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La mort de Jean-Pierre FAYE
La mort emmène deux contraires. Les médias enterrent leur victime, Loana, expression du néant de la célébrité, fracassée d'avoir été propulsée au sommet.
Le même jour, quelques lignes ici et là, un texte de son fils nous apprennent la mort, dans sa cent unième année, de Jean-Pierre Faye, philosophe, poète et romancier. Nous ne devons pas être nombreux à nous souvenir des débats et des polémiques qui agitèrent la République des lettres, au siècle passé. Fondateur de la revue Tel Quel, avec Philippe Sollers, il rompit parce qu'il refusait de construire un nouveau dogme.
Il créa la revue Change, lieu d'une recherche sur la langue, sur son potentiel libérateur et, inversement, son appauvrissement totalitaire. Il fut aussi l'un des fondateurs du Collège international de philosophie, avec Jacques Derrida, avec lequel il entra en conflit, à propos de Martin Heidegger. Jean-Pierre Faye refusait d'occulter l'adhésion du philosophe allemand au parti nazi, de réduire cet engagement politique à une obligation dictée par les circonstances. Il s'attacha aux textes, et montra la convergence de la pensée d'Heidegger avec le nazisme, ainsi que la permanence de son antisémitisme. Travail que poursuivit son fils, Emmanuel Faye.
Cette opposition à Heidegger, devenu icône philosophique, lui valut d'être proprement mis au ban du monde intellectuel. En dépit d'un prix Renaudot en 1964, son œuvre littéraire ne l'avait pas propulsé dans la grille des meilleures ventes. Injustice, s'il en fut, pour cette belle prose poétique, un peu vite décrétée "d'un abord difficile." Mais Jean-Pierre Faye traçait sa propre voie, échappant aux diverses définitions en vogue. Il avait en outre une qualité extrêmement rare en ce monde littéraire, république des égos, il était aimable, attentif aux autres, tout en défendant ses positions par des démonstrations construites et étayées. Un homme des mots, des textes, de la pensée, à contre-courant du système de propulsion des génies éphémères.
*Lire aussi :
L’écrivain Jean-Pierre Faye, né le 19 juillet 1925 à Paris, est mort le 26 mars à Toulouse, à l’âge de 100 ans, a annoncé sa famille au Monde. Avec lui disparaît une figure éminente de la vie littéraire et intellectuelle française de la seconde moitié du XXe siècle. Silhouette singulière, difficile à situer, car Jean-Pierre Faye s’est délibérément placé au carrefour de disciplines multiples et de genres littéraires divers. Philosophe de formation puis de profession, il fut en même temps poète, romancier, dramaturge. Il se fit aussi historien, linguiste, théoricien de la narration et de ses métamorphoses, n’acceptant jamais d’être enfermé dans une expertise close. Par ses engagements successifs, ses querelles, ruptures et polémiques, ce créateur polyphonique a souvent défié la chronique parisienne. Il demeure l’auteur d’une œuvre considérable, qui compte plus de 70 volumes... (extraits - Le Monde)
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Emmanuel Faye est un philosophe français, fils de l'écrivain et philosophe Jean-Pierre Faye.
Il est Agrégé de philosophie (1981), Docteur en philosophie (Université de Paris I-Panthéon-Sorbonne, 1994), Habilité à diriger des recherches (Université de Paris X-Nanterre, 2000).
Maître de conférences à l'université de Paris Ouest-Nanterre La Défense de 1995 à 2009. Actuellement professeur de philosophie moderne et contemporaine à l'université de Rouen, membre de l'ERIAC et membre associé de l'Institut de recherches philosophiques de Paris-Ouest, "Dynamiques de l'invention" (EA 373).
Membre du comité de lecture de la collection Le Temps philosophique (Presses de l'université de Paris-Ouest, diffusion J. Vrin) ; membre du comité de rédaction de la revue Noesis; membre du conseil scientifique de la revue en ligne theologie.geschichte.
Vice-président de l'Université Européenne de la Recherche.
En s'appuyant sur deux séminaires inédits, il a voulu prouver que les fondements de l'œuvre de Martin Heidegger sont trop radicalement ancrés dans le national-socialisme pour constituer une philosophie.
La publication, en 2005, de son Heidegger, l'introduction du nazisme dans la philosophie a suscité une discussion internationale et de nouvelles recherches. En 2006, il a appelé dans Le Monde à l'ouverture des Archives Heidegger à tous les chercheurs. Source : www.u-paris10.fr
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***Colloque Walter BENJAMIN de Girona (Gérone - Udg, 29 septembre 2017) :
Les intellectuels et les compromissions
Heidegger et Hannah Arendt sous le scalpel d’Emmanuel Faye, par Michaël Paraire (voir le blogabonnel).
- - -A Gérone, puis à Paris (librairie Vrin, lors de la remise du prix européen W.Benjamin, créé par notre association. W. Benjamin, à Banyuls/Mer), j'ai parlé à E. Faye de son père dont j'avais lu quelques livres...Puis de la compromission d'Hanna Arendt avec Heiddeger... Un an après, l'extrême-droite prenant Perpignan, Emanuel Faye m'accuse d'être complice (j'avais demandé un an avant, en 2019, à André Bonet de participer au jury, ne soupçonnant pas qu'il rejoindrait Aliot en 2020 !) de la mairie en place. Le nom de W. Benjamin fut alors retiré du centre d'art contemporain de Perpignan...
Dans le livre que j'ai publié sur cette polémique, je rends compte de cette remarque d'E. Faye, à mon propos : "Et dire que j'ai serré la main de ce type !"
J;P;BONNEL