Création et information culturelle en Catalogne et... ailleurs.
14 mai 2025 - à l'occasion des dix ans de l'association Walter BENJAMIN sans frontières
à la mairie de Banyuls-sur-mer,
avec M. Solé, ancien maire.
Pierre Coureux : remerciements à J.P.Bonnel
Hommage à Dany Karavan
Hommage à Benjamin
Mot de remerciements
Au président Jean-Pierre Bonnel,
A Monsieur le Maire
A toutes les personnes qui ont contribué à la préparation de cette célébration
Nous honorons aujourd’hui, le vendredi 14 juin 2025, un homme de culture, un courageux combattant de la liberté d’expression toujours prompt à informer le lecteur et à former son esprit critique.
Nous savons qu’il s’est très jeune intéressé aux arts, à la poésie, au théâtre, à la littérature, au journalisme et à la politique.
Correspondant depuis plus de deux décennies des Amitiés Internationales André Malraux, association créée à Montmartre avec le soutien de Forence Malraux (mars 1996), Jean-Pierre Bonnel a joué un rôle, non négligeable dans le développement des AIAM. il est à l’origine d’une initiative prise en 2009 dans le département des P-O : une édition du festival « « Un livre à la mer » consacrée à
l’écrivain – Ministre André Malraux
Quelques années plus tard, en 2016, il accepte de coordonner pour les AIAM une série de conférences sur André Malraux et Albert Camus proposée par notre ami russe Evgueni Kouchkine pour les AIAM.
Comment pourrait-on qualifier la relation que j’ai nouée avec Jean-Pierre Bonnel. Si je devais la caractériser en quelques mots, je dirais qu’elle est solide, qu’elle remonte à plusieurs décennies. Elle est faite sans aucun doute d’estime et d’admiration.
Jean-Pierre Bonnel a pris très tôt comme modèle intellectuel le philosophe de l’histoire Walter Benjamin. Il faut avouer qu’il défend sa mémoire et fait connaître sa réflexion. Son approche est volontairement exigeante, transgénérationnelle et particulièrement vivante. Les conférences qu’il donne régulièrement dans notre département comme les intervenants qu’il invite régulièrement s’adressent non seulement à des scolaires mais aussi à un public adulte toujours très curieux et le rayonnement de son association est tel que son fondateur est désormais en relation avec toutes sortes d’organismes
Si mon choix s’est porté il y a trente ans sur la personnalité d’André Malraux, ce n’est pas parce qu’il fut « un gaulliste irrationnel » ou un anti-ministre. Non, c’est tout simplement parce qu’il fut la voix de la République restaurée dans sa « grandeur », c’est-à-dire dans sa vocation à porter dans le monde les messages de Liberté, de Fraternité et de Justice. André Malraux, dès lors que l’on sait l’écouter, est « promesse de l’aube » voix retrouvée de l’Espoir.
Celui qui chanta dans les cours, à Montmartre, les jours de disette, avec son ami Pascal Pia, rejoint aujourd’hui par la pensée le philosophe de l’histoire, cette autre personnalité qui n’a pas eu le temps d’achever son œuvre ni de participer pleinement comme André Malraux, par la plume, la parole et l’action, aux débats et combats du XXe siècle.
Toutes mes félicatations et longue vie à lassociation « Walter Benjamin sans frontières »
Banyuls-sur-mer, le 14 juin 2025
Pierre Coureux
Fondateur des Amitiés Internationales André Malraux
www.andremalraux.com
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Parmi les bonnes nouvelles qui nous parviennent déjà de nos correspondants mentionnons celles du photographe et réalisateur de films d’art Clovis Prévost : .
Voici : quelques notes concernant le projet de film : L’Axe Majeur de Cergy Pontoise & Le Passage :
Hommage à Walter Benjamin de Port-Bou.
Nous recherchons, avec notre producteur Gilles Coudert des partenariats…
J’espère aussi pouvoir participer : Aux 50 ans d’André Malraux avec la série de films que nous avons réalisés avec LUI !
J’ai retrouvé une archive avec notre ami Jean-Claude Noël sur cette belle aventure…
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L’œuvre ultime de Dani Karavan
Complément au projet du film : L’AXE MAJEUR de Cergy-Pontoise de Clovis Prévost
Hommage à Walter Benjamin
Le lieu commémoratif ‘Passages’ à Portbou
Construit sur un rocher et sous le ciel mythique de la méditerranée :
-- 1 Tunnel, 1 Escalier, 1 Siège = 3 Passages --
(Textes et dessins de Dani Karavan)
Les rails
De loin, j’entends les rumeurs de la gare, de la frontière, du chemin de fer,
les voix
des locomotives et le bruit des wagons qui partent pour les camps de la mort.
Le tourbillon
Je regarde la mer du haut des falaises. L’eau démontée tourbillonne
et mugit, jaillit
tout à coup en écume blanche, retombe, s’apaise. La mer est immobile.
Et de nouveau :
tourbillon, écume, mugissement, calme.
La nature raconte ici la tragédie de cet homme. Personne ne pourrait mieux
la représenter.
Tout ce qui reste à faire, c’est amener le pèlerin à voir ce que raconte la nature.
L’olivier
Entre pierres et roc, dans le sol poudreux un vieux petit olivier brûlé
par le soleil et desséché par le vent, lutte pour vivre.
La grille
Sur la colline abrupte, sur le rocher que l’on doit gravir si l’on veut faire
le tour du cimetière,
Un mur, une grille, une barrière, des tombes. Très loin au-dessous de l’horizon,
Encadrée par les hautes montagnes sombres des Pyrénées, la mer bleue, le ciel clair, la liberté.
Je décidai d’y construire une plateforme avec un siège, depuis lequel on pouvait voir à travers
la grille en direction de la liberté.
Cet environnement créé par Dani Karavan, pour Walter Benjamin au nord de
la Costa Brava à Portbou, se situe en haut d’un petit cimetière,
sur la colline qui surplombe la mer.
« Ici Dani Karavan, a élevé une sorte de calvaire où s’ouvre un tunnel prismatique
taillé dans le roc, avec une forte déclivité, en direction de la mer. » Pierre Restany.
Un sentier conduit vers un étroit escalier-couloir en pierre de 87 marches,
il nous tire vers le bas, flanqué de parois verticales d’acier corten :
c’est la descente dans le sombre tunnel
vers le rocher et son tourbillon marin mugissant dans la mer…
(La spirale-chaos-germe : le diagramme du commencement de D. Karavan).
En bas une vitre épaisse nous arrête, sur laquelle une citation est gravée :
« Honorer la mémoire des anonymes est une tâche plus ardue qu’honorer celle des gens célèbres »
Par ses images, le film devra rendre tous les jeux de la nature, ces bouillonnements dramatiques :
Mais, après cette descente dans le sombre tunnel. Voilà la lumière ! C’est l’eau !
La méditerranée !
Ce mémorial de Dani Karavan est, dans sa dimension dramatique et réconciliatrice, plus qu’une œuvre d’art : il est une aura spirituelle…
- Durée du film : 10 minutes. Même équipe / Axe-Majeur -
Tournages sur 4 jours, avec : steadycam, caméra embraquée, drones
et
séquences images-images.
Et - dans l’atelier de Paris :
La maquette du : Lieu commémoratif « Passages » de Portbou.
Citations de Dani Karavan
L’œuvre passage de Portbou
A Portbou, on a ouvert un espace au souvenir et à la rencontre.
Ici, pas de démarcation rigoureuse, quelque chose se mêle toujours au reste,
qu’ils s’agissent d’idées, de matériaux ou de liquides…
La nature nous présente un spectacle étonnant, émouvant, un tourbillon qui jaillit de la mer,
l’eau tourbillonne, plonge bruyamment vers les profondeurs, rejaillit avec fracas, puis le silence,
le calme, la Paix.
L’environnement et la nature ajoutent à mes idées et je les intègre à mon travail :
Sculpture très minimaliste : avec ses descentes, ses montées aux sensations différentes :
Transformations de la lumière, de la clarté, les bruits des trains de la gare frontière… :
Une expérience.
Quand j’arrive là-bas, pour ma 3ème visite, pour chercher le lieu : j’ai vu que la nature m’a proposée : un tourbillon dans l’eau… l’eau elle descendait et montait. C’était vraiment quelque chose de très fort,
très expressif et moi j’ai dit : si la nature me propose une chose comme ça, :
c’est le monument, c’est l’hommage, je n’aime pas le nom « monument »…
(Extrait du film de Yann Wirld)
Je cherchais d’abord le lieu, explique Karavan. J’ai circulé partout. Il était évident que ce devait être
près du cimetière.
Un jour j’ai eu la chance de voir le tourbillon, et je me suis dit que la mer disait toute la tragédie de
cet homme.
C’était cela que je devais faire voir… Pour cet hommage, j’ai voulu utiliser toutes les choses qui existent autour du cimetière. J’ai cherché à amener le visiteur à passer, à s’asseoir, à méditer.
A faire quelques expériences de passages.
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HOMMAGE À WALTER BENJAMIN
« PASSAGES » À PORTBOU. LE LIEU COMMÉMORATIF.
Extraits des entretiens avec Dany Karavan, avec Ingrid et Konrad Scheurmann.
… Je suis surpris de voir ce que l’environnement et la nature ajoutent à mes idées, à mes représentations des phénomènes qui se situent en-dehors de ce que j’ai prévu et que j’intègre à mon travail.
… Quand j’ai vu le tunnel, pendant le chantier, les deux puissantes parois d’acier qui entaillent le rocher, cela a fait sur moi l’effet d’une sculpture très expressive, mais je n’ai pas eu l’impression d’être devant mon projet : c’était tout d’un coup quelque chose d’autre. Admettons : c’était aussi une partie de mon projet ; mais c’était une sculpture, plutôt un objet.
… A l’instant où l’on a posé la couverture, à cet instant seulement, le chemin qui mène vers le bas est né véritablement. Il est devenu quelque chose d’autre – ce n’était plus un objet, plus une sculpture – il est devenu un tunnel, un médium qui dirige le visiteur, qui l’amène à voir quelque chose de tout à fait défini. C’est un instrument, un outil.
… Bon, appelons-les des sculptures, car cela semble être la seule possibilité d’expliquer aux gens de quoi il s’agit. Nous n’avons pas d’autre concept pour cela. Nous avons parlé de « sculpture environnementale sur site spécifique » … mais il ne s’agit pas non plus d’architecture ni d’art paysager. Je crois que la vérité se situe entre tous ces concepts
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(AVEC DANY KARAVAN, À PORT-BOU, restaurant Passages)
… Mais pour moi, ce travail à Portbou, n’est pas une sculpture, ce n’est pas un objet, ce n’est rien que l’on regarde au nom de sa beauté, car cette œuvre veut aller au-delà des sentiments esthétiques. Elle a une portée intellectuelle ou, comme l’a dit l’historien d’art contemporain Pierre Restany, philosophe : et ce, comme je l’entends, à différents niveaux d’expérience.
Prenons comme seul exemple la descente dans le tunnel, avec les sensations différentes que cela déclenche et qui font effet sur tous : la transformation de la lumière, de la clarté, les bruits, l’oppression : autant d’éléments de cette expérience. De la même manière que la concentration du regard sur le cadrage, que le tunnel dévoile peu à peu. La manière dont je te fais voir certaines choses que je veux que tu voies. Et toi, tu réagis à tout cela. Tu quittes de nouveau la lumière pour revenir vers la pénombre et tu vois la lumière qui tombe, en haut, par l’entrée. Tu marches vers ce bout de ciel, et puis tu découvres la montagne, ensuite le mur et pour finir le chemin qui mène à ce mur.
Tu changes de direction, tu montes sur la colline, ce n’est pas un chemin facile, il est plutôt difficile et inconfortable pour toi. Tu vois quelques marches et l’olivier appuyé au mur du cimetière. On continue, tu trouves la plate-forme, tu découvres une perspective totalement différente. C’est une sorte de contrepoint au « passage » dans lequel tu t’es trouvé auparavant. Là, tout était concentré sur un point – ici, tout est ouvert, uniquement limité par la clôture Tu entends la gazouillement des oiseaux, le vent dans les petits buissons et, en arrière-plan, les trains. Ici, tout d’un coup, tu fais attention à ces bruits différents ; avant, dans le tunnel, il y avait que le bruit des vagues, si puissant que tu t’étais entièrement concentré sur ce son. Et, ici, à présent, la diversité des sons !
Tu continues le chemin à travers le cimetière et tu reviens à ton point de départ. Tout cela s’assemble pour former une sorte d’anneau, un cercle, un chemin de ronde – une sorte de passage, justement. Tout cela – ensemble – constitue l’œuvre « Passages ». Mais le travail proprement dit ne consiste justement pas en trois parties différentes, que l’on peut voir les unes après les autres, comme un jardin de sculptures, absolument pas : tout est une partie de l’œuvre d’art.
… A Portbou, je crois que je n’ai pas mis au point mes idées directement, la première fois. Quand nous nous sommes retrouvés là-bas pour la première fois et que nous avons regardé autour de nous, nous pensions par exemple encore à transformer la terrasse, en-dessous du cimetière ; je n’avois pas encore d’idées établies.
C’est seulement la deuxième fois que j’ai découvert le phénomène du tourbillon. Et, j’ai pensé : voilà, c’est ça. Et puis ensuite je me suis dit : « Là où nous avons découvert cela, nous devrions chercher d’autres possibilités », et nous les avons découvertes. C’est de cela qu’est sorti le projet des « Passages ». Ce travail est vraiment né sur place, et non à la suite de réflexions de mon studio. Je suis venu sans aucune espèce d’a priori, il n’y avait rien là que j’ai déjà voulu, que j’aie déjà conçu auparavant, selon le principe : il s’agit ici de Walter Benjamin, et c’est cela que je dois faire à présent.
Je voulais partir de l’emplacement pour voir comment ce qui s’y trouvait agirait sur moi. Si rien ne c’était passé, j’aurai dû trouver une autre approche. Mais tout est ensuite véritablement né du lieu, l’idée est née par le lieu.
… D’autre part, bien entendu, mon travail me permet de collecter savoir et expériences, disons… dans mes archives personnelles, c’est-à-dire dans mon cerveau, mes sentiments, mes nerfs, mon sang. Je ne voudrais pas employer pour cela le concept d’ordinateur, car un ordinateur est une chose morte.
… J’ai donc dû encore travailler à la maquette, sur place, pour faire comprendre avec les parois de l’escalier, que j’ai rapidement modelés avec de la pâte, qu’une sorte de tunnel devait y être installé. Je n’ai jamais voulu le faire saillir, autrement cela aurait plutôt donné l’impression d’un grand bâtiment. J’ai toujours été absolument certain que je plongerai dans la terre, dans la montagne, pour obtenir cet effet d’entaille.
…A Portbou, en réalité, j’ai pris des décisions beaucoup plus formelles. Les gens devaient entrer dans le tunnel, voir d’abord la mer, puis le ciel ouvert, ce contraste singulier. Je n’ai pas non plus dessiné chaque perspective, ni travaillé avec des ordinateurs pour constater ce qu’un visiteur pourrait voir depuis chaque point de vue différent. Je ne crois pas à de tels calculs et n’aime pas les faire, sauf, à la rigueur, quand les architectes insistent pour que je les fasse. D’autre part, je travaille à partir du sentiment. J’ai senti que c’est précisément ainsi que devrait être toute construction, j’ai découvert que je devais concentrer les visiteurs sur la mer, et elle seule, pour leur faire éprouver, tout d’un coup, qu’ils se déplacent eux-mêmes avec le tunnel, une impression déclenchée par le mouvement de la mer. Avec ce sentiment, ils devaient ensuite descendre dans le tunnel et, tout d’un coup, revoir le ciel, puis la montagne. Cette montagne est très importante pour l’impression d’ensemble. Mais je n’ai pas voulu non plus qu’ils perçoivent trop de choses de l’environnement, que leur attention soit de nouveau distraite ; j’ai seulement voulu leur montrer très précisément, quelque chose de déterminé. Pour cette vision « comme à travers une loupe », j’ai dû trouver les mesures et les perspectives qui définissent précisément le cadrage.
… Je suis monté derrière le cimetière, en haut de la falaise, d’où j’ai contemplé la mer, en haut de la falaise, l’horizon, la liberté – scellée par la barrière : la barrière du cimetière. Et il n’y a pas d’issue. De là, à travers le cimetière on revient au point de départ, au tourbillon. Le cercle vicieux du destin. Des passages. Oui, passages, comme le titre de son essai, c’est ainsi que sont les « Passages », hommage à Walter Benjamin.
Dani KARAVAN
Entretien de Dani Karavan avec Alain Le Pichon, 2000
« Quant à Walter Benjamin, le lieu ne m’était pas donné, on m’a demandé un monument à Portbou en hommage à Walter Benjamin, je préfère dire un hommage. J’ai cherché le meilleur endroit, j’étais vraiment hésitant. Et puis, j’ai pensé qu’il devait être près du cimetière. Walter Benjamin n’était certes pas venu à Portbou pour cela, pour y être enterré. Mais le fait est qu’il y fut enterré, sans l’avoir voulu. J’ai regardé autour de moi, la deuxième fois où je suis venu, j’ai vu ce tourbillon au pied de la falaise, j’ai pensé : c’est vraiment l’histoire de cet homme.
Ce tourbillon à été le premier point de mon projet. Puis je me suis demandé comment y amener les gens. Un corridor, un escalier dans la falaise, n’est pas en soi un objet d’art. Il est là simplement pour amener les gens jusqu’à la mer pour voir le tourbillon. Ainsi j’avais un point, et j’en cherchais un autre. Je me suis dit : si ce phénomène existe, la nature peut me proposer d’autres éléments. Alors, est venu l’olivier, qui représente la lutte pour la vie contre les rochers, les pierres, le vent salé et violent : voilà le deuxième point. Puis j’ai trouvé le troisième, avec la haie, obstacle entre la vue et la mer, l’horizon, la liberté, et de l’autre côté, simplement, le bruit des trains qui s’en vont. Ce fut le troisième point. On redescend, et l’on revient au point de départ ; cela devient une sorte d’anneau, mais c’est aussi le chemin qui m’a conduit à la découverte de choses qui sont venues d’elles-mêmes, au fur et à mesure que je concevais mon travail.
Quand vous remontez de la mer, du tunnel vous ne voyez que le ciel. Vous arrivez à la lumière, à l’espoir, et de nouveau, vous êtes bloqués. Vous ne pouvez passer, vous ne pouvez que tourner en rond, et grimper avec difficulté dans la falaise, dans les rochers. J’ai demandé qu’on laisse les choses ainsi, qu’on ne prévoie pas de chemin aménagé. Je voulais que les gens ressentent physiquement la difficulté de ce cheminement. Vous montez à l’olivier, puis vous arrivez à la plateforme, au grillage, enfin à l’endroit où il fut enterré.
On dit que c’est là, mais on ne sait pas où. C’est donc une histoire très narrative, mais ce n’est pas une illustration de l’histoire. L’histoire s’adapte elle-même à une existante. L’histoire est découverte par la situation que je crée. Et cette histoire est tangente, tangenziale, comme disent les italiens, à l’histoire de Walter Benjamin. C’est comme un dialogue avec la mer, le ciel, la pierre, le bois, les couleurs, la matière, les sons, et quand vous descendez, avec le verre, la paroi, le parapet de verre est là en guise de protection. Et beaucoup d’autres choses que les gens investissent d’eux-mêmes. Quand ils descendent, m’ont dit certains, ils ne voient pas le verre et prennent peur. Encore une sorte de tangenziale, le sentiment de peur qu’on a lorsqu’on passe une limite : que va-t-il arriver, vont-ils tomber dans l’eau ? Je n’y avais pas songé. La nature est beaucoup plus riche que l’imagination, et le dialogue avec la nature, avec la mémoire, ouvert à l’infini. »
L’œuvre ultime de Dani Karavan
Complément au projet du film : L’AXE MAJEUR de Cergy-Pontoise de Clovis Prévost
Hommage à Walter Benjamin
Le lieu commémoratif ‘Passages’ à Portbou
Construit sur un rocher et sous le ciel mythique de la méditerranée :
– 1 Tunnel, 1 Escalier, 1 Siège = 3 Passages –
Exemple :
Le tourbillon
Je regarde la mer du haut des falaises. L’eau démontée tourbillonne
et mugit, jaillit
tout à coup en écume blanche, retombe, s’apaise. La mer est immobile.
Et de nouveau :
tourbillon, écume, mugissement, calme.
La nature raconte ici la tragédie de cet homme. Personne ne pourrait mieux
la représenter.
Tout ce qui reste à faire, c’est amener le pèlerin à voir ce que raconte la nature.
(Textes et dessins de Dani Karavan)
Un sentier conduit vers un étroit escalier-couloir en pierre de 87 marches,
il nous tire vers le bas, flanqué de parois verticales d’acier corten :
c’est la descente dans le sombre tunnel
vers le rocher et son tourbillon marin mugissant dans la mer…
La spirale-chaos-germe : le diagramme du commencement de D. Karavan
En bas une vitre épaisse nous arrête, sur laquelle une citation est gravée :
Honorer la mémoire des anonymes est une tâche plus ardue
qu’honorer celle des gens célèbres
Par ses images, le film devra rendre tous les jeux de la nature, ces bouillonnements dramatiques :
Mais, après cette descente dans le sombre tunnel. Voilà la lumière ! C’est l’eau !
La méditerranée !
Ce mémorial de Dani Karavan est, dans sa dimension dramatique et réconciliatrice, plus qu’une œuvre d’art : il est une aura spirituelle…