvait pas l’approcher. Les gendarmes continuaient à nous charger pendant qu’ils le ramassaient. Je les ai vus le trainer comme un chien sur plusieurs mètres. J’ai crié : “Ils embarquent quelqu’un !” Ensuite, les affrontements ont continué pendant plusieurs heures alors qu’on ne savait pas que quelqu’un était mort », raconte-t-il.

Cette « sortie » de l’enclos par les gendarmes mobiles est confirmée par un autre témoin rencontré par Reporterre mais qui requiert l’anonymat le plus complet. Cette personne refuse de témoigner devant les juges : « Les gendarmes mentent mais je ne vais pas faire la guéguerre à la Grande Muette », déclare ce témoin oculaire inquiet pour sa sécurité.

Selon nos informations, un autre témoin direct de la scène, entendu trois jours seulement après le drame et qui évoquait alors une « charge » des gendarmes mobiles, est revenu sur ses déclarations quelques semaines plus tard. Au cours de sa deuxième audition, il se serait rétracté en insistant sur le fait que les forces de l’ordre défendaient la « zone de vie ». A-t-il subi une pression entre temps ?

Par peur ou par résignation, bon nombre de manifestants présents sur les lieux du drame cette nuit-là n’ont pas contacté les enquêteurs. Les deux juges d’instruction n’ont pas pris la peine de lancer un appel à témoin officiel.

Des plans et des croquis faux et tronqués

Au vu des nombreux témoignages contradictoires, il semble pourtant difficile d’assoir le déroulé des faits sur le seul récit des gendarmes. D’autant que, selon nos informations, aucune image filmée par la gendarmerie cette nuit-là n’a pu être exploitée pour déterminer les actions du groupe Charlie 1 au sud-sud-est de la « zone de vie ». Et pour cause : la caméra utilisée par les forces de l’ordre était braquée sur le flanc nord, là où étaient concentrés les manifestants les plus virulents. De plus, les constatations effectuées sur les lieux du drame par la section de recherche de Toulouse ne peuvent être que lacunaires : malgré les appels pressants des opposants au projet de barrage, les gendarmes n’ont effectué leurs premiers et uniques constats que 36 heures après les faits, comme peut l’attester Reporterre, alors présent sur place.

Les plans et croquis fournis dans l’enquête administrative de l’Inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN), qui a par ailleurs conclu qu’aucune faute professionnelle n’avait été commise par le maréchal des logis J., s’avèrent faux et tronqués. Les tâches de sang découvertes le lendemain des faits et photographiées par Isabelle Rimbert, de Reporterre,, sont situées à une dizaine de mètres plus au sud que la position indiquée sur le dessin. Un croquis également tronqué puisqu’il omet de mentionner l’existence d’une douve sur le flanc sud.

Jean-Pierre Fraisse, le père de Rémi, le 15 septembre 2015.

Les magistrats instructeurs ont refusé des actes importants comme la reconstitution des faits sur place ou l’audition du préfet du Tarn, ainsi que le révélait Mediapart. Depuis le retour de la commission rogatoire, les deux juges ont désormais le choix entre poursuivre leur enquête ou clore l’instruction.

Si elles choisissent cette dernière option, les proches de Rémi Fraisse craignent fort que la lumière ne soit jamais faite sur ces évènements. « J’ai peur qu’en l’état actuel on s’oriente vers un non lieu », déclare Jean-Pierre Fraisse, le père de Rémi, à Reporterre. Plusieurs organisations ont appelé à une marche « populaire, unitaire, apaisée et résolue » sur le site de Sivens pour rendre hommage à Rémi Fraisse ce dimanche 25 octobre.

D’autres n’ont pas attendu cette date pour rendre hommage à Rémi Fraisse. Une dizaine de personnes ont installé dans la nuit du 19 au 20 octobre et dans la plus grande clandestinité une sculpture d’1,8 tonne et de 2 mètres de haut sur la Zad de Sivens. Surnommé la "pelle masquée", ce groupe d’opposants au barrage a préparé cette opération, dont Reporterre a été témoin, pendant plusieurs mois et dans le plus grand secret.

20 octobre 2015 / Marine Vlahovic (Reporterre)

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21 octobre 2015 3 21 /10 /octobre /2015 09:57
Ouverture du camp de Rivesaltes : on ne parlera pas du dépôt de munitions ni des Allemands morts de faim à la libération de Perpignan

Mercredi 21 octobre 2015, la tramontane souffle ses colères froides sur ce territoire plat. C'est la plaine, l'horizontalité. Pays minéral, ocre, tout près de la chaîne des Corbières. De l'autre côté, bien loin pour un prisonnier, la frontière de la mer.

 

21 octobre, les quotidiens annoncent en couverture l'ouverture du Mémorial  au grand public…après la venue des élus polémiquant pour une invitation, pour se montrer…alors qu'ils ont été tenus en laisse pour que les médias se concentrent sur la petite cour du premier ministre…

 

Le vent tente de faire fuir les sédiments de la mémoire accumulés dans ce désert, où ne poussent que brins d'alfa, cairns de rocailles, mais d'où ont émergé récemment des monstres éoliens et une zone industrielle qui a mangé une partie du camp militaire.

 

L'armée a vendu une partie de ce territoire de honte et de souffrance. La ville de Rivesaltes a installé un ghetto artisanal à la lisière de l'autoroute. 

 

 

Se rendre au Mémorial, c'est jouer au labyrinthe...

 

Pas de panneaux, pas de fléchage... Je n'ai plus reconnu les sentiers, les pistes : barrages, chemins barrés, l'armée est revenue ici, car on a enterré une énorme réserve d'armes et de munitions, la plus grande du front méditerranéen. Là se trouve une tombe explosive et c'est occulté, comme pas mal de choses en ce territoire de souffrances passées et présentes…

 

 

A côté, la tombe de la mémoire coulée dans le béton, une sorte de mausolée des mémoires que tous ont ici, en Catalogne et en France, oublié : la collaboration des rouages de l'Etat (fonctionnaires, ouvriers, élites…) avec les Nazis a été exemplaire...

 

Les élus, les responsables de ce pays de tourisme pléthorique (on va, désormais, bénéficier de retombées économiques grâce aux lieux de mémoire !) n'ont, bien sûr, rien dit : "On ne savait pas !"

Il a fallu attendre 1978, Serge Klarsfeld publiant le premier la liste des Juifs morts et déportés.

 

 

On n'a pas encore tout dit ! A la place de ce coûteux monument (au sens de "souvenir"), on aurait pu rendre hommage et raviver les mémoires autour des baraquements - à préserver, tout de même !- invitant toutes les communautés à réfléchir pour organiser expos et événements autour de ces prisons, de ces maigres refuges griffés par les vents mauvais de l'Histoire et de la météorologie...

 

 

On n'a pas tout dit : la mort de cette centaine de soldats allemands (nazis ?) morts de faim (?) dans le camp, à la libération de Perpignan : les "Résistants" chargés de les garder et de leur donner à manger se sont gardé l'argent de la nourriture…Les corps seraient dans un cimetière (un témoignage me dit "dans une fosse commune"? De toute manière, les cendres ont été ramenées en allemagne il y a quelques années). On peut vouloir fusiller des fascistes mais ne pas utiliser leurs propres méthodes dans les camps d'extermination...

 

 

J'ai visité le Mémorial lundi, avec les associations (harkis, juifs…moi avec l'assoc. Walter Benjamin, sise à Banyuls) : tout était bien réglé, organisé…

J'ai fait la connaissance de la directrice, Agnès Sajeloli,  pour lui demander d'exposer mon livre sur WB à la librairie du vaste hall d'entrée. Elle m'a répondu que c'était Roger Coste (librairie Torcatis) qui s'occupait des commandes... Celui-ci me dit le lendemain qu'il n'en est rien; il a simplement fait des popositions de livres à exposer...

J'ai aussi fait la connaissance du nouveau et sympathique directeur de la culture à la Région, Philippe Mille : "Vous voulez être invité à la Comédie du Livre..?" Oui, bien sûr, des contacts, à suivre... Ici, on aime les gens de parole...

 

 

JPB

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  • professeur de lettres, écrivain, j'ai publié plusieurs livres dans la région Languedoc-Roussillon, sur la Catalogne, Matisse, Machado, Walter Benjamin (éditions Balzac, Cap Béar, Presses littéraires, Presses du Languedoc...
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