30 octobre 2014 4 30 /10 /octobre /2014 18:36
Fleur Pellerin
Fleur Pellerin

Florence Salaun

Brest, le : 29 octobre2014

Professeur agrégé de l’Éducation Nationale.

30 rue du château

29200 BREST

Objet : Madame la Ministre et la lecture.

Madame la Ministre,

En parodiant Vian, j'avais bien envie d'écrire : Madame, je vous fais une lettre que vous lirez peut-être si vous avez le temps.... Mais ici, le déserteur, ce n'est pas moi, mais avec tout le respect que je vous dois, c'est plutôt vous, Madame.

Certes, loin de moi, qui ne suis qu'un obscur tâcheron de l’Éducation Nationale, modeste professeur de lettres d'un non moins modeste mais très honnête lycée d'une ville de province, oui, loin de moi l'idée de vous donner quelque leçon de vertu citoyenne que ce soit, ni de m'ériger en parangon de pourfendeur de l'inculture.

Mais c'est égal, Madame. Je voudrais juste que vous entendiez ceci. Quand nous sommes des centaines, malgré l'air du temps qui nous pousse trop souvent à la consommation de la lecture jetable, à tenter de transmettre à nos élèves un certain goût du grand texte littéraire, quand nous avons tant de mal parfois à les convaincre de la nécessité absolue de lire, quand nous-mêmes, par moment, sommes près du renoncement auquel pourtant nous ne cédons jamais, est-il possible d'entendre un ministre de la culture avouer qu'elle n'a pas lu depuis deux ans ? Est-il possible de recevoir cette vérité d'une femme telle que vous, au demeurant brillante et lettrée bien plus que je ne le suis ? Avez-vous pesé, Madame, l'effet produit par un tel aveu ? Oui, on peut vous reconnaître d'être sincère et de ne pas avoir ajouté un mensonge de plus aux discours hypocrites dont nous sommes submergés.

Oui, sans doute. Mais je crois qu'il est des vérités bien pis que des mensonges lorsqu'elles suggèrent qu'en effet, la lecture n'a rien à voir avec la gestion d'un ministère de la culture. Que devient alors notre parole à nous, professeurs de lettres, aux yeux de nos élèves s'ils sont persuadés que l'on peut être amené à la plus haute fonction qui soit en matière de culture, sans lire ?

Notre société, ivre de sincérité comme on l'est d'alcool, titube et confond le chemin et l'objectif. Vous deviez, Madame, au nom de votre fonction même, à quelque prix que ce soit, dire que rien n'est plus grand, plus beau, plus humain, plus exaltant que la lecture d'un grand roman, et , cela va sans dire, d'un grand romancier. Vous deviez mentir pour que l'on croie encore que la littérature est chose nécessaire, irréfutable, irremplaçable. Quand on a la chance d'appartenir à un pays qui compte le plus grand nombre de prix Nobel de littérature, on n'a pas le droit, lorsqu'on représente cette culture française, de dire que l'on ne connaît pas Modiano et que l'on n'a pas lu depuis deux ans.

Il est des mensonges nécessaires, salutaires, à commencer par celui qu'est fondamentalement tout roman. Diderot, puis Aragon l'ont parfaitement compris en chantant les mérites d'un genre reconnu tardivement et longtemps méprisé, mais qui, par les voies de la fiction, du faux donc, mène souvent au vrai et à l'expression de notre humanité. Oui, Madame, au nom de la grandeur du roman, il vous fallait « mentir-vrai ».

En espérant ne pas vous avoir blessée par cette lettre qui ne cherche qu'à émettre un point de vue, je vous prie d'agréer, Madame la Ministre, l'expression de ma très respectueuse considération.

Florence Salaun

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29 octobre 2014 3 29 /10 /octobre /2014 11:51
Hans et Anna-Eva (Fondation Hartung)
Hans et Anna-Eva (Fondation Hartung)

Le peintre allemand Hans Hartung en Catalogne

Je viens de lire (il était temps !) l'autobiographie de H.H. * que m'a prêtée mon ami Jacques Maso, grand amateur d'art de Perpignan.

Il s'agit de l'histoire d'un des plus grands peintres XX° Je ne m'attacherai pas à décrire son esthétique ni à raconter tout cet "autoportrait"; simplement, je me suis intéressé aux séjours de H. Hartung en Espagne, Catalogne, Baléares (fuyant le nazisme et tentant de rejoindre Londres, il est enfermé dans un camp de concentration dans la région de l'Ebre)…

Il reviendra ensuite souvent à Perpignan, Saint-Cyprien (J.Maso me montre une photo, avec sa femme, devant la statue de Maillol), Le Barcarès et Leucate : "Le Midi flamboyait à mes yeux dans les toiles de Van Goh. Je n'y résistai pas. Dès les vacances je descendis à Leucate et je vis avec émerveillement que mon professeur n'avait pas exagéré…" (page 70)

Puis retour dans l'Aude et les P.O. avec son épouse : "De retour en France j'emmenai Anna-Eva à Leucate. Tous deux, nous vivions dans ma cabane au bord de la plage…"

Plus tard : "Ma belle-mère nous suggéra d'aller en Espagne, aux îles Baléares. Cette idée nous enthousiasma. La semaine suivante, nous étions à Barcelone. Anna-Eva et moi cherchions avant tout l'isolement, la tranquillité pour pouvoir peintre. Nous ne voulions pas vivre entourés de touristes…Nous prîmes le bateau pour Minorque. Avant même d'accoster, lorsque j'aperçus le port, je sus que j'avais raison. C'était un port d'une blancheur de rêve… Le directeur de l'office de tourisme nous conduisit à Fornells, un petit village de pêcheurs…"

Enfin, les Allemands envahissent la zone libre; Hans s'enfuit vers l'Espagne pour gagner l'Afrique du Nord; arrivée à Perpignan avec des faux papiers (page 147) : "Notre guide avait décidé de nous faire passer, la nuit, par le Canigou. Nous ne pouvions emprunter que des chemins muletiers ou des sentiers à peine praticables…"

A lire, mais livre non réédité…

JPBonnel

- -

*bio pour période de la guerre (source wikipedia)

Après la mort de son père et face à la montée du nazisme, Hartung quitte l'Allemagne pour les Baléares, confiant au passage à Paris quelques toiles à la galerie Jeanne Bucher ; il construit une petite maison sur la côte nord de Minorque. Sans argent, il regagne Paris en 1934, passe par Stockholm puis rentre en Allemagne, à Berlin.

N'acceptant pas le régime nazi, il parvient à passer en France et s'installe définitivement à Paris. Il s'y lie avec Jean Hélion et Henri Goetz, rencontre Kandinsky, Mondrian, Alberto Magnelli, César Domela, Miró et Calder avec qui il expose. Entre 1934 et 1938, il peint la série de ses « taches d'encre ». N'ayant pas les moyens de se procurer de quoi dessiner, il s'installe à la terrasse des cafés et commande des cafés-crèmes, ce qui l'autorise à demander aussi aux serveurs de l'encre et du papier.

Ses premières œuvres consistent en des tourbillons d'encre noire tracés les yeux fermés, destinés à apaiser son angoisse. Car l'abstraction de sa peinture vient chez lui d'une nécessité intérieure et non d'une recherche théorique ou d'une imitation des tendances historiques de la peinture

Face à de grandes difficultés matérielles, la maladie de sa femme, leur divorce, le retrait de son passeport par l'ambassade d'Allemagne, Hartung bénéficie de l'hospitalité de Goetz et travaille dans l'atelier du sculpteur Julio González.

En 1939, il s'inscrit sur la liste des volontaires contre l'hitlérisme en cas de guerre et épouse Roberta González, la fille du sculpteur. En septembre 1939, la France est décidée à arrêter et enfermer un certain nombre de ressortissants allemands présents sur le territoire national. Malgré son opposition au régime, Hans Hartung fait partie de ceux qui sont arrêtés. Libéré le 26 décembre, il s'engage dans la Légion étrangère pour la durée de la guerre sous le nom de Jean Gauthier et est envoyé en Afrique du Nord.

Présentant peu de goût pour la chose militaire, il est désigné, avec un autre camarade du nom d'Andréas Rosenberg, pour repeindre l'intérieur du réfectoire du quartier militaire de Sidi Bel Abbès. Après la signature de l'armistice, il est démobilisé, quittant l'armée le 8 septembre 1940.

Il se réfugie alors avec la famille González dans le Lot. Après la mort de Julio González en 1942 et l'occupation de l'ensemble de la France, Hartung passe en 1943 en Espagne. Incarcéré, puis placé dans le camp de concentration de Miranda del Ebro durant sept mois, il rejoint l'Afrique du Nord et s'engage à nouveau dans la Légion, sous le nom de Pierre Berton cette fois-ci.

*Hans Hartung, Autoportrait, récit recueilli par Monique Lefebvre, Bernard Grasset, Paris, 1976

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28 octobre 2014 2 28 /10 /octobre /2014 09:22

 

   On a beaucoup parlé, ces temps-ci, des disparues de Perpignan, ces jeunes filles tuées aux alentours de la gare. On ne cause plus des disparues récentes, l'épouse et la fille du légionnaire Bénitez : l'enquête se poursuit… De temps en temps, l'événement resurgit, comme, ces jours-ci, l'arrestation d'un coupable...

 

  Le disparu, dont nous traitons aujourd'hui, reviendra dans l'actualité peut-être dans 5 ou 6 ans, mais il sera alors trop tard : il aura épuisé son mandat de maire, sans s'être lui-même vraiment épuisé.. ! 

 

Maire ? Vous avez dit maire..? Les Perpignanais n'ont pourtant pas l'impression d'avoir un maire : ils ne le voient que très épisodiquement, et même ses conseillers, privés ou municipaux, ont du mal à avoir un rendez-vous… 

 

   La ville a la sale l'impression de ne pas être dirigée : quelle idée a eue J.Paul Alduy de désigner un tel homme dépourvu de charisme et de projet global et cohérent pour Perpignan..? On vit encore avec l'héritage Alduy : des finances en berne (coût de l'Archipel, de la Passerelle, du Conservatoire…), une avenue Paul Alduy mal configurée, sans cesse embouchonnée, et le choix de J.-Marc Pujol…Il n'y avait vraiment personne pour devenir maire, dans cette équipe indigente et politicienne !!!

 

    Il est où, alors, le disparu..? Il est où, le "maire" ? A l'Agglo, il est parfois, c'est vrai, pour animer le quartier mort de la gare nouvelle ! Au Maroc, il se rend souvent : vous savez "La tentation de Marackech" … Jupé, lassé de la politique, avait écrit un beau livre : La tentation de Venise… JMP, lui, écrit, durant ses longs week-end exotiques, en son ryad apaisant, un livre de mémoire…

 

   Marack…c'est la mode ! De nombreux Catalans y partent le week-end grâce à Ryanair : c'est plus vivant qu'à Perpignan dominical…

   Et puis, à Marack…on a sa petite famille, le fils qui fait de bonnes affaires immos, et la belle famille qui vous offre le meilleur thé… 

 

   C'est le paradis, là-bas, et puis on y parle de Perpi : les Marocains en savent plus que nous de ce qui se passe et se trame à Perpignan !!! En fait, Marackech, c'est la banlieue de Perpi... Pujol, maire de Marackech..???

 

   Alors, je disparais moi aussi, je prends le premier avion pour Marack… Vous voici débarrassés d'un sacré importun !!!! Encore un disparu...

le maire de Perpignan

le maire de Perpignan

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26 octobre 2014 7 26 /10 /octobre /2014 17:50
Denis SAEZ
Denis SAEZ

Sa nomination à la culture est une bonne nouvelle pour Perpignan,

Denis Saëz, conservateur du Patrimoine vient d’être nommé directeur de la Culture de la Ville de Perpignan.

Il retrouve la ville où il passa son enfance et où il fit ses études jusqu'à la fac...

Sa prise de fonction est fixée au 1er novembre. Il succède à Jordi Vidal, esprit libertaire brillant, contestataire contesté au sein de la nouvelle municipalité...

Diplômé en gestion et administration des entreprises, M. SAEZ a débuté sa carrière à Nîmes, à la Bibliothèque municipale en participant au traitement informatisé des collections destinées à rejoindre la future bibliothèque Carré d’Art. Ensuite, il est nommé à Perpignan, responsable du service audiovisuel (disques et vidéos) au CEDACC qui deviendra plus tard la bibliothèque Bernard Nicolau. En 1995, il se voit proposer la direction de la Culture, de la Communication et de la Médiathèque de Sérignan, jusqu’en mars 2008.

A ce titre, il participe à la création d’un service d’archives municipales, à celle du musée d’art contemporain et celle de la salle de spectacles La Cigalière.

En avril 2008, il retrouve la Ville de Perpignan et devient directeur du réseau des bibliothèques municipales : il supervise la médiathèque centrale et les trois bibliothèques de quartier. Succédant à Jocelyne Joussemet, il impulse l’évolution des bibliothèques vers l’adaptation aux nouveaux usages du public et développe l’action et la médiation culturelles.

Parcours scolaire :

Parcours militaire

* Né le 21 avril 1959, D. Saez est pacsé; il aime les voitures cabriolet, la musique classique, le rock, la variété internationale, le punk et le rythme & Blues…les voyages, le cinéma, et, bien sûr…la lecture !

J'ai pu apprécier, lors de réunions, son sérieux et son professionnalisme, ses idées d'une culture populaire à propager dans les quartiers. Cet humanisme modéré, plutôt de "gauche", a déjà fait sortir la culture de ses ghettos : il travaille, en accord avec les conseillères municipales chargées des maternelles et établissements primaires, pour apporter le livre au coeur de l'école jusque dans les hôpitaux…

JPBonnel

Sa nomination à la culture est une bonnenouvelle pour Perpignan,

 

Denis Saëz, conservateur du Patrimoine vient d’être nommé directeur de la Culture de la Ville de Perpignan. Sa prise de fonction est fixée au 1er novembre. Diplômé en gestion et administration des entreprises, il a débuté sa carrière à Nîmes, à la Bibliothèque municipale en participant au traitement informatisé des collections destinées à rejoindre la future bibliothèque Carré d’Art. Ensuite, il est nommé à Perpignan, responsable du service audiovisuel (disques et vidéos) au CEDACC qui deviendra plus tard la bibliothèque Bernard Nicolau. En 1995, il se voit proposer la direction de la Culture, de la Communication et de la Médiathèque de Sérignan, jusqu’en mars 2008. 

A ce titre, il participe à la création d’un service d’archives municipales, à celle du musée d’art contemporain et  celle de la salle de spectacles La Cigalière. 

 

En avril 2008,  il retrouve la Ville de Perpignan et devient directeur du réseau des bibliothèques municipales : il supervise la médiathèque centrale et les trois bibliothèques de quartier. Succédant à Jocelyne Joussemet, il impulse l’évolution des bibliothèques vers l’adaptation aux nouveaux usages du public et développe l’action et la médiation culturelles.

 

Parcours scolaire :

Parcours militaire

Né le 21 avril 1959, D. Saez est pacsé; il aime les voitures cabriolet, la musique classique, le rock, la variété internationale, le punk et e rythme & Blues…les voyages, le cinéma, et, bien sûr…la lecture !

 

   J'ai pu apprécier, lors de réunions, son sérieux et son professionnalisme, ses idées d'une culture populaire à propager dans les quartiers. Cet humanisme modéré, plutôt de "gauche", a déjà fait sortir la culture de ses ghettos : il travaille, en accord avec les conseillères municipales chargées des maternelles et établissements primaires, pour apporter le livre au coeur de l'école jusque dans les hôpitaux…

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25 octobre 2014 6 25 /10 /octobre /2014 10:25
Malraux en URSS (Sibérie) en 1934

Malraux en URSS (Sibérie) en 1934

En ce vendredi 24 octobre de douceur, la route monte vers le Canigou dépourvu de toute neige…Vers Vernet qui s'étire en ses ruelles, jusqu'à la rue Malraux, et le château, au bout… 

 

Eugène Kouchkine et moi-même sommes reçus avec une urbanité qu'on ne pensait trouver qu'en ville (avec Rivages des Arts) : la montagne est belle et très courtoise, en effet, et Jean-François Gatte, le délégué à la culture nous accueillit avec art il en fut de même avec Sylvie Rodère, à l'office de Tourisme, où elle enregistra la conférence et nous régala d'un apéritif catalan...

 

   Eugène parla avec précision et passion des voyages de Malraux en Urss. Le voyage à Vernet, avec Josette Clotis, fut abordé, mais j'espère revenir ici pour développer : écriture de L'Espoir, l'hôtel Alexandra…on verra, plus tard.

 

  Plongeons dans le froid sibérien, alors que l'été de la Saint-martin (du Canigou) se poursuit dehors ! Malraux au pays des Soviets, cela se passa cinq fois : en 1929 avec Clara, en 31, continuant en Perse et en Chine…En 34, A.Malraux se rend au premier congrès des écrivains soviétiques dans l'Oural…Dans Lazare, il se souviendra de cette période…En 36, c'est avec son frère Roland, correspondant pour France-Soir, qu'il se rend à Moscou…

Enfin, en 68, il y va pour un voyage officiel car il est désormais ministre de la culture.

 

A la fin de sa vie Malraux disait : "Je ne crois plus un mot de ce que je croyais." Pourtant, il n'a cessé de se référer à la Russie, elle est son ancrage dans l'Histoire…

 

    La russitude, il la doit à des amis, tels que Pasternak, Erhenbourg, Isaac Babel, Gorki, Kolzov (auteur d'un journal de guerre en Espagne), ou Boukharine…

   Malraux fut compagnon de route des Communistes; comme romancier, il est plus nuancé; pour lui, il s'agit d'un régime qui repose sur le postulat : "La fin justifie les moyens".

Pour lui, la Russie n'est pas européenne; dans la Postface aux Conquérants qu’il publia en 1948, il lui apparut difficile de tenir sans malaise la Russie pour un pays d’Europe, mais tenir les Russes, comme l’ont fait de tout temps leurs adversaires, pour les Asiatiques, lui sembla dérisoire: « La Russie n’est ni en Europe, ni en Asie (elle est en Russie) [1] ». Il reconnaît qu’il y a en Russie ce qui se veut Sparte, qui s’intègre facilement à l’Occident, et ce qui se veut Byzance opposée par son dogmatisme oriental au dialogue des cultures. « La vraie raison pour laquelle la Russie n’est pas européenne, n’a rien à voir avec la géographie, - déclarait-t-il: c’est la volonté russe ».

Ainsi, "l'intellectuel a retrouvé sa solitude", et Malraux fut, après la guerre, traité de renégat, vilipendé par la gauche officielle en France et mis à l'index en URSS…

 

Avec le dégel et la détente des années 60, Malraux, ministre de De Gaule, reprit le contact avec le pays des Soviets… En 57, il revoit Erhenbourg à Paris; en 67, il organise à Paris une grande exposition consacrée à Matisse (grâce aux collections de L'Ermitage et du musée Pouchkine de Moscou); elle aura lieu en 70, mais Malraux n'est plus ministre…

 

    Dans ses carnets de voyage en URSS (1937), il écrit : "A Moscou, ils ont tous les têtes des anges de Reims."

Ou "Le passé est toujours là, en Russie."

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24 octobre 2014 5 24 /10 /octobre /2014 08:36
Françoise Claverie (CML), Eugène Kouchkine (Conférencier), Stéphane Babey (écrivain, cabinet de la présidente du CG66), Michel Pinell (mairie de Perpignan), J.Pierre Bonnel (Amitiés Internationales André Malraux) photo de Loïc Robinot.

Françoise Claverie (CML), Eugène Kouchkine (Conférencier), Stéphane Babey (écrivain, cabinet de la présidente du CG66), Michel Pinell (mairie de Perpignan), J.Pierre Bonnel (Amitiés Internationales André Malraux) photo de Loïc Robinot.

    

* Vendredi 24 octobre à 18 h 30: Vernet-les-Bains, salle d’expo de l’office de tourisme (entrée libre, apéritif)


Thème: « Le dernier voyage de Malraux à Moscou à Vernet ».
(sur l’anecdote: Malraux à Vernet écrivant quelques chapitres de L’Espoir & relation avec Josette Clotis, d'Elbe, par J.Pierre Bonnel, dans Balades culturelles en Catalogne, Presses du Langedoc).

 

- - -Pour la conférence d'Elne, E. Kouchkine s'appuie sur l'étude de Jean-Yves Guérin.

Les deux écrivains se sont rencontrés au journal "Combat". En octobre 57, Camus obtient le Prix Nobel de littérature et déclare : "C'est Malraux qui aurait dû l'avoir."

  Ensuite, ils se sont éloignés, mais jamais confrontés. Ce qui les rapproche, ce n'est pas la politique, mais la littérature : leur admiration pour Faulkner, Dostojevski, Louis Guilloux...

 

  Retour en arrière : en 1936, Camus met en scène Le temps du mépris, de Malraux. En mars 44, ils se rencontrent à Paris. En novembre 46, Camus rencontre Malraux à la radio pour les 77 ans de Gide. En 58, Malraux ministre veut charger Camus d'une mission en Algérie; ce projet n'aboutit pas.

Malraux trouve un théâtre (L'Athénée) à Camus, mais celui-ci meurt le 4.1.1960… C'est une illustration tragique du "royaume métallique de l'absurde.", comme le dit Garine, dans Les conquérants de Malraux !

 En effet, "Une vie ne vaut rien, mais rien ne vaut une vie.", énonce Perken, dans La voie royale.

   Aux héros de Camus et surtout de Malraux, c'est l'amour qui manque : "On ne possède bien que ce qu'on aime." 

 Sur l'absurde, cependant, le débat peut s'ouvrir : Malraux considère que L'Espoir est l'ennemi numéro 1 de l'absurde...

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23 octobre 2014 4 23 /10 /octobre /2014 12:12
littérature
littérature

Le conférencier Eugène Kouchkine, entre Stéphane Babey (à droite) et J.Pierre Bonnel. (photo Loïc Robinot, à l'Hôtel Pams, Perpignan, le 20 octobre 2014)

à Collioure :

A l’occasion du centenaire de la naissance d’ Albert Camus, le CML en collaboration avec « Les Amitiés Internationales André Malraux », organise une table ronde autour de la présentation de l’ouvrage Albert Camus : Œœoeuvres complètes(collection Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard) en présence d’Eugène Kouchkine, maître de Conférences, membre de la Société des études camusiennes : jeudi 23 octobre 2014 à 18 h 30, au centre culturel, entrée libre, apéritif…

Eugène Kouchkine est maître de conférences en littérature française et comparée à l’Université de Picardie Jules Verne. Il a soutenu une thèse de doctorat intitulée : Les oeœuvres de jeunesse d’Albert Camus (l’évolution de l’existentialisme littéraire en France).

En 1982, il publie sa monographie : Le premier Camus. Il a participé à la nouvelle édition des Œœuvres complètes de Camus (Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade), a contribué au Dictionnaire Camus (2009) et au Dictionnaire Malraux, en 2011. Il est actuellement membre du Centre d’Études du Roman et du Romanesque à l’Université de Picardie, ainsi que du Conseil administratif de la Société des Études Camusiennes (S.E.C) et des Amitiés Internationales André Malraux (AIAM).

E.Kouchkine, entre Claude Belmas (Rivage des Arts) et J.P. Bonnel (à droite)- Palais des Congrès, 21 octobre 201, photo de L.Robinot.

E.Kouchkine, entre Claude Belmas (Rivage des Arts) et J.P. Bonnel (à droite)- Palais des Congrès, 21 octobre 201, photo de L.Robinot.

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22 octobre 2014 3 22 /10 /octobre /2014 13:29
littérature
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Cycle de conférences présenté du 20 au 26 octobre 2014, par Eugène Kouchkine Kouchkine à l’occasion du centenaire de la naissance d’Albert Camus.

Eugène Kouchkine est maître de conférences en littérature française et comparée à l’Université de Picardie Jules Verne. Il a soutenu une thèse de doctorat intitulée : Les œuvres de jeunesse d’Albert Camus (l’évolution de l’existentialisme littéraire en France).

En 1982, il publie sa monographie : Le premier Camus. Il a participé à la nouvelle édition des Œuvres complètes de Camus (Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade), a contribué au Dictionnaire Camus (2009) et au Dictionnaire Malraux, en 2011. Il est actuellement membre du Centre d’Études du Roman et du Romanesque à l’Université de Picardie, ainsi que du Conseil administratif de la Société des Études Camusiennes (S.E.C) et des Amitiés Internationales André Malraux (AIAM).

* Mercredi 22 octobre: à Elne, salle des Amis d’Illibéris (cour de l’évéché), 18h30.
« Les relations Camus/Malraux »: deux écrivains face à l’Histoire
Contact: TRABY Odette traby.odette@orange.fr


* Jeudi 23 octobre à 18 h: au centre culturel de Collioure
« Camus, un artiste dans le siècle » (et évocation de ses romans)
Contact: l’adjointe à la culture: denise.snodgrass@collioure.net – 04 68 82 05 66.


* Vendredi 24 octobre à 18 h 30: Vernet-les-Bains, salle d’expo de l’office de tourisme
Thème: « Le dernier voyage de Malraux à Moscou à Vernet ».
(sur l’anecdote: Malraux à Vernet écrivant quelques chapitres de L’Espoir )
Contact: Monsieur Jean-François Gatte
Adjoint à la Culture
Mairie / Place de l’Entente Cordiale
66820 Vernet Les Bains
06 84 55 46 73 - 04.68.05.76.62.


* Samedi 25 octobre à 16 h: à la médiathèque de Saint-Cyprien
Thème: Malraux et L’Espagne – L’Espoir – Sierra de Teruel
Contact: Dolores Martinez-Surinyach
Responsable de la Médiathèque de la Ville de Saint Cyprien (66750) – 0468373271 – dmartinez@mairie-saint-cyprien.com

  

 

   Camus est-il un philosophe..?

 

    Hier soir, au palais des Congrès, Eugène Kouckine a prononcé une conférence de haut vol, et pas seulement parce que nous, les quelque cent personnes charmées, étions au dernier étage du vaste paquebot de la culture amarré sur les allées Maillol…

 

   Camus a toujours été méfiant à l'égard de la philosophie : il ne s'est jamais considéré comme un philosophe et disait : "On ne pense que par images."

Il craignait les abstractions, il aimait à dire : "Je suis un artiste, pas un philosophe."

 

Camus se méfiait de la philo, à cause de sa proximité avec l'idéologie...

 

 Ses essais s'organisent autour de trois cycles :

1. celui de l'absurde, avec Caligula, L'Etranger et le Mythe de Sisyphe.

2. autour de la révolte, aspect positif de la vie : La Peste, L'Etat de Siège, Les Justes et L'Homme révolté.

3. autour de l'amour , avec le mythe de Némésis : il est centré sur la mesure te l'amour (Le Premier Homme).

 

   Camus aime et pratique l'aphorisme : "Je n'ai pas appris la liberté dans Marx."

 

Il démontre une bonne connaissance de Plotin et de Saint-Augustin; il éprouve une grande admiration pour la Grèce antique : "Je me sens un coeur grec."

 

    Quant à la métaphysique, il refuse toute idée d'immortalité.

 

    En 1941, il achève Le mythe de Sisyphe, publié en 42; pour lui, l'absurde, c'est le divorce entre l'Homme et sa vie; ce destin dépend autant de l'Homme que du monde. Il écrit : "Vivre, c'est faire vivre l'absurde." Donc, une seule solution : la révolte.

Pour son Sisyphe, il n'y a pas de destin qui ne se surmonte par ce mépris.

 

Oedipe obéit à son destin sans le savoir; une fois conscient, il devient tragique.

 

Face à la conscience de la tragédie du destin, il s'agit de se révolter. Qu'est-ce que cet Homme révolté ? C'est celui qui dit non, étymologiquement "celui qui fait volte-face". C'est l'esclave qui préfère mourir debout; c'est l'Homme qui se dépasse. 

 

Pour être, l'Homme doit se révolter : "Je me révolte, donc je suis"; mais quand la révolte devient collective, avec les Spartakistes de 1905, par exemple : "JE me RÉVOLTE, DONC NOUS SOMMES !"  

Sisyphe "Il faut imaginer Sisyphe heureux." Camus

Sisyphe "Il faut imaginer Sisyphe heureux." Camus

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21 octobre 2014 2 21 /10 /octobre /2014 08:00

 

   Hier soir, à l'Hôtel Pams, ce fut une bien belle soirée autour de Camus : dialogue amical et profond entre Eugène Kouchkine et Stéphane Babey ! Ce dernier nous rappela ses années de coopération en Algérie, décrivit son itinéraire camusien, en définissant l'Algérie dans l'oeuvre du roman comme "un mythe incarné dans la chaleur des jours."

 

   Je présente le calendrier du cycle des conférences en rendant hommage à Jean Bigorre, qui s'était occupé, en nov. 2013, du premier cycle, avec Hélène Ruffat, Nicole Yrle et Jean-Louis Meunier, que je voulais inviter, mais son mail a changé…

 

  E. Kouchkine a rappelé la genèse de la nouvelle édition de La Pléiade : l'action primordiale de Jacqueline Valensi, à la présidence des études camusiennes et à l'Université de Picardie; "c'est elle qui a lancé la nouvelle Pléiade."

 

    E. Kouchkine, originaire de Saint-Pétersbourg, parle un français impeccable; il revient, l'été, dans sa ville natale pour travailler aux archives russes : il correspondait avec Francine Camus, qui lui envoyait des livres en Russie. La première édition de La Pléiade, chez Gallimard, structurée par Roger Quillot, datait : 40 ans ! Depuis, des archives ont été classées, des inédits retrouvés; ainsi trois volumes de carnets et de cahiers, qui sont à la genèse des romans…

 

   La deuxième édition contient de nombreuses variantes, des manuscrits inédits; les appendices sont nourris par les archives de la bibliothèque Méjanes d'Aix-en-Provence.

 

   S. Babey définit camus "écrivain atypique", donc impossible à définir. Il parle du premier roman : L'inconnu d'Alger, et la sensualité, de l'écriture "physique, érotique" de Camus.

Il définit aussi son art : en 1957, lors du Discours de Suède, il écrit que c'est celui qui donne de la lumière aux pauvres, aux "sans-dents"… Camus oppose le monde de l'art et celui de l'idéologie :

 

    "L'art, privilège des intranquilles".

 

JPB.

- - -

 

    Ce soir, mardi 21 octobre 2014, un autre grand moment s'annonce : "Camus est-il un philosophe..?" 

( présentation des livres d'E. Kouchkine, de J.Pierre Bonnel et de la revue des AIAM "Présence d'A. Malraux".)

 

 

 

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20 octobre 2014 1 20 /10 /octobre /2014 09:27
Littérature
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* L'engagement de l'écrivain :

Camus écrit : "J'aime mieux les hommes engagés que les littératures engagées. Du courage dans la vie et du talent dans les oeuvres, ce n'est déjà pas si mal." (Oeuvres complètes, La Pléiade, 2, p.1970)

L'auteur de La Peste pense que la littérature doit être libérée de l'idéologie. Militant du parti communiste algérien pendant deux ans, animateur d'une cellule, orateur, il ne fut jamais un adhérent orthodoxe; il quitta vire le parti et préféra s'engager sur le chemin libertaire. (cf. Lou Marin, textes libertaires de Camus).

- - -

Ecrivain engagé dans ses écrits, dans ses récits sur les souffrances contemporaines, Marie M-Ndiaye, le nouveau prix Goncourt * a profité de sa notoriété pour stigmatiser "la monstruosité de N. Sarkozy"; elle visait, avec ce vocable, l'action du gouvernement en ce qui concerne l'immigration. Il ne s'agit pas ici de montrer combien cette politique à l'égard des exclus, des sans-papiers, des étrangers pauvres et faibles (on accepte bien sûr les étrangers riches!) est peu humaniste.

Il s'agit de savoir si un écrivain est bien inspiré en utilisant son nom pour parler des choses publiques (la Res Publica). Un intellectuel a plus la vocation de l'engagement : Derrida, Bourdieu, B.H Lévy... Souvent, l'intellectuel est aussi un grand écrivain et Voltaire, Sartre ou Camus se sont intéressés aux problèmes politiques et sociaux de leur temps.

Je pense qu'un écrivain a le droit de tout dire et qu'un prix littéraire ne doit pas l'aliéner ou lui faire perdre un peu de sa liberté d'expression. Peut-être les "écrivains" de l'Académie française se sentent-ils un peu fonctionnaires et moins enclins à l'engagement (cependant Eric Orsenna a eu des paroles dignes et fortes); de même Sartre a-t-il peut-être refusé le Nobel car il pensait que cette distinction, paradoxalement, le bâillonnerait...)

Je pense surtout que l'écrivain s'engage dans son écriture : c'est le "langage qui l'engage". Le style doit être rupture, innovation, force qui va de l'avant.

Ainsi, il peut arriver que des écrivains conventionnels dans leur oeuvre, tels Jules Romains, A. Koestler, E. Hemingway, Orwell ou Bernanos, se soient pleinement immergés dans leur temps (lors de la guerre civile espagnole, par exemple).

A l'opposé, des écrivains conservateurs, ou réactionnaires (Proust) ou fascistes, antisémites (Céline) à l'engagement physique et social très limité, ont été des auteurs révolutionnaires en créant un style nouveau et une oeuvre unique, originale, novatrice, au XXème siècle.

L'écrivain doit d'abord écrire, et bien, si possible, et de façon puissante, submergeante. C'est ce que fait Marie M-Ndiaye et c'est déjà beaucoup. Elle peut aussi s'exprimer publiquement...tout en sachant que la parole de l'écrivain n'a jamais pu changer le monde ni remettre en cause la décision et le pouvoir des politiques...

J.P.Bonnel

* novembre 2009.

Mitterrand : « Marie NDiaye a le droit de dire ce qu'elle veut, mais...»

Eric Raoult rappelle Marie NDiaye à son « devoir de réserve »

Bernard Pivot répond à Eric Raoult : «le lauréat du Goncourt n'est pas la voix de la France »

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