Création et information culturelle en Catalogne et... ailleurs.
La passerelle TERRUS
La municipalité de L. Aliot poursuit les travaux engagés et projetés par l'ancien maire, le complice J.P. PUJOL... Voici la petite passerelle qui fait passer d'une place à un petit jardin, une façon de mettre un peu de vert dans l'enfer urbain (avenues bruyantes tout près).
Ce jardin , épuré, est devenu triste. Quand j'étais bébé et enfant, c'était un objectif à atteindre pour les mamans qui promenaient leur enfant...
D'où mon texte extrait de la "fiction "L'infini de l'enfance (Cap Béar éditions)
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Le coût total des travaux de l'aménagement du jardin et de la passerelle s'est élevé à 1,2 million d'euros. Installée ce jeudi matin, la passerelle, située à l'Est du pont Saint-François dans le prolongement du cheminement piétonnier, traverse en diagonale le square Jeantet Violet.
J.P.Bonnel : L'infini de l'enfance (extrait)
Le jardin Terrus
Terrus, peintre méconnu, natif d’Elne, était un “fauve” avant la lettre; il servit de guide à Matisse à travers le pays catalan, d’intercesseur entre l’auteur des célèbres “aubergines” et les autres artistes roussillonnais. Cet homme, petit et trapu, barbu comme Bacchus, venait souvent rendre visite à Matisse, qui louait, en 1905,un appartement à Collioure, près de la gare, chez Dame Rousette.
La municipalité de Perpignan, bien chiche, ne concéda à la mémoire de cet artiste qu’un lopin de terre, dans le bastion Saint-François, enclavé dans un espace d’immeubles blancs. Une sculpture, représentant sa bonne bouille barbue, fut bien installée sur une colonne de marbre, mais vite mis en sécurité au musée Hyacinthe Rigaud : un admirateur trop zélé tenta, à plusieurs reprises, de dérober le portrait en bronze !
Ils étaient rares, les après-midi, quand bébé et Maman n’allaient pas se promener du côté du jardin Terrus, petit coin de verdure coincé entre la poste centrale, l’avenue de Catalogne et le lit de la rivière si lente, qui traverse la cité catalane. Il est vrai que la balade présentait bien des avantages: elle était courte et, en suivant les quais, on restait en ville tout en restant au soleil, près de l’eau, des plantations de fleurs, des surfaces gazonnées et en apercevant, au bout de la perspective creusée par la Têt, la pyramide neigeuse du Canigou.
Tiens, il avait le même prénom, au masculin bien sûr, que la jeune maman, Terrus! C’est pour cela aussi, sans doute, qu’elle aimait se promener par là, longer la muraille qui soutient le jardin, rare vestige des anciens remparts de la vieille ville. Etiennette poussait le véhicule de bébé le long du quai Vauban, puis tournait sur sa gauche, le jardin dessinant un arc de cercle, pour pénétrer dans l’espace vert.
Etienne Terrus demeure un peintre maudit; face à Matisse le bourgeois, toujours impeccable dans ses costumes trois-pièces, même si Dali a fait remarquer que le peintre de Fenêtre ouverte à Collioure oubliait de se reboutonner la braguette, Terrus restera l’homme à la cravate lavallière et aux allures vestimentaires surannées. Tout de même, le Picasso de l'époque de Céret pourra dire: ”Terrus m’a prêté son chevalet”; pourtant, avant les maîtres, il a osé juxtaposer un rouge et un bleu, des masses brutes qui ne se mélangent pas...
Cela se passait un demi-siècle avant les après-midi ensoleillés de Pierre-Jean, dans ce jardin, bien peu « extraordinaire », mais qui suggère à l’amateur de peinture des images fortes.
Il peut ainsi se remémorer le Cap Cerbère, dessiné en 1884, donnant à voir la Méditerranée dont le bleu intense est déchiré par la proue rouge d’une barque de pêche. De même, la Plage du Racou dévoile la même mer, bordée par les tuiles carmin d’un pauvre “casot” - cabanon, sorte d'abri dans les vignes, en catalan -, dressé sur une dune. Pierre-Jean ne sait rien, à l’époque des « voyages en poussette », des marines de Terrus, de cette mer inlassablement représentée, avec des motifs convenus: des voiles, des récifs, des langues de sable, mais au charme fou.
Il appréciera bien plus tard, au musée Hyacinthe Rigaud de sa ville, ces indigos enfleuris de mouvements traduits par la gouache blanche, ou ces toiles célèbres figurant les places de villages, ceintes de platanes et partagées par l’ombre et la lumière.
Etiennette promène l’enfant, qui s’est assoupi pour une courte sieste. Elle l’installe à l’ombre et s’assoit sur un banc du jardin Terrus. En face, des vieilles tuent le temps; plus loin, des enfants jouent au ballon; il y a peu d’hommes, si ce n’est ce gros monsieur qui fume un gros cigare et lit le journal. A quoi pense Tiénou, pendant que bébé dort..? Au retour prochain à la maison? Au repas qu’il va falloir préparer? A l’époux qui va lui raconter sa longue journée de dentiste - le matin, à Perpignan, et l’après-midi à Leucate - ou lui annoncer qu’un rallye automobile se prépare pour le week-end prochain..? A moins qu’elle ne songe à Terrus, dont un buste sculpté orne l’allée principale du lieu... Elle pense à la jeunesse qui passe, mais qui se renouvelle en cet enfant, qui, à présent, s’est réveillé, et se demande où il se trouve...
Pierre-Jean fera ses premiers pas dans le jardin Terrus. Il découvrira les bancs verts, l es marrons tombés dans les plates-bandes, des insectes étranges et effrayants: un petit monde à son échelle. Il ne remarquera pas le buste du peintre ni l’inscription qui signale sa naissance, lointaine, au dix-neuvième siècle, et la date de sa mort, 1922;et il aura raison: quel intérêt, tout cela, pour un enfant..? Pourtant Etienne Terrus demeurera important pour Lenoblé: il ne symbolisera pas le Mercure catalan entre le fauvisme de Collioure et le cubisme de Céret, mais un lieu, un après-midi de lumière et de promenade. Ce nom ne sera longtemps qu’un son, qu’un mot incompréhensible, signifiant seulement une sortie en poussette: Allez, on va au jardin Terrus ? Tu es d’accord, Pierre-Jean..?
L’enfant est allé jouer près d’un tas de sable: c’est le seul loisir aménagé ici; ne s’y trouve ni balançoire ni toboggan : la place est restreinte, dans le mini-parc terrusien!
Il faut y aller, Pierre-Jean, c'est l'heure de rentrer! Et puis, j'ai quelques courses à faire aux “Dames de France” ! Viens, on va laver ces menottes toute sales! Allez, hop..!
Où elles sont ces dames ? C'est quoi la France? Quand c'est qu'on mange ? En ai marre de la verdure, de la sculpture, de la voiture, de la peinture…
Le jardin Terrus, lui, demeurera au même endroit. Il est ouvert pour l’éternité: il accueillera mille autres enfants, qui, peut-être, eux aussi, en garderont, pour la vie, un souvenir “extraordinaire”...