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22 septembre 2022 4 22 /09 /septembre /2022 09:47
WB

WB

Un collectif d'intellos à Perpignan, selon le journal local !!!???

 

Je découvre maintenant à peine cet article !

Fondateur et Président de l'ass.W.Benjamin depuis 2015, fondateur du prix européen WB, je n'ai pas été contacté...Je n'en ai pas entendu parler..!!

Fake, rumeur, info infondée, provocation,  ???

 

Publié le  , mis à jour 

Contestant le retrait de l'appellation Walter Benjamin au centre d'art décidé par le maire de Perpignan à la suite d'une demande des petites-filles du philosophe, un collectif s'est structuré sous le nom "Le centre d'art et de culture Walter Benjamin en exil" et promet de faire parler de lui ces prochains mois. 

Nouveau rebondissement sur le sujet du retrait de l'appellation Walter Benjamin au centre d'art moderne ouvert sur la place du pont d'en Vestit depuis 2013. Alertée par l’association APEWB (Association Prix Européen Walter Benjamin) en juillet 2020 suite à la victoire du Rassemblement national et de son leader Louis Aliot, la famille de Walter Benjamin, à savoir ses petites-filles, avait écrit au nouveau maire pour demander le nom de leur grand-père ne soit plus apposé sur le centre d'art. Chose qui sera faite en mars 2021. 

Sauf qu'un collectif d'intellectuels et d'acteurs culturels perpignanais a été monté et entend se mobiliser "tant que l'on n’aura pas attribué le nom de Walter Benjamin à un lieu" confirme à L'Indépendant un des membres du collectif, Jordi Vidal. Symboliquement, ce collectif prendra le nom de "Centre d'art et de culture Walter Benjamin en exil". "Nous devrons faire comme les migrants et être hébergés dans des structures culturelles et artistiques. Le Clap ciné de Canet et le cinéma Jean Jaurès d'Argelès-sur-Mer nous soutiendrons et nous espérons recevoir l'appui d'autres". "Un réflexe pavlovien alors que la nouvelle municipalité n'avait pas pris de position hostileCes agitateurs culturels promettent de faire vivre cette structure "en exil" tout au long de l'année en s'appuyant sur toutes les formes que peuvent être le cinéma, le théâtre, l'art, le débat. Une conférence de presse, "manifeste", se tiendra dans les prochains jours et prendra d'ailleurs la forme d'une pièce de théâtre pour lancer les hostilités. "Ce changement de nom est une aberration. Des membres de l'association qui ont alerté la famille pour ce retrait de nom ont agi sans connaître la structure et avec un réflexe pavlovien alors que la nouvelle municipalité n'avait pas pris de position hostile concernant le centre d'art. Il aurait survécu à la gestion du Rassemblement national. Nous pensons que ce lieu doit être défendu. Il fut le premier en Europe à porter son nom. Il ne s'agissait pas seulement de défendre la mémoire de Walter Benjamin mais aussi de mettre en lumière la réflexion du philosophe dans la lecture et les perspectives du présent. Nous en maintiendrons sinon l'existence, évidemment, du moins les intentions"

Walter Benjamin, un des plus grands penseurs du XXe siècle, est mort à Port-Bou en septembre 1940 alors qu'il tentait de fuir l'Allemagne nazi. ​​​​

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21 septembre 2022 3 21 /09 /septembre /2022 11:11

 

* A propos de la création d'une esplanade P.Sergent à Perpignan : 

 

FIN DIPLOMATE, LE MAIRE L. ALIOT AVAIT COMMENCÉ, CET ÉTÉ 2022- PAR RENDRE HOMMAGE À DES PERSONNALITÉS (JAURES) OU événements constituants des repères pour la gauche : les valeurs de résistance, de solidarité...

 

Afin d'équilibrer il rend à présent hommage, comme cela était prévu depuis longtemps, au premier député FN du département, militaire et activiste de l'organisation anti-gaullienne l'OAS.

 

Ce geste du candidat à la présidence du RN est surtout un signe de fermeté et de fidélité à l'histoire de l'extrême-droite et de son parti, en direction des militants. En effet, en mauvaise posture face à l'engouement pour le jeune et "vierge" J Bardella, qui, loin de la civilité du maire d'ici, tient un discours très dur, identitaire, sur les questions d'immigration et de sécurité...

 

Le recours à P. Sergent peut-il apporter des voix et la victoire au maire de Perpignan, qui s'est éloigné de la famille Le PEN, au contraire de Bardella...Car on ne peut gagner sans k'aval des Le Pen..!

JPB

 


* Rappel : La mort de Pierre Sergent L'homme de l'OAS

Membre du bureau politique du Front national et ancien chef militaire de l'OAS-métropole pendant la guerre d'Algérie, Pierre Sergent est décédé, mardi 15 septembre à Paris, des suites d'une longue maladie, à l'âge de soixante-six ans. Il était conseiller régional du Languedoc-Roussillon et conseiller municipal de Perpignan (Pyrénées-Orientales). 

Le Monde

Publié le 17 septembre 1992 à 00h00 

 

Pierre Sergent a été le plus acharné de ces soldats perdus que le sentiment d'avoir été trompés par de Gaulle dans le règlement de l'affaire algérienne et la hantise d'une menace communiste contre l'Occident avaient conduits à la rébellion.

Ce fils de la bourgeoisie parisienne est entré dans la Résistance dès le lycée. Il a combattu à dix-huit ans dans le maquis de Sologne. Il passe le concours de Saint-Cyr- Coëtquidan, est envoyé en Indochine à l'époque où l'armée française y perd chaque année une promotion de ses jeunes officiers. Le lieutenant Sergent, légionnaire et parachutiste, s'illustre dans la défense du camp retranché de Na-San ; il est gravement blessé en avril 1953 au cours d'une opération dans le centre du Vietnam. Comme ses camarades, il n'oubliera jamais l'humiliation d'avoir dû s'incliner en 1954 devant un pouvoir communiste.

La guerre d'Algérie est pour lui le prolongement de celle d'Indochine : la poursuite du combat contre l'impérialisme de Moscou. Aussi ne pardonne-t-il pas au général de Gaulle sa politique algérienne. Il est de ceux qui, lors de l'affaire des " barricades ", en 1960, refusent de partir en opération avec la 10 division parachutiste pour mener un combat qui, à leurs yeux, n'a plus d'objet. Il se retrouve muté à Chartres, s'embarque clandestinement pour participer avec le 1 régiment étranger de parachutistes au putsch manqué d'avril 1961.

Sept ans dans la clandestinité

Tandis que les tribunaux militaires accumulent les condamnations, le capitaine Sergent entre dans une clandestinité qui durera sept ans.

Ni ses convictions personnelles ni son caractère ne portaient ce guerrier cultivé à la violence aveugle. Son antigaullisme et son anticommunisme obsessionnels en font cependant un adepte du terrorisme. Il est nommé chef d'état-major d'une OAS-métropole divisée en factions rivales. Pierre Sergent ne désavouera jamais, même s'il en a marqué publiquement du regret, les meurtres et les destructions qui jalonnent l'action du mouvement qu'il s'efforce de diriger.

 

  • Pas antisémite : Pierre Sergent est alors élève au lycée Henri-IV. Au début de l'année 1942, il fait partie de ceux qui confectionnent et arborent une étoile de papier jaune pour marquer leur solidarité avec un lycéen israélite de leur classe6.

 

 

* Le putschiste : avec l’OAS, contre De Gaule : Le 14 avril 1963, après l'arrestation du colonel Argoud et l'exil au Brésil de Georges Bidault, Pierre Sergent proclame la poursuite de la lutte et la transformation du Conseil national de la Résistance en Conseil national de la révolution

 

 C'est ainsi qu'est créé le Mouvement jeune Révolution (MJR). Celui-ci rassemble les militants issus de l'OAS/Métro/Jeunes et du Conseil national de la révolution se réclamant du courant solidariste. Parmi ses principaux animateurs, le MJR compte Jean-Pierre StirboisNicolas KayanakisMichel Collinot et Alain Boinet.

 

Pierre Sergent est considéré comme déserteur à compter du 20 avril 1961.

Le 9 décembre 1961, Guy Courcol, juge d'instruction à Paris, décerne un mandat d'arrêt à son encontre pour attentat et complot contre l'autorité de l'État242.

Le 21 février 1962, le Tribunal militaire spécial le condamne à la peine de mort par contumace.

Pendant sept ans, il échappe aux recherches policières en se réfugiant en Suisse et en Belgique.

Il bénéficie de la loi d'amnistie no 68-697 du 31 juillet 1968 et regagne la France en octobre 1968

 © Wikipedia

 

- - -

 

*Esplanade Pierre Sergent : l’hommage de Louis Aliot au 1er député FN des Pyrénées-Orientales

En juin dernier, le maire Rassemblement National de Perpignan réaffirmait son intention de rendre hommage à Pierre Sergent ; hommage qui se concrétisera lors du conseil municipal du jeudi 22 septembre 2022. La délibération 14.02 prévoit la dénomination d’une esplanade au nom du premier député Front National des Pyrénées-Orientales et ancien cadre de l’OAS*, organisation militaire responsable de milliers de morts par attentats en métropole et dans les territoires algériens dans les années 60.

…lire : https://madeinperpignan.com/esplanade-pierre-sergent.../...

 

* Point de vue de l'Hebdo L’Anticapitaliste -  (30/06/2022)

 

Fin de la « dédiabolisation » ? Le maire RN/FN de Perpignan, fort de la poussée électorale de son parti, a célébré à sa façon, le week-end dernier, le 60e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie.

Le para tortionnaire Denoix de Saint-Marc et les généraux OAS Zeller et Jouhaux qui, en 1961, ont fomenté un putsch militaire pour maintenir l’Algérie française, ont été nommés « citoyens d’honneur de la ville ».

Pierre Sergent, chef des tueurs de l’OAS métropole (avant de devenir député du FN), aura, lui, une place à son nom. Un retour aux sources et... une apologie du colonialisme raciste et du terrorisme réactionnaire...

 

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18 septembre 2022 7 18 /09 /septembre /2022 09:42
Ouvrage de Marc Berdet, recevant le prix européen WB librairie Vrin et à Portbou (photos J.Pierre BONNEL) et avec R.Rull et Michèle Martel à Banyuls (Assoc. W.Benjamin sans frontières) en 2019-
Ouvrage de Marc Berdet, recevant le prix européen WB librairie Vrin et à Portbou (photos J.Pierre BONNEL) et avec R.Rull et Michèle Martel à Banyuls (Assoc. W.Benjamin sans frontières) en 2019-
Ouvrage de Marc Berdet, recevant le prix européen WB librairie Vrin et à Portbou (photos J.Pierre BONNEL) et avec R.Rull et Michèle Martel à Banyuls (Assoc. W.Benjamin sans frontières) en 2019-
Ouvrage de Marc Berdet, recevant le prix européen WB librairie Vrin et à Portbou (photos J.Pierre BONNEL) et avec R.Rull et Michèle Martel à Banyuls (Assoc. W.Benjamin sans frontières) en 2019-

Ouvrage de Marc Berdet, recevant le prix européen WB librairie Vrin et à Portbou (photos J.Pierre BONNEL) et avec R.Rull et Michèle Martel à Banyuls (Assoc. W.Benjamin sans frontières) en 2019-

L'avocat Maurice Halimi traitait, vendredi dernier (16.9.2022)

 des "fantasmagories des Perpignanais".

 

Le ton est méprisant mais le plus important est que ce grand connaisseur de W. Benjamin faisait référence à un terme central dans l'oeuvre du philosophe qui s'est suicidé à Portbou... La fantasmagorie est une invention du Capital pour séduire et distraire le peuple des vrais problèmes (les conditions de travail, l'exploitation du travailleur...) en inventant des événements tels que les expositions universelles, les jeux et cirques divers (jeux olympiques, coupe du monde de...)

 

Selon M. Halimi, les médias, commentateurs et influenceurs écrivent n'importe quoi et "fantasment" sur les causes criminelles ou pas de l'incendie du Mess (ancien mess des officiers), se référant surtout à la suggestion de Luc M. suggérant qu'un magnétiseur, ancien très proche de L. Aliot, aurait pu se venger...

 

L'avocat défend les propriétaires pour qu'ils ne perdent pas d'argent...

 

​​​​​​​Nous, peuple de Perpignan, demandons que la mairie achète ) bas prix (des domaines) ce bâtiment inélégant, mal placé : une verrue dans le coeur de ville...pour créer une "vitrine" (culture, arts, artisanat) du territoire...

Ou pour simplement le détruire !!!

JP.Bonnel

 

“Fantasmagories” selon W. BENJAMIN,  définition -

 

 

            Terme originellement utilisé pour désigner les images produites par la lanterne magique, qui ressemblaient à des "fantômes" quand on les projettaient sur des nuages de fumée, la fantasmagorie renvoie à la fois aux conquêtes du progrès technique et aux illusions qu'il engendre. Le retour de ces "fantômes" fait partie des ambigüités de la modernité telles qu’elles sont analysées par Walter Benjamin dans son Paris, capitale du XIXe siècle, qui, inspiré par le concept marxiste du fétiche de la marchandise, se sert de la fantasmagorie comme un outil important d’analyse. Pourtant, différemment de Marx, Benjamin ne cherche pas à localiser les malaises de la modernité dans les conditions de production, mais dans ses « apparitions », c’est-à-dire, dans ses formes de présentation, soit dans les vitrines des passages, soit dans le grand spectacle des Expositions universelles. Au-delà des déformations inérentes au système capitaliste, la transfiguration de la marchandise se doit à une promesse de bonheur qui est au coeur de la plus importante des fantasmagories, à savoir, l'idéologie du progrès, également critiquée par Baudelaire. Si l’aura de l’oeuvre d’art remonte à sa singularité, le culte de la marchandise fabriquée en masse représente, d’une certaine manière, le chemin inverse : c’est la tentative de transformer le produit industriel en objet unique (du désir) em l’exposant. Les fantasmes produits de cette façon sont en même temps les icônes du somnambulisme généralisé de la « capitale du XIXe siècle », prise dans un sommeil profond. Le réveil de ce sommeil passe aussi par la révélation des fantasmagories. Dans l’actualité, les aspects virtuels amplifient cette dimension « non-humaine » des fantasmes par la mise en question de la culture lettrée.

 

Ouvrage de Marc Berdet, recevant le prix européen WB librairie Vrin et à Portbou (photos J.Pierre BONNEL) et

avec R.Rull et Michèle Martel à Banyuls (photo de C. REQUENA - Le Petit Journal et Assoc. W.Benjamin sans frontières) -septembre et octobre 2019 - 

 

*Une promenade urbaine et un voyage dans le temps, pour comprendre l’invention de la ville-marchandise.

x

berdet

L’historien et sociologue Marc Berdet, spécialiste de Walter Benjamin, s’empare ici du concept de fantasmagorie, développé par Benjamin dans «Paris, capitale du XIXe siècle» à propos de ces lieux clos chargés d’une certaine magie, pour explorer les fantasmagories du capital déployées dans les grandes villes modernes depuis la fin du XIXe siècle – dont se sont parés la marchandise et les espaces commerciaux urbains au cours du temps -, en s’appuyant pour les décoder sur les réflexions de nombreux penseurs, dont Walter Benjamin, Karl Marx, Auguste Blanqui, Sergueï Eisenstein, ou encore Ken Kesey à Las Vegas.

Au fil de ce parcours passionnant depuis les fantasmagories originelles, jusqu’aux fantasmagories modernes et postmodernes, l’auteur nous guide ici dans une découverte de la galerie du Palais Royal et des passages parisiens sur les pas de Fourier et de Benjamin, lieux d’utopies rapidement digérées par le capitalisme, et préfiguration des développements ultérieurs des Grands Magasins, de la première exposition universelle au Crystal Palace, des transformations de la ville de Paris et de la conception de la ville comme entité marchande sous la houlette d’Haussmann, jusqu’aux centres commerciaux des banlieues et des centre-ville du XXe siècle, conçus en détournant l’utopie sociale de Victor Gruen, le fondateur du premier «shopping mall», et en s’inspirant des espaces mythologiques de Disneyland analysés très finement ici.

 

Après les échanges de la matinée à la mairie et la remise du prix européen Walter Benjamin, Roger Rull, ancien maire de Banyuls dont le mandat a pris fin en 2008,  a convié les participants à l’événement à un parcours assez sportif dans la montagne sur le chemin que le philosophe allemand et juif emprunta en 1940 pour tenter de gagner l’Espagne où il mourut. Ce fut l’occasion pour plusieurs dont le lauréat, Marc Berdet, de découvrir le chemin de croix qui mena W. Benjamin de l’autre côté de la frontière de la vie. Selon Roger Rull, plusieurs cars arrivent chaque année à Banyuls pour emprunter ce chemin de mémoire et c’est lui qui guide les visiteurs dans l’histoire d’une nuit tragique pour le philosophe mais aussi dans l’histoire de Banyuls. Car ce chemin muletier et caillouteux à travers les vignes donne l’occasion de voir des casots, les murets de pierres sèches, le tracé des chemins de contrebandiers d’autrefois. Bref, une prise de contact des plus directe avec la réalité du Banyulenc d’antan… et d’aujourd’hui car les travaux viticoles se poursuivent. Roger Rull, ancien instituteur, est aussi un conteur né qui sait trouver les mots et le ton justes pour évoquer son enfance, l’évolution de sa commune. Il est d’ailleurs l’auteur de Banyuls-sur-Mer, du néolithique à nos jours et il a fait revivre pour ses visiteurs les personnages d’autrefois, des épisodes de la 2e Guerre mondiale et bien d’autres choses encore. Botanique comprise pour les amateurs d’escapade historique dans la montagne à partir du mémorial W. Benjamin de Banyuls.

 

Pour se procurer le livre de Roger Rull, écrire à roger.rull@orange.fr.

 

Clarisse Réquéna

Publié dans Pyrénées-OrientalesAlbères et Côte vermeilleCôte VermeilleBanyuls-sur-Mer

 

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16 septembre 2022 5 16 /09 /septembre /2022 11:51
Edition, presse, concentration, censures, par l'historien J-Yves MOLLIER : SASL Perpignan, Médiathèque
Edition, presse, concentration, censures, par l'historien J-Yves MOLLIER : SASL Perpignan, Médiathèque

Edition, presse, concentration, censures, par l'historien J-Yves MOLLIER :

 

par SASL Perpignan (dirigée par Sylvain CHEVAUCHE), Médiathèque, Université de Perpignan (Nicolas MARTI)...

 

...avaient organisé hier jeudi une rencontre visio depuis Paris avec le grand historien, qui maîtrise les problèmes de la concentration de la presse et de l'édition.

Une grand moment, passionnant et pourtant le public ne vint que timidement...Trop tôt à 17 h ? C'est vrai, il faut penser aux travailleurs ! Mais les assistés auraient pu venir... Vaut mieux aller à la plage ou à la terrasse d'un café...

 

Les journalistes présents furent peu nombreux aussi : Gérard Bonet (historien de la presse, thèse sur l'indépendant) et J.-Marie Philibert, pour Le Travailleur catalan. Antoine Gasquez a fait paraître un entretien, ci-dessous. Les plumes de l'Indépendant, trop fatigués par l'épopée de Visa et la chronique des chiens écrasés (Mambo, hier !) ont reposé leur ordi...

 

J.Y. Mollier revient ce vendredi vers la population perpignanaise...à 18h, à la médiathèque. Et c'est entrée libre !

On espère que quelques intellos locaux sortiront de leur casot, mais y a-t-il encore des intellectuels ici, dans l'avion catalan, en plein brouillard..? 

 

JPBonnel

 

 

***Jean-Yves Mollier, né le 5 novembre 1947 à Roanne  est un historien français, professeur émérite d'histoire contemporaine à l'université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines.

 

Il est spécialiste de l'histoire de l'édition, du livre et de la lecture.

En septembre 2020, il publie Interdiction de publier - La Censure d'hier à aujourd'hui, qui alerte sur l'importance croissante de la censure du livre — du fait de logiques économiques, politiques, religieuses et du « politiquement correct ». Cet ouvrage (avec "l'Histoire de la librairie et des libraires") lui vaut en 2021 le Prix Charles-Aubert d'Histoire de l'Académie des Sciences morales et politiques.

 

Jean-Yves Mollier a consacré sa thèse de doctorat de littérature française à Noël Parfait (1978) et sa thèse de doctorat d'État en histoire (doctorat ès lettres et sciences humaines) à l'« Histoire politique et histoire culturelle au cœur du xixe siècle français » (1986)4. Auteur reconnu, il a particulièrement été salué pour L'Argent et les Lettres : histoire du capitalisme d'édition (1880-1920), Louis Hachette : le fondateur d'un empire, Où va le livre ? et Édition, presse et pouvoir en France au xxe siècle. 

Il dirige le Centre d'histoire culturelle des sociétés contemporaines de 1998 à 2005, et l’école doctorale « Cultures, organisations, législations » de 2005 à 2007, puis l'école doctorale « Cultures, régulations, institutions et territoires » de 2009 à 2015.

Il est vice-président de l'Association pour le développement de l’histoire culturelle et de la Société des études romantiques et dix-neuviémistes.

 

Le 31 octobre 2020, lors d'une interview au journal Sud Ouest au sujet de la polémique entourant le nom du quartier de Biarritz La Négresse, il se montre sensible à l'offense que représente cette dénomination. Il se dit même favorable au changement de nom, en concertation avec les habitants, et en l'accompagnant d'un volet pédagogique. Enfin, réagissant à la banderole des « fêtes de la Négresse » caricaturant une tête de femme noire, il la considère ni opportune, ni moralement acceptable.

 

 

*Lire l’entretien dans La Semaine du Roussillon du 15 sept. 2022 : Jean-Yves Mollier : “Attention à la concentration des médias”, par

La Semaine du Roussillon : Vous évoquez la très forte concentration des médias. Comment en est-on arrivé là ?

Jean-Yves Mollier : Plusieurs phénomènes ont joué. La concentration, c’est d’abord propre à l’économie, le regroupement des entreprises est assez classique. Ensuite, il a des intérêts particuliers. Le groupe Vivendi dirigé par Bolloré par exemple, c’est de la télé, de la radio, de la presse écrite, de l’édition. Il y a une volonté de contrôler des médias. Il s’agit d’utiliser des moyens de diffusion pour des intérêts idéologiques.

 

Ce n’est pas le cas général. Drahi qui est actionnaire du Monde n’intervient pas dans sa rédaction, Niel, le patron de Freee non plus. Le cas Bolloré est spécifique, proche d’une droite-extrême, d’un catholicisme ancien. Il considère que la France va à la catastrophe et que il n’y a que l’église qui peut éviter cela. Il est à la tête de C8, CNews, d’Europe 1, du JDD, le Journal du Dimanche, de Match, et de toute une série de médias sur Internet. Cela s’apparente au groupe Murdock aux États-Unis. Il faut se rappeler Zemmour été mis en orbite par Cnews...

 

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15 septembre 2022 4 15 /09 /septembre /2022 11:19
2 livres à confronter - Pio MOA, l'auteur du livre polémique
2 livres à confronter - Pio MOA, l'auteur du livre polémique
2 livres à confronter - Pio MOA, l'auteur du livre polémique

2 livres à confronter - Pio MOA, l'auteur du livre polémique

Enorme succès de librairie lors de sa parution en Espagne en 2003, cet ouvrage conclut à la responsabilité écrasante de la gauche révolutionnaire dans le déclenchement de la guerre civile espagnole.

 

Selon les documents exceptionnels rassemblés par Pio Moa, l'origine du conflit n'est pas, en effet, le coup d'état raté de juillet 1936 contre la Seconde République espagnole mais bien la " menace rouge " que représentaient pour la démocratie les factions d'extrême gauche qui préparaient un soulèvement de type communiste sur le modèle de la révolution asturienne de 1934.

 

La radicalisation de la gauche au pouvoir sous le Frente Popular (assassinats de militants et hommes politiques des différentes composantes de la droite démocratique, destruction d'édifices religieux, assassinats de religieux, etc.) va entraîner un raidissement des conservateurs. Et ce sera l'escalade : le soulèvement militaire du 18 juillet 1936 survient alors que Largo Caballero et ses partisans avaient lancé depuis 1934 un processus révolutionnaire similaire à celui qui en octobre 1917 a eu raison du régime Kerensky en Russie.

 

Pio Moa a été militant du Parti Communiste Espagnol puis fondateur de groupe de résistance maoiste GRAPO.

 

Ardent combattant anti-franquiste, il participa à de nombreuses actions violentes avant de se lancer dans un long travail de recherche en étudiant le fonds documentaire de la Fondation socialiste Pablo Iglesias. C'est là qu'il découvrit " l'autre visage " de la gauche révolutionnaire.

 

Polémique / débat - qui répondra..??

 

Panique et hystérie devant “Les mythes de la guerre d’Espagne, 1936-1939”  

 

 

Réponse à mes censeurs

Tout observateur attentif peut percevoir un ton d’hystérie et de panique dans la réaction, en France comme en Espagne, à l’interview du Figaro Histoire (été 2022) publié à l’occasion de la traduction française de Les mythes de la guerre d’Espagne, 1936-1939 (Éditions L’Artilleur). Une réaction de colère et d’indignation, qui se veut intimidante (« comment Le Figaro Histoire ose-t-il… », donner la parole à un « menteur », un « falsificateur », pire, «une canaille politique »), mais sans la moindre trace de critique rationnelle, ou tout aussi souvent un silence gêné. 

La raison de cette attitude est compréhensible : si ce que dit Les mythes de la guerre d’Espagne est vrai, le discours dominant en Espagne, en France et en Europe sur cette guerre, sa signification et ses conséquences historiques est faux, ce qui ouvre de nouvelles hypothèses et porte atteinte à bon nombre d’intérêts.  Le problème pour les partisans du discours dominant ne devrait pourtant pas être complexe: il suffirait pour eux de mettre en évidence deux ou trois points clés de mon livre et de les démolir à l’aide de données et d’arguments… mais rien de tel ne s’est produit jusqu’ici, sinon, comme je le dis, le silence chez les uns et les insultes et l’intimidation chez les autres. Il en ressort l’impression que ces «critiques» n’ont même pas lu le livre, qui, selon eux, est de la « propagande franquiste » et « ne dit rien de nouveau », malgré son énorme succès en Espagne et maintenant en France. Qu’il me soit donc permis de donner ici quelques explications. 

Entre 1999 et 2001, j’ai publié la trilogie Los orígenes de la guerra civilLos personajes de la República vistos por ellos mismos, et El derrumbe de la República y la guerra, fruit de neuf années de travail.  La lecture de ces trois livres pouvant être rébarbative pour le grand public, car ils sont remplis de notes d’archives, de références bibliographiques, de documents de presse, de procès-verbaux des Cortès, etc., j’ai pensé qu’un résumé plus « populaire » ou de bonne vulgarisation des trois, serait utile.

Le résumé, que constitue Les Mythes de la guerre d’Espagne, a été conçu selon une méthode d’exposition originale, en deux grandes parties, qui m’a semblé la plus efficace. La première porte sur les conceptions politiques et idéologiques des dix principaux dirigeants des différents partis ou personnalités majeures. Aussi étrange que cela puisse paraître, ce n’est pas souvent le cas dans les livres d’histoire de la Guerre d’Espagne, qui approfondissent rarement le contenu idéologique du conflit. Dans le troisième volume de ma trilogie, j’ai consacré beaucoup d’espace à ces contenus, sans lesquels rien ne peut être expliqué en profondeur, et dans Les Mythes, je l’ai fait de manière plus directe et personnelle, en m’en tenant aux idées des personnages.  

A lire également, Camille-Apollonia Narducci: Conquistadors: la fabrique de l’Histoire

Dans une deuxième partie, j’ai examiné dix-sept questions et événements très précis, afin de les faire sortir du domaine du mythe, ou plutôt du pseudo-mythe, pour les faire entrer dans celui de la réalité historiographiquement vérifiable. Et je l’ai fait soit sur la base de la documentation de la gauche elle-même, soit sur la base de recherches détaillées et jamais démenties de divers historiens. Enfin, j’ai ajouté deux épilogues replaçant la guerre civile espagnole dans l’histoire du XXe siècle et dans l’histoire de l’Espagne. Sont également joints des cartes, une chronologie et les origines régionales des personnes mentionnées. 

J’ai été surpris par les nombreux commentaires plutôt favorables aux Mythes de la guerre d’Espagne et à d’autres de mes livres, qui affirment néanmoins qu’ils manquent d’originalité, sauf peut-être en ce qui concerne la clarté de l’exposition. À les entendre, ils ne découvrent rien de nouveau, tout ce que je dis «a déjà été dit par d’autres ». Honnêtement, si je n’avais fait qu’abonder dans ce qui est déjà connu, je ne pense pas que j’aurais pris la peine d’écrire quoi que ce soit sur le sujet. Mais si j’avais commis vraiment cette erreur, encore faudrait-il qu’on explique pourquoi mes livres sont ceux qui ont déchaîné le plus de haine et de peur chez tant d’historiens et de politiciens progressistes mais aussi de droite. 

En historiographie, comme dans tant d’autres domaines, il y a le niveau des données concrètes et celui de l’analyse interprétative, ce que n’a pas manqué de rappeler récemment l’historien Stanley Payne à propos de mon livre L’hégémonie espagnole et le début de l’ère européenne (2022). L’accumulation des données est une nécessité élémentaire et quelque peu laborieuse, mais elle est fondamentalement simple et facile, tandis que l’analyse interprétative est beaucoup plus difficile, car elle exige de mettre en relation ces données, de les comparer et de tirer des conclusions cohérentes. Il s’agit là du niveau le plus élevé de l’historiographie. 

On a déjà tant écrit sur la guerre civile espagnole et sur tant de ses aspects qu’il est difficile de découvrir de nouveaux faits, ou quelque chose qui n’a pas déjà été dite ou mentionnée par quelqu’un, et souvent même répétée des milliers de fois. Néanmoins, je crois avoir réussi à apporter quelques contributions. La première que je mentionnerai ici concerne la troisième tentative de coup d’État, celle des Jacobins (libéraux-progressistes et étatistes) ou de la gauche libérale de Manuel Azaña (alors ancien ministre et président du conseil), à l’été 1934. Lorsque la gauche a perdu les élections de novembre 1933, Azaña a fait pression à deux reprises, en vain, sur le président de la République (un centriste conservateur), Alcalá-Zamora, pour qu’il annule les élections et en convoque de nouvelles avec la garantie d’une victoire de la gauche. Il ne pouvait rien faire d’autre avec les maigres moyens dont il disposait à l’époque, mais c’était en quelque sorte une tentative de coup d’État. Puis, au cours de l’été suivant, Azaña a conclu un accord avec le président de la Generalitat de Catalogne, Companys et ses partisans pour réaliser cette fois un coup d’État plus efficace. La tentative a échoué parce qu’elle exigeait la collaboration du parti socialiste (PSOE), qui a refusé parce qu’il préparait pour sa part une révolution « prolétarienne » et ne voulait en aucun cas collaborer à la perpétuation d’une République « bourgeoise ». 

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Ce fait, qui, je pense, était totalement inconnu auparavant dans l’historiographie de gauche ou de droite, est une contribution importante, mais il ne mérite somme toute qu’un article et pas un livre. Il en va de même pour d’autres faits similaires que je mentionnerai en suivant. Cela dit, ce dont un livre bien argumenté et articulé a besoin, c’est précisément d’une analyse interprétative. Et dans ce domaine difficile, je crois que mon livre est innovant, et qu’il le demeurera en attendant que quelqu’un parvienne à réfuter efficacement ses arguments, ce qui à ce jour n’est pas encore arrivé. 

Pour s’en tenir au niveau analytique et interprétatif, on peut commencer par l’approche générale de la guerre civile espagnole. J’ai expliqué dans mon livre Les Mythes, et je ne le répéterai pas ici, pourquoi le Front populaire (coalition de partis marxistes, communistes et socialistes bolchévisés et également de partis séparatistes et libéraux-jacobins, auxquels se joindront, après le soulèvement, les trotskistes et les anarchistes) ne pouvait pas être composé de partis démocratiques. Je ne suis ni le seul ni le premier à le souligner, bien que je ne pense pas que l’origine de ce bobard ait été jusqu’ici décelé correctement dans la stratégie et la propagande soviétiques, et je crois que je ne me trompe pas. 

Mais il y a un autre aspect essentiel : l’acceptation pratiquement généralisée, à gauche comme à droite, de la présentation du Front populaire comme le «camp républicain », en partant du principe qu’il serait la continuation de la Seconde République espagnole. Très peu, à gauche comme à droite, ont échappé à cette approche radicalement déformante de l’histoire. Seuls Stanley Payne (La guerre d’Espagne, Le Cerf, 2010) et peut-être une poignée d’autres historiens ont souligné cette discontinuité, en se référant à une sorte de Troisième République, que je préfère appeler seulement Front populaire, parce qu’elle n’a pas réussi à se cristalliser en un régime minimalement stable, ayant perdu la guerre civile. Mais il y a un autre point capital: ce Front populaire n’était pas seulement différent de la Seconde République, il était précisément celui qui l’a détruite. C’est l’une de mes thèses fondamentales, qui change complètement la compréhension de la guerre. 

Un autre point important est la date à laquelle on peut considérer que la République de 1931 a pris fin. Ceux qui acceptent sa fin placent habituellement cette date lors de la distribution d’armes aux syndicats en juillet 1936. À mon avis, cette destruction a eu lieu pendant le processus électoral de février à avril de la même année. Cette conception est doublement importante, car elle établit un lien entre l’insurrection d’octobre 1934, au cours de laquelle il existait un « front populaire » de fait, et les élections de février 1936; elle souligne que ces élections étaient frauduleuses non seulement en raison de la falsification des procès-verbaux, mais aussi en raison de l’ensemble du processus, depuis la dissolution des Cortès jusqu’à la destitution du président Alcalá-Zamora. Je crois être le seul à avoir exprimé cette conception globale. 

Un autre élément de cette thèse est la responsabilité du président de la République, Alcalá-Zamora, dans la convocation douteuse et en soi illégitime des élections de février 1936, ce que je suis le seul, je crois, à avoir souligné. 

A lire aussi: Marcel Gauchet: «Les macronistes répètent les discours qui nous ont envoyés dans le mur»

Il est enfin important de noter que cette analyse du processus de destruction de la République démolit complètement la plupart des interprétations actuelles de la République et de la Guerre civile, ce qui est bien plus important que tout apport de données ou de détails. Elle élimine partiellement mais fondamentalement de nombreuses autres versions, y compris celles typiquement franquistes. Ces dernières maintiennent et reprennent en effet la distorsion essentielle typique du «camp républicain », parce qu’elles sont fondamentalement anti-républicaines et que le sort de cette République ne les intéresse pas. Ils voient donc une continuité entre elle et le Front populaire ; une succession de violences et de convulsions d’un régime qu’ils considèrent comme illégitime et le produit d’un premier coup d’État, dû aux élections municipales de 1931. Or, il s’agit là d’une autre distorsion importante, car bien qu’il y ait eu un coup d’État… celui-ci a été réalisé par les monarchistes contre leur propre régime et non pas par leurs opposants républicains (Les élections municipales de 1931 ont été une victoire écrasante pour les monarchistes, mais les républicains ont gagné dans presque toutes les capitales de province. Le gouvernement monarchiste de Romanones a dès lors considéré que les votes urbains avaient plus de poids que les autres et que les élections étaient donc remportées par les républicains). La république était par conséquent légitime et elle n’a cessé d’exister, pour les raisons mentionnées, que cinq ans plus tard, lors du processus électoral de février 36. 

Je crois que personne d’autre n’a maintenu ces conceptions avec la précision, la documentation et la clarté que j’ai appliquées dans mes livres, et elles recentrent essentiellement tout un processus historique. Si mes thèses sont correctes, une confusion monumentale a régné pendant un demi-siècle. Et à cause de cette confusion et des attitudes qui en résultent, elles ont rencontré une résistance et une opposition véritablement fanatiques, contraires à tout débat rationnel. 

Une grande partie de l’historiographie et des essais sur la guerre civile espagnole se caractérise par une dérisoire et larmoyante mystification sur le « caïnisme espagnol », la « guerre fratricide », la « guerre civile ancestrale » et autres sornettes du genre, avec lesquelles bon nombre d’auteurs tentent vainement d’afficher leur sensibilité éthique, qui serait finalement exceptionnelle chez un peuple qu’ils croient si bête et sanguinaire. Le sommet de cette interprétation a été atteint par des auteurs comme Eslava Galán et Pérez Reverte, et a été rendu canonique par des auteurs proches du Parti populaire tels García de Cortázar, Pedro J, Pedro Corral et quelques autres. La guerre aurait été menée somme toute par des groupes de fous meurtriers d’un côté comme de l’autre, qui auraient entraîné les autres, de pauvres gens, qui « ne faisaient que passer par là ».  

Mais, en dehors de cet étalage de stupidités simplistes, nulle part, pour autant que je sache, n’a été soulignée de manière adéquate la conclusion précise du caractère fondamental du Front populaire en tant qu’alliance de soviétistes et de séparatistes, à savoir que tant l’unité nationale que la culture espagnole, européenne et chrétienne étaient très sérieusement menacées (car le système soviétique était une culture entière, au-delà de ses implications directement politiques). Et il suffit de prendre en compte ces éléments pour comprendre la nature de la guerre et ses enjeux. C’est un point qui, même dans l’historiographie franquiste, reste quelque peu nébuleux ou peu clair, ou perdu dans de nombreux détails. Mais il suffit pourtant d’observer sérieusement le caractère du Front populaire pour comprendre que la rébellion de Mola-Franco était une réaction in extremis à un danger historique. Une rébellion qui a sauvé le pays de la désintégration et de la soviétisation ; un salut que le PP a paradoxalement condamné, fait qui lui-même confirme ce que disait l’historien Florentino Portero : « Cette droite est condamnée à se nourrir des débris intellectuels de la gauche, en raison de son manque de culture historique et idéologique ».  

Je crois modestement que mes livres et notamment Les mythes de la guerre d’Espagne clarifient cette question clé de manière beaucoup plus précise que tous ceux dont je me souviens pour le moment. Et je crois que cette clarification a des conséquences politiques directes et des répercussions qui se prolongent jusqu’à nos jours. 

Traduit par Arnaud Imatz, membre correspondant de l’Académie royale d’histoire d’Espagne, docteur d’État ès sciences politiques, auteur de nombreux ouvrages et articles sur l’histoire de l’Espagne, préfacier du livre de Pío Moa.

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14 septembre 2022 3 14 /09 /septembre /2022 10:06
Aliot avec J. Bardella - Avec le maire d'extrême-droite de Baixas
Aliot avec J. Bardella - Avec le maire d'extrême-droite de Baixas

Aliot avec J. Bardella - Avec le maire d'extrême-droite de Baixas

Perpignan : un pilote dans l'avion ?

 

Aliot en campagne : à la peine face à Bardella -

 

Tout en étant maire, L. Aliot passait 2 jours par semaine à Paris pour communiquer Das les médias et participer aux réunions politiques de son parti...

 

A présent, à l'occasion de la campagne pour l'élection du nouveau président du RN, le maire de Perpignan est parti pour un Tour de France des fédérations nationalistes : à la peine face au jeune loup Bardella, lui, le vieux loulou a du retard à rattraper...

 

Même s'il peut compter sur l'aide affective du clan Le Pen, ce n'est plus la même chose depuis qu'Aliot a délaissé sa romance avec Marine. Celle-ci s'entoure de nombreux louveteaux et a organisé la promotion du jeune talentueux Bardella, proche de la famille Le Pen, grâce à son mariage...

 

Louis Aliot va être battu. Son aura va reculer. A Perpignan, il va devoir travailler après avoir abandonné le navire pour des vacances politiques... Rien n'avance dans la cité catalane : rénovation ou destruction de St-Jacques ? L'installation de 42..? Une résurrection du commerce en codeur de ville ? Un grand projet économique, une implantation d'entreprise importante ..?

 

Malgré le succès de 4 députées RN dans le département, on ne voit pas de personnalités d'envergure s'installer à la mairie, depuis le départ du directeur de cabinet...  La rentrée est bien grise... Quelles sont les perspectives..?

 

JPB

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13 septembre 2022 2 13 /09 /septembre /2022 15:12
Sans militaires, pas d'armée, pas de guerre ?

 

                        A son oncle militaire

 

 

« Tu as un bel uniforme, Momond ?

-Oui, Fernand, je suis adjudant-chef !

-ça veut dire que tu es un bon soldat ?

-Je ne sais pas, j’essaie.

-ça sert à quoi, un militaire ?

-A faire la guerre. Oui, et surtout à l’éviter, mais si l’ennemi est là, il faut agir !

-Mais y a pas de guerre chez nous ! A quoi tu sers ?

-Un jour, peut-être, on m’enverra à l’autre bout du monde, je ne sais pas. Tout peut arriver ; en Afrique, tu sais, il y a des méchants…

-Un soldat, c’est pour punir les méchants ? Les tuer, les éliminer ? pourquoi ils sont méchants ?

-C’est dans la tête : leur envie de nous prendre des territoires…

-Et nous, on ne prend pas de territoires ? On reste calmes et gentils chez nous, alors ?

-Il nous est arrivé d’aller chez les autres. On n’aurait peut-être pas dû les déranger, ne pas se mêler de leurs affaires…

-Alors, pourquoi ne pas rester calme dans notre pays ? On n’aurait besoin ni de soldats ni d’armée…

Tu sais, Momond, une armée c’est pour impressionner, pour ne pas donner envie aux méchants de commencer la guerre…

-mais tous les pays n’ont pas d’armée, les petits…ceux qui ne peuvent pas payer les militaires…

-Les petits, ils demandent assistance, on les protège ; certains veulent t rester neutres, mais c’est difficile : un dictateur peut les envahir…

-Mais, mon ami, s’il n’y avait pas de soldats, il n’y aurait pas de conflits…

-une armée, c’est la sécurité : ça fait peur ; on peut répliquer et ainsi, rester libre et indépendant…

-Alors, on attend l’arrivée des méchants ? Les soldats sont dans les casernes, à attendre ? C’est pas mal, comme métier ! Ils ne s’ennuient pas.. ?

-Non, ils s’entraînent, se musclent, se préparent… On sait qu’un jour ou l’autre, on aura besoin de nous…

-Alors, vous avez besoin des méchants. Sinon, à quoi tu servirais, Momond.. ?

 

JPB

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8 septembre 2022 4 08 /09 /septembre /2022 10:29

 en partenariat avec la Municipalité de Saint-Cyprien et l’Office du Tourisme, les Auteurs d’Occitanie et de Catalogne, vous feront la lecture dans le cadre bucolique du Jardin des Plantes de Saint-Cyprien. 

👉 Découvrez la liste des auteurs présents ce jour : https://bit.ly/3T85MPY

 

  SALON DU LIVRE DE ST CYPRIEN

 

                            De 10h à 18h

           au jardin des plantes des capellans 

 

 venez rencontrer les auteurs d'ici ou d'ailleurs, discuter autour de leur livres et participer à leurs dédicaces. Tous les genres de lecture sont représentés.

 

Animations musicales et litteraires tout au long de la journée avec buvette à disposition.

 

Venez nombreux nous rencontrer.  

 

Organisé par l'office du tourisme de st Cyprien et le CAC 66 Cercle Des Auteurs Catalans 

 

Avec la participation du parrain le célèbre Pierre Jean  Brassac  et du merveilleux guitariste andalou Juan Francisco ORTIZ. 

--- 

 

Jean Philippe Lapeyre Journaliste

 

C’est dans le cadre bucolique du Jardin des Plante de Saint-Cyprien que se déroulera le second salon littéraire, ce samedi 10 septembre. En partenariat avec la Municipalité, l’Office du Tourisme de Saint-Cyprien et Le Cercle des Auteurs Catalans, ce n’est pas moins de 53 auteurs qui vous présenteront leurs productions de 10h à 18h. Au programme, dédicaces, atelier créatif enfant avec des initiations à l’enluminure et la Calligraphie et à partir de 17h concert du célèbre guitariste Francisco Ortiz.

 

Côté littérature, il y en aura pour tout le monde, des romans de terroir, historiques, policiers, thrillers, fantasy, ésotériques, poétiques, randonnées patrimoines mais également pour la jeunesse et les plus petits autour des contes, des fables et de jolis livres illustrés. L’occasion d’une sortie en famille ou vous pourrez également prendre un bain de verdure et de fraicheur autour du plan d’eau, Une jolie sortie culturelle en famille à l’ombre de la bambouseraie.

 

Avec Saint-Cyprien, Languedoc-Roussillon, France, Saint-Cyprien Méditerranée et Cercle des Auteurs Catalans CAC66

“Les jardins disparus du château royal de Perpignan. Une visite virtuelle par les textes (A. Catafau) - Patrimoines du sud, numéro 8, septembre 2018 : les jardins historiques en Occitanie, 2018, n° 008, p.9-28” to similar papers on Academia.

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RENSEIGNEMENTS: www.espacedesarts.pro
 
 

L'INAUGURATION DE L'EXPOSITION DU SAMEDI 10 SEPTEMBRE A 11H
 
 
RENSEIGNEMENTS: www.espacedesarts.pro
L'espace des arts est une galerie municipale qui accueille à l'année toute forme d'expression plastique. Vitrine ou portail de l'art actuel (à travers la peinture, la photographie, la sculpture, etc), elle a pour ambition de proposer gratuitement au public des expositions de qualité en permettant aux artistes de présenter un large éventail de leur travail.
www.espacedesarts.pro
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7 septembre 2022 3 07 /09 /septembre /2022 10:46
Portrait de V. Segalen par D. de Monfreid - 1909 -

Portrait de V. Segalen par D. de Monfreid - 1909 -

* à l'occasion de l'exposition au musée Rigaud de Perpignan :

 

le rôle de l'écrivain, poète, voyageur Victor Segalen 

 


Administrateur de la succession de Gauguin, Monfreid devient le garant de sa mémoire, organisant des rétrospectives et ventes avec Gustave Fayet. Une autre rencontre est déterminante dans cette vaste tâche : celle du médecin de marine et poète Victor Segalen en 1904. Ce dernier avait pour quelques sous, acquis une partie des œuvres et objets de Gauguin dispersés à la criée et, offrira ainsi à George Daniel de Monfreid la dernière palette du peintre ! Cette passion pour l’artiste ne devait jamais fléchir puisqu’en 1924, il fait publier Noa Noa, Voyage de Tahiti, recueil illustré par des gravures sur bois de Monfreid librement interprétées d’après Gauguin.

 

 

Sur Paul Gauguin (G. Daniel de Monfreid, 1903)


 

Le nom de George-Daniel de Monfreid reste attaché à la mémoire de Paul Gauguin, dont il était l'ami et le confident.

Voici ce qu'en dit le biographe Henri Perruchot*1 : Daniel de Monfreid, qui tiendra jusqu'à la mort de Gauguin une place tellement importante dans sa vie, a rencontré pour la première fois Gauguin à son retour de la Martinique, chez Schuffenecker. Il a exposé avec lui, en 1889, au café Volponi. Ses tendances artistiques ont beau s'écarter sensiblement de celles de Gauguin, il n'en éprouve pas moins une admiration des plus vives pour ce créateur de génie que l'on méconnaît. Certains goûts que les deux peintres ont en commun facilitent encore leurs rapports. On chercherait en vain chez Monfreid ce demi-bourgeois que dissimule mal l'artiste chez Schuffenecker. Monfreid a, comme Gauguin, l'amour de la nature. La mer exerce sur lui l'attrait qu'elle exerce sur Gauguin. Ce n'est pas sans raison que dans les milieux artistiques de Paris on l'appelle le capitaine. Il peint l'hiver ; l'été, il cabote le long des côtes, de Saint-Malo à Port-Cendres, sur une goélette de 36 tonneaux, la Marie-Madeleine, avec laquelle il pousse parfois jusqu'en Algérie.

 

Après la mort de Gauguin aux Marquises, George-Daniel entretiendra sa mémoire. La correspondance qu'ils ont entretenu a été largement éditée et rééditée. Il m'a parut intéressant d'ajouter un texte écrit en 1903, quelques mois après la mort de l'artiste, et qui est paru dans la revue “ l'Ermitage, revue mensuelle de littérature ” (Paris, déc. 1903*2) :

 

A propos de la mort de Paul Gauguin, son ami le peintre G. Daniel de Montfreid écrivit à notre collaborateur Auguste Achaume qui lui demandait des détails sur la vie du grand artiste. Nous avons cru qu'il était intéressant de publier cette lettre qui révèle le vrai caractère et la figure vivante de Paul Gauguin, et nous remercions notre collaborateur de nous l'avoir communiquée.

 

Que voulez-vous, mon cher ami, que je vous dise sur Gauguin ? A peine sa mort est-elle connue, qu'il est la proie des écrivains plus ou moins critiques d'art. Il me faudrait réfuter toutes les sottises dictées par la malveillance, la rancune, ou la complicité de ceux qui veulent plaire aux pontifes officiels. Et l'on sait combien Gauguin avait d'ennemis, suscités par sa haine des médiocres, par l'âpreté de son esprit combatif ? ou bien il faudrait répéter ce que d'autres ont dit excellemment, comme M. Ch. Morice, dans le « Mercure de France », en un style dont je ne suis point capable.

 

Néanmoins, je vais vous en parler, si vous le voulez, selon mes souvenirs. Ils rectifieront peut-être ce que présentent d'enfantin ou de grotesque les écrits de gens ayant connu que par ouï-dire cette grande figure qui, au milieu de nos insipides fantoches, de nos pâles arrivistes, prend une couleur et un relief saisissants. L'homme, sa vie, son oeuvre, sont au-dessus de toute banalité. C'est pourquoi peu le comprennent, peu surtout l'apprécièrent sainement.

 

De ses débuts artistiques je ne sais, par moi-même, pas grand'chose : je n'ai connu Gauguin qu'à son retour de la Martinique, lorsqu'il habitait chez son ami Schuffenecker, un de mes camarades de l'atelier Colarossi. Il s'essayait alors, sous les conseils techniques du céramiste Chaplet, à des modelages qu'il exécutait en grès grand feu, et qui resteront peut-être ses oeuvres les plus remarquables.

 

Gauguin me conta, en vagues aperçus, quels avaient été, précédemment, ses divers avatars. Ne pouvant continuer, par suite de revers, ses études au lycée d'Orléans, pour entrer à l'Ecole navale, il s'était engagé dans la marine. Plus tard, il fut employé de change, et vivait, riche, dans le monde de la finance ; mais ayant des relations avec les artistes les plus avancés et les plus indépendants : Manet, Degas, Pissarro, et tout le clan que le public désignait sous l'appellation d'impressionnistes. Il commença par se livrer à la peinture à temps perdu, le dimanche. Puis un jour, il eut conscience de sa force au point de tout abandonner pour l'art. Sa femme, qui prévoyait la misère à laquelle est fatalement voué un artiste sans fortune personnelle, le laissa seul assumer la responsabilité d'une telle détermination. Elle s'en fut dans sa famille, en Danemark, avec ses cinq enfants qu'elle voulut courageusement élever par ses propres moyens.

 

La caractéristique de Gauguin fut de toujours marcher droit au but qu'il entrevoyait, avec une invincible foi en lui-même. On a voulu, pour cela, en faire un égoïste terrible, un orgueilleux dépourvu de sens moral. C'est le voir sous un jour bien mesquin ; car s'il se fût arrêté aux milles petits scrupules d'une vie paisiblement bourgeoise, son génie n'eût pu prendre son essor. Sereinement il allait, marchant sur ce qu'il rencontrait sans se détourner, sûr que son oeuvre justifierait tout. - Oserait-on lui donner tort aujourd'hui.

 

De fait, la misère harcela le grand artiste, sans jamais entamer son courage. Ses aptitudes étaient si extraordinaires en toute chose, son concept d'une telle envergure, qu'il franchissait les passes les plus difficiles sans rien perdre de son altière impassibilité, et venait à bout de tous les obstacles, comme miraculeusement.

 

Quand je vis Gauguin, je fus fortement déconcerté par les données d'art émanant des oeuvres aussi bien que des conversations de cet homme extraordinaire. Vaguement il me semblait redoutable, quoique je fusse frappé par la justesse des aphorismes qu'il émettait. En lui, de suite, on sentait le Maître.

 Certes oui, le Maître, dans toute sa force et la grandeur du terme : tout ce qu'il touchait prenait forme d'art ; toutes ses paroles devenaient, à la réflexion, des sentences ; toutes ses volontés, fatalement impérieusement, s'imposaient à ceux qui vivaient près de lui. Son tempérament d'artiste entraînait, bouleversait même, ceux qui l'approchaient. Plusieurs en furent irréparablement dévoyés, qui n'avaient pu supporter ce que déchaînait une pareille mentalité. Mais si d'aucuns furent anéantis ou affolés par l'influence de Gauguin, combien, grâce à lui, et dès cette époque, furent arrachés aux errements professés dans les écoles d'art officiel.

 

Vous voudriez sans doute que je parle longuement de l'esthétique de Gauguin, de son influence sur l'art contemporain, sur ceux qu'on peut appeler ses élèves, ou tout au moins dont il modifia le talent. Tout cela, depuis longtemps, a donné matière à de nombreux écrits, plus ou moins justes, plus ou moins passionnés. Laissez-moi d'abord décrire celui dont je fus l'ami. De son puissant caractère nous déduirons en peu de mots quel fut son idéal d'art. 

 

La vie de Paris, coûteuse, compliquée, comprimant toute indépendance, fut dure à Gauguin. Réduit aux très maigres ressources de son art, après être allé à la Martinique, l'année suivante il revenait à Paris, qu'il quittait de nouveau peu après. Il fut à Arles, retrouver son ami, l'infortuné Vincent Van-Gogh. Vous savez, sans doute, la fin tragique de ce dernier ? On a voulu imputer à la présence de Gauguin l'éclosion de la folie qui menaçait Van-Gogh. J'en doute. Quoiqu'il en soit, il eût été facile de prévoir l'impossibilité pour deux génies pareils de cohabiter longtemps ensemble. Et cela malgré la douceur du pauvre Van-Gogh ; malgré la tranquillité imposante de Gauguin, et son sens très pondéré de la vie pratique, grâce auquel leur existence se passait en ardent travail pour tous deux sans trop de soucis matériels. Van-Gogh vint mourir à Auvers-sur-Oise, après avoir peint, dans ses moments de lucidité, ces toiles dont quelques-unes, que vous avez vues, vous ont montré la puissance de ce peintre. Lui aussi avait subi l'influence de Gauguin qui l'avait dégagé des errements dont les pointillistes l'avaient embarrassé.

 

Gauguin au retour d'Arles, alla se fixer à Pont-Aven et au Pouldu, en Bretagne, fuyant encore Paris, ses esthètes, ses snobs, et cherchant à vivre à même la nature, au milieu des êtres et des choses simples. Son art, ramené à l'archaïsme, sa nature physique aimant l'action libre et l'espace, s'accommodait de ce milieu. Là il fut en contact avec des jeunes qui, eux aussi, pleins de dégoût pour l'art officiel, les ficelles et les mièvreries des salons, cherchaient une voie plus saine que l'enseignement académique. On a voulu qu'il en sortit une pléiade qui devait à Gauguin le plus clair des talents dont elle brilla, et l'on veut aujourd'hui faire de cette réunion « l'école de Pont-Aven ».

De fait, il y eut là quelques artistes pour qui l'enseignement de Gauguin fut fécond ; certains même en arrivèrent à un plagiat aussi étrange qu'inattendu. Mais, à mon modeste sens, les idées puissantes que Gauguin professait, ont eu une action plus générale, et ceux dont le talent s'est le mieux affirmé dans la suite, en gardant une filiation plus ou moins visible avec ce maître, n'ont guère été, pour la plupart, ses commensaux de Pont-Aven, et ont produit des oeuvres indemnes de plagiat.

 

D'Arles, Gauguin avait rapporté une série de tableaux d'une étrange hardiesse de couleurs serties dans des contours aux arabesques terrifiantes. De ces éclatantes symphonies, se dégageait une hantise de cauchemar. Vous avez vu « les laveuses » courbées sur un Rhône tourbillonnant, écumeux, avec des reflets de vermillon pur. - Il y fit aussi un portrait hallucinant de Van-Gogh, dans lequel il prophétisait déjà la folie et le suicide de son malheureux ami.

 

En Bretagne, il produisit toute la série de ces oeuvres mélancoliques, aux harmonies graves et profondes, qui marquent dans la vie du peintre une étape spéciale ; Le « Christ jaune » ; « la belle Angèle » ; « Bonjour, M. Gauguin » ; « la Vision après le sermon » ; « le Calvaire », et tant de paysages exquis ou grandioses, vus à travers son rêve et non en copies niaises et photographiques de la nature. Il sculpta des bois admirables, où le sens de la forme voulue par la matière dans la noblesse des courbes, s'alliait à une science approfondie de la couleur en de riches patines.

 

Une élite comprit Gauguin. C'étaient d'abord des maîtres ayant tout un passé d'impeccable sens artistique, et que lui-même aimait et vénérait ; à côté des jeunes, qui travaillaient indépendants, en dehors de l'enseignement, car en Belgique, en Hollande, dans les pays Scandinaves, on parlait avec admiration de Gauguin et il y avait une renommée toute autre qu'en France. Enfin, des littérateurs aux idées viriles et ardentes. Tous l'accueillirent avec enthousiasme, et lui préparèrent un succès relatif lorsqu'il fit sa première vente à l'hôtel Drouot (en 1891, si j'ai bonne mémoire) en le proclamant chef de l'école symboliste. Ce nom, pas plus que celui d'impressionniste, synthétiste ou autre vocable infligés à des artistes simplement soucieux du beau, ne peut servir à éclairer ceux qui cherchent à définir ou préciser l'esthétique de gauguin. Je vous dirai tout à l'heure le cas qu'il en faisait en vous parlant de ses idées sur l'art.

 

Les principales oeuvres à cette vente, furent acquises par des artistes tels que Degas, Stéphane Mallarmé, etc... Mais le public en général ne sut pas s'y intéresser. Et malgré le résultat pécuniaire presque satisfaisant, elle laissa Gauguin aux prises avec les soucis d'argent, pour subvenir à la vie entraînante et coûteuse de Paris. Il rêvait toujours d'une vie libre, en pleine nature, dans les lumineux pays dont était remplie sa mémoire de marin. On a beaucoup répété que chez lui se révélait l'atavisme de ses parents maternels, issus du Pérou, peut être des Incas. Il importe peu. A coup sûr Gauguin dans son allure, sa physionomie, n'avait rien du parisien ; on le sentait différent du civilisé. Sa carrure et sa haute taille, les traits énergiques et très simples de son visage, son teint d'un hâle spécial et surtout ses yeux, dont le regard assuré avait une sorte de ruse mystérieuse sous la couleur grise, indéfinissable, de la prunelle, tout cela, et son allure grave, souple et puissante, lui donnaient une apparence plutôt exotique. Ses antécédents ou ses origines le portaient à rêver des pays fortunés d'outre-mer, où l'homme peut jouir librement de la nature clémente. Et un beau jour, il s'embarqua pour Tahiti où il séjourna deux ans.

 

Lorsqu'il revint, Gauguin rapporta des oeuvres, sinon nouvelles, du moins appliquées à des sujets spéciaux pour lesquels il s'était fait une âme polynésienne. Il fit, chez Durand-Ruel, une exposition de toutes ces oeuvres qui furent, dans le monde des artistes, hautement appréciés. Gauguin nous contait des légendes maories, le charme de l'île Heureuse, en poèmes sculptés dans des stèles de bois de fer, ou déployées en peintures riches et précieuses. Il était alors dans le plein épanouissement de son talent. Mais là encore, ce ne fut qu'une élite peu nombreuse qui put en goûter l'inappréciable valeur. En son absence les haines s'étaient développées, nées du mépris qu'il affichait pour tous les impuissants. Son caractère altier, toujours prêt à la lutte ou même à l'agression, lui avait aliéné les timides et les indifférents. La haute conscience de sa valeur, qui faisait sa force dans la lutte, le rendait quelque fois intraitable pour ses affaires d'intérêt. Son exposition fut suivie d'un insuccès pécuniaire, à la suite de je ne sais quel différend survenu entre lui et Durand-Ruel, puis de la vente qu'il fit à l'hôtel Drouot.

 

Cependant Gauguin s'était, malgré tout, imposé à l'opinion. Sa notoriété, quoiqu'on en ait voulu dire, était établie un peu partout. L'atelier qu'il occupait près de la chaussée du Maine, derrière la gare Montparnasse, devint un lieu de réunion pour maints artistes d'esprit libre et avancé, pour des écrivains de talent ou pour les amis qui restaient fidèles à l'indomptable combattant. On a dépeint la vie de Gauguin, pendant ces quatre années qu'il passa à Paris, comme une sorte de mascarade ou de bamboche tout à fait ridicule. Je ne sais quel est le piètre imbécile qui assouvit, en publiant ces erreurs, quelques inavouable rancune.

Si vous n'avez souvent entendu dire, mon cher ami, que j'avais toujours fui l'intimité de Gauguin ; il n'en est pas moins vrai, vous le savez, que j'ai conservé des relations très régulières avec lui, et que je suis à même de juger sainement ses faits et gestes. Vous pensez donc si j'ai été suffoqué lorsque j'ai vu des publications sérieuses (1) reproduire, entre autres racontars, cette description des soirées passées chez Gauguin : « rentré de Bretagne à Paris, il s'y était confortablement installé dans un atelier où les fidèles étaient admis tous les soirs, en échange de l'encens le plus grossier , copieusement et interminablement régalés. Tandis que sur un sofa juché sur une estrade le demi-dieu tirait de longues bouffées de sa pipe, le poète Julien Leclercq, accroupi en bas de l'estrade, sur le sol, grattait de sa mandoline, et entre deux salams, avec un verre bouffone, improvisait des couplets de circonstance. Répartie en des attitudes d'adoration muette, dans la salle, l'assistance, à travers laquelle les bouteilles et verres circulaient, humait silencieusement la fine, la verte ou le grog chaud ; et de temps à autre sur un signe du thuriféraire aux cheveux crépus, acclamait de tous ses poumons le régénérateur de la peinture, qui d'un geste et d'un sourire les calmait. »

Comme tout cela cadre peu avec l'allure de Gauguin ! D'ailleurs il n'y a qu'un malheur pour cette pittoresque description, c'est que tout en est faux. L'estradeoù le demi-dieu se tenait juché n'existait point ; Gauguin ne fumait pas la pipe (il est vrai qu'il roulait interminablement des cigarettes) et je n'ai jamais vu jouer de la mandoline le « thuriféraire aux cheveux crépus », Julien Leclercq lequel était, quoique grand admirateur du maître, très discret dans ses éloges devant Gauguin. Les bouteilles, la verte, se réduisait à la traditionnelle tasse de thé que les amis de Gauguin, M. et Mme William Molard, ses voisins, confectionnaient sur le poêle, et dont, tout en devisant, chacun prenait sa part à sa guise. On faisait presque toujours de la musique classique. Le compositeur Delius, de son air aimable et grand seigneur, se mettait de bonne grâce au piano, accompagnait un violoniste norvégien pour une sonate de Beethoven, ou exécutait quelques oeuvres de Grieg. Dans ce milieu Gauguin perdait toute son arrogance farouche, se montrait bon enfant, accueillant et simple ; en un mot il se détendait parmi ceux dont la sympathie le reposait et lui semblait sûre et douce.

 

De son premier séjour à Tahiti, Gauguin avait gardé une nostalgie de liberté dont la vie canaque lui avait fait un besoin. Peu de temps après qu'il se fut installé dans son atelier, il prit comme modèle une belle mulâtresse, avec laquelle il pensa se consoler des tahitiennes aux formes statuaires et aux tons de bronze. Et pour faire diversion à la vie de Paris, il s'en fut quelques semaines revoir la Bretagne. Il y avait emmené son modèle ; et un jour, sur le port, quelques matelots, sans doute éméchés par l'eau-de-vie, se permirent des plaisanteries malsonnantes à l'égard de la mulâtresse. Gauguin peu endurant se fâcha, et une rixe s'ensuivit.

Une douzaine, au moins, de ces brutes se rua sur le peintre, qui plein de sang-froid, paraît les coups. Lorsqu'il décochait un horion, un de ses adversaires roulait à terre. Mais il ne pouvait lutter contre le nombre ; un des Bretons passa derrière lui et d'un violent coup de sabot sur la jambe la lui cassa net. Gauguin tomba au moment même où un camarade accourait à son secours. Devant cette intervention, les Bretons s'enfuirent ; et l'on ramassa Gauguin pour le porter chez lui. Mis sur un brancard sans proférer une plaine, il arrima son pied qui pendait au bout de la jambe, le péroné brisé sortant des chairs ; puis tandis qu'on le transportait, il prit tranquillement son tabac et roula une cigarette. - ce qui est inouï, c'est qu'aucun des agresseur de Gauguin n'a été inquiété ; toutes les plaintes sont restées sans effet. Cet acte de barbarie civilisée ne contribua pas peu à lui faire prendre en horreur nos moeurs et nos autorités.

 

Il ne put jamais se remettre de cet accident. Il sentait, à Paris, sa santé décliner, ses besoins d'argent se compliquer ; et le dégoût le prenait des intrigues, des platitudes, auxquelles il eût dû se résoudre pour conquérir la place qui lui revenait. Il prit le parti de rompre définitivement avec la civilisation européenne et de finir ses jours en Océanie. Il vendit tout ce qu'il ne voulait pas emporter, et réunit une somme d'argent suffisante pour entreprendre le voyage de Tahiti et pouvoir, une fois rendu, s'y installer assez confortablement. Puis il prit congé de ses amis, et fut, vers l'automne de 1896, s'embarquer à Marseille.

 

Là-bas Gauguin s'installa loin de Papeete, dont les fonctionnaires lui étaient hostiles et odieux. Il se construisit une case à son goût, entourée de fleurs, décorée selon son style étrange et personnel, adapté au pays et au peuple Maori, parmi lequel il vivait et auquel il s'identifiait. Quelques officiers de marine en excursion découvrirent émerveillés, aussi bien que de l'artiste qu'ils rencontraient en ces lointains parages d'une façon inattendue. Plusieurs ont rapporté en Europe des oeuvres acquises là-bas, des mains même de Gauguin, qu'on manquait rarement d'inviter à bord des vaisseaux en relâche dans notre colonie.

 

La santé de Gauguin ne s'améliora pas. La fracture de sa jambe avait produit une déformation de la cheville, et les os brisés, en déchirant les chairs, avaient provoqué une plaie, qui prit une forme eczémateuse et ne fit que s'aggraver dans la suite. De plus, l'abus du tabac lui causait depuis longtemps des troubles cardiaques, qui s'accentuaient de façon inquiétante, Gauguin ne sachant point modérer son habitude de fumer des cigarettes même la nuit. Malgré tout il travaillait avec ardeur et fit en Europe divers envois importants. Mais le petit capital qu'il avait emporté fut peu à peu épuisé ; et pour achever de la faire tomber dans la gêne, il arriva que le terrain sur lequel sa case était bâtie et qu'il n'avait que loué, fut vendu par autorité de justice, le forçant à transporter ses pénates ailleurs.

 

A Tahiti comme en France, le caractère altier et combatif de l'artiste se donna carrière contre les autorités du pays, composés d'un ramassis d'aventuriers sans scrupules. Il leur fit la guerre dans un journal qu'il tirait à la presse autographique à un petit nombre d'exemplaires qu'on s'arrachait, paraît-il. « Le Sourire, journal méchant » mordit à belles dents le « gouverneur automate », le procureur, les industriels exploitant le pays, etc. Cela suffit, vous le pensez bien, à lui amasser des haines qui tôt ou tard devaient se retourner contre lui avec rage.

 

Au milieu de ses luttes contre la fripouillerie administrative et de ses embarras d'argent, Gauguin prenait de plus en plus le goût de la vie libre des indigènes et le mépris pour la civilisation ? surtout pour les civilisés. A ce moment, il passa, fort heureusement, un traité avec Vollard, le marchand de tableaux de la rue Laffite ; et à l'abri des besoins les plus pressants, il s'éloigna tout à fait des Européens. Il transporta sa demeure à la Dominique, une des îles Marquises, et là sembla trouver une existence plus calme et plus heureuse. Des raisons artistiques d'ailleurs l'y avaient décidé.

 

« Je crois qu'aux Marquises », écrivait-il au moment de quitter Tahiti « avec la facilité qu'on a de trouver des modèles (chose qui devient de plus en plus difficile à Tahiti) et avec des paysages à découvert et plus sauvages, je vais faire de belles choses. Ici, mon imagination commençait à se refroidir ; puis aussi le public à s'habituer à Tahiti. - Le monde est si bête que lorsqu'on lui fera voir des toiles contenant des éléments nouveaux et terribles, Tahiti deviendra compréhensible et charmant.

 

« Les toiles de Bretagne sont devenues de l'eau de rose à cause de Tahiti ; Tahiti deviendra de l'eau de cologne à cause des Marquises ».

 

Il construisit avec soin son habitation, sur un terrain qui lui vendirent ? fort cher ? les missionnaires, ceux-ci possédant tout, paraît-il. Il la décrit ainsi :

« J'ai tout ce qu'un artiste modeste peut rêver : un vaste atelier avec un petit coin pour coucher. Tout sous la main, rangés sur des étagères. Le tout surélevé à deux mètres du sol... Un hamac pour faire la sieste, à l'abri du soleil, et rafraîchi par la brise de mer qui arrive de trois cents mètres plus loin, tamisée par les cocotiers... On ne devinerait pas ma maison, tellement elle est bien entourée d'arbres. J'ai pour voisin un Américain, un charmant garçon, qui a un magasin très bien fourni et je pense avoir tout ce qui m'est nécessaire. Je suis de plus en plus heureux de ma détermination, et je vous assure qu'au point de vue de la peinture, c'est admirable. Des modèles ! une merveille !! ».

 

Malgré ce bien-être sa santé continuait à s'affaiblir. L'abus de tabac lui causait des désordres de plus en plus significatifs. Néanmoins, m'écrivait-il « j'ai commencé à me remettre au travail, quoique toujours malade. On n'a pas idée de la tranquillité avec laquelle je vis ici, dans ma solitude entourée de feuillage. C'est le repos, et j'en avais besoin, loin de tous ces fonctionnaires qui étaient à Tahiti. Je me félicite tous les jours de ma résolution. Puis la vie est moins chère : je paie un poulet ordinaire 60 centimes ».

 

Hélas, cette quiétude ne devait pas durer. D'abord il semble que, sentant ma santé faiblir, Gauguin fut pris, pour la première fois de sa vie, d'une sorte de défaillance morale. Presque personne de France ne lui écrivait plus. Seul, je lui donnais régulièrement des nouvelles. Il m'en exprimait sa gratitude avec une émotion touchante et inusitée : « je ne reçois votre lettre ? la seule d'ailleurs, rien de Vollard. Mais n'importe ! la votre me suffit ? avec quel plaisir j'ai reconnu votre écriture ; avec quelle avidité je l'ai lue !... C'est que je ne suis plus le Gauguin d'autre fois. Ces dernières années terribles, et ma santé qui ne se remet pas vite, m'ont rendu impressionnable à l'extrême. Et dans cet état je suis sans énergie. Personne d'ailleurs pour me réconforter, me consoler : l'isolement complet »?

 

Oui, le pauvre Gauguin avait bien changé. Autrefois il n'était ni expansif, ni affectueux, même pour ses meilleurs et intimes amis. - Il parlait maintenant de revenir en Europe, tout en disant : « Quel dommage pourtant de quitter ce pays si beau des Marquises ! » Et plus tard il me répondait :

 

« Non ce n'est pas le mal du pays, mais cet état de souffrance de mon eczéma qui m'empêche de travailler sainement ; depuis trois mois je n'ai pas touché un pinceau. En outre, ma vue me donne de sérieuses inquiétudes... Un homme comme moi toujours en lutte, même sans le vouloir, rien que par son art, est entouré de gens qui seraient heureux de piétiner dessus. Tandis qu'en France on peut cacher sa misère, trouver aussi de la pitié... Autrement je suis bien ici, dans ma solitude. »

 

C'est dans cet état navrant que vient l'achever la haine de ceux qu'il avait fuis et qu'il détestait. Le procureur ridiculisé dans « Le Sourire, journal sérieux » (comme il l'intitulait parfois), sut le poursuivre jusqu'en sa lointaine retraite et trouva le moyen de le faire condamner à la prison, par on ne sait quel subterfuge des lois. Gauguin écrivit aussitôt afin que par ses amis ou admirateurs, je lui trouve l'argent nécessaire pour faire appel.

 

« Il s'agit de ma sauver, dit-il, voici pourquoi : je viens d'être victime d'un traquenard épouvantable. Après des faits scandaleux, aux Marquises, j'avais écrit à l'administrateur pour lui demander de faire une enquête à ce sujet. Je n'avais pas pensé que tous les gendarmes sont de connivence... Toujours est-il qu'un juge bandit, aux ordres du gouverneur et du petit procureur que j'avais malmené, m'a condamné à trois mois de prison et 1.000 francs d'amende. Il me faut aller en appel à Tahiti, c'est ma ruine complète et la destruction de ma santé. » Et le pauvre Gauguin termine en disant : « Toutes des préoccupations me tuent ! »

 

Cela se voyait bien : son écriture ronde et ferme, était, dans cette dernière missive, toute hésitante, rapetissée. Elle portait la date : Avril 1903, et le timbre de la poste : Papeete, 4 mai 1903. Il mourut quelques jours après, le 9 mai, ainsi que me l'apprit une note administrative toute laconique.

 

Quelle dut être la fin lamentable du pauvre grand homme, perdu dans cette île des Antipodes, sans une main amie pour secourir sa suprême détresse ? qui le saura jamais ?... On l'a dit mort de la lèpre (1), mais la note administrative parle de décès subit. Nous ne connaissons pas tous les ennemis qu'avait Gauguin, dans ces pays livrés à des fonctionnaires complices de tous les flibustiers, ou impuissants à gouverner honnêtement au milieu de cette canaille. On a rapporté quelques faits qui indiqueraient combien on attendait la mort de Gauguin pour s'emparer de ses dépouilles et assouvir ainsi les rancunes qui s'étaient amassées contre lui. Dans ces conditions, nous ne pouvons guère espérer de sauver ce qu'il a laissé là-bas. C'est mon plus amer regret ; car il avait des trésors d'art, à n'en pas douter, dans sa case, qui seront ainsi perdus à jamais.

 

 

L'avant-dernière lettre de Gauguin, datée de février, disait :

« Tous ces derniers temps, pendant mes longues nuits d'insomnie, je me suis mis à écrire un recueil de ce que j'ai vu, entendu et pensé durant mon existence : il y a là des choses terribles pour quelques-uns... »

A en juger par les précédents écrits de Gauguin, quel malheur de n'avoir pas ces dernières pensées du maîtres ! Elles nous donneraient, à coup sûr, ses aperçus lumineux sur son esthétique, ses idées sur l'art. De cela, mon cher ami, je ne vous dirais pas grand'chose moi-même : Gauguin a exprimé très clairement son concept artistique dans ses écrits. L'un d'eux figure dans l'article publié par le « Mercure de France » du mois d'octobre. Il est tout à fait caractéristique. Du reste Gauguin a ramené l'art à des idées étonnamment simples, aux idées primordiales et orthodoxes. Regardez ses peintures, ses bois sculptés, ses céramiques ; vous y verrez que, pour lui, la nature n'était qu'un prétexte à trouver des éléments décoratifs ou expressifs. C'est la négation de ce qu'on enseigne rue Bonaparte, où l'élève apprend à copier servilement un morceau de nature, lui laissant croire que cette imitation photographique suffit pour faire oeuvre d'artiste. C'est aussi la négation des écoles :

 

« J'ai toujours pensé que la poésie littéraire de peintre était spéciale, et non l'illustration, par des formes, des écrits. Il y a en somme en peinture, plus à chercher la suggestion que la description, comme le fait d'ailleurs la musique. On me reproche quelque fois d'être incompréhensible parce que justement on cherche dans mes tableaux un côté explicatif tandis qu'il n'y en a pas. » - « Et dire qu'il y a des écoles », pour apprendre à chacun à suivre la même route que son voisin ! » - « Vous connaissez mes idées sur ces fausses idées de littérature symboliste ou autres peinture... Les oeuvres saines restent, et toutes les élucubrations critico-littéraires n'ont rien pu y changer. »

 

En somme, ces préceptes très simples définissent parfaitement la genèse de son oeuvre qui, dans toutes ses formes, partit d'un principe décoratif, comme base élémentaire. « Nous sommes les seuls classiques », répétait-il volontiers, à ceux qui trouvaient cet art « outrancier », « exotique », etc., et qui ramenaient de pareilles oeuvres aux errements des Salons. Regardez, vous dis-je, mon cher ami, longuement, attentivement, ces oeuvres, où Gauguin a cherché à suggérer son rêve, évoqué à travers son formidable tempérament : sûrement vous en goûterez bientôt le charme troublant, la beauté noble du dessin, la richesse des couleurs dans leur forte harmonie. Vous sentirez, sous l'archaïque barbarie qui effare le profane, combien elles représentent l'art, dans ce qu'il a de plus pur, de plus immuablement beau, de plus classique, en un mot. Et vous comprendrez alors quelle poussée vivifiante ce génie a donné à ce qu'il appelait notre « art pourri ».

 

- - -

(1) La Revue universelle, du 15 octobre, notamment.

G. Daniel de Montfreid.

Après la parution de cet article, George-Daniel récupérera une grande partie des oeuvres de Paul Gauguin, notamment grâce à Victor Segalen... 

(*1) “ Gauguin, sa vie ardente et misérable ”, Henri Perruchot (éd. Le Sillage, 1948)

(*2) Article que l'on peut consulter sur le site Gallica de la B.N.F. On retrouve une allusion à un autre article, écrit pour “ La Revue Provinciale ”, dans la correspondance entretenue entre George-Daniel et le peintre Louis Bausil (lettre du 21 octobre 1903), publiée sur le site de la Société Agricole, Scientifique et Littéraire des Pyrénées-Orientales par Mme M.C. Valaison.

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6 septembre 2022 2 06 /09 /septembre /2022 10:27
W.Benjamin au micro: livre remarqué en 2020 par l"Association. W. Benjamin sans frontières

W.Benjamin au micro: livre remarqué en 2020 par l"Association. W. Benjamin sans frontières

 

Lundi 12 septembre 2022 à 18h30

 

au Théâtre de l'Étang, à Saint Estève

Les pandémies dans l'histoire

 

par Yves ESCAPE

L’itinéraire de l’humanité est ponctué de crises sanitaires longtemps qualifiées de        « peste », nom générique donné à chacune des pandémies, à défaut de pouvoir les différencier et d’en comprendre l’origine.

Elles provoquèrent des crises démographiques sévères (entre 1348 et 1350, la « peste noire » occasionna par exemple la mort de la moitié de la population de l’Europe de l’Ouest) 

Les effets de ces crises apparaissent très clairement dans les récits les plus anciens : L’Iliade, par exemple, commence par l’apparition d’une pandémie. Habituellement, on recherche un bouc émissaire, souvent « l’étranger ».

Enfin, la gravité de certaines de ces crises est à l’origine de nombreux virages de l’Histoire.

Yves ESCAPE

Professeur honoraire certifié d’Histoire-Géographie. Il a exercé au Maroc, au Mexique, en Espagne avant de revenir à Perpignan. 

Responsable du service éducatif de Perpignan ville d’Art et d’Histoire de sa création à 2011.

Yves Escape est également intervenant-formateur au Réseau Culturel Terre Catalane et à l’IUFM Perpignan et conférencier au sein de l’Association Culturelle Pézillanaise.

s ne parvenez pas à lire cet e-mail, cliquez ici

LA LIBRAIRIE TORCATIS

La rentrée commence en beauté 

 

 

www.librairietorcatis.com
Septembre 2022

 

 

 

 

Retours de plage/ détours de pages
Les vendredis et samedis 
du 09 au 24 septembre


Journées cinématograhiques et littéraires de septembre
/imagopublica


Samedi 10 septembre
à 11h00

au 2ème étage de la librairie
Rencontre
avec

Guy-Claude Marie,
docteur en Etudes cinématographiques et audiovisuelles
Présentation de son livre Guy Debord : de son cinéma en son art et en son temps
(Ed.Vrin)
Suivie de 
in memoriam Walter Benjamin en exil
Programme complet :
https://urlz.fr/j6SK 

 

 

 

 

 

 

Mercredi 7 septembre
à 17h30

Rencontre
et
signature


Jean-Paul Jimenez

auteur de 

"Désagrégé!"
paru aux Ed.Cap Béar
 « Comment être professeur et en même temps psychologue, animateur social, éducateur pour enseigner aujourd'hui ? »
Cette interrogation n'est pas celle d'un enseignant débutant sa carrière, mais celle d'un quinquagénaire, professeur defrançais, certifié de lettres modernes. C'est bien là tout l'intérêt du témoignage de Jean-Paul Jimenez. Une histoire forte en émotion, où sa vocation trace le cours de sa vie. L'élève qu'il fut, à la fois résilient, gourmand de savoir et finalement avide de transmettre. L'occasion aussi, de nous interpeller sur notre société, son évolution! Comment sommes-nous parvenus à cette désagrégation du tissu social qui s'affiche d'abord dans nos écoles, nos collèges, nos lycées, nos universités ?
Enseigner aux élèves aujourd'hui, est-ce devenu un défi ?

 

 

 

 

 

 

Vendredi 9 septembre
à 17h30

Signature
de 
Catherine Barcelonne

autour de ses ouvrages
"Ituria" et "Le secret de Ka"
Paru aux Ed.Mondes Futuristes

 

 

 

 

 

www.librairietorcatis.com
en continu sur notre site internet

Les horaires de la librairie TORCATIS 10 rue Mailly à Perpignan

Le Lundi de 10h à 19h
Du Mardi au Samedi de 9h30 à 19h

 

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